Villa Gillet & Le Petit Bulletin
Immersion dans
L’Atelier des Récits 2022

Les sorties ciné de la quinzaine

En salle / Les films qu'on a vus avant leur sortie les mercredis 19 et 26 janvier : revue de détail des deux prochaines semaines au cinéma.

★★☆☆☆ Les Leçons persanes de Vadim Perelman avec Nahuel Perez Biscayart, Lars Eidinger, Jonas Nay… (19/01)

1942. Pour sauver sa peau, un prisonnier d’un camp de concentration prétend être iranien et se trouve contraint d’enseigner le persan (qu’il ignore) à un officier nazi fou-furieux. Au fil des cours qu’il prodigue, il parvient à inventer une langue ET mémoriser les noms des victimes (tré)passées par le sinistre camps. Évoquant à la fois La Liste de Schindler comme Un héros très discret pour le cadre abominable et le "miracle" qui s’y produit, ce sujet à haut potentiel tragique s’étiole toutefois dans la durée et son académisme, malgré l’interprétation glaçante de Lars Eidinger, en bipolaire roulé dans la farine de sa propre suffisance.

à lire aussi : Sandrine Kiberlain : « Ça prend du temps, d'oser faire un film »

★★☆☆☆ L'Amour c’est mieux que la vie de Claude Lelouch avec Sandrine Bonnaire, Gérard Darmon, Ary Abittan… (19/01)

Ça commence par un feu d’artifice tonitruant scandé par les mantras sériels de Claude Lelouch (amour, amitié, argent, mort, vie…) ; on y retrouve trois copains pleins aux as dont l’un va bientôt passer l’arme à gauche — à défaut d’y voter. Les deux autres voulant lui offrir une ultime histoire d’amour embauchent une professionnelle qui va succomber aux charmes du moribond… Un recyclage habituel des thèmes préférés du cinéaste bercé de grands mouvements lyriques de caméra, entrecoupé d’extraits piochés dans sa volumineuse filmographie, parsemé de dialogue en semi-impro, saupoudré d’une chanson-rengaine et peuplé d’une distribution prolifique (quel acteur ne rêve de tourner pour lui ?). Rien de neuf donc, si ce n’est que ce 50e opus annoncé comme son dernier long métrage… est le premier acte d’une trilogie.

★★★☆☆ Nightmare Alley de Guillermo del Toro (É.-U., 2h31) avec Bradley Cooper, Cate Blanchett, Toni Collette… (19/01)

Pendant la Grande Dépression, un vagabond atterrit dans un cirque itinérant tenu par un forain roublard. Il y a découvre l’amour et les rudiments d’un tour de médium-mentalisme qui le conduira à la gloire, puis à la ruine lorsqu’il franchira les barrières éthiques et rompra ses vœux… Nouvelle lecture d’un roman déjà porté à l’écran en 1947 par Edmund Goulding, Nightmare Alley laisse un sentiment ambigu. Guillermo s’y fait plaisir — et nous régale — grâce à une splendide direction artistique, convoquant le lustre sublime de l’Âge d’Or hollywoodien (Bradley Cooper en néo Tyrone Power, Cate Blanchett lookée comme Carole Lombard…) et disséminant à l’envi ses obsessions favorites (tératologie par-ci, Alice aux pays des merveilles par-là, compositions picturales ailleurs, yeux partout). Le spectacle nostalgique et référentiel est donc assuré, mais la prévisibilité constante des moindres rebondissements gâche l’effet de surprise escompté.

★★★★☆ The Chef de Philip Barantini avec Stephen Graham, Vinette Robinson, Alice May Feetham… (19/01)

Chaud devant, voici un caviar : une immersion en temps réel (tournée donc en plan-séquence) dans le quotidien d’un restaurant autour d’un chef rongé de soucis personnels et professionnels, de sa prise de service à… impossible de révéler l’issue, mais son chemin est semé d’embûches. Théâtre permanent de la salle à l’arrière-cuisine où chacun des personnage dispose de son histoire et de ses enjeux (d’un rôle précis en somme, comme dans une brigade), ce premier long signé par un comédien dresse également avec brio le catalogue des hypocrisies contemporaines : un restaurant de luxe étant aussi un lieu dans lequel le pouvoir de l’apparence et de l’argent compte souvent davantage que le goût ou la compétence. Stephen Graham s’avère parfait en capitaine groggy, perdu dans ce tourbillon paroxystique.

★★★★☆ Une jeune fille qui va bien de Sandrine Kiberlain avec Rebecca Marder, André Marcon, Anthony Bajon… (26/01)

Paris, 1942. Irène, une apprentie comédienne juive prépare le concours d’entrée au Conservatoire. Sa joie de vivre, son aspiration à jouer, son innocence, sont peu à peu parasitées par le contexte dont elle tente de faire abstraction et qui finira par la dévorer… Pour son passage derrière la caméra, Sandrine Kiberlain offre une singulière proposition de cinéma, où l’Histoire se devine — sans s’imposer — dans la périphérie de l’histoire du personnage dont elle brosse avec sensibilité le portrait. Une recherche de contrepoint subtile incarnée par Rebecca Marder (donnant à Irène une délicate ingénuité doublée d’une profondeur romantique déchirante), qui ne fuit cependant pas la réalité : la dernière séquence est terrible autant qu’inoubliable.

★★★★☆ Les Promesses de Thomas Kruithof avec Isabelle Huppert, Reda Kateb, Naidra Ayadi (26/01)

Mairesse en banlieue parisienne, Clémence s’apprête à raccrocher son écharpe ; auparavant, elle veut obtenir la rénovation d’une cité délabrée. Mais on lui fait miroiter un maroquin et les perspectives vont changer… du moins, en apparence. Cette plongée au creux des arcanes du pouvoir façon thriller en col blanc tient de la partie de billard à n bandes : en politique, le bluff et les convictions vont parfois de pair. Elle montre que la manipulation et les hochets restent les armes préférées des plus haut placés ! Thomas Kruithof compose une trame d’autant plus crédible que son duo Huppert en première édile/Reda Kateb (en dircab défendant jusqu’au bout l’intégrité de son élue) est solide.

★★★☆☆ Municipale de Thomas Paulot (Fr. 1h50) avec Laurent Papot, Ferdinand Flame, Milan Alfonsi… (26/01)

Un comédien est engagé pour se présenter à l'élection municipale de Revin, commune des Ardennes touchée par la désindustrialisation. Ce happening politique vise à une chose : ranimer la fibre citoyenne et civique des administrés. D'ailleurs, le candidat ne cache pas aux Revinois qu'il n'a aucun programme, aucun colistier (il doit les trouver) et promet en cas de victoire de laisser son fauteuil vacant… Si l'on comprend le concept, on trouve un peu tangent de “jouer“ avec une institution démocratique déjà malade de l'abstention autant que l'on mesure la fragilité du projet : le concours et la bienveillance des gens du cru viennent d'ailleurs suppléer au soutien logistique dérisoire du malheureux candidat. Ironie de l'histoire, ce documentaire qui voulait amener de l'imprévu dans le scrutin est rattrapé par l'imprévu de la pandémie, qui lui offre une issue inattendue. À mettre en regard avec Les Promesses de Thomas Khruithof autant qu'avec l'actualité de la Primaire populaire.

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