Qui es-tu, le film d'auto-défense ?

François Cau | Jeudi 19 février 2009

Rétro / Avec L'Inspecteur Harry, Don Siegel et Clint Eastwood posaient les codes du film d'auto-défense (ou vigilante-flicks en parler cinéphage) telles que brillamment détournées aujourd'hui par le même Eastwood dans Gran Torino. À savoir : un individu, seul et idéaliste, qui passe outre lois, justice et police pour redresser les torts avec ses propres méthodes. Charles Bronson a kiffé grave le concept, sans en saisir l'ironie narquoise, et s'est mis fissa sur le créneau avec Un justicier dans la ville (Death wish) et ses suites, graduellement bidons (notamment Le Justicier braque les dealers, dont le titre est déjà un appel aux soirées déviantes entre potes bourrés). Stallone, jaloux, l'imitera dans le grotesque Cobra, faisant allégeance à son maître de l'époque : Ronald Reagan. Deux grands cinéastes vont, eux, subvertir les règles et livrer des films autrement plus pertinents : John Carpenter avec Assaut, où une bande d'individus sans visage font le siège d'un commissariat en cours de déménagement. Flics, voyous et justicier amateur se donnent alors la main pour résister à la horde. En fait, le grand Carpenter utilise le vigilante-flicks pour mieux remaker en douce Rio bravo de son maître Hawks. Quant à William Lustig avec le bien nommé Vigilante, il tourne un film d'auto-défense presque bressonien, avec un anti-héros (Robert Forster) tellement apathique que ses actes de justicier véner' n'acquièrent aucune grandeur. Il se fait même humilier par sa femme qui lui reproche de ne pas avoir été là au bon moment ! James Wan, dans le brillant Death sentence, retiendra la leçon : plus son personnage se venge, plus il se transforme en épave humaine, aussi effrayante que les punks qu'il massacre à tour de bras… En France aussi, on a nos petits maîtres du genre. Tout petits, d'ailleurs : il n'y a qu'à voir les très bas-du-front Légitime violence de Serge Leroy et Tir groupé de Jean-Claude Messiaen (cinéaste sous-estimé par les amateurs de gros bis qui tâche) pour s'apercevoir que seule la bêtise et Gérard D'Aboville traversent sans encombre l'Atlantique.
CC

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

"D’après une histoire de Stephen King" : King, de l’écrit à l’écran

Littérature et cinéma | Aux côtés de Stéphane Bouley, auteur du livre "L’œuvre de John Carpenter", Matthieu Rostac et François Cau viendront samedi 19 octobre à la librairie Les Modernes (puis le soir venu au Keep it Weird) défendre leur ouvrage commun "D’après une histoire de Stephen King". Explications.

Damien Grimbert | Mardi 15 octobre 2019

C’est un sujet qui semble tellement évident (a posteriori, comme tous les bons sujets), qu’on se demande bien pourquoi aucun livre ne lui avait encore été consacré : géant de la littérature horrifique américaine depuis les années 1970, Stephen King est l’auteur d’un nombre de romans et de nouvelles démesuré dont une part plus que conséquente a fait l’objet un jour ou l’autre d’une adaptation à l’écran, petit ou grand. Décrypter, avec une rigueur et une abnégation jusqu’au-boutiste, ce qui relie chacune des œuvres originelles à son adaptation et inversement, c’est le travail pharaonique auquel se sont donc attelés Matthieu Rostac, journaliste pour So Film, et François Cau, journaliste pour Mad Movies (et il y a de ça maintenant bien des années rédacteur en chef du Petit Bulletin Grenoble – c’était la parenthèse "transparence et déontologie"). De Carrie à M. Mercedes Ce travail aussi riche que passionnant est basé sur une construction limpide : pour chaque œuvre adaptée, un retour détaillé sur cette dernière et sa (ou ses) déclinaison(s), le tout enrichi d’icônes précisant

Continuer à lire

Des Carpenter à l’affiche du Club

ECRANS | Dissipons d’emblée un malentendu pour ceux qui auraient mal lu : non, le groupe The Carpenters ne va pas se produire au Club. Il faudrait davantage (...)

Vincent Raymond | Mercredi 24 octobre 2018

Des Carpenter à l’affiche du Club

Dissipons d’emblée un malentendu pour ceux qui auraient mal lu : non, le groupe The Carpenters ne va pas se produire au Club. Il faudrait davantage que le contexte, certes favorable, d’Halloween et de la Toussaint réunies pour ressusciter la malheureuse Karen Carpenter. Cela dit, il sera indirectement question de musique puisque c’est de John Carpenter dont il est question et que le cinéaste ne résiste rarement à la tentation de composer les bandes originales de ses films (à grands coups de guitares saturées). Grand maître du cinéma de genre, du fantastique et de l’épouvante (dont la sortie récente d’un nouvel épisode de Halloween a rappelé qu’il était à l’origine de ce slasher), l’auteur de L’Antre de la folie et de Vampires a droit à une modeste rétrospective en cinq actes, un par semaine – sur le modèle de celle que le Club avait consacrée à Dario Argento cet été. Déjà engagée la semaine du mercredi 24 octobre avec le Halloween matriciel, elle se poursuit dès le 31 avec Fog (1980), totalement de saison au moment

Continuer à lire

"Impitoyable" et "L'Inspecteur Harry" : Eastwood, double détente

ECRANS | Jeudi 18 janvier, le Pathé Chavant consacre une soirée au géant du cinéma qu'est Clint Eastwood.

Vincent Raymond | Lundi 15 janvier 2018

À trois semaines de la sortie de son nouveau film en tant que réalisateur (Le 15:17 pour Paris, inspiré de la tentative d’attentat à bord du Thalys), et alors qu’il semble avoir renoncé à passer devant la caméra, n’est-il pas tentant de se souvenir du comédien Clint Eastwood ; en particulier dans ces deux rôles indissociables de son imposante stature que sont Harry Callahan et Bill Munny ? Pour L’Inspecteur Harry (1971) de Don Siegel, il inaugure pour la première fois la plaque et le révolver Smith & Wesson de son plus fameux alter ego. Flic marmoréen aux mâchoires serrées et aux méthodes jugées expéditives par sa hiérarchie, Harry (qui a hérité du délicieux sobriquet de "Dirty" ainsi que d’une réputation exécrables auprès de ses équipiers – et pour cause : ils se font régulièrement dessouder) est ici sur les traces de Scorpion, un tueur en série terrifiant San Francisco. Inspiré par la traque du tueur du Zodiaque, ce thriller a déchaîné contre lui toutes les consciences progressistes, ulcérées par les saillies systématiques anti de l’ombrageux inspecteur. Taxé de fasciste, Harry est plutôt un anar de droite détes

Continuer à lire

"Sully" : Clint Eastwood reprend les commandes

ECRANS | de Clint Eastwood (E.-U., 1h36) avec Tom Hanks, Aaron Eckhart, Laura Linney…

Vincent Raymond | Mardi 29 novembre 2016

Clint Eastwood a-t-il résolu de se momifier en aède de la geste étasunienne contemporaine ? Alors, autant qu’il s’intéresse à cette belle figure du pilote Chesley "Sully" Sullenberger, plutôt qu’à Chris Kyle, sujet de son précédent opus American Sniper (2014). Pour la simple raison que le premier a sauvé les 155 vies de son avion sur le point de s’abîmer en le posant sur la rivière Hudson ; le second ayant gagné sa notoriété en flinguant des ennemis. Mais si ces deux personnages sont considérés par leurs concitoyens comme des héros équivalents malgré leurs mérites opposés, Sully a fait l’objet d’un traitement particulièrement inique : on l’a accusé d’avoir agi de manière irréfléchie et périlleuse. Voilà ce qui a dû titiller Clint, prompt à défendre façon Capra l’honnête homme contre une machine juridico-financière en quête de responsable. Eastwood/Hanks, c’est l’alliance de deux Amériques idéologiquement contradictoires, partageant pourtant des valeurs humaines fondamentales ainsi qu’une foi

Continuer à lire

Le cinéma de quartier des Barbarins fête ses dix ans

CONNAITRE | Pour fêter ses dix ans d’existence, le cinéma de quartier des Barbarins fourchus propose quatre jours de programmation entièrement dédiés au cinéma bis. L’occasion de (re)découvrir quelques classiques dans un cadre cinéphile et convivial. Damien Grimbert

Damien Grimbert | Mardi 24 mars 2015

Le cinéma de quartier des Barbarins fête ses dix ans

Avant de devenir progressivement la chasse gardée des cinéphiles érudits, le cinéma bis fut pendant longtemps un divertissement de prédilection des classes populaires qui s’évadaient ainsi de leur labeur quotidien à l’occasion de programmes exotiques projetés dans des petites salles de quartier décrépies à la fréquentation interlope. Monstres géants, ninjas, aliens, samouraïs, zombies, mercenaires, aventuriers, vampires, cow-boys, maîtres de kung-fu et pirates s’y affrontaient à l’écran pour les beaux yeux de jeunes filles peu farouches, offrant généreusement évasion, frissons, imaginaire et divertissement bon marché aux jeunes prolétaires en mal de sensations fortes… Une époque désormais révolue mais ponctuellement ressuscitée depuis dix ans à Grenoble par l’équipe des Barbarins fourchus avec des doubles-séances dont on s’est souvent fait l’écho dans ces pages. Demandez le programme Et pour cause : contrairement aux salles de l’époque, les films sélectionnés par les Barbarins réunissent exclusivement des perles du genre, à même de convaincre aussi bien cinéphiles aguerris que néophytes curieux. Ces derniers pourront ainsi en l’espace de quelques

Continuer à lire

American Sniper

ECRANS | En retraçant l’histoire de Chris Kyle, le sniper le plus redoutable de toute l’histoire américaine, Clint Eastwood signe un film de guerre implacable où la mise en scène, aussi spectaculaire qu’aride, crée la dialectique si chère au cinéaste pour rendre la complexité de ce héros ambigu. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 février 2015

American Sniper

« Tu es un redneck » dit sa future femme à Chris Kyle (massif et impressionnant Bradley Cooper) lors de leur première rencontre. « Non, je suis Texan » lui répond-il. Et il précise : « Les Texans montent sur des chevaux, les rednecks se montent entre eux. » Avec cette (rare) respiration au milieu de la tension qui règne dans American Sniper, Clint Eastwood met déjà les choses au clair sur son personnage : Chris Kyle est un pur produit de l’Americana sudiste, élevé dans le culte de la Bible (qu’il transporte avec lui mais qu’il n’ouvre jamais), des armes (son père lui apprend tout jeune à chasser) et de la Patrie. Il semble n’avoir aucune vie intérieure, suivant un autre précepte édité par son paternel : il ne sera ni une brebis, ni un loup, mais un chien de berger, veillant presque par instinct sur les siens. Or, une fois engagé sur le terrain irakien en tant que sniper d’élite au sein des Navy SEALs, Kyle va faire l’expérience du trouble, même si sa carapace de machine de guerre texane ne se fissure pas si facilement. Sniper pas sans reproche En définitive, c’est bien le regard de Eastwood qui, progressivement, fait apparaît

Continuer à lire

Appelez-le Snake

ECRANS | Pour lancer sa nouvelle édition (dont on reparlera longuement la semaine prochaine), le festival des Maudits films s’offre une soirée d’ouverture grande (...)

Christophe Chabert | Mercredi 9 janvier 2013

Appelez-le Snake

Pour lancer sa nouvelle édition (dont on reparlera longuement la semaine prochaine), le festival des Maudits films s’offre une soirée d’ouverture grande classe avec le diptyque de John Carpenter consacré à son héros le plus légendaire, Snake Plissken. Après deux succès retentissants qui renouvelaient le genre du cinéma d’horreur (Halloween et Fog), Carpenter tourne en 1981 une pure série B d’anticipation, New York 1997. L’Amérique, qui voit son taux de criminalité exploser, réagit de manière radicale en transformant la Grosse Pomme en ville-prison ultra sécurisée dans laquelle sont déportés tous les délinquants (au sens très large du terme) de manière définitive. Pas de bol, le Président des États-Unis est victime d’un crash à bord d’Air force one, et se retrouve livré à la horde des prisonniers. En échange d’une grâce, Snake Plissken (Kurt Russell), hors-la-loi hors du temps, a vingt-quatre heures pour aller le récupérer. Amateur de western, Carpenter en retrouve l’esprit et les codes par la seule force de ce personnage badass et viril, individualiste et iconisé. Adepte du grand «fuck off» final renvoyant tout le monde (politiciens e

Continuer à lire

J. Edgar

ECRANS | Clint Eastwood revient à son meilleur avec cette bio de J. Edgar Hoover, dont la complexité et la subtilité sont à la hauteur de cette figure controversée de l’histoire américaine. Christophe Chabert

François Cau | Dimanche 8 janvier 2012

J. Edgar

Qui était J. Edgar Hoover, puissant patron du FBI pendant plus de quarante ans ? Un réactionnaire obsédé par un potentiel complot bolchevique ? Un homosexuel honteux incapable de s’affranchir d’une mère castratrice ? Un junkie cherchant à repousser le moment tragique où il n’aura plus la puissance physique de résister à ceux qui réclament son départ ? Un mythomane qui ne cesse de réécrire son histoire, s’inventant un destin héroïque et romanesque ? Il était tout cela, mais ce tout est aussi un grand vide, et l’énigme Hoover demeure entière. Clint Eastwood, fidèle à sa dialectique qui lui permet de critiquer les mythes fondateurs de l’Amérique sans pour autant en dénoncer les valeurs, fait du portrait de Hoover un labyrinthe temporel où chaque séquence viendrait brouiller la précédente, où le personnage ne serait jamais saisi dans une alternance de blanc et de noir, mais dans de constantes zones de gris. De fait, si le cinéaste déconstruit Hoover, il refuse toute explication psychologique. Et pour cause : le film ne cesse de dire qu’Hoover n’existe pas, qu’il est une invention, un être dont la vie n’a été qu’une affaire d’adaptation, d’opportunisme et de survie. La grand

Continuer à lire

Qui es-tu, le western ?

ECRANS | Genre / Donné pour mort après le passage de Sergio Leone et de Sam Peckinpah, le western reste un genre populaire, un film venant à intervalles réguliers le (...)

François Cau | Mercredi 16 février 2011

Qui es-tu, le western ?

Genre / Donné pour mort après le passage de Sergio Leone et de Sam Peckinpah, le western reste un genre populaire, un film venant à intervalles réguliers le rappeler en faisant un carton au box office et en remportant une moisson d’oscars. Mais c’est aussi un genre atomisé, allant du néo-classique au maniérisme, du conservatisme au «révisionnisme». Quatre ans après l’échec cinglant du western marxiste de Cimino La Porte du paradis, Clint Eastwood tourne Pale Rider (1985), tentative crédible de réinscrire le genre dans son histoire — entre Ford et Leone. Le succès pousse d’autres cinéastes à s’engager dans cette voie, mais les conduit surtout à une distance ironique avec les codes : le troisième Retour vers le futur (1990) et les deux volets de Young guns (1988 et 1990) sont des westerns fétichistes et décalés. Seul Kevin Costner avec son triomphal Danse avec les loups (1990) retrouve le souffle spectaculaire des grandes épopées classiques, même si le sujet du film change complètement la perspective sur la légende de l’Ouest en montrant un Yankee adopté par les Indiens. Quand Eastwood, encore lui, réalise Impitoyable (1992), o

Continuer à lire

Au-delà

ECRANS | Du drame surnaturel en forme de destins croisés que le sujet autorisait, Clint Eastwood ne conserve que les drames individuels de ses personnages, dans un film d’une grande tristesse et d’une belle dignité. Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 13 janvier 2011

Au-delà

Journaliste star de France Télévisions, Marie Lelay (Cécile de France, convaincante malgré quelques maladresses concernant l’activité de son personnage) est emportée par le tsunami thaïlandais de 2004. Elle vit alors une expérience de mort imminente au cours de laquelle elle distingue des silhouettes sur un fond blanc aveuglant. De retour en France, elle reste hantée par cette vision. Dans le même temps, à Londres, le frère jumeau de Marcus, Jacob, meurt écrasé par une voiture. Et à San Francisco, George Lonegan (formidable Matt Damon, aussi massif que fragile), medium vivant son «don» de communication avec les morts comme une «malédiction», tente de se reconstruire en travaillant à l’usine et en suivant des cours de cuisine. On voit bien les écueils qui guettaient Au-delà : son rapport au paranormal, qui a déjà donné naissance à une flopée de nanars new-age, et son scénario en destins croisés et mondialisés façon Iñarritu. Mais Clint Eastwood, justifiant l’admiration qu’on peut avoir pour son cinéma, déjoue tout cela par la seule intelligence de son point de vue. Le surnaturel n’est pas son problème, mais celui de ses personnages ; ce qui l’intéresse, ce n’est pas de savoir s’i

Continuer à lire

Invictus

ECRANS | De Clint Eastwood (ÉU, 2h13) avec Morgan Freeman, Matt Damon…

François Cau | Lundi 11 janvier 2010

Invictus

La réussite d’Invictus tient à un fil, comme souvent chez Clint Eastwood. Sa manière de s’extraire par le haut des conventions scénaristiques rappelle son précédent film Gran Torino. Son héros, Nelson Mandela, a d’ailleurs plus d’un point en commun avec Walt Kowalski : derrière l’image publique, on découvre un vieillard seul, fatigué, prêt à sacrifier sa personne pour réconcilier deux peuples qui se détestent. Eastwood ne cache pas son admiration envers le personnage, et il le filme avec une bouleversante délicatesse. La première partie montre comment il entre à pas feutrés dans ses habits de Président. L’humanisme et l’équité dont il fait preuve rejoint le regard du cinéaste : chaque personnage, blanc ou noir, principal ou secondaire, sera traité avec le même nuancier, les mêmes égards. Mais le cœur d’Invictus est ailleurs, quand Mandela prend conscience que c’est par le sport que son projet de réconciliation peut se concrétiser. La coupe du monde de rugby va avoir lieu en Afrique du Sud, et les Spring Boks sont en pleine déroute. Man

Continuer à lire

Eastwood est Gran !

ECRANS | Cinéma / Avec Gran Torino, Clint Eastwood, devant et derrière la caméra, réalise un de ses meilleurs films, drôle et provocateur, émouvant et mélancolique. Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 19 février 2009

Eastwood est Gran !

Walt Kowalski vient d’enterrer sa femme et s’apprête à retourner à une fin de vie routinière. Ancien de la guerre de Corée, le voilà entouré de ses «ennemis» d’hier dans un ghetto dont il ne veut pas bouger, peinard avec ses bières, sa chienne et la Gran Torino 72 qu’il a contribuée à assembler lorsqu’il était ouvrier chez Ford. Kowalski est un bout d’Amérique échoué, qui marine dans son aigreur, ses préjugés raciaux et sa haine des générations suivantes en poussant des grognements de clebs à qui l’on tenterait de voler son os. Kowalski, c’est Clint Eastwood, de retour devant la caméra quatre ans après Million dollar baby, qu’il avait pourtant présenté comme son dernier rôle. Mais l’occasion était trop belle de remettre la défroque du comédien… Ce personnage est taillé sur mesure pour l’acteur devenu un mythe nourri de fulgurances et d’ambiguïtés. Kowalski synthétise sans tapage tout cela : les justiciers aux méthodes contestables, les éducateurs guerriers cherchant à transmettre leurs valeurs, les ratés vieillissants et torturés. Avec un seul objectif : être en paix avec lui-même au jugement dernier. John Wayne de proximité Depuis l’excellent

Continuer à lire

«Je fais ce que j’ai envie de faire»

ECRANS | Livre / Dans un recueil d’entretiens avec Michael Henry Wilson, Eastwood acceptait comme jamais d’évoquer son travail de cinéaste. CC

François Cau | Jeudi 19 février 2009

«Je fais ce que j’ai envie de faire»

Peu loquace en interview, généralement réticent à parler du contenu de ses films, Clint Eastwood a fait de sa parole de cinéaste une denrée rare. C’est ce qui rend le recueil d’entretiens réalisés sur plus de vingt ans par Michael Henry Wilson, co-réalisateur des docus de Scorsese sur le cinéma américain, aussi précieux. Wilson aborde Eastwood en cours de carrière, peu de temps après la sortie de Sudden impact. Il le rencontrera ensuite régulièrement à chaque sortie de films (évitant judicieusement les rares faux-pas de sa filmographie) et même au début de son éphémère carrière politique. Au fil des discussions, le mystère Eastwood se dissipe. Ses thèmes d’abord, à commencer par le rejet des institutions bureaucratiques qui brident la liberté individuelle. Une idée qui effectivement relie les Inspecteur Harry à Mémoires de nos pères, les films «d’auteur» aux films de genre. La méthode ensuite : Eastwood ne signe pas ses scénarios, mais les prépare méticuleusement. Soit il fait réécrire avant de tourner, soit il réécrit pendant. Quand un scénario lui plaît, il le filme tel quel (comme celui de Million dollar baby) ; il peut même dans la foulée passer commande au scénariste pour u

Continuer à lire

L’Échange

ECRANS | Le maître Eastwood aurait-il visé trop haut ? Complexe et bancal, L’Échange multiplie les lignes narratives et finit par brouiller son discours. Petite déception. Christophe Chabert

François Cau | Mardi 11 novembre 2008

L’Échange

On n’en voudra pas à Clint Eastwood, après avoir enchaîné des films aussi énormes que Mystic River, Million Dollar Baby et le diptyque Iwo Jima, de marquer le pas avec cet Échange bancal. Cela étant, le film ne se dégage pas d’un revers de coude et s’il rate sa cible, c’est plus par excès d’ambition que par manque d’inspiration. Car la mise en scène est là, classique, épurée, au service d’un scénario complexe à l’argument poignant : à Los Angeles dans les années 20, Christine Collins découvre que son fils a été enlevé. Après plusieurs semaines d’enquête, la Police lui apprend que son enfant est vivant. Mais lors des retrouvailles sur un quai de gare, c’est un autre gamin qui lui est restitué. Le shérif refuse d’entendre ses protestations, cherchant par cette action d’éclat à redorer un blason terni par les accusations de corruption portées par un pasteur influent. Toute cette introduction est remarquable : Eastwood montre un état qui fabrique un mensonge et met en œuvre une machine bureaucratique où des experts s’unissent pour plier la réalité à cette fiction. Impossible de ne pas penser, même si c’est une facilité, à la manière dont l’administration Bush à fabriquer des preuves

Continuer à lire