Josiane Gouvernayre, donatrice pour l'Histoire

Musée / Josiane Gouvernayre, octogénaire iséroise, était reçue à bras ouverts mardi 22 mars au musée de la Résistance et de la Déportation de l’Isère, à qui elle a fait don d’une série d’objets personnels datant de la Seconde Guerre mondiale.

Elle déballe de son petit carton de minuscules robes à l’ancienne, avec gros boutons et cols claudine. « Ce corsage, je l’adorais, il est cousu en toile de parachute », explique-t-elle à Jean-Pierre Barbier, président du département de l’Isère. Josiane Gouvernayre était l’objet de toutes les attentions, au musée de la Résistance et de la Déportation. Cette Nord-Iséroise est l’une des 307 personnes qui ont répondu à la collecte d’objets datant de 1939 à 1945 organisée par l’institution l’an dernier. Bons d’essence, photos, publicités d’époque, objets d’écolière… Et plein de souvenirs qu’elle raconte en vrac en même temps qu’elle inventorie ses dons. « Je suis née en 39, j’étais petite, mais j’avais conscience qu’on vivait un moment difficile », dit-elle. « J’avais une instit’ qui était dans la Résistance, elle disait toujours : "si vous savez, vous vous taisez". Et je me souviens bien quand les gens ont brûlé dans leur maison à Salagnon (en février 44, sept jeunes Résistants ont été tués par les Allemands, mitraillés et brûlés, ndlr). » Dans la ferme familiale de Trept, près de Bourgoin-Jallieu, elle se rappelle très bien de la difficulté de la vie quotidienne en temps de guerre. Le rationnement, les privations, les visites impromptues de Résistants, la peur. « Les gens affamés s’arrêtaient dans les fermes, on leur donnait du lait, parfois des œufs. Un jour, un œuf s’est cassé, l’homme s’est mis à quatre pattes par terre pour lécher, tellement il avait faim. Alors, aujourd’hui, quand on fait les difficiles… » Elle taquine mais elle est émue, Josiane Gouvernayre, de se séparer de ses robes de petite fille soigneusement raccommodées et conservées. « Surtout mon petit corsage que j’aime beaucoup. Mais je l’ai pris en photo. »

156 dons intègrent officiellement la collection

Ce corsage intègre très officiellement la collection des Musées de France, à l’instar de 93 autres objets issus des dons d’Isérois. 63 documents d’époque rejoignent, eux, l’inventaire documentaire. « Merci », répète, touchée, la directrice du musée de la Résistance et de la Déportation, Alice Buffet. Elle rappelle les trois objectifs de cette collecte, dont le résultat ne sera pas présenté au public tout de suite : « Avec la disparition des témoins, il y a un risque de disparition des objets. Il s’agit aussi de continuer de développer nos collections, et de les enrichir en vue du transfert du musée au Palais du Parlement (place Saint-André, ndlr). » Un déménagement en plein hypercentre, que Jean-Pierre Barbier espère voir aboutir en 2024 « pour les 80 ans de la libération de Grenoble. Mais si c’est en 2025, ce sera en 2025… » Le principe de la collecte est l’essence même du musée de la Résistance et de la Déportation, rappelle Alice  Buffet. L’institution a été créée par Henri Guillard, professeur d’école primaire, qui avait demandé à ses élèves, en 1962, de faire l’inventaire dans les objets familiaux. Pour celle de 2021, chaque proposition a été soumise à un comité scientifique. « Avec les orientations suivantes, afin d’équilibrer nos collections : privilégier les objets en trois dimensions, si possible datant de la première partie du conflit, de préférence du nord de l’Isère qui était sous-représenté. Et surtout, nous cherchions à illustrer la vie quotidienne et l’état d’esprit des Isérois pendant la Seconde Guerre mondiale. »

Le président du Département souligne lui aussi ce tournant : « L’ère des témoins se termine, malheureusement. C’est pourquoi ce musée a toute son importance, car il s’agit de ne pas diluer ce qu’il s’est passé. » Et de remercier chaudement les nombreuses familles qui ont participé, dont les dons les plus remarquables ont aussi été présentés ce mardi-là. « Nous savons que cela peut être un déchirement de se séparer du souvenir d’un père ou d’un grand-père… Mais ce sont des témoignages irremplaçables, qui marquent le quotidien des Isérois en 39-45. Le devoir de mémoire ne peut pas être uniquement devant les monuments aux morts. La culture, c’est le seul moyen d’éveiller les consciences et d’éviter que cela ne se reproduise. » Et d’évoquer la situation ukrainienne, en regardant les bons d’essence distribués pendant le conflit de 39-45 : « Pourvu que tout ceci ne nous revienne pas. »

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