Il Divo

ECRANS | En s’attaquant à la figure ambiguë du politicien italien Giulio Andreotti, Paolo Sorrentino ne se contente pas de nous livrer un énième biopic, mais explose le genre pour en révéler, enfin, tout le potentiel cinématographique. François Cau

François Cau | Jeudi 18 décembre 2008

Un saisissant travelling avant accompagne un premier soliloque. Giulio Andreotti (Toni Servillo, sidérant) y évoque avec son flegme terrifiant l'ironie de sa destinée professionnelle : il aura survécu à tous ceux qui le laissaient pour mort politiquement, avec pour seule séquelle ces migraines qui lui valent d'avoir le visage orné d'aiguilles d'acupuncture. En un plan d'une évidence formelle terrassante, Sorrentino fait mine de désacraliser son héros pour mieux asseoir sa redoutable rhétorique. La machine esthétique peut alors s'emballer : la mélodie imparable du Toop Toop de Cassius se fait entendre, accompagne un faux générique où les séquences de meurtres perpétrés par la mafia s'enchaînent à un rythme vertigineux. Vient ensuite, en addendum de ce premier puzzle visuel que le film reconstituera au fil des événements, la présentation du “courant andreottien“ - des politicards improbables, filmés comme les membres d'un gang, discrets sifflotements “leoniens“ à l'appui. En une bobine à peine, Paolo Sorrentino s'empare d'une matière narrative complexe (les dessous de la politique italienne des trente dernières années, ni plus ni moins !) et la transfigure en un matériau cinématographique puissant.

Capo di tutti

Le film n'aura dès lors de cesse de bringuebaler le spectateur dans son rythme frénétique, de le prendre au piège de sa mise en scène ébouriffante, bourrée d'idées d'un culot extrême, et placée sous le signe du mouvement perpétuel. La construction dramatique d'Il Divo, quasi abstraite, suit une logique kaléidoscopique, virevolte sans cesse en un marabout-de-ficelle visuel détonant. Point d'agitation vaine, cependant : Sorrentino réfléchit en permanence son sujet, sa place dans l'espace, ses équivoques et ses paradoxes aussi dévorants en substance que surprenants à l'écran. Giulio Andreotti, à la fois témoin distant et acteur pragmatique, se fait ainsi le pivot d'une passionnante réflexion sur la duplicité des enjeux de pouvoir, dont il représente bien évidemment l'ambivalent paradigme. Le réalisateur se garde bien de répondre à la question de son implication dans les accointances criminelles qui lui sont reprochées, et se borne à restituer son attitude hautaine, déstabilisante au possible au beau milieu du barnum des politiciens infatués. En cela, Il Divo est un achèvement artistique inédit dans le domaine du biopic : un film d'une puissance et d'une intégrité hallucinantes, laissant le soin au spectateur de s'en faire sa propre interprétation.

Il Divo, de Paolo Sorrentino (Ita, 1h50) avec Toni Servillo, Anna Bonaiuto…

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"Silvio et les autres" : l’Italie à sa botte

ECRANS | de Paolo Sorrentino (It-Fr, 2h38) avec Toni Servillo, Elena Sofia Ricci, Riccardo Scamarcio…

Vincent Raymond | Mardi 30 octobre 2018

Sergio, petit escroc provincial, cherche à s’attirer les faveurs de Berlusconi afin de monter en gamme dans le bizness. S’il dispose des atouts nécessaires (de jeunes femmes), il lui faut trouver la connexion idoine. Au même moment, dans sa villa, l’ex "Cavaliere" se prépare à revenir au pouvoir. La première séquence montre un agneau innocent entrant par mégarde dans la demeure de Berlusconi. Fatale erreur : fasciné par la télévision diffusant un jeu quelconque, il s’écroule raide, traîtreusement pétrifié par la climatisation glaciale, aussi sûrement que par une œillade de Méduse. Malheur à tous ces Icare et Sémélé ayant désiré approcher leur divinité : leur chute sera à la hauteur de leur orgueil. Cette ouverture en forme de parabole résume tellement bien le propos du film qu’on se demande, un peu inquiets, si ce qui suit peut être du même niveau. Même si le cinéaste italien Paolo Sorrentino (La Grande Bellezza,

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Youth

ECRANS | Deux artistes octogénaires tentent de soulager leurs multiples douleurs dans un hôtel de luxe grouillant de curistes aisés. Après sa réussite "La Grande Bellezza", Paolo Sorrentino s'embourbe en voulant à tout prix amener son film vers une séquence de fin grandiose. Qui, du coup, affadit dramatiquement l'ensemble. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 8 septembre 2015

Youth

Mick travaille sur un projet de film au milieu d’un aréopage de jeunes scénaristes, Fred a lui tiré un trait sur son métier de compositeur. Un émissaire de la Reine d’Angleterre lui fait miroiter un anoblissement. En contrepartie, Mick devra diriger un concert. Sa réponse ? Non. À l’instar de Wes Anderson pour Grand Budapest Hotel, mais dans un style plus classique, Paolo Sorrentino se crée sa Montagne magique à lui. Un décor helvétique déréalisé, où les minutes ont suspendu leur inexorable course ; où tout est figé dans des rites immuables, fréquenté par une aristocratie désuète et anachronique… Si les personnages de Fred et Mick se détachent, préférant la solitude ou leurs moments de complicité, voire la compagnie d’un jeune acteur (Paul Dano), c’est que demeure en eux une flamme de vitalité s’exprimant en dépit des trahisons du corps : l’instinct de création. Tant que l’un peut continuer à "faire" de la musique (pour lui-même, à partir du son d’un papier de bonbon ou des clarines des vaches) et l’autre du cinéma, aucun des d

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Épisode MMXV : une rentrée cinéma en Force

ECRANS | Cette rentrée 2015 ressemble à une conjonction astronomique exceptionnelle : naines, géantes, à période orbitale longue ou courte, toutes les planètes de la galaxie cinéma s’alignent en quelques semaines sur les écrans. Sortez vos télescopes ! Enfin… chaussez vos lunettes. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 1 septembre 2015

Épisode MMXV : une rentrée cinéma en Force

C’est l’étoile Jacques Audiard, tout de Palme laurée, qui a annoncé la fin de la trêve estivale en mettant Dheepan en orbite le 26 août. Une précocité qui n’égale pas celle de Winter Sleep l’an passé : le film de Nuri Bilge Ceylan avait jailli début août sur les écrans. Dans son sillage, l’intégralité (ou presque) du palmarès cannois va se révéler : Mon roi de Maïwenn (Prix d’interprétation féminine pour Emmanuelle Bercot) et Chronic de Michel Franco (Prix du scénario) le 21 octobre ; The Lobster de Yorgos Lanthimos (Prix du Jury) le 28 ; Le Fils de Saul de László Nemes (Grand Prix) le 4 novembre. Si l’on excepte Maïwenn, il y a là un étonnant tir groupé ; comme si les jeunes cinéastes étrangers distingués sur la Croisette s’étaient ligués pour tenter d’exister commercialement. Car la concurrence en salle sera rude : d’abord, les poid

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La Grande beauté du cinéma italien

ECRANS | Les huitièmes Rencontres du cinéma italien organisées par Dolce cinema affichent un programme dantesque, que ce soit dans sa compétition, son panorama ou ses (...)

Christophe Chabert | Jeudi 7 novembre 2013

La Grande beauté du cinéma italien

Les huitièmes Rencontres du cinéma italien organisées par Dolce cinema affichent un programme dantesque, que ce soit dans sa compétition, son panorama ou ses hommages. L’ouverture, vendredi 15 novembre à 20h30, se fera en grande pompe à La Source avec un ciné-concert autour de Maciste aux enfers (1925), mis en musique par l’Unikum Swak, ensemble de quinze musiciens dirigé par Mauro Coceano. Le festival prendra ensuite ses quartiers au Club, avec notamment un très beau focus sur le travail du chef opérateur Luca Bigazzi à travers quatre films : Lamerica de Gianni Amelio, Une journée à Rome de Francesca Comencini, L’Intervalo de Leonardo di Costanzo et surtout Les Conséquences de l’amour (photo) de Paolo Sorrentino. La complicité entre Bigazzi et Sorrentino, entamée avec ce beau film trop méconnu et poursuivi jusqu’à son récent et sublime La Grande Bellezza – repris dans le panorama du festival – leur a permis de développer une sophistication visue

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La Grande Bellezza

ECRANS | L’errance estivale d’un écrivain qui n’écrit plus dans la Rome des fêtes et des excès. Derrière ses accents felliniens, le nouveau film de Paolo Sorrentino marque l’envol de son réalisateur, désormais au sommet de son inventivité visuelle et poétique, portant un regard à la fois cruel et plein d’empathie sur le monde. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 22 mai 2013

La Grande Bellezza

De jour, un touriste asiatique fait un malaise en contemplant Rome depuis ses hauteurs ; de nuit, une fête orgiaque et débridée attire la faune des mondains romains. Cette bonne dizaine de minutes n’a rien à voir avec ce qu’on appelle traditionnellement une «exposition» au cinéma. C’est plutôt un poème filmique, sans dialogue et sans intrigue, où la caméra semble défier la gravitation. Depuis Les Conséquences de l’amour, on connaît la virtuosité de Paolo Sorrentino, sa capacité à intensifier les sensations par un travail extrêmement sophistiqué sur les focales, les mouvements de caméra et un montage musical épousant l’humeur des séquences. Mais jamais il n’avait osé s’affranchir à ce point de la dramaturgie pour tenter une immersion non pas dans une histoire, mais d’abord dans un monde, pour restituer ses propres perceptions d’une ville dont il abhorre les excès et dont il adore la beauté. Les inconséquences de l’amour Ce qui est, peu ou prou, le sentiment de Jeb (Toni Servillo), autrefois auteur d’un roman culte (L’Appareil h

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This must be the place

ECRANS | Sean Penn en rocker glam vieillissant et déprimé qui part à la recherche du tortionnaire nazi de son père mort : c’est l’improbable, déroutant et en fin de compte attachant nouveau film du réalisateur d’Il Divo. Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 7 juillet 2011

This must be the place

Imaginez un Robert Smith dépressif dans une maison art-déco de Dublin, traînant au supermarché avec sa pote gothique, faisant de la pelote basque dans sa piscine vide… Voici Cheyenne, anti-héros du nouveau film de Paolo Sorrentino, sous les traits d’un Sean Penn grimé en chanteur de Tokio Hotel viré vieux travelo. Réaction logique du spectateur : prendre ce type pour un crétin et regarder ce petit monde tourner en rond dans les cadres chiadés du réalisateur comme une mauvaise contrefaçon du cinéma des frères Coen — la présence de Frances MacDormand dans le rôle de la femme de Cheyenne pousse d’autant plus à la comparaison. Après une demi-heure de ce manège agaçant, Sorrentino commence à renverser tous ses clichés. This must be the place s’avère alors graduellement attachant, en dépit d’une partie dramatique où Cheyenne part aux Etats-Unis à la recherche du nazi qui a torturé son père, road movie qui frôle plus d’une fois la sortie de route. Le rocker philosophe Le film réussit toutefois son pari pour deux raisons : d’abord, nous faire épouser le regard de Cheyenne sur le monde, cette ironie qui en fait un sage au milieu des fous. Sur c

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Cannes jour 10 : Bonne conduite

ECRANS | Drive de Nicolas Winding Refn. This must be the place de Paolo Sorrentino.

François Cau | Samedi 21 mai 2011

Cannes jour 10 : Bonne conduite

Dans la dernière ligne droite du festival, celle où l’on risque à tout instant la sortie de route, les organisateurs de ce Cannes 2011 ont eu la bonne idée de programmer un film qui s’appelle Drive. C'est logique et bienvenu, car le nouveau Nicolas Winding Refn, qu'on l'aime ou pas, a fait l'effet d'un shoot de red bull sur les festivaliers. Le cinéaste danois avait tenté une première fois l'aventure hollywoodienne avec Inside job (rien à voir avec le docu coup de poing sorti l'an dernier), dont l'échec public et critique l'ont renvoyé direct et la rage au cœur vers son pays natal. Depuis, entre la fin de sa trilogie Pusher, l'incroyable Bronson et le très personnel Valhalla Rising, Winding Refn est devenu un des cinéastes qui compte dans le paysage mondial. Mais Drive n'a rien d'un film personnel, c'est une commande ouvertement commerciale qu'il a reprise au pied levé et sur laquelle il a pu déverser sa cinéphilie et son incontestable talent de metteur en scène. On y suit un cascadeur de cinéma qui, la nuit tombée, devient chauffeur pour des hold-ups millimétrés. Un super-héros à l'envers, particulièrement taciturne et insondable, qui derrière sa voix douce et son blouson élimé ca

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