« Fils d'immigrés, noir et pédé » : oui, il faut l'affirmer !

Édito du n°1132 - mercredi 1er mai 2019 - Petit Bulletin Grenoble

« Fils d'immigrés, noir et pédé » : porter un T-shirt avec un tel message dans la cour de l'Élysée le soir de la Fête de la musique (celle de l'an passé), alors qu'on a été invité à y jouer, n'est pas une provocation. C'est simplement une affirmation : "je suis qui je suis" nous dit le musicien Kiddy Smile (qui sera à la Belle électrique mi-mai). Et, par ricochet, un message politique : "je suis qui je suis, faites avec".

En ces temps qui tendent à être de plus en plus inclusifs (même si tout n'est pas idyllique, loin de là – mais bon, nous serons négatifs dans un prochain édito), il va falloir s'habituer à ce que celles et ceux que notre société considère encore comme des minorités (même si ces minorités sont parfois majoritaires, comme les femmes !) forcent le passage pour être sur le devant de la scène alors qu'on continue (consciemment ou non) à leur barrer l'entrée. Et, surtout, assument ce qu'ils et elles sont (pédé notamment dans le cas de Kiddy Smile, qui utilise donc la technique de réappropriation de l'insulte pour en faire une force) plutôt que de se couler dans un moule censé être universaliste mais qui est surtout totalement excluant pour les personnes qui ne seraient pas conformes à une certaine norme illusoire – celle qui pourrait être lue en prenant l'inverse du slogan dudit T-shirt !

« On est visibles, donc on est politiques » déclarait Kiddy Smile à Libé deux mois après la fameuse Fête de la musique. Merci de l'affirmer si clairement.