Cinéma : les films qui sortent à Grenoble le 22 juin 2022

Les films à voir

★★★★☆ Buzz l'éclair 

À la suite d’une malencontreuse erreur de pilotage, Buzz le ranger de l’espace a bloqué un vaisseau et son équipage sur une planète hostile. Après des tentatives infructueuses pour s’en échapper, les naufragés s’y sont installés. Mais ils doivent faire face à une nouvelle menace : les robots du mystérieux Zurg.

Pixar ne fait décidément rien comme les autres, et il faut s’en réjouir. Avec Buzz l’Éclair, la branche la plus avant-gardiste des studios Disney signe une manière de 2001 : l’Odyssée de l’espace compréhensible par tous les publics, en illustrant notamment le paradoxe des jumeaux de Langevin et l’expérience de Hafele-Keating. D’ailleurs, le film constitue lui-même une sorte de paradoxe temporel : n’est-il pas à la fois le spin-off de Toy Story (1995), et censé lui être antérieur puisque le jouet Buzz est inspiré du dudit film ? Plus prosaïquement, Buzz n’est plus ici le faire-valoir un peu benêt d’un cowboy (pour cet emploi, le ranger dispose d’un chat robot) mais bien un héros en quête d’exploit, d’épopée et de dépassement de soi – la locution ne doit pas être prise à la légère. Et cette aventure répond pleinement au cahier des charges de la quête initiatique avec (dans le désordre) formation d’apprentis, apprentissage du deuil et affrontement d’un boss inattendu.

Classique mais galvanisant, Buzz L’Éclair offre de l’avenir et de l’humanité une vision pacifiée, où il existe une planète B, où la question clivante de l’homoparentalité n’est même pas un sujet. Film doudou, il correspond parfaitement à ce qu’un enfant peut en attendre pour aspirer à “grandir“, comme le Andy de Toy Story. Et porte également des promesses virtuelles qu’on peut déchiffrer au terme de ses nombreuses séquences post-génériques. La troisième vous surprendra… 

De Angus MacLane (É.-U., 1h40) avec les voix (v.o./v.f.) de François Civil/Chris Evans, Lyna Khoudri…


★★★☆☆ I'm Your Man 

Dans un futur proche, une scientifique un brin aigrie a accepté (contre un avantage professionnel) de participer à une expérience : vivre trois semaines avec un androïde programmé pour la rendre heureuse. D’abord distante, elle se laisse peu à peu gagner par une forme d’affection pour ce compagnon idéal…

Blade Runner, version soft ? Alma, la scientifique, n’a pas à regarder dans l’iris stricto sensu de son robot domestique ni à procéder au test de Turing pour déterminer s’il possède des signes “d’humanité“ : la contigüité intellectuelle PUIS physique parviennent à la convaincre. Conte moral qui aurait pu servir de support pour l’épreuve de philosophie (dommage, le film sort une semaine trop tard), I'm Your Man pose concrètement une question fondamentale : l’émergence d’une forme de conscience autonome (et pas seulement mimétique) ou de sensibilité chez les individus non humains n’entraîne-t-elle pas l’acquisition de droits spécifiques pour un robot ? Et le simple fait qu’un androïde soit perçu par un humain comme son égal lui permet-il d’accéder à certains privilèges – comme le fait d’être assimilé à une personne et non plus un meuble ? Appartenant à une lointaine science-fiction il y a quelques années, ces problématiques s’invitent de plus en plus dans l’actualité techno-scientifique (il suffit de voir l’exemple du robot Ameca présenté cette année au CES) et pourraient bien sous peu déborder le champ de la théorie. I'm Your Man  pèche en revanche sur un point : sa représentation d’une société légèrement anticipée s’appuyant sur des lieux communs cinématographiques fossilisés depuis les années 1960 tels que les architectures urbaines post-brutalistes aseptisées. Ça doit être ça, le futur antérieur.

De Maria Schrader (All., 1h38) avec Maren Eggert, Dan Stevens, Sandra Hüller…


★★★☆☆ El buen patrón 

En apparence, Juan Blanco a tout pour plaire : ce patron d’une entreprise familiale d’une fabrique de balances semble aux petits soins pour ses employés qu’il couve à l’ancienne ; on comprend donc qu’il soit sur le point de recevoir une distinction. Mais derrière le vernis, tout n’est pas si reluisant…

Plutôt éloigné de l’idée de pureté virginale qu’évoque son nom, Juan Blanco apparaît surtout attaché à l’image d’harmonie et d’équilibre régnant autour de sa propre personne et de ses affaires (ses employés étant assimilés à des dépendances de sa société) ; il convient donc de relativiser l’épithète “bon“ du titre – ou de le prendre avec l’ironie requise. Rappelant à la fois les comédies italiennes, où le bon bourgeois bien sous tous rapports (en général, Sordi ou Tognazzi) voit ses mesquineries dévoilées au grand jour, et American Beauty pour le renversement d’un ordre familial établi, El buen patrón souffre cependant de la comparaison – et ce, malgré le choix judicieux de Javier Bardem dans le rôle-titre. Il manque en effet une authentique pointe de corrosion, de cruauté, de causticité pour que la critique atteigne en profondeur un système global. Oh, bien sûr, il y a des références au passé franquiste, à une jeunesse encore plus manipulatrice et individualiste que la génération actuelle, et même des échos politiques comme de la tragédie. N’empêche : Fernando León de Aranoa signe un objet rond et respectable trop éloigné de la dénonciation subversive pour apparaître menaçant vis-à-vis de l’ordre établi. On ne s’étonne pas qu’il ait fait le plein aux Prix Goya, l’équivalent ibère des César.

De Fernando León de Aranoa (Esp., 2h) avec Javier Bardem, Manolo Solo, Almudena Amor…


★★★☆☆ Les Goûts et les Couleurs

Jeune chanteuse prometteuse, Marcia travaille à la confection du nouvel album d’une vieille gloire des années 1970, Daredjane. Sa disparition soudaine fait surgir son héritier et ayant-droit, Anthony. Vénal, insensible à la musique, hétérosexuel, il est à mille lieues de Marcia. Et pourtant…

Michel Leclerc et sa coscénariste Baya Kasmi avaient déjà montré leur penchant pour la chanson – il est d’ailleurs étonnant qu’ils n’aient pas été retenus par le jury de l’appel à projets sur les films de comédie musicale du CNC ; peut-être n’étaient-ils pas candidats ? –, Les Goûts et les Couleurs leur donne libre cours pour fabriquer du tube d’hier et d’aujourd’hui… Mais aussi faire du remix entre Le Goût des autres (pour l’éducation pygmalionnesque d’un type un peu plouc plongé dans un milieu bobo-intello-branché) et Guy, pour l’évocation d’une figure pop de jadis et la construction de son univers audiovisuel. Sur ce point, c’est réussi grâce à la caméléon Judith Chemla qui donne voix et corps à cette Daredjane, hybride de Barbara et de Brigitte Fontaine. On est moins convaincus par l’évolution “magique“ du personnage dévolu à Félix Moati, passant de gros con avide à quasi-poète désintéressé. Restent quelques piques ou touches politiques visant notamment les collectivités publiques et les artistes contemporains imbus d’eux-mêmes, ou encore la SACEM et son talent pour faire fructifier les catalogues suivant le dicton « l’argent n’a pas d’odeur ». Enfin, et surtout, la précieuse interprétation de Rebecca Marder, dont chaque apparition à l’écran depuis le début de l’année confirme l’étendue du registre.

De Michel Leclerc (Fr., 1h52) avec Rebecca Marder, Félix Moati, Judith Chemla…


À la rigueur

★★☆☆☆ Le Divorce de mes marrants  

Romy Trajman, 21 ans, part à la rencontre de son père, un peintre bipolaire qu’elle n’a pas vu depuis le divorce de ses parents une décennie plus tôt. Au fil des échanges avec toute sa famille, elle découvre des vérités enfouies, des pathologies héréditaires, des relations complexes à l’Histoire et à la religion juive…

L’appellation “documentaire musical”, comme le titre laissant croire à une séparation rebondissante de fantaisie, ne doivent pas abuser le public : il n’y a rien de désopilant dans cette auto-enquête, et pas grand-chose à chanter, malgré trois ou quatre clips scandant les va-et-vient de la protagoniste entre le côté papa et le côté maman. Ancienne enfant-star des réseaux sociaux à la carrière musicale très météoritique, Romy Trajman s’inscrit dans le registre du grand déballage extime – le genre  “lavage-de-linge-sale-sur-la-toile“ –, à la limite de l’impudique Je vois rouge de Bojina Panayotova, de Pauline s’arrache d’Émilie Brisavoine ou de certaines réalisations de Maïwenn. Dans tous ces cas, la caméra (floue et mal stabilisée) y apparaît autant comme facilitatrice de parole que déclencheuse de crises. Et joue aussi ce rôle ambigu “d’agent promotionnel“ puisque la plupart des familles dysfonctionnelles représentées, volontiers désinhibées, entretiennent un rapport à l’expression artistique et/ou à la recherche de notoriété. S’il s’achève sur un sketch-pirouette où chacun "divorce du divorce", ce règlement de comptes où rien ne se règle vraiment accouche malgré tout d’une évidence énoncée par l’une des protagonistes : le fait qu’une thérapie familiale serait plus à même de régler ce maelström. On est d’accord.

Documentaire de Romy Trajman & Anaïs Straumann-Lévy (Fr., 1h23)

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