Morse

ECRANS | Les atermoiements geignards et pseudo-gothiques de "Twilight" vous ont pesé ? Allez donc vous réconcilier avec vos amis les vampires en découvrant cette petite perle horrifique toute en nuance. François Cau

François Cau | Lundi 2 février 2009

Bambin blondinet blafard, Oskar est la tête de turc de ses camarades de classe. Un garçon introverti, n'aimant rien tant que se réfugier dans son monde, où il prendrait enfin le dessus sur son morne quotidien. Sa rencontre avec Eli, sa mystérieuse nouvelle voisine noctambule, va précipiter sa catharsis, lui donner de l'assurance et réveiller des sentiments qu'il ne pensait jamais connaître. Seule ombre au tableau, l'arrivée d'Eli coïncide avec une vague de meurtres excessivement violents, où les victimes sont retrouvées vidées de leur sang…

De prime abord, ce qui frappe dans le film de Tomas Alfredson (dont le titre original, Let the right one in, hommage à la chanson de Morrissey et clin d'œil à un aspect de la mythologie vampirique finement décliné dans le film, est tout de même plus marquant), c'est son air glacial. Tant au niveau de la mise en scène, constituée essentiellement de plans fixes assortis de discrets mouvements de caméra, que de la composition des cadres, écrins d'une noirceur abyssale pour les éclats de violence amenés à y exploser.

Aux frontières de l'aube

Mais là où le réalisateur s'éloigne de cette distance caractéristique du nouveau cinéma fantastique scandinave, c'est dans sa description subtile de la relation entre Oskar et Eli, et dans ses prodigieuses réappropriations du folklore vampirique, sources de séquences mémorables pour tout amateur de cinéma fantastique blasé par des dizaines de sous-produits se reposant sur leurs maigres acquis. Une fois le décor planté, Alfredson construit avec élégance un vertigineux puzzle narratif où les pulsions de mort et de vie se complètent de façon souvent dérangeante, où les manifestations d'une horreur crue n'empiètent jamais sur la construction d'un amour guidant le récit envers et contre tout.

La réalisation prend peu à peu une ampleur toujours maîtrisée, bouleverse le point de vue du spectateur pour mieux lui faire ressentir les sentiments équivoques animant les deux protagonistes – tout en mettant habilement en relief leurs chemins de croix respectifs. Une fusion a priori irrationnelle, qui trouvera son apogée dans le saisissant plan-séquence constituant le climax du film comme la meilleure légitimation de la somme de ses partis pris : une poésie unique, d'une beauté trouble, sur fond de violence aveugle. Tomas Alfredson nous confirme dès lors la réussite de son audacieux pari – rarement carnage n'aura été aussi émouvant…

Morse
De Tomas Alfredson (Suède, 1h54) avec Kare Hedebrant, Lina Leandersson…

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Ouverture glaçante du cycle "Vent du Nord" au Ciné Club

ECRANS | Rendez-vous mercredi 17 février à 20h pour (re)découvrir "Morse", petite perle horrifique suédoise de 2009 signée Tomas Alfredson.

Aurélien Martinez | Mardi 16 février 2016

Ouverture glaçante du cycle

Le deuxième meilleur film de 2009 selon le Petit Bulletin, arrivé juste derrière Un prophète ? Morse de Tomas Alfredson. Un film glaçant sur un adolescent victime de harcèlement qui rencontre une jeune vampire dans la banlieue de Stockholm. Au même moment, plusieurs meurtres violents sont commis dans lesquels les victimes sont retrouvées vidées de leur sang… Avec Morse, Alfredson a construit un vertigineux puzzle narratif où les pulsions de mort et de vie se complètent de façon souvent dérangeante comme on l’écrivait dans notre critique très enthousiaste publiée lors de la sortie du film en février 2009. Un excellent choix qu’a donc fait le Ciné Club de Grenoble pour ouvrir son cycle "Vent du Nord". Un cycle qui se poursuivra avec La Fille aux allumettes d'Aki Kaurismaki (1990) le mercredi 2 mars et Adalen 31 de Bo Widerberg (1969) le mercredi 9 mars.

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La Taupe

ECRANS | De Tomas Alfredson (Ang, 2h) avec Gary Oldman, John Hurt, Colin Firth…

François Cau | Vendredi 3 février 2012

La Taupe

La Taupe fait partie de cette catégorie de films pas aimables, ou plutôt, qu’on ne cesse d’avoir envie d’aimer (et pas seulement parce que son cinéaste Tomas Alfredson avait réalisé le génial Morse) même s’ils ne font rien pour l’être. Le scénario, tiré de John Le Carré, est d’une complexité hallucinante, et la mise en scène, qui perd sans arrêt ses personnages dans des décors étouffants, procure autant de fascination — jamais l’atmosphère du complot paranoïaque de la guerre froide n’avait été aussi magistralement retranscrite à l’écran — que d’ennui. Cette traque à l’agent double par des espions anglais rigides et vieillissants, dont un Gary Oldman impressionnant, ne dit en fin de compte rien de neuf sur la politique de l’époque, et la résolution, décevante, achève de donner le sentiment que la sortie du labyrinthe était en fait la porte d’à côté. Pourtant, il y a une piste passionnante qui sauve in extremis le film de l’exercice de style fétichiste : cet univers masculin où les émotions sont bannies transpire à chaque instant l’homoérotisme refoul

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