L'esprit Canal, Bolloré et le dézingage

Édito du n°1045 - mercredi 15 février - Petit Bulletin Grenoble

Pour qui a grandi avec le fameux "esprit Canal", ce qu'il arrive aujourd'hui à la chaîne (de plus en plus) cryptée a de quoi démoraliser. Depuis la reprise de cette dernière par Vincent Bolloré, tout semble partir en vrille, comme si l'homme d'affaires souhaitait effacer plus de 30 ans d'inventivité et d'impertinence. Car un pan de l'humour français est né et/ou s'est épanoui sur Canal – en vrac : les Guignols, les Nuls, les Deschiens, le duo De Caunes / Garcia, Jean-Yves Lafesse, Jamel Debbouze, les Robins des bois, Omar et Fred, Groland…

Un patrimoine qui semble de plus en plus derrière nous et dont les restes, chose impensable il y a encore quelques années, vont s'épanouir ailleurs – le Petit Journal de Yann Barthès a migré sur une chaîne du groupe TF1 (oui, TF1 est devenue hype), le Zapping renaît sur France 2 sous le nom de VU…

Certes, il reste quelques programmes intéressants à l'antenne (comme le Gros Journal de Mouloud Achour, qui offre la parole à des personnalités parfois peu vues ou entendues), mais tout cela donne surtout un goût amer de fin de règne, comme en témoigne l'annonce de ce lundi 13 février : l'arrêt forcé faute d'audience du Grand Journal, émission phare de la chaîne depuis 2004.

Bolloré aura peut-être économiquement raison sur le long terme en voulant faire de son nouveau jouet un produit payant de prestige. Mais en attendant, nous avons le droit de lui en vouloir de dézinguer à ce point une histoire que l'on a tant aimée.