Grenoble ramène sa science

À l'occasion du festival Pint of Science organisé du 23 au 25 mai dans vingt villes françaises, on se demande où se pense la science à Grenoble. Echosciences, la Casemate, le projet des Grands Moulins de Villancourt… : on a trouvé plusieurs réponses prometteuses pour l'avenir.


Au regard de l'agenda de la semaine, la culture scientifique ne saute pas forcément aux yeux à Grenoble et dans l'agglo, alors que la capitale des Alpes est réputée pour être à la pointe dans ce domaine. Un constat qui n'a pas effrayé Élise Delaforge, jeune docteure en biophysique qui a décidé d'importer l'événement Pint of Science à Grenoble : des rencontres avec des scientifiques autour de thèmes précis et dans un bar, pour désacraliser la chose. Le festival entame sa seconde édition grenobloise.

« À Grenoble, les gens ont l'habitude d'être curieux » explique-t-elle. Un point de vue que partage Gilles Grand, des Cafés sciences et citoyens de l'agglomération grenobloise, même si selon lui il reste « une certaine défiance du public envers la science ». D'où son envie de « faire le lien entre les citoyens et les scientifiques ». Sur le même principe de rencontres, son association œuvre depuis 10 ans pour la vulgarisation et a su fédérer une communauté – « entre 40 et 80 personnes minimum à chacune de nos rencontres ».

Pour Joël Chevrier, ancien vice-président en charge de la culture scientifique à l'université Joseph Fourier, ces petites initiatives montrent que « la culture scientifique change ». D'une vulgarisation par le bas, encore vraie il y a quelques années, on est passé à une dynamique plus large, avec des citoyens au contact permanent de la science. « Aujourd'hui, dans la plupart des laboratoires, l'objet technologique le plus avancé, c'est le smartphone de la secrétaire ! »

« Créer du lien »

Si les lignes de la culture scientifique sont en mouvement à Grenoble, c'est notamment grâce à la plateforme en ligne Echosciences-Grenoble, hébergée par la Casemate (voir plus bas). 15 000 visiteurs uniques, 300 contributeurs ayant publié au moins un article : le réseau social dédié à la science tourne bien. Marion Sabourdy anime cette communauté depuis son lancement en 2012, avec pour mission de « créer du lien entre les communautés de personnes ».

Un site qui ne se résume donc pas à un simple agenda autour des domaines scientifiques : dessus, on croise pêle-mêle des lycéens travaillant sur un projet, des chercheurs partageant leurs travaux, l'éléphante Eulalie du Muséum de Grenoble ou encore une maman blogueuse en quête de sorties familiales. « Les profils sont vraiment diversifiés. Et on a quasiment la parité ! » L'expérience grenobloise marche si bien qu'Echosciences fait des petits en Bretagne et dans le Sud.

« Une politique d'agglo »

Autre raison de l'ouverture croissante des Grenoblois vers les sciences, la Casemate, centre de culture scientifique technique et industrielle de Grenoble inauguré en 1979 : un lieu qui a su démocratiser la pratique scientifique via notamment des expositions ou des ateliers sur le mode du « Do It Yourself ». Les Rencontres-i, biennale arts-sciences créée en 2002 par l'Hexagone de Meylan (qui se définit comme une scène nationale arts sciences), s'inscrivent aussi dans cette logique. Séduite par ces différentes initiatives, la communauté d'agglomération grenobloise, présidée depuis 2014 par le très branché sciences Christophe Ferrari, s'engage dans cette voie.

Le projet du Planétarium de Pont-de-Claix, dit des Grands Moulins de Villancourt, en est l'exemple type. Intégré à Grenoble Alpes Métropole depuis janvier 2015, ce centre de médiation artistique et scientifique œuvrera à son ouverture (pas avant plusieurs années) pour « la construction d'une politique autour de la culture scientifique et technologique autour de l'agglo » assure Laurent Ageron, qui suivait le projet pour la mairie de Pont-de-Claix – mairie dirigée depuis 2008 par… Christophe Ferrari ! Rendez-vous donc plus tard. En attendant, on peut toujours aller boire une bière avec un scientifique !


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