Voir (et revoir) ensemble

Début ce mercredi du festival Voir ensemble consacré au cinéma jeune public, avec une programmation témoignant d'un bel éclectisme et d'une ouverture maximale sur le monde. Christophe Chabert


Pour ceux qui pensent que le cinéma jeune public se résume à des grosses productions animées mais sans âme venues des studios hollywoodiens ou à des recueils de courts-métrages inégaux regroupés selon l'âge des enfants auxquels ils se destinent, le festival Voir ensemble remet les pendules à l'heure. Oui, les plus jeunes spectateurs ont aussi droit de succomber à la beauté filmique d'un Ozu, à l'humour slapstick de Jerry Lewis, au réalisme sentimental d'un Comencini et aux documentaires délicats de Nicolas Philibert. C'est tout le pari de Voir ensemble, festival qui prolonge l'action menée tout au long de l'année par le Méliès dans son programme d'éducation à l'image. Pas d'ornières donc dans la programmation, mais au contraire une ouverture maximale sur tous les âges du cinéma, pour tous les âges des spectateurs.

Visions nipponnes

Niveau contemporain, on ne peut que conseiller à nouveau quelques œuvres marquantes de ces derniers mois, Ernest et Célestine et Wadjda en tête, tous deux chaudement recommandés dans nos colonnes. Pour ce qui est des invités du festival, le dessinateur Jung viendra présenter le beau film d'animation Couleur de peau : miel qu'il a co-réalisé avec Laurent Boileau, et Nicolas Philibert reviendra sur son magnifique Le Pays des sourds après avoir offert le12 mars au public — tout le public, et pas exclusivement les plus jeunes — en avant-première son dernier documentaire, La Maison de la radio. Cette ouverture du festival est autant une ouverture sur les formes cinématographiques que sur le monde : ainsi en témoigne la soirée Tokyo, très beau programme regroupant un ciné-concert autour du chef-d'œuvre d'Ozu Gosses de Tokyo et un film inédit sur grand écran de l'immense Satoshi Kon, Tokyo Godfathers — bel hommage au cinéaste récemment décédé. Le Japon sera à l'honneur aussi avec l'avant-première de A letter to Momo et la reprise de Panda, petit panda œuvre de jeunesse d'Isao Takahata, l'auteur du Tombeau des lucioles. Petit événement aussi : après la redécouverte de l'étonnant (et très sombre) The Plague dogs, le cinéma de Martin Rosen refait définitivement surface avec La Folle escapade, qu'il avait tourné quatre années avant, une autre fable animalière où son regard de moraliste amer transpire par-delà l'apparente naïveté du dessin et du récit.

Festival Voir ensemble
Au Méliès, du 20 février au 13 mars


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