La Fête du Travailleur alpin : « Célébrer 90 ans d'existence est exceptionnel »

Faut-il encore présenter la Fête du Travailleur alpin ? Du 28 au 30 juin, cette véritable institution iséroise organisée par des militants communistes célèbrera à Fontaine son 90e anniversaire. Comme à son habitude, cette petite Fête de l'Huma fera la part belle aux concerts (Flavia Coelho, Kery James, Médine…), débats politiques et animations diverses, le tout placé sous le signe de « l'engagement, la solidarité et la fraternité » – tout un programme ! L'occasion aussi de se pencher sur l'histoire et les coulisses du festival avec Simone Torres, sa nouvelle directrice.


Quelle est l'histoire derrière la Fête du Travailleur alpin ?

Simone Torres : L'histoire de la fête est indissociable de celle du journal du même nom. L'événement est né en 1929, soit un an après la création de la revue par Paul Billat, son premier rédacteur en chef, et François Campiglia, secrétaire régional du Parti communiste français (PCF) de l'époque. Avec l'interdiction du PCF pendant la Seconde Guerre mondiale, la fête tout comme le journal ont été suspendus, même si ce dernier continuait de paraître clandestinement. Il faudra attendre 1945 pour la reprise officielle des festivités.

La fête a pas mal voyagé dans l'agglo depuis sa création, en s'installant d'abord à Saint-Martin-d'Hères, puis Sassenage, Grenoble, Uriage et aujourd'hui Fontaine. Et le nombre de participants a lui aussi bien évolué : on est passé de 40 personnes lors de la première édition à plus de 5 000 ces dernières années. Célébrer 90 ans d'existence est aujourd'hui quelque chose d'exceptionnel pour une fête associative car entre les coupes budgétaires, le manque de relève et l'instauration de nouvelles normes (comme la sécurité), il est parfois difficile de perdurer pour ce type de manifestation.

Le Travailleur alpin étant édité par la fédération iséroise du PCF, cette fête est-elle principalement destinée aux militants communistes ?

La Fête du Travailleur alpin est la fête de tous les Isérois, pas juste celle des militants. Elle existe encore aujourd'hui car elle est inscrite dans l'ADN des Isérois et parce qu'elle est portée par les militants communistes, quelles que soient les difficultés qu'ils rencontrent. La force de cet événement est de réunir des gens autour des valeurs fédératrices que sont l'engagement, la solidarité et la fraternité.

Cette fête a aussi la particularité d'attirer des participants de tous horizons grâce à sa double dimension culturelle et politique, et grâce à son prix d'entrée accessible. Depuis sa création, les organisateurs ont toujours eu à cœur de permettre au plus grand nombre d'avoir accès à la culture, au divertissement et à l'information pour mieux comprendre ce qu'il se passe dans le monde.

Comment choisissez-vous les artistes qui se produisent lors de la fête ?

On recherche des artistes engagés qui portent nos valeurs et dont la musique correspond à ce que les gens ont envie d'entendre. À une époque, on a reçu Dalida, Joe Dassin ou encore Jacques Brel car c'étaient les artistes populaires à ce moment-là. Cette année, la fête s'ouvrira le vendredi au son de la world music avec Flavia Coelho, El Gato negro et Djazia Satour et continuera le samedi avec une soirée rap dont les têtes d'affiche sont Kery James, Vin's et Médine. Le dimanche sera consacré à la scène locale avec la fanfare La Mort Subite ou encore le groupe rock Méli Mômes.

Depuis plusieurs années, on organise aussi en amont le tremplin du Travailleur alpin dont le jury a pour mission de sélectionner, parmi une cinquantaine de candidats, deux groupes locaux qui se produiront lors de la fête. Cette année, les gagnants sont Okome et Lazareff, et les organisateurs de la fête ont retenu de leur côté le groupe Gens Bon Beur comme “coup de cœur”. C'est important pour nous de mettre ces artistes en avant et de leur donner la possibilité de jouer dans des conditions professionnelles – sons, lumières… À terme, on aimerait instaurer un partenariat avec la Fête de l'Huma pour leur permettre de se produire là-bas et ainsi gagner en visibilité.

Et côté débats et animations, ça donne quoi ?

Nos débats sont toujours centrés autour de thèmes d'actualité. Cette année, nous nous interrogerons sur l'élection du président d'extrême droite brésilien Jair Bolsonaro et ses conséquences sur le progressisme, sur les manières de dépasser le capitalisme ou encore sur la place des femmes dans le sport. Pour animer les débats, nous aurons plusieurs invités d'honneur dont le maire de Grenoble Éric Piolle, et Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, qui fait le déplacement pour nos 90 ans.

Pendant ces trois jours, il y aura aussi des spectacles d'arts de rue, des démonstrations de graff, du live painting, des expositions, des stands tenus par des militants et associations… et le traditionnel vide-greniers du dimanche. Bien entendu, de nombreuses surprises sont prévues pour nos 90 ans mais pour les découvrir, il faudra venir à la fête !

La Fête du Travailleur alpin
À Fontaine du vendredi 28 au dimanche 30 juin


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