Street Art Fest Grenoble Alpes : les lumières de la ville

Obey, 30 years of resistance

Ancien Musée de Peinture

ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement

Festival / Depuis 2015, le Grenoble Street Art Fest, devenu du fait de son expansion le Street Art Fest Grenoble Alpes, modifie l’ADN de l’agglomération en demandant à des artistes de réaliser des fresques ici et là. Et promeut pendant un mois le street art sous toutes ses formes. Quel est le programme de cette cinquième édition organisée jusqu’au 30 juin ? Réponses en compagnie de Jérôme Catz, fondateur dudit festival. Par Aurélien Martinez et Damien Grimbert

Une tête d’affiche

« C’est comme une sorte d’aboutissement car c’est un artiste que je suis depuis très longtemps. » Cette année, Jérôme Catz a vu grand, très grand, en s’offrant les services d’un des artistes de street art les plus demandés aujourd’hui dans le monde : Obey. « Non, il ne faut pas dire Obey mais Shepard Fairey ! L’idée est que les gens comprennent que derrière Obey, qui est une campagne de communication qui vise à éduquer le grand public autour de la mainmise des pouvoirs politiques, commerciaux et financiers sur l’image dans l’espace public, il y a un artiste. Et cet artiste s’appelle Shepard Fairey. Il mérite bien plus que d’être résumé à la marque Obey, même si c’est clairement un slogan qui le caractérise. »

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Un nom qui claque (on lui doit notamment la célèbre image de Barack Obama en rouge et bleu intitulée Hope) mais pas seulement. « Pour l’idée que j’ai d’un festival de street art et ce que j’essaie de porter sur ce territoire depuis le début, je ne peux pas avoir de meilleur représentant. C’est un artiste engagé avec un message fort sur quasiment chacune de ses œuvres. »

Concrètement, l’Américain sera à Grenoble pour réaliser une fresque sur le mur du restaurant universitaire du Crous situé boulevard Maréchal-Foch, à quelques pas de Chavant. « Il a tellement de sollicitations qu’il passe son temps à arbitrer. Aujourd’hui en France, il a fait trois murs et ils sont tous les trois à Paris. Qu’il vienne en faire un à Grenoble est un gage de reconnaissance très fort pour le festival. » Pour le voir travailler sur sa fresque au sujet tenu encore secret, il faudra faire vite, puisque tout se jouera entre mardi 11 et vendredi 14 juin. « Pour faire un mur, il n’a pas besoin de venir longtemps comme il fait du pochoir. Par contre, le temps de travail en amont est considérable, mais ça personne ne le voit ! »

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Autre temps fort, l’exposition gratuite que le festival offrira en parallèle à l’Ancien Musée de peinture et qui ira donc dans le sens du dévoilement de l’univers de l’artiste en montrant des œuvres issues de ses 30 années de carrière. « Faire une énorme rétrospective sur un artiste avec plus de 600 pièces, dans une vie de commissaire d’expo, c’est un gros morceau ! D’ailleurs, Shepard Fairey était ravi de recevoir une proposition qui ne soit pas une expo-vente mais une exposition qui cherche juste à montrer son travail et à le faire comprendre. » Et que pourra-t-on voir ? « Ce ne sera que de la sérigraphie sur papier – son travail originel. Les œuvres exposées balaieront sa carrière de 1989 à 2019, avec notamment des sections sur l’engagement et l’art politique, l’écologie, la musique, la solidarité… » À noter que si l’exposition sera ouverte dès le 6 juin, elle sera inaugurée officiellement jeudi 13 à 17h30 pour profiter de la présence de l’artiste.

D’autres artistes

« Il ne faut pas que Shepard Fairey soit l’arbre qui cache la forêt. » Jérôme Catz tient à le faire savoir, son festival accueille du beau monde. « Comme c’est la cinquième édition, on a gagné en renommée, et des artistes qu’on n’arrivait pas à avoir au début acceptent maintenant de venir. On a vraiment une très belle programmation. » La liste de celles et ceux (bon, surtout ceux, le monde du street art restant encore très masculin) qui seront là cette année le prouve une fois de plus, mixant grands noms (comme l’Italien Beast, qui se payera Trump sur son œuvre), fidèles du festival (comme le génial Veks van Hillik dont les animaux habillent l’agglo (regarder la "une" du numéro 1136) et scène locale.

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Fin juin, grâce à tout ce beau monde, on aura droit à 10 murs monumentaux supplémentaires, ainsi que 10 grands murs, 27 moyens et 42 plus petits pour un total annoncé de 2000 m2 de surface peinte à Grenoble et dans l’agglo – Fontaine, Saint-Martin-d’Hères et Le Pont-de-Claix. « Ce qui fait festival, c’est le temps de réalisation des fresques. Les gens peuvent voir l’artiste à l’œuvre, le rencontrer sur cinq, dix voire quinze jours. Et après, ça devient instantanément du patrimoine collectif qui appartient à tous les Grenoblois. »

Une nouveauté

Cette année, en plus des traditionnelles expositions ici et là (comme à Spacejunk avec Petite Poissone ou au Vog avec Augustine Kofie et Robert Proch), le festival organise à partir du 6 juin le Digital street art, sorte de salon-exposition qui porte bien son nom puisqu’il s’agit de croiser street art et innovations technologiques. « C’est quelque chose que je voulais mettre en place depuis deux ans » explique Jérôme Catz. « Ça convoque le numérique, l’intelligence artificielle, la vidéoprojection, mais de manière hyper ludique, hyper accessible, avec des artistes qui s’emparent de ces sujets, font de la veille technologique, se transforment un peu en chercheurs… Et même en ingénieurs-bricoleurs lorsqu’ils concrétisent leurs idées. »

Proposée du 7 au 30 juin à la résidence Galilée, en face du mural réalisé par Shepard Fairey, l’exposition sera ainsi l’occasion de découvrir tout un tas de projets, comme le génial Flippaper de Jérémie Cortial et Roman Miletitch qui permet de jouer au flipper dans un décor que l’on dessine soi-même sur une feuille de papier avec des feutres de couleur correspondant chacun à une fonction – bumper, mur, speed-up… Une fois scanné, le résultat se transforme instantanément en décor jouable !

Une idée astucieuse au même titre que le Water Light Graffiti d’Antonin Fourneau grâce auquel on peut peindre avec de l’eau sur un mur composé de diodes électroluminescentes reliées à des fils de cuivre (les gouttes d’eau projetées servant de conducteur temporaire), ou encore l’installation Picturae de Patrick Suchet, qui offre la possibilité de graffer virtuellement sur un mur-écran par le biais d’une bombe de peinture équipée d’un pointeur laser… Quelques exemples (parmi d’autres) d’une expo interactive qui s’annonce pour le moins alléchante.

Une course

Autre nouveauté, l’instauration en clôture du festival dimanche 30 juin d’un street art run. « Il y aura des mini street art runs d’échauffement tous les samedis du festival, puis ce gros en fin. Mais il n’y aura pas de chrono, ce sera à la cool. L’idée est de faire une immense balade chacun à son rythme – tu peux même faire ça en marchant – avec des points de ravitaillement, pour admirer le plus de fresques possible. » Avec deux parcours (4 et 9 km), histoire de s’ouvrir aux non sportifs ! Inscription dès maintenant sur le site du festival.

Street Art Fest Grenoble Alpes
À Grenoble et dans l’agglo jusqu’au dimanche 30 juin

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