Théma : "Zébulon et les médecins volants", "Las Niñas", "First Cow", "Illusions perdues"...

Dans les salles / « Le cinéma, c’est filmer la mort au travail », disait Cocteau. Soit, mais avant le grand saut, d’autres étapes s’écoulent, que les films se plaisent à illustrer. Dont vivre et devenir…

Pour devenir, il faut grandir. Et Grandir, c’est chouette ! (20/10) rappelle le volatile du même nom, de retour avec un programme de courts métrages animés jeune public réunis autour des perceptions enfantines (peur du noir, solitude, jalousies entre sœurs etc.) et des moyens d’y remédier. Bien fait, mais sacrément classique si l’on compare avec Zébulon et les médecins volants (20/10) visant le même âge, intégrant des courts russes absolument désopilants — dont Vive les mousquetaires ! d’Anton Dyakov qui évoque l’esthétique et l’humour absurde de Mordillo.

De l’enfance à l’adolescence, il n’y a qu’un pas… pas toujours aisé à franchir, surtout quand on se ressent différent des autres. Dans Ron débloque de Octavio Rodriguez, Jean-Philippe Vine & Sarah Smith (20/10), un ado complexé d’être le seul de son collège à ne pas posséder le robot domestique servant à “se faire des amis” en récupère un largement défectueux. Ses dysfonctionnements vont certes semer un chaos général mais surtout permettre de dé-virtualiser les relations entre gamins. Quelque part entre Les Nouveaux Héros, Les Mondes de Ralph et Baby Boss 2, Ron débloque est un bon divertissement auquel il manque quelque chose d’essentiel sur la fin : une mise en garde corrosive vis-à-vis des objets connectés et de la robotique auprès de son public cible.

Changement de décor et d’époque mais même classe d’âge pour Las Niñas de Pilar Palomero (27/10) : nous sommes ici dans un collège catho de filles du début des années 1990, dans une Espagne encore sous le joug d'une morale rétrograde, alors que la jeunesse aspire à la liberté. La réalisatrice filme ce moment de bascule coïncidant avec l’adolescence de ses héroïnes avec un mixte de nostalgie pour l’insouciance enfantine et de consternation face à la rigidité conservatrice des mœurs d’alors. D’actualité : la crainte de revenir en arrière n’a jamais été aussi grande que ces derniers mois, où les mesures politiques attentatoires aux libertés des femmes prolifèrent dans le monde comme une sale lèpre…

Évolutions, dévolutions

Et puis l’on devient grand, et c’est une autre paire de manches. Avec son titre ô combien programmatique, Illusions Perdues (20/10), Xavier Giannoli adapte Balzac dans une fresque somptueuse et cruelle où Benjamin Voisin, jeune provincial demi-roturier, s’imagine, Rastignac ou Aznavour, conquérir Paris. Forcément, cela tourne mal, mais au passage, quel vertige de cinéma ! Et surtout, quelle effroyable résonance entre le XIXe siècle et notre XXIe

De l’autre côté de l’Atlantique, à la même époque où presque, Kelly Reichardt narre dans First Cow (20/10) un nouvel épisode de la conquête de l’Ouest où deux aventuriers — l’un cuisinier, l’autre fort en marketing — font équipe et connaissent un début de réussite. Leur secret ? Ils volent le lait de la seule vache du pays pour leurs pâtisseries. Si l’argument semble improbable, ce film palpitant, drôle, reposant sur une amitié dont la solidité demeure jusqu’au bout douteuse, est signé par celle qui est devenue la reine du western. Ça ne se manque pas !

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