L'Imaginarium du Docteur Parnassus

François Cau | Jeudi 5 novembre 2009

Il ne faut jamais parier sa tête avec le Diable… Pour avoir oublié cette maxime fellinienne, le Docteur Parnassus, qui autrefois faisait tourner le monde en en racontant le grand récit universel, est devenu un vieux camelot à la tête d'un anachronique théâtre ambulant. Et c'est maintenant sa fille, Valentina, qui à l'approche de ses 16 ans risque de finir dans l'escarcelle du malin. Ce petit cirque brinquebalant va croiser la route de Tony, escroc sauvé de la mort alors qu'il était pendu sous un pont ; le bel intrigant va trouver dans cet imaginarium un endroit idéal pour fuir son passé. Comme d'habitude chez Terry Gilliam, le pitch du film est prétexte à tous les délires baroques, notamment quand Tony pénètre de l'autre côté du miroir, changeant de visage (idée inventée par l'auteur pour terminer un tournage brisé par la mort de Heath Ledger ; Jude Law, Colin Farrell et Johnny Depp viennent donc jouer les doublures de luxe…) et arpentant des mondes visuellement déments. Mais ce n'est pas cela qui séduit le plus dans le film — son abus de fond vert est même un péché coupable. En recentrant (contraint et forcé ?) son histoire autour du docteur Parnassus, Gilliam propose un étonnant autoportrait, ainsi qu'une relecture malicieuse de son œuvre : qu'y a-t-il dans la tête de Parnassus ? Des bobbys en jupe qui font une comédie musicale, un jeu vidéo dégoulinant et obscène, une mare cauchemardesque de canettes de bière, une datcha tenue par une matrone gigantesque… Ce sont donc tous les films du cinéaste, de sa période Monty Python jusqu'aux frères Grimm en passant par Brazil, qui refont un petit tour sur l'écran. Quant à la destinée de Parnassus, elle rejoue sur un mode allégorique la lutte de Gilliam contre Hollywood. Avec lucidité, le cinéaste confesse qu'il s'est fait berner par ce Satan séduisant, mais qu'il n'abdique pas pour autant : même réduit à tirer des cordelettes, il continuera, vaille que vaille, à raconter ses histoires.
CC

L'Imaginarium du Docteur Parnassus
De Terry Gilliam (Ang-Canada, 2h02) avec Heath Ledger, Christopher Plummer, Tom Waits…

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"L’Homme qui tua Don Quichotte" : tout ça pour ça ?

ECRANS | Pendant un quart de siècle, le réalisateur Terry Gilliam a quasiment fait don de sa vie au Don de Cervantès. Un dévouement aveugle, à la mesure des obsessions du personnages et aussi vaste que son monde intérieur. Mais l’histoire du film n’est-elle pas plus grande que le film lui-même ?

Vincent Raymond | Mardi 22 mai 2018

De retour en Espagne où il avait tourné son film d’études inspiré de Cervantès, un réalisateur de pubs en panne créative (Adam Driver) retrouve le cordonnier (Jonathan Pryce) à qui il avait confié le rôle de Don Quichotte. Mais celui-ci se prend désormais pour le chevalier à la triste figure et l’entraîne dans sa quête… À un moment, il faut savoir terminer un rêve. Même quand il a tourné en cauchemar. L’histoire de la conception L’Homme qui tua Don Quichotte est l’une des plus épiques du cinéma contemporain, bien davantage que celle racontée par ce film aux visées picaresques. Palpitante et dramatique, même jusque dans ses ultimes et rocambolesques rebondissements. Idéalisée par son auteur pendant un quart de siècle, cette œuvre a gagné au fil de ses avanies de production une de nimbe de poisse à côté de laquelle la malédiction de Toutankhamon passe pour un rappel à la loi du garde-champêtre. Elle a aussi susc

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L’imaginaire au pouvoir

ECRANS | À l’occasion de la sortie de "L’Imaginarium du Docteur Parnassus", portrait du plus obstiné des cinéastes de l’imaginaire, des délires de Monty Python aux galères de Don Quichotte… Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 5 novembre 2009

L’imaginaire au pouvoir

L’œuvre de Terry Gilliam commence par des dessins découpés et animés sommairement, et s’achève (provisoirement) par un petit théâtre de marionnettes manipulées grossièrement dans la rue. La boucle est bouclée, se dit-on. Lui aussi, d’ailleurs. « Quand j’ai fini L’Imaginarium du Docteur Parnassus, je me demandais vraiment ce que j’allais faire après » dit-il lors de la conférence de presse donnée à Lyon au lendemain de la présentation du film. « Il fallait trouver un projet avec lequel je pouvais avoir autant de plaisir, qui exprimerait aussi bien ma vision du monde. J’ai repris Don Quichotte, et je me demande ce qu’il va être. Le film grandit tout seul, comme quelque chose d’organique, avec sa vie propre… » Gilliam revient donc sur les lieux du crime, ce tournage apocalyptique et ce film inachevé qui a scellé (avec l’aide du documentaire Lost in la mancha, un « unmaking of » stupéfiant) son image de cinéaste maudit. Une étiquette qui l’a poursuivie ensuite, jusque sur le tournage de Tideland (2005) où il en est encore à se lamenter sur les tuiles (pourtant très ordinaires) qui lui tombent dessus. Mais Gilliam a chang

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Pendre un enfant par la main

ECRANS | Comme l’a prouvé le documentaire “Lost in la Mancha”, Terry Gilliam n’est pas homme à se laisser abattre (même l’attelle qu’il arbore ce jour-là à la main le fait bien marrer). En plein micmac sur la post-prod’ des “Frères Grimm”, il peaufine “Tideland”, film dont on vous dit le plus grand bien ci-contre. Retour sur la confection du plus atroce de ses chefs-d’œuvre. Propos recueillis par François Cau

| Mercredi 5 juillet 2006

Pendre un enfant par la main

Petit Bulletin : Tideland ressemble au premier film d’un jeune réalisateur enragé…Terry Gilliam : Je me suis senti très jeune en tournant ce film, on n’avait pas beaucoup de temps, pas beaucoup d’argent, on est justes parti sur une impulsion. Toute l’expérience a été très instinctive, je ne me souciais de rien à partir du moment où j’avais trouvé Jodelle Ferland et retrouvé Jeff Bridges. J’ai pensé à lui tout de suite en lisant le bouquin : un personnage de connard égoïste complètement défoncé que le public doit aimer malgré tout ; et tout le monde aime Jeff, quoi qu’il fasse ! Il y a une telle chaleur qui se dégage de lui… On plaisantait sur le tournage, en disant que c’était le Dude de Big Lebowski dix ans plus tard, et que le Dude avait déconné total… The Dude is dead ! Le film passe mieux à la seconde vision, une fois “débarrassé“ du choc de sa découverte…C’est encore mieux la troisième fois (rires) - j’ai une grosse hypothèque sur ma maison… Beaucoup de gens réagissent violemment. Michael Palin (un ex-Monty Python – ndlr) l’a vu une première fois et a quitté la salle en plein milieu. Je l’ai rappelé le l

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