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Grenoble Capitale Verte Européenne 2022 : « Comment convaincre Jeff Bezos ? »

Événement / Le coup d’envoi a été donné samedi (au rabais pour cause de Covid), c’est parti pour douze mois émaillés d’événements autour de la distinction accordée à notre ville par Bruxelles : Grenoble Capitale Verte Européenne 2022. Rencontre avec le directeur de l’agence du même nom, le chef d’orchestre de l’agenda chargé de cette année, Guillaume Thieriot.

Le principal défi pour l’agence Grenoble Capitale Verte Européenne 2022 (créée par les trois collectivités parties prenantes : ville, métropole et département) est le suivant : comment faire pour que cette année soit plus qu’une opération d’image, une somme de conférences et de discours ?

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Guillaume Thieriot : C’est l’une des questions que l’on s’est beaucoup posé. L’agence a deux missions : coordonner tous les événements et les défis, et piloter la communication de Grenoble Capitale Verte Européenne 2022. Tout l’enjeu, c’est de ne pas s’adresser aux personnes comme à des consommateurs, mais bien les inciter à être des acteurs de cet événement. C’est certes l’occasion de faire briller le territoire, d’accroître sa visibilité sur ce sujet, mais aussi de faire de cette année un accélérateur des transitions.

Dans cette idée d’implication générale, vous avez imaginé une programmation interactive et évolutive…

La programmation est particulière parce qu’elle est conçue de manière horizontale. Entreprises, associations, compagnies artistiques… Tout le monde peut participer et organiser un événement Capitale Verte, à une échelle très locale comme à une échelle plus large. Le projet va évoluer, on démarre l’année sans connaître la programmation définitive.

On y trouve des conférences, des débats, des spectacles, mais aussi des rendez-vous qui auraient existé, Capitale Verte ou non : les expositions Un amour de vélo au musée Dauphinois, ou Mario Prassinos au musée Hébert, par exemple. N’y a-t-il pas un risque d’un agenda un peu fourre-tout, qui perde un peu le cœur du sujet ?

Il va y avoir beaucoup de choses, c’est un fait. Rien que sur le premier trimestre, on est déjà à 140 événements. On en avait annoncé 300 sur l’année, je pense qu’on sera plutôt à 600… Cette année, c’est comme un livre ouvert, chacun peut ouvrir une page et laisser sa trace, dire quelque chose. Est-ce qu’il y a un risque de trop plein ? Evidemment, la communication va traiter différemment les 500 ou 600 événements. Tous n’ont pas les mêmes ambitions, ni le même public... Notre mission, c’est que chacun s’y retrouve dans cette forêt dense de propositions.

Cette année, ce n’est pas un récit, c’est autant de récits qu’il y aura de personnes qui participeront d’une façon ou d’une autre. L’idée, c’est que justement, chacune et chacun vive cette année à sa façon, fasse son propre chemin.

Grenoble est un territoire pionnier, c’est pour ça qu’il a été reconnu. Mais tout n’est pas fait, et face à tout ce qu’il y a à faire en matière de transition écologique, on est un peu perdu et on ne sait pas toujours comment aller plus loin. Il y a des rencontres qui vont faire réfléchir, d’autres qui vont divertir ou faire rêver, et enfin des temps d’action. On a posé un triptyque : « Je pense, je rêve, donc j’agis ». Le premier pilier est la science, le deuxième est la culture, le troisième est la seule conclusion qui vaille, « j’agis ». Moi aussi je passe à l’acte, moi aussi je fais quelque chose. C’est un fil conducteur, cette histoire-là, et on aimerait qu’un maximum de personnes puissent la vivre à leur manière, à leur rythme. L’offre justement va être si nombreuse que chacun va trouver quelque chose qui l’intéresse.

Comment concevoir une programmation qui ne s’adresse pas qu’à des gens déjà convaincus, mais attire ceux qui sont au niveau zéro de la transition écologique ?

C’est à ces personnes-là qu’il faut qu’on arrive à parler, c’est le principal défi de l’année. Il n’y a qu’une façon de le faire, c’est par le « aller vers ». Nous étions présents, par exemple, au marché de Noël ou au salon de l'étudiant.

Il y a des obstacles à la transition. Pendant l’année, on va prendre du temps pour aller chercher ces personnes, comprendre leurs difficultés face à certains défis pour construire le chemin avec elles. Ce sera un bon indicateur de la réussite de l’année si on est parvenu à embarquer les publics éloignés de ces enjeux. Il ne faut pas que ce soit une année de bobo - pour le dire de façon caricaturale -, de déjà convaincus.

Parmi les publics à aller chercher, on peut aussi penser à celui qui prend son SUV pour un trajet de 800 mètres… Comment accrocher ce public-là ?

Comment on fait pour convaincre Jeff Bezos (rire) ? Pour élargir la réflexion à l’extrême, c’est comme de dire, « à Grenoble, on va arriver à la neutralité carbone, super. Mais pendant ce temps-là, la Chine, les Etats-Unis, l’Inde… » On peut se dire que tout ça, c’est dérisoire. On pourrait se le dire… mais dans ce cas, on ne fait rien. Le but c’est plutôt de montrer, de façon douce, que la transition c’est pas mal. Que ce n’est pas le retour aux Amish. Montrer que ça fonctionne, que ça peut améliorer la vie quotidienne, la santé, que ça peut avoir plein d’incidences positives. Tout le monde va être confronté, selon les chercheurs, à des années difficiles. Tout le monde va être impacté par des phénomènes extrêmes. Ça ne peut qu’amener des prises de conscience progressives. Si dans l’intervalle on n’a rien fait, ce sera du temps perdu ; si dans l’intervalle on a fait quelques trucs ça et là, dans des territoires comme ici, il y aura ces exemples. La dynamique se crée de façon positive. Même si en même temps, je verrai des gens aux infos s’émerveiller parce que Jeff Bezos a envoyé trois types dans l’espace...

Outre les événements, vous proposez des défis environnementaux à relever au cours de cette année. Comment ça marche, qui peut le faire ?

Les défis s’adressent aux citoyens, aux entreprises, aux institutions, aux associations… à tout le monde. Chacun peut remplir un formulaire en ligne pour s’engager sur des défis qui lui parlent. Par exemple, sur le thème « air », « je me chauffe au bois sans polluer ». Sur le site, il y aura des ressources correspondantes sur les aides pour changer de mode de chauffage. On est dans l’émulation : on propose de labelliser les associations et les entreprises, c’est une visibilité qu’on leur donne.

Allez-vous vous assurer du respect de l’engagement pris avant de décerner le label Capitale Verte à une entreprise ou un commerce ?

On demande quelques précisions pour apprécier la sincérité de la démarche. Après, on est sur une logique - ça fait aussi partie des aspects de cette société nouvelle - plus collaborative, plus fraternelle, plus horizontale, pour une société de la confiance et de la valorisation. Nous ne sommes pas dans le flicage ou le contrôle.

Quel est le budget de l’agence Grenoble Capitale Verte Européenne 2022 ?

Autour de 2, 7 millions d’euros.

Plusieurs temps forts de la journée de lancement de l’année, samedi 15 janvier, ont été annulés en raison du Covid. Redoutez-vous cette ombre au-dessus de la programmation ?

Ce qui a été annulé, c’est ce qui devait être la marque de fabrique de Grenoble Capitale Verte, le convivial et le festif. De fait, ce n’est pas la cérémonie d’ouverture que nous avions imaginée au départ. Ce qui compte c’est que, Omicron ou pas Omicron, l’année commence. On s’adapte, et l’adaptation a une fonction pédagogique, puisqu’elle teste notre capacité de résilience, notre capacité à apprendre, à évoluer, à modifier nos comportements pour améliorer notre sort collectif en même temps qu’individuel.

La culture est l’un des piliers de cette année, disiez-vous. Comment les acteurs culturels de la région se sont saisis de Grenoble Capitale Verte ?

Nous avions lancé un appel à participation pour des défis, des labellisations d’événements, et la possibilité d’être financé au titre du fonds "coup de pouce vert". On craignait que ça ne plaise pas aux acteurs culturels d’être sur un projet général, on pensait même lancer un appel à participation spécifique. Et en fait on a reçu de nombreuses propositions, ce qui prouve leur sensibilité au sujet. Des fois, le lien avec la transition est indirect, mais tous les moyens qui ne sont pas coercitifs sont bons à prendre !

On réfléchit aussi à provoquer des temps d’échange entre acteurs culturels (certains sont demandeurs), par exemple sur les enjeux de la transition écologique dans le spectacle vivant. C’est un vrai sujet. Nous sommes même en discussion avec le Festival d’Avignon pour une séquence commune sur ce thème.

Grenoble Capitale Verte Européenne 2022 programme et infos sur www.greengrenoble2022.eu

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