Céline Kopp : « Le Magasin doit rouvrir le plus vite possible »

Art contemporain / Céline Kopp a pris la tête, au 1er février, du Magasin, moribond depuis plusieurs années après une série de crises profondes. « Très heureuse » de cette nomination, « enthousiaste » dans sa découverte de Grenoble et sa région, elle court partout dans un objectif : rouvrir le centre d’art contemporain le plus rapidement possible, avec des propositions à la hauteur des attentes fortes des Grenoblois, et au-delà.

Qui êtes-vous et quel est votre parcours ?

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Au cours des neuf ans et demi qui ont précédé j’ai dirigé Triangle - Astérides, un centre d’art contemporain d’intérêt national à Marseille, qui a la particularité d’être dans une friche industrielle, la Belle de Mai – comme le Magasin. Au-delà des expositions qui sont au cœur de ma pratique, j’accompagnais chaque année entre 20 et 30 artistes, français et du monde entier, dans leur travail. Ma réflexion sur le rôle de l’institution artistique s’est forgée au contact de leurs expérimentations et productions dans les ateliers, et au cours de rencontres formidables avec les publics. Le centre d’art portait aussi un engagement fort, avec des chiffres paritaires et une diversité remarquable en 28 ans d’existence – donc un projet singulier dans le paysage institutionnel français, avec lequel je me sentais en accord et qui va continuer à nourrir mon approche au Magasin.

L’autre caractéristique de mon profil c’est l’international : pendant les dix premières années de mon parcours j’ai choisi d’être très mobile et de saisir chaque opportunité. J’ai travaillé comme commissaire d’exposition dans des musées et des écoles d’art aux États-Unis à Los Angeles, à Chicago, à Memphis, au Canada, au Danemark...

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Quel est votre projet pour ce lieu ?

Mon projet répond à un double enjeu : le Magasin doit rouvrir le plus vite possible et aussi se réinventer comme un lieu de création et de diffusion en phase avec le monde actuel. Il doit devenir un lieu de convivialité, d’expérimentation et de création, en synergie avec la nouvelle dynamique du quartier Chorier-Berriat à Grenoble et au sein d’une région déjà riche de culture. J’envisage le Magasin comme une structure de proximité qui doit agir en local et rayonner à grande distance avec une programmation de référence.

Le centre d’art réaffirmera son soutien à la production artistique locale, française et internationale, au sein d’un programme ambitieux d’expositions, de résidences, de publications et de médiation, favorisant la rencontre entre les œuvres d’art, les artistes et tous les publics. Il sera aussi vecteur de recherche artistique et de professionnalisation, en grande proximité avec les écoles d’art.

Je pense réellement qu’aujourd’hui, l’invention du futur de nos institutions culturelles ne se fonde pas sur l’énoncé de grands concepts, parfois hors-sol, mais sur une pratique quotidienne, à l’écoute, sur le terrain : avec les artistes et les publics, et en contact avec une communauté artistique internationale.

Il me paraît urgent d’écouter ce besoin grandissant de participation exprimé par les publics et les nouvelles générations, qui interpellent les institutions culturelles et ne souhaitent plus être considérés comme des destinataires passifs. Mon projet est conçu comme une véritable invitation, par l’expérience sensible de l’art, à ouvrir des espaces de rencontres et de débats. Le Magasin doit se présenter comme un établissement qui parle au nom d’un questionnement créatif, non pas porté par une position d’autorité unique mais par des voix multiples. La programmation sera généreuse dans sa forme, transgénérationnelle, pluridisciplinaire, vivante.

Quel regard portez-vous sur les crises successives qu’a connues le Magasin, la direction étant à chaque fois au cœur de polémiques, voire davantage ? Est-ce que cela ne fait pas peur d’arriver après ces années de tumulte ?

Je tiens d’abord à dire que j’ai beaucoup de respect pour les directions précédentes. J’ai évidemment écouté avec attention les personnes avec qui j’ai pu parler et entendu beaucoup d’émotion de toutes parts. J’ai été recrutée pour impulser un mouvement d’avenir pour le Magasin et j’entends laisser dans le passé ces crises auxquelles je n’ai pas participé. Nous sommes dans une période d’apaisement et de retour de la confiance. Au cours de l’année dernière, la totalité des partenaires publics du Magasin (l’État, la région Auvergne-Rhône-Alpes, le département de l’Isère et la ville de Grenoble) se sont mis autour de la même table pour réaffirmer leurs engagements communs envers cet établissement, pour qu’il puisse retrouver ses publics et ses missions de soutien à la création.

Une nouvelle présidente a été nommée : Estelle Pagès, qui est également directrice de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Lyon. Le dialogue avec les partenaires publics est régulier et la présidence est très engagée et à l’écoute. Je me sens soutenue. Pour vous répondre directement, non je n’ai pas peur.

Le bâtiment est certes très beau mais aussi très dégradé, ce qui rend le travail difficile (conservation d’œuvres, température, etc.), selon les dernières équipes à y avoir travaillé. Avez-vous obtenu des engagements des pouvoirs publics pour améliorer les choses, et si non, comment comptez-vous vous en accommoder ?

Personnellement, j’ai un moment d'émerveillement tous les matins en ouvrant la porte. La lumière est fantastique. C’est un bâtiment qui date de 1900, évidemment il a besoin qu’on en prenne soin ! Mais cette architecture patrimoniale constitue à elle seule un facteur d’attraction à activer. J’ai travaillé dans tous types de lieux, et à moins d’être dans un bâtiment tout juste inauguré il y a toujours des questions de mise aux normes et des améliorations à apporter. C’est le cas du Magasin.

Je viens de passer près de dix années dans une ancienne manufacture de tabac. Il y a eu des travaux mais j’ai aussi travaillé sur des programmations en adéquation avec le contexte, et j’y ai fait chaque année des expositions qui ont été remarquées à l’échelle internationale. Je n’ai quasiment jamais œuvré dans des espaces d’exposition avec des conditions climatiques muséales parfaites !

Depuis mon arrivée, nous avons remis en place un suivi régulier avec la ville de Grenoble, qui est propriétaire du bâtiment. Nous avons pris de nombreux rendez-vous. J’ai pu constater que le chauffage fonctionne désormais correctement dans les espaces d’exposition et les bureaux.

J’ai été nommée à la direction du Magasin avec un projet urgent de réouverture et de mise à jour de l’institution. Cela implique des ajustements essentiels pour adapter le bâtiment aux usages actuels, et cela a été entendu. Si la reconversion en lieu d’exposition a su préserver le génie du lieu, le Magasin doit désormais se muer en un espace d’engagement, ouvert et en contact avec les débats de la société actuelle. La requalification de certains espaces est un chantier prioritaire, en dialogue avec les partenaires publics.

Comment appréhendez-vous l’attente très forte autour de la réouverture du Magasin ? Quand peut-on espérer une réouverture au public ?

C’est à cela que je travaille depuis mon arrivée, je me sens donc totalement partie prenante de ce désir de réouverture. Pour vous répondre : le plus vite possible ! Je viens d’arriver, nous devons donc tout mettre à plat, prioriser et approcher le rétroplanning de façon très pragmatique.

En premier lieu, il va falloir remettre les artistes au centre de la réflexion sur la réouverture et recréer des liens avec l’écosystème artistique territorial, qui est très riche. À ce jour je ne peux pas vous donner une date pour la première exposition mais elle est quasiment confirmée, j’y travaille. J’envisage aussi une programmation d’anticipation, une synergie avec le quartier, et des rendez-vous qui pourront nous aider à patienter si besoin. Je peux donc déjà vous affirmer que le Magasin rouvrira ses portes cette année !

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