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La Région sabre le budget d'institutions culturelles de Lyon, Grenoble et St-Etienne

Politique culturelle / Plusieurs structures culturelles de la région AURA, principalement à Lyon, ont vu leurs subventions amputées sévèrement par Laurent Wauquiez, lequel veut rééquilibrer les aides loin des villes.

Le bruit a commencé à se répandre fin janvier. Puis a pris de l'ampleur. Avant que tout explose quand Le Progrès, le vendredi 22 avril, a révélé les coupes franches opérées et les premiers visés à Lyon : la Villa Gillet, l'Opéra, les Biennales. Le scénario redouté par les acteurs culturels devenait réalité : Laurent Wauquiez a bel et bien sorti la tronçonneuse pour rogner les subventions des institutions culturelles. Pas n'importe lesquelles, bien sûr : plutôt celles de Lyon, de Villeurbanne, à la marge celles de Grenoble et de Saint-Étienne. Des villes non "amies", tenues par EELV, le PS ou encore un élu de droite pas forcément Wauquiez-compatible : il n'en fallait pas plus pour que les accusations de coupes ciblées, politiques, fusent. Que le président de Région soit suspecté de vouloir promouvoir une culture identitaire.

Il semble avoir pris acte de la fragmentation en trois blocs du paysage politique et se positionner sur l'axe "droite dure" de l'arc de cercle politique en cours de reconstitution. La culture serait donc devenue un simple instrument de punition, où l'on coupe les vivres aux bobos des centre-villes, au profit des « territoires » comme le dit Sophie Rotkopf, sa vice-présidente à la Culture et élue roannaise ? C'est une possibilité. Mais pas une certitude, car l'homme à la parka rouge et ses subalternes restent silencieux.  

Les festivals LGBT+ visés lors du premier mandat

Ce ne serait pas nouveau : on se souvient qu'au début de son premier mandat, Laurent Wauquiez avait supprimé les aides aux festivals de cinéma LGBT+ ou coupé certains dispositifs d'aides à l'international et de formation. Déjà, la culture était un instrument au service d'une politique identitaire. Mais ça n'avait pas duré et sa vice-présidente d'alors,  Florence Verney-Carron, avait bataillé ferme pour rétablir des subventions coupées à certains (Écrans Mixtes, par exemple) et surtout donner un cap moins politique à l'action culturelle de la Région. Bataille gagnée : après avoir été très chahutée par le monde culturel, elle avait su gagner le respect de beaucoup. Avant d'être éjectée au dernier moment de la liste par Laurent Wauquiez.

Le président pour son second mandat a choisi des maires, des élus, des snipers, des politiques purs et durs et il a fait l'impasse sur les profils venus de la société civile. Exit Verney-Carron, bonjour Sophie Rotkopf. La Roannaise n'est pas venue pour sa connaissance du milieu culturel, mais parce qu'elle a le cuir solide et la répartie possible. Elle est là pour faire le service après-vente des décisions du président et celui-ci, après avoir consulté en février et mars dernier, a finalement opté pour le scénario le plus tranchant : 500 000 € de coupe pour l'Opéra de Lyon, 350 000€ en moins pour la Villa Gillet (soit 100% du montant attribué précédemment), 253 000€ pour les Biennales, 100 000€ pour l'Institut Lumière, moins 30% pour le TNP, la MC2 à Grenoble est aussi impactée à hauteur de 120 000 € (sur 460 000 €).  Dans le milieu qui, mis à part la Villa Gillet avertie par courrier, découvre les montants dans la presse, c'est la sidération.

Pour d'autres, moins institutionnels, c'est la suite logique : la compagnie de danse hip-hop Pockemon Crew avait ainsi déjà vu sa subvention supprimée intégralement en 2021 après l'arrivée du second exécutif de Laurent Wauquiez. D'autres vont probablement suivre. Point du Jour, TNG et Théâtre de la Croix-Rousse tremblent : leur sort se jouera à la prochaine commission permanente en ce mois de mai.

Le silence comme stratégie

Depuis ces annonces dans Le Progrès, la vice-présidente Sophie Rotkopf reste injoignable. Elle est aussi silencieuse auprès des institutions visées : seule la Villa Gillet avait reçu un courrier avant les révélations du Progrès. Le 14 avril se tenait un conseil d'administration extraordinaire de l'Opéra de Lyon, elle est aussi restée silencieuse alors que tout le monde guettait son intervention. Ce silence n'est pas propre à la vice-présidente et s'apparente à une stratégie : aucun débat n'a eu lieu au sein de l'assemblée régionale ou à la commission culture, les oppositions luttent pour trouver quelques informations. Comme le montant de la subvention allouée au festival lyonnais InVersion porté par les multinationales Vivendi et GL Events, qui reste inconnu. Ce silence permet de laisser glisser plus facilement les contre-attaques, d'autant plus que celles-ci émanent des Verts, qu'une partie du monde culturel regarde encore avec méfiance. Ce silence est aussi fermement conseillé à certains acteurs visés : Laurent Wauquiez leur aurait demandé de se taire, s'ils voulaient retrouver leur subvention l'année prochaine, invoquant une solidarité nécessaire en cette année post-Covid, affirmant vouloir aider les plus petites structures impactées par la crise sanitaire.

À droite, c'est l'une des raisons invoquées pour expliquer ces coupes : le soutien aux petites structures régionales, dans les petites villes, les villages, qui n'auraient pas eu les mêmes aides financières que les grosses institutions ayant pu se constituer ainsi une trésorerie. Le budget culture de 62M€ est maintenu, selon la vice-présidente. Juste réorienté. Le rééquilibrage loin des métropoles, surtout de Lyon, et au profit des campagnes est revendiqué comme faisant suite à la fusion des régions. Ainsi, Clermont-Ferrand ne devrait pas être touchée par ces coupes. Et si l'on ne sait pas encore quelles sont les structures qui vont bénéficier de ce rééquilibrage, c'est parce qu'il faut attendre la commission de mai où près de 90% des subventions de fonctionnement seront votées, ce qui devrait permettre de mieux saisir les réorientations voulues par Laurent Wauquiez. 

Du coup, en attendant, il reste les supputations : du côté du maire de Lyon comme de son adjointe à la Culture Nathalie Perrin-Gilbert (qui ont vu à ce jour près de 25% des subventions de fonctionnement allouées aux opérateurs de leur ville, soit 2 M€ sur 8 M€, être déjà supprimées), on accuse Laurent Wauquiez de jouer la logique identitaire, en particulier avec sa volonté de créer un musée de la civilisation gauloise sur le site de Gergovie dans le Puy-de-Dôme, où eut lieu une célèbre bataille entre Jules César et Vercingétorix. D'autres pensent qu'il va devoir financer plus que prévu la réhabilitation du Château de Saint-Exupéry dans l'Ain en lieu touristique, que Sophie Rotkopf nous a décrit comme l'un des grands enjeux de son mandat. Au même titre que le Musée des Tissus, qui pourrait coûter plus cher que prévu selon des élus de l'opposition.

À l'heure actuelle, seule la survie de la Villa Gillet est engagée, qui devra sans doute a minima supprimer l'un de ses deux festivals. Concernant les Biennales, la trésorerie permettra de tenir mais l'édition de cette année de la Biennale d'Art Contemporain sera impactée. Le risque est grand pour toutes ces structures qui rayonnent pourtant sur l'ensemble de la région de devoir diminuer leurs propositions annexes et de se concentrer sur le cœur de leurs événéments respectifs. En attendant cette fameuse commission de mai, qui pourrait être fatale à d'autres cibles lyonnaises.

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