Duma, la chair et le sang

Métal / Loin des images d’Épinal auxquelles on réduit encore trop souvent les musiques venues d’Afrique subsaharienne, le duo de Nairobi Duma est l’auteur d’un magma sonore hybride, frontal et futuriste, qui fusionne métal extrême et influences électroniques dans un grand maelstrom chauffé à blanc.

C’est un déferlement de chaos sonore d’une intensité à peine croyable qui attend en embuscade l’auditeur de Duma : déluge de percussions frénétiques, hurlements gutturaux, saturations noise incandescentes, rythmiques industrielles massives, ambiances synthétiques d’outre-tombe… Un véritable univers-monde, dystopique et haletant, qui ne ressemble à absolument rien d’existant et laisse littéralement sur le carreau, à la fois lessivé et extatique.

À son origine, deux jeunes musiciens de la scène métal de Nairobi, Martin Khanja et Sam Karugu, qui après avoir sillonné pendant des années diverses formations du cru (Lust of a Dying Breed, The Seeds of Datura…), décident de repousser les frontières du grindcore, du black et du death metal, en les immergeant sous une vaste gamme d’influences exogènes : trap, dark ambient, électronique, breakcore, industriel... On l’aura compris, l’expérience n’est pas de tout repos, mais pourtant tout sauf inaccessible pour peu qu’on accepte de lâcher prise… et de plonger dans l’inconnu.

Nouveaux territoires

En dépit de l’originalité de sa démarche, et de sa volonté de faire fi de tous les schémas existants pour mieux créer quelque chose d’inédit (« on veut que les jeunes de 2040 et 2050 aient quelque chose auquel ils puissent se confronter », déclare candidement le duo en interview), Duma crée en effet sa musique pour exactement les mêmes raisons que plusieurs générations de métalleux avant eux : affirmer sa singularité de la manière la plus frontale possible, dans un environnement oppressant plombé par le conformisme ambiant. Un besoin viscéral et universel dans lequel chacun peut se retrouver, même s’il s’exprime aujourd’hui de manière souvent plus forte et créative hors des frontières occidentales. Découvert par un label défricheur basé en Ouganda, Nyege Nyege Tapes, le duo a ainsi collaboré dans un premier temps avec des artistes venus d’Indonésie (Gabber Modus Operandi) et du Brésil (Deafbrick), plutôt que de partir en quête d’un quelconque adoubement européen ou anglo-saxon. Un signe des temps ?

Duma + Somaticae le 31 mars à 20h30 à la Bobine, 8€/10€

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