Achille et la Tortue

ECRANS | De et avec Takeshi Kitano (Japon, 1h59) avec Kanako Higuchi, Kumiko Aso…

François Cau | Dimanche 7 mars 2010

On commençait à perdre patience devant le cinéma de Takeshi Kitano, surtout après l'avoir autant admiré. Lancé dans une trilogie sur les affres de la création artistique, il avouait en creux une perte d'inspiration qu'il entendait pallier en mettant son œuvre en abyme. Redondants, abusément contemplatifs, mis en scène sans passion, Takeshis et Glory to the filmmaker se faisaient les reflets occasionnellement désagréables d'un artiste en pleine déconfiture, rejouant sa filmographie sans entrain particulier, se réfugiant dans des élans comiques qui sentaient franchement le sapin. Joie : l'ultime volet de cette trilogie redresse la barre, et renoue avec ce qui faisait cruellement défaut à ses deux prédécesseurs – l'émotion. Achille et la tortue nous évoque par petites touches la vie d'un peintre loser, interprété dans la dernière partie par Kitano lui-même, qui passera sa vie à chercher son identité à travers ses toiles, les conseils contradictoires qui lui seront prodigués, les femmes qui tenteront de l'inspirer. D'une trame en marabout de ficelle, Kitano tire tout le potentiel poétique, ludique (les différentes méthodes employées par Machisu valent leur pesant), excave une belle tristesse ponctuée d'une pointe d'espoir rassérénante. Achille et la Tortue, même s'il ne signe pas la révolution de son cinéma qu'on aurait pu espérer, éclaire la trilogie de Kitano d'un sursaut de vitalité artistique qu'on lui pensait définitivement perdu.
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Outrage

ECRANS | De et avec Takeshi Kitano (Japon, 1h49) avec Ryo Kase, Jun Kunimura…

François Cau | Jeudi 18 novembre 2010

Outrage

Après trois films autobiographiques où il s’interrogeait sur son rôle d’artiste, d’amuseur et de cinéaste, Takeshi Kitano revient au genre qui l’a rendu célèbre hors du Japon : le film de yakuzas. Compromis ? Initialement peut-être, mais en fin de compte Outrage est tout sauf une opération séduction. Le premier plan, génial, donne le ton : un long travelling latéral sur des yakuzas en stand by contre leurs voitures de luxe. La caméra arrive sur le visage de Kitano ; va-t-elle s’arrêter ? Non, elle continue sa route et découvre d’autres personnages. Ce n’est pas un pied de nez. Il n’y a ni protagoniste, ni intrigue centrale dans Outrage, juste la reconduction jusqu’à épuisement du même motif : des dominants arrogants et des dominés qui veulent prendre leur place par le meurtre et la violence. La mathématique des humiliations et de leurs conséquences remplace la psychologie ou le code d’honneur, souvent bafoué. Loin des éclats esthètes d’Hana Bi, Kitano choisit une rugosité formelle radicale pour montrer ce spectacle d’un pouvoir mouvant, sans enjeu autre que de le prendre et de le conserver jusqu’à la mort. Même les scènes de sadisme (notamment un passage terrible où il torture un h

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Qui es-tu, Takeshi ?

ECRANS | portrait / À l’heure de la sortie de son nouveau film, faux bilan sur sa célébrité schizophrène, on se penche avec délectation sur le parcours artistique ambivalent de takeshi kitano, l’humoriste, le réalisateur, le comédien... françois cau

| Mercredi 12 juillet 2006

Qui es-tu, Takeshi ?

Takeshi Kitano s’est lancé dans la vie active avec cette démarche quasi suicidaire qui devait établir sa future carrière. Tournant le dos à ses études d’ingénieur, il arpente le mythique quartier tokyoïte d’Asakusa (mélange nippon de Pigalle et de Montmartre) avec la ferme intention de devenir comique. Il se fait engager comme garçon d’ascenseur au Français, club de strip proposant des intermèdes humoristiques traditionnels entre deux effeuillages. Il y apprendra ses gammes comiques auprès de son maître Senzaburo Fukami, acteur déchu, esseulé et ascendant alcoolique. Ses compositions dans des sketchs datés ne lui suffisent pas, il se lance donc en duo, au début des années 70, avec Kaneko “Jiro“ Kiyoshi (qu’on retrouve justement dans Takeshis’). L’art du Manzai (de la tchatche en continu, avec un agresseur et sa victime – discipline évoquée dans Kids Return) est alors en perte de vitesse, et après quelques années de vache maigre, Kitano trouve la solution : lancer lui-même les sujets des sketchs, autour de thématiques tabous et/ou graveleuses, et ne pas hésiter à verser dans un langage ordurier qui déstabilisera le public (et même son partenaire). Le succès est dès lors à portée du

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