"The Last Tree" : auprès de son arbre

Deux ans après sa présentation au festival de Sundance, le film de Shola Amoo arrive enfin sur les (petits) écrans français. Une modeste consolation pour cette histoire illustrant malgré elle un concept à la mode depuis qu’il a été dévoyé par la politique : la résilience.

Trois moments décisifs de de la vie de Femi. D’abord l’enfance à la campagne chez Mary, mère nourricière, jusqu’à ce que sa mère biologique vienne le récupérer pour vivre dans une HLM londonienne. Puis l’adolescence au lycée, entre rébellion, petite délinquance et aspiration à une autre vie. Enfin le début d’âge adulte, avec la rencontre avec son père…

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Jolie découverte que ce film partiellement autobiographique parvenant à dépasser d’inévitables clichés par ses instants de grâce et une mise en scène immersive, au plus près de son personnage, ainsi que des séquences d’un lyrisme visuel et musical rappelant Terrence Malick ou Benh Zeitlin, faisant contrepoint avec la violence psychologique (ou physique) ambiante. Cette alternance savamment maîtrisée donne sa profondeur à The Last Tree.

Débutant par la violence d'un arrachage affectif (Femi est ôté d’une famille d’accueil où il est choyé pour atterrir dans un cité blême auprès d’une mère célibataire peu démonstrative), le film raconte à travers de multiples digressions son ré-enracinement. On retrouve bien sûr le sous-thème édifiant façon « Laisse pas trainer ton fils/Si tu veux pas qu'il glisse », la confrontation de Femi avec un enseignant "passé par là lui aussi" officiant en tant que substitut paternel versus le caïd des cités près à prendre l’ado comme lieutenant, le jardin secret du héros (qui prétend écouter 2Pac alors qu’il se passe The Cure en boucle)… Bref, c’est un roman d’initiation classique avec un Pinocchio contemporain d’origine nigériane, ayant sa bonne fée nourrice dans le Lincolnshire, qui choisira entre être sauvageon ou cultivé (comme les arbres).

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Le message final du film (sa morale si l’on veut) pourra toutefois surprendre, à notre époque où la voix de l’enfant est supposée être plus audible que toute autre, car il établit bien que ce sont les adultes qui opèrent les meilleurs choix pour Femi, toutes maladresses mises à part. D’autant que celui-ci les valide lorsqu’il est à son tour adulte. Il ne manquerait plus qu’un procès en sorcellerie réactionnaire soit intenté à Shola Amoo…

The Last Tree de Shola Amoo (G.-B., 1h40) avec Sam Adewunmi, Nicholas Pinnock, Gbemisola Ikumelo. Disponible sur Universciné, CanalVOD, iTunes, Google, Xbox, Amazon, Rakuten, Orange, ArteVOD, FilmoTV, PlayVOD, Vitis…

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