Un musée vu de l'intérieur

Si le public devra encore attendre quelques mois pour y être convié, le Musée Champollion rythme la vie de nombreuses personnes depuis déjà un bon moment ! Nous avons rencontré deux des parties prenantes d'un chantier plein de surprises, impatientes, elles aussi, de voir l'établissement ouvrir enfin.

Caroline Dugand, conservatrice du Musée Champollion : « Nous allons passer à une phase concrète »

L’équipe du Musée Champollion va désormais s’installer en ses murs. Comment cela va-t-il se passer ?
Cela va représenter un grand changement pour nous ! Jusqu’à présent, nous préparions le projet scientifique et culturel, autour des demandes de prêt d’œuvres et de la restauration de certaines d’entre elles, ainsi que l’installation de la muséographie. Nous allons désormais passer à une phase concrète, en nous installant dans nos bureaux. Il faut faire revenir sur site le fonds Champollion, actuellement dans des réserves externalisées, sortir les œuvres des conditionnements où elles attendent depuis plusieurs années pour les préparer à l’accrochage dans le musée. Il faut également accueillir les dépôts des autres musées, en coordonnant l’arrivée des œuvres et en organisant un planning des taches pour leur installation.

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Un travail à mener dans une maison qui ne sera pas strictement identique à celle que les frères Champollion ont connue…
En effet. Le bâtiment est ici classé au titre des monuments historiques. Il a fallu trouver un équilibre entre la conservation de ce monument et l’adaptation du site aux conditions requises pour un musée moderne, en termes d’accessibilité, de sécurité et de circulation dans les espaces. Nous avons décidé de préserver l’atmosphère de cette maison des champs. Et le chantier nous a conduits à de belles découvertes…

Que sait-on aujourd’hui de la notoriété locale des frères Champollion, à leur époque ?
Ils avaient des origines dauphinoises : leur père était un colporteur du Valbonnais. Ils sont tous deux nés à Figeac, dans le Lot, et sont venus à Grenoble à l’âge adulte. Ils y ont très vite noué des liens et ont acquis une notoriété importante. Jacques-Joseph, le frère aîné, avait douze ans de plus que Jean-François : il l’a introduit auprès de personnes importantes. Lui-même était marié à Zoé Berriat, la fille d’une famille solidement implantée dans le Dauphiné. Le père Berriat, Pierre, était propriétaire de la maison : voilà comment on en arrive à Vif !

J’ai entendu dire que l’égyptologie, naissante au début du 19e siècle, était aussi une histoire de rivalité entre nations, Angleterre d’un côté, France de l’autre. Vous confirmez ?
Tout à fait. La course au déchiffrement de hiéroglyphes a généré une émulation. L’expédition d’Egypte menée par Bonaparte a fasciné tous les Européens. Les frères Champollion sont nés après la Révolution, à l’époque où est apparue la notion d’égyptomanie. Je crois que ce concept a même infusé dans les classes populaires ! Nous voulons consacrer le musée à l’égyptologie, parce que nous considérons que les frères Champollion ont eu un apport fondamental dans la naissance de cette discipline.

Vous allez exposer des objets vous appartenant, d’autres venus d’autres musées comme le Louvre. Est-il utopique d’espérer voir à Vif la Pierre de Rosette, qui permit à Jean-François Champollion de déchiffrer les hiéroglyphes ?
Ce serait un grand défi que de l’obtenir ! Dans le fonds Champollion, nous en avons des estampages originaux, sur lesquels Jean-François Champollion a travaillés. L’un est même annoté de sa main ! Il existe aussi des reproductions, qu’il se faisait envoyer pour travailler. La Pierre, à l’époque, était déjà conservée à Londres.

Allez-vous jouer avec l’idée de mystère que l’Égypte ancienne suggère encore aujourd’hui ?
Oui, nous pourrons sans doute exploiter certains aspects que le grand public trouve mystérieux. C’est vrai que certains sujets fascinent toujours les visiteurs. L’objet de nos expositions temporaires sera de pouvoir renouveler le propos sur l’histoire de la discipline égyptologique, mais aussi sur la recherche, en montrant ce qu’elle est encore aujourd’hui et, dans une dimension pluridisciplinaire, ce qui subsiste des grands questionnements…


Gaël Robin, architecte du patrimoine : « La chose la plus importante est de restaurer les savoir-faire »

Quand le découvreur des hiéroglyphes est accueilli dans cette maison, au début du 19e siècle, il s’agit d’une maison modeste…
En effet : au départ, c’est une belle maison des champs, très ouverte sur le paysage, qui a été agrandie successivement au 17e, au 18e et au 19e siècles. Elle a appartenu à la famille de Zoé Berriat, qui l’a apportée en dot à Jacques-Joseph Champollion, le frère de Jean-François. Ce dernier y a occupé une petite chambre au deuxième étage, n’atteignant pas les 10 m2, en-deçà même des normes d’habitabilité d’aujourd’hui !

Comment l’avez-vous appréhendée, la première fois que vous l’avez découverte ?
Elle n’était pas telle qu’on la voit aujourd’hui : au 19e siècle, elle avait continué à vivre après les décès de Zoé Berriat et Jacques-Joseph Champollion. Leurs descendants l’habitaient encore récemment ! Elle était alors "enfermée" derrière des enduits en ciment et avait sans doute perdu une partie de son cachet d’origine. Notre travail de restauration a consisté à retrouver les éléments remarquables dignes d’être remis en valeur. Nous l’avons surtout appréhendée dans son rapport avec le paysage environnant. C’est un bâtiment très organisé, avec une maison de maître, des cours, des fermes… et qui donne sur un jardin paysager, lui-même encadré par le Vercors d’un côté et la chaîne de Belledone dans le lointain.

Cette maison était-elle un lieu de travail pour les frères Champollion ?
Non. Ils habitaient également Grenoble et venaient ici en vacances ou pour passer les week-ends. Ce n’était pas leur résidence principale, mais plutôt un lieu de villégiature.

Concevoir ce Musée, ce n’est pas reproduire à l’identique ce qui existait du temps des frères Champollion…
Non. Lors du chantier, nous avons fait des découvertes remarquables que l’on ne pouvait masquer au public : les fresques du premier étage sont extraordinaires, même si, parce qu’elles étaient enfermées derrière des boiseries, il est possible que les Champollion ne les aient jamais vues. Quand on restaure une maison comme celle-ci, il faut montrer la quintessence de tous ces éléments remarquables.

L’architecture moderne vous semble-t-elle capable de tout restaurer ?
Dans le domaine du patrimoine, la chose la plus importante est de restaurer les savoir-faire. Nous avons ici la chance de compter sur 18 entreprises, toutes très compétentes, avec lesquelles nous réalisons des merveilles. Au-delà des sociétés de restauration, de maçonnerie, de charpenterie ou de couverture, toutes classifiées monuments historiques, nous en avons d’autres, locales, qui ont su intégrer une technique d’une complexité incroyable pour pouvoir préserver la maison. Elles travaillent comme des artistes, de la même manière que celles et ceux qui restaurent les peintures murales du premier étage.

Êtes-vous fier d’avoir travaillé sur un tel projet ?
Oui, c’est certain. Ma plus grande fierté est que tout fonctionne bien et que, le 29 mai, jour de l’inauguration, on dispose d’un musée en état de marche et qui puisse durer longtemps ! L’égyptologie ? C’est pour moi une vraie découverte. Nous avions évidemment vu quelques pièces bientôt exposées, pour apprécier l’impact de ce que nous devions réaliser. C’est justement ce qui est extraordinaire dans nos métiers : on découvre sans cesse de nouvelles histoires de familles, des sciences… Se plonger dans tous ces mondes est vraiment passionnant.

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