Les sorties ciné du 23 mars

"L'Ombre d'un mensonge", "De nos frères blessés", "Seule la terre est éternelle", "Le Grand jour du lièvre", "Plumes"...

Immanquable

★★★★☆ L’Ombre d’un mensonge

à lire aussi : "À plein temps" : à chaque jour suffisent ses peines

Dans une île écossaise où vit une petite communauté plutôt rigoriste, le Belge Phil travaille comme homme à tout faire pour la famille de Millie, célibataire quinquagénaire. Quand Phil a un AVC qui le laisse amnésique, Millie se rapproche de lui et lui révèle qu’ils étaient amants…

Quiconque a dejà vu les réalisations précédentes de Bouli Lanners sait quelles délicatesses ce comédien par ailleurs ouvert à toutes les excentricités burlesques – tautologie : il est belge – peut signer. Ce portrait de femme à l’approche de l’automne dans la lumière mordorée des îles froides et des intérieurs austères, possède une douceur admirable ainsi que la sensualité décomplexée des films de Bergman, où la mort danse sans cesse un pas de deux narquois avec l’amour au bord d’une plage. Ce pourrait être un mélo dont les violons son abolis, remplacés par les guitares électriques et une forme de sérénité paradoxale, plus forte que l’oubli, le mensonge et la disparition. Michelle Fairley, mélange étrange entre Christine Scott-Thomas et Florence Foresti, y est magnifique et magnifiée et Lanners plus que touchant. Un trésor ambré.

De Bouli Lanners (Bel.-Fr., 1h39) avec Michelle Fairley, Bouli Lanners, Andrew Still…


À voir

★★★☆☆ De nos frères blessés

1954. Hélène et son fils embarquent pour l’Algérie afin de suivre Fernand Ivetot, dont elle est tombée amoureuse. Ouvrier communiste, Fernand milite activement pour l’indépendance, allant jusqu’à poser une bombe dans son usine. Arrêté, il sera torturé et guillotiné.

Inspiré de faits réels et adapté d’un roman, le parcours de Fernand Ivetot offre un contrepoint plutôt inattendu aux récits habituels sur la Guerre d’Algérie puisqu’il s’attache à un pied-noir partisan du FLN. Mais en choisissant d’épouser (si l’on ose) le regard de sa compagne, Hélène, le film annule une partie de cette singularité en reprenant au final le point de vue plus convenu du colonisateur sur le territoire colonisé. Reste un pan d’Histoire qu’il est toujours bon de rappeler, surtout en temps de paix relative, ou comment la loi martiale peut mettre à mort "pour l’exemple" un militant qui n’a pas de sang sur les mains (avec la bénédiction du "raïs" René Coty et du ministre de la "Justice" de l’époque François Mitterrand) ; ainsi que le jeu tout en fougue et fièvre de Vincent Lacoste.

De Hélier Cisterne (Fr. 1h35) avec Vincent Lacoste, Vicky Krieps, Meriem Medjkane… (sortie le 23 mars)


★★★☆☆ Seule la terre est éternelle

Confessions autobiographiques de l’écrivain "nature writer" Jim Harrison tournées dans son élément, entre le Montana et l’Arizona, sa table de travail et les parties de pêche, le grand air et les cigarettes, quelques mois avant sa disparition…

Interview au long court de laquelle a été expurgée toute question (et toute apparition de l’interviewer), ce portrait-monologue scandé de paysages, de lectures à voix haute par l’auteur et d’instants conviviaux dans son intimité, tient du puzzle ou du kaléidoscope : la chronologie y est aléatoire, et la présence (ou l’instant) compte plus que la méthode. Pourtant, à force de touches impressionnistes, la figure de l’écrivain se dégage dans une relative authenticité. À recommander toutefois aux seuls admirateurs et lecteurs de Harrison.

De François Busnel & Adrien Soland (Fr., 1h55) avec Jim Harrison… (sortie le 23 mars)


★★★☆☆ Le Grand jour du Lièvre

Des petits pois fuient la voracité d’une chenille ; le lapin de Pâques récupère des œufs afin de les peindre en famille ; une truffe au chocolat devient amie avec une meringue ; un grain de poussière rescapé du grand nettoyage de la chambre d’un enfant sympathise avec ce dernier…

Ce florilège de films animés destiné au très jeune public ne peut renier ses origines : celles (lettones) du Studio AB (SOS brigade de secours), avec ses décors en tricot et feutrine et ses personnages en plastique, plâtre, maille chenille, bois laqué et… charnière apparente. Une esthétique de récup’ et de bricole, rehaussée toutefois d’effets numériques faisant de l’ensemble une étonnante illustration (par l’exemple) du concept de "mélange de la tradition et de la modernité". Gageons que ces considérations laissent les tout-petits de marbre, et qu’ils adhèreront à ces mini-contes – la fable anti-raciste avec les pâtisseries et la course-poursuite des petits pois étant les plus réussis. Quelques réserves malgré tout sur celui donnant son nom au programme, un brin emberlificoté, pour ne pas dire peu compréhensible.

De Dace Riduze & Maris Brinkmanis (Let., 0h48) (sortie le 23 mars)


★★★☆☆ Plumes

Dans un pays plus ou moins méditerranéen gouverné par la bureaucratie et les passe-droits, un ouvrier tyrannique est victime d’un tour de magie raté lors de la fête d’anniversaire de son film en étant transformé en poule. Pour son épouse, c’est une libération, et la galère qui commence…Voici un genre de film semblant échappé d’une autre époque (époque aussi difficile à identifier que les lieux où se déroule l’intrigue) : absurdité kafkaïenne et ambiance bordélique kusturicienne semblent se rencontrer sous la caméra de Iosseliani et de Roy Andersson. Omar El Zohairy laisse en outre longtemps planer le doute sur le caractère réaliste ou fantastique de son conte où tout est à la fois plausible, sans que rien ne soit réellement possible – encore que : sous certaines latitudes, le travail des enfants, la prévarication et les saisies immobilières abusives sont monnaies courantes. Parfait pour faire des cauchemars, à moins que justement cette histoire ne soit déjà le fruit d’un mauvais rêve. On recommanderait presque de le voir dans un état cotonneux, pour accroître l’effet perturbant.

De Omar El Zohairy (Fr., Egy., P.-B., Gr., int.-12ans, 1h52) avec Demyana Nassar, Samy Bassouny, Fady Mina Fawzy… (sortie le 23 mars)


À la rigueur

★★☆☆☆ Le Temps des secrets

Dernières vacances à la Treille pour la famille Pagnol avant que Marcel n’entre en 6e grâce à la bourse qu’il vient de recevoir. Les balades dans les collines avec son ami Lili sont contrariées par l’apparition d’Isabelle, une gamine prétentieuse qui impressionne beaucoup Marcel…

Christophe Barratier prend donc ici le relais d’Yves Robert dans la transposition des Souvenirs d’enfance de Pagnol, se heurtant au problème de la redite de l’épisode "Isabelle" déjà intégré dans Le Château de ma mère. Abolissant la dimension littéraire et mémorielle de l’ensemble (en se passant notamment de la voix-off), Barratier s’octroie des libertés avec le texte, extrapolant parfois pour faire résonner le film de manière insistante avec notre époque (quitte à friser l’anachronisme) ou avec d’autres œuvres de Pagnol. C’est ainsi que Joseph est tenté de courir le guilledou avec une boulangère, tutoie son beau-frère l’Oncle Jules ; qu’Augustine et la Tante Rose fréquentent des réunions de suffragettes auprès de la Tante Fifi ; que la silhouette de Merlusse se devine derrière Socrate, son professeur de latin… Piégé par le désir d’exploiter au drone le bon filon des collines et "d’actualiser" un peu inutilement son sujet, Barratier néglige le potentiel génial de l’autre versant des secrets : l’entrée dans le secondaire du fils de l’instituteur, mettant un pas dans l’indépendance et le savoir… sans tout à fait le savoir. Dommage.

De Christophe Barratier (Fr., 1h44) avec Léo Campion, Guillaume de Tonquédec, Mélanie Doutey… (sortie le 23 mars)


★★☆☆☆ En nous

Une bonne décennie après Nous, princesses de Clèves, Régis Sauder part à la rencontre de quelques-uns des lycéens marseillais qu’il avait suivis. Que sont-ils devenus ?

Sur le modèle des 7Up de Michael Apted, cette succession de portraits – ou plutôt, entrecroisement car l’on saute un peu trop volontiers du coq à l’âne – permet de mesurer l’abîme pouvant séparer le post-adolescent de l’adulte tout juste installé dans sa vie active. En une décennie, des existences sont construites, des rêves sont remisés, des couleuvres avalées. Au spectateur en revanche de faire le boulot de construction : tout est livré à trac et l’on se demande si une série télévisée quotidienne (format Arte) avec de brefs portraits de 15 minutes centrés sur chaque protagoniste n’eût pas été plus captivante.

De Régis Sauder (Fr., 1h39) (sortie le 23 mars)

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