Incendies

ECRANS | De Denis Villeneuve (Canada, 2h10), avec Lubna Azabal, Mélissa Désormeaux-Poulin…

François Cau | Vendredi 7 janvier 2011

Le travelling est-il encore affaire de morale ? Oui, et quand le québécois Denis Villeneuve tourne Incendies d'après la pièce du libanais Wajdi Mouawad, cette question le hante. Sauf que Villeneuve n'est pas un bon lecteur de Rivette. Dans cette longue odyssée retraçant les destins entrecroisés d'une femme et ses enfants, l'une au passé, comme héroïne traversant et subissant les tourments de la guerre du Liban, les autres au présent, sur les pas de leur mère et d'un frère caché, le cinéaste cumule les fautes d'intention. Fidèle à son matériau originel, Incendies se veut une tragédie. Mais à force de chichi (cartons pompeusement stylisés, musique hors sujet) et d'une mise en scène réussissant à rendre la distance impudique, le film vire à l'épreuve. Pour son personnage principal, accablé du premier au dernier plan, et nous, forcés d'assister à cet acharnement sadique et obscène qui, recourant à un suspens ignoble, se drape évidemment du plus grand sérieux. Un calvaire pour tout le monde. Jérôme Dittmar

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"Tous des oiseaux" : le roi Mouawad et les oiseaux

Théâtre | Avec "Tous des oiseaux", le metteur en scène et auteur Wajdi Mouawad retrouve la verve épique qui lui avait valu un succès dingue au cours des années 2000. Et livre une pièce forte qui n’a pas peur d’aborder la question brûlante du conflit israélo-palestinien.

Aurélien Martinez | Mardi 30 avril 2019

C’était il y a une vingtaine d’années. Les spectateurs français découvraient le théâtre d’un auteur et metteur en scène libano-canadien nommé Wajdi Mouawad. Et se prirent alors de passion pour ses récits amples, sorte de réactualisation contemporaine des grands mythes antiques. La décennie 2000 verra ainsi le sacre du roi Mouawad, avec trois hits en particulier : Littoral, Incendies et Forêts. Des pièces fleuves construites autour de la notion de partage générationnel et du devoir de comprendre ses origines. Et des pièces qui, loin du théâtre qui place le public dans une situation d’inconfort pour mieux l’amener à réagir, assume leur côté grand spectacle capable de fédérer le plus largement possible, et surtout celles et ceux pour qui le théâtre est un art lointain et intimidant. Retour de hype

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All I want for Christmas is... une place de concert ou de spectacle

Sélection de Noël | Et voici notre traditionnelle sélection de cadeaux de Noël immatériels faite de places de spectacles et de concerts pour lesquels, bien sûr, il reste de la place. Histoire de faire sensation sous le sapin (et, surtout, tomber juste), on vous a classé ça selon les goûts de celles et ceux qui recevront votre présent.

La rédaction | Mardi 4 décembre 2018

All I want for Christmas is... une place de concert ou de spectacle

Pour les fans de chanson classieuse en VF Angèle (photo), c’est le phénomène pop de ces derniers mois grâce à une poignée de petits tubes entêtants (La Loi de Murphy, Je veux tes yeux, La Thune…) savamment mis en musique et qui, avant même la sortie de l’album début octobre, lui ont fait remplir des salles. Comme la Belle électrique, dans laquelle la Belge jouera à guichets fermés mercredi 12 décembre. Au vu du succès dingue, une autre date grenobloise a donc été rajoutée, en mai et dans une salle encore plus grande : le Summum. Classe. Angèle Au Summum jeudi 23 mai. 33€ Pour celles et ceux qui, au théâtre, adorent qu’on leur raconte de grandes histoires Littoral, Incendies, Forêts… Avec les pièces-fleuves qu’il propose depuis presque 20 ans, le

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Avec "Polytechnique" et "C.R.A.Z.Y.", le Canada s'invite à la Cinémathèque

ECRANS | Deux films à (re)découvrir jeudi 26 et vendredi 27 avril dans le cadre du Mois du Canada du Centre d’études canadiennes de Grenoble.

Margaux Rinaldi | Mardi 24 avril 2018

Avec

Voilà, on sait désormais que le cinéaste Denis Villeneuve (Blade Runner 2049, Prisoners, Incendies...) quittera début mai la fraîcheur du Québec pour venir prendre sa place au sein du jury de la 71e édition du Festival de Cannes. Mais avant ça, la Cinémathèque de Grenoble, pour son mini cycle de projections dans le cadre du Mois du Canada, nous offre l’occasion de (re)découvrir une de ses anciennes réalisations. Soit le film Polytechnique (2009), inspiré de faits réels. Ou, plus précisément, inspiré du vide. C’est en tout cas le mot qui fut employé pour décrire les yeux de Marc Lépine quand, le 6 décembre 1989, il ouvrit le feu sur les femmes de l’École polytechnique de Montréal. Avec Maxim Gaudette dans le rôle-titre et des images en noi

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"Blade Runner 2049" : l’avenir, c’était moins pire avant

ECRANS | Denis Villeneuve livre avec "Blade Runner 2049" une postérité plus pessimiste encore que le chef-d’œuvre de l'écrivain de science-fiction Philip K. Dick et du cinéaste Ridley Scott. Tombeau de l’humanité, son opéra de bruine crasseuse et de poussière survit à sa longueur (2h43) ainsi qu’à l’expressivité réduite de Ryan "Ford Escort" Gosling.

Vincent Raymond | Lundi 2 octobre 2017

2049, sur une Terre à la biocénose ravagée. Blade Runner (du nom d'unités policières spéciales), K. (Ryan Gosling) est un réplicant d’un modèle évolué chargé d’éliminer ses congénères réfractaires à l’autorité humaine. K. découvre lors d’une mission qu’une réplicante, en théorie stérile, a jadis accouché. L’enfant-miracle est très convoité… C’est peu dire que monde a les yeux braqués sur Denis Villeneuve, "celui qui s’est risqué" à prolonger le cauchemar de Philip K. Dick modifié par Ridley Scott en 1982. Demi-suite en forme de résonance (y compris musicale, même si Vangelis n’a pas été reconduit à la bande originale, supplanté par l’incontournable Hans Zimmer), ce nouvel opus permet au cinéaste de travailler en profondeur ses obsessions : l’identité brutalement perturbée (Incendies, Maelström, Un 32 août sur terre…) et la contamination de la réalité par les songes ou les souvenirs (Enemy, Premier Contact)

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Des "obus dans le cœur" de Mouawad et Baquet

SCENES | Un monologue rageur sur un homme qui va bientôt perdre sa mère : du grand Wajdi Mouawad dans le texte et du grand Grégori Baquet sur scène.

Aurélien Martinez | Mardi 15 mars 2016

Des

Il y a quelques années, l’auteur et metteur en scène libano-canadien Wajdi Mouawad était à la mode, grâce notamment à une trilogie (Littoral, Incendies et Forêts) qui connut un succès délirant. Si, après quelques projets à l’accueil plus mitigé, on le voit moins aujourd’hui (il n’est pas revenu à Grenoble depuis 2010), il ne faut tout de même pas oublier qu’il est avant tout un auteur au talent remarquable. Comme il l’a démontré en 2007 avec Un obus dans le cœur, monologue rageur (et fortement autobiographique) sur un jeune homme qui se rend au chevet de sa mère mourante et passe alors par divers états avant d’affronter la douleur qui, forcément, le submergera. « Ma mère meurt, elle meurt, la salope, et elle ne me fera plus chier ! » Le comédien Grégori Baquet, Molière 2014 de la révélation masculine, porte ce texte à bout de bras, happant le spectateur dès le début de la représentation pour ne plus le lâcher. Très fort. La preuve ce mardi 22 mars à 20h30 à la Faïencerie (La Tronche).

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Notre sélection de Noël : le cadeau à offrir à…

ACTUS | À Noël, tout le monde pense à mettre sous le sapin le dernier gadget technologique à la mode ou la bonne et rassembleuse bouteille de vin. Et si on misait sur un spectacle ou un concert, comme ça, pour changer un peu ? Le PB s’est donc lancé dans une sélection thématique : si vous suivez bien nos recommandations, on parie sur un taux de satisfaction de 100%. Oui, on est optimistes. La rédaction

Aurélien Martinez | Mardi 8 décembre 2015

Notre sélection de Noël : le cadeau à offrir à…

Ceux qui ne voient pas d’inconvénient à rire souvent Celui qui campe une Catherine hilarante dans la pastille quotidienne du Petit Journal Catherine et Liliane est également l’auteur et l’interprète d’un one-man-show épatant et très théâtral à placer tout en haut dans la vaste catégorie humour. Sur scène, Alex Lutz est une ado en crise, Karl Lagerfeld ou un directeur de casting odieux : des personnages plus vrais que nature pour un comédien remarquable. Alex Lutz, samedi 9 avril au Grand Angle (Voiron). De 31 à 37€. Ceux qui aiment autant la danse que le rire Tutu, c’est un petit ovni savoureux. Six danseurs jouent sur les codes de la danse (la classique, la contemporaine, l’acrobatique…) en une vingtaine de tableaux pour un spectacle solidement construit et, surtout, très drôle. Car jamais les interprètes au physique d’Apollon (d’où un rendu très queer) ne se prennent au sérieux, au contraire – en même temps comment rester sérieux dans un costume de cygne ? Même si, paradoxalement, leur maîtrise technique est éclatante.

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Épisode MMXV : une rentrée cinéma en Force

ECRANS | Cette rentrée 2015 ressemble à une conjonction astronomique exceptionnelle : naines, géantes, à période orbitale longue ou courte, toutes les planètes de la galaxie cinéma s’alignent en quelques semaines sur les écrans. Sortez vos télescopes ! Enfin… chaussez vos lunettes. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 1 septembre 2015

Épisode MMXV : une rentrée cinéma en Force

C’est l’étoile Jacques Audiard, tout de Palme laurée, qui a annoncé la fin de la trêve estivale en mettant Dheepan en orbite le 26 août. Une précocité qui n’égale pas celle de Winter Sleep l’an passé : le film de Nuri Bilge Ceylan avait jailli début août sur les écrans. Dans son sillage, l’intégralité (ou presque) du palmarès cannois va se révéler : Mon roi de Maïwenn (Prix d’interprétation féminine pour Emmanuelle Bercot) et Chronic de Michel Franco (Prix du scénario) le 21 octobre ; The Lobster de Yorgos Lanthimos (Prix du Jury) le 28 ; Le Fils de Saul de László Nemes (Grand Prix) le 4 novembre. Si l’on excepte Maïwenn, il y a là un étonnant tir groupé ; comme si les jeunes cinéastes étrangers distingués sur la Croisette s’étaient ligués pour tenter d’exister commercialement. Car la concurrence en salle sera rude : d’abord, les poid

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Enemy

ECRANS | Tournée dans la foulée de "Prisoners" avec le même Jake Gyllenhaal, cette adaptation de José Saramago par Denis Villeneuve fascine et intrigue, même si sa mise en scène atmosphérique se confond avec une lenteur appuyée. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 20 août 2014

Enemy

Coïncidence des sorties : à quelques jours d’intervalle, deux films s’attaquent au thème du double. Celui de Richard Aoyade transpose Dostoïevski dans un quotidien gris et bureaucratique ; Denis Villeneuve s’est lui inspiré de L’Autre comme moi de José Saramago pour prolonger sa collaboration avec Jake Gyllenhaal, entamée avec le brillant Prisoners. Villeneuve est peut-être encore plus abstrait qu'Aoyade dans son traitement d’une ville déshumanisée, réduite à une salle de fac et à quelques appartements anonymement coincés dans des barres d’immeuble rappelant la Défense filmée par Blier dans Buffet froid. Monde glacial dans lequel Adam répète sans cesse la même routine : il donne un cours, rentre chez lui, reçoit un coup de fil de sa mère (Isabella Rossellini), puis sa copine lui rend visite (Mélanie Laurent), ils font l’amour, elle rentre chez elle et il finit sa nuit seul. Routine brisée après une discussion anodine avec un de ses collègues, qui le conduit à louer dans un vidéoclub une comédie « locale » où un homme lui ressemblant trait

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Prisoners

ECRANS | Deux enfants kidnappés, un père prêt à tout pour les retrouver, un suspect tout trouvé, un détective tatoué et solitaire : les ingrédients d’un film noir très noir sur la contagion du mal signé Denis Villeneuve qui, après "Incendies", réussit haut la main ses débuts aux États-Unis. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 2 octobre 2013

Prisoners

Qu’y a-t-il dans les caves des honnêtes gens ? Des cadavres, des enfants martyrisés, mais aussi de la paranoïa sécuritaire et de la mauvaise conscience qui peut, à tout moment, refaire surface et transformer une grise mais paisible bourgade en succursale de l’enfer. Le labyrinthe de Prisoners – figure que le film utilise comme un motif de l’intrigue mais aussi comme modèle de narration – est sans issue, et c’est ce qui impressionne en premier lieu : Denis Villeneuve, pour ses débuts aux États-Unis, ne fait aucune concession rassurante au spectateur. Aidé par un scénario remarquable, il plonge aux confins de la noirceur humaine pour montrer comment le mal se propage et finit par tout gangrener. C’est l’enlèvement de deux fillettes qui enclenche l’engrenage : le père de l’une d’entre elles – stupéfiant Hugh Jackman dans un de ses meilleurs rôles – se persuade que le coupable est un vieux garçon un peu attardé, malgré les dénégations du suspect et sa remise en liberté au terme de sa garde-à-vue. Il va donc le séquestrer et le torturer pour provoquer ses aveux. En parallèle, un flic désespérément solitaire et taciturne – Jake Gyllenhaal, empâté et tatoué, un peu au

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"Ciels" : virage à 180° pour Wajdi Mouawad

Théâtre | Wajdi Mouawad, que l’on a connu lyrique dans ses grandes odyssées métaphoriques à tiroirs, s’installe cette semaine à la MC2 avec sa nouvelle création Ciels. (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 19 février 2010

Wajdi Mouawad, que l’on a connu lyrique dans ses grandes odyssées métaphoriques à tiroirs, s’installe cette semaine à la MC2 avec sa nouvelle création Ciels. Dans le dernier volet de sa réflexion sur l’héritage, Mouawad prend ses spectateurs à rebrousse poil, au risque de les froisser (l’accueil a été mitigé lors de sa présentation cet été à Avignon, où il était artiste associé). Littoral, Incendies et Forêts, pièces toutes les trois présentées à l’Hexagone, étaient construites sur la notion de partage générationnel et du devoir de comprendre ses origines ; ici, c’est l’inverse : non, les enfants que l’on a engendrés ne sont pas forcément nos clones et peuvent lutter avec force contre les idéaux familiaux. En plus de 2h30 (que l’on sent bien passer), on assiste alors à la déliquescence progressive de la notion d’héritage, malmenée par des aînés incapables de comprendre leur descendance. Le tout dans une scénographie on ne peut plus originale, les spectateurs se retrouvant au centre d’un dispositif où les comédiens évoluent sur les côtés et en hauteur. Résultat, on peut trouver un certain pl

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"Littoral" : je t’aime moi non plus

Théâtre | Et revoilà Wajdi Mouawad, celui qui fascine autant qu’il irrite. Avant la présentation de sa dernière création Ciels en mars prochain à la MC2, il revient cette (...)

Aurélien Martinez | Lundi 9 novembre 2009

Et revoilà Wajdi Mouawad, celui qui fascine autant qu’il irrite. Avant la présentation de sa dernière création Ciels en mars prochain à la MC2, il revient cette semaine à l’Hexagone avec Littoral, un texte du début de sa carrière (ici présenté dans une nouvelle mise en scène) et surtout premier volet de la tétralogie où l’on retrouve Ciels, Incendies et Forêts – cette dernière pièce, présentée il y a deux ans à Grenoble cristallisant en elle tout ce que les anti-Mouawad haïssent (en gros, son attrait pour le soap opera mythologique gros sabots). Sauf que contre toute attente, Littoral est une bonne surprise. Certes, Mouawad reste dans sa lignée (il semble faire une psychanalyse à chaque nouvelle pièce, lui le Libanais contraint à l’exil dans sa jeunesse), mais il nous gratifie ici d’un texte fort, sans fioriture dramaturgique aguicheuse tirée par les cheveux, et d’une mise en scène plus que généreuse. Car force est de reconnaître que Wajdi Mouawad sait toucher le public là où il faut, un public qui lui répond toujours par des salves d’applaudissements enjoués – réaction véri

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Rencontre avec Wajdi Mouawad

CONNAITRE | Il y en a qui vont exulter : la librairie le Square accueille ce mardi à 18h30 le metteur en scène bankable Wajdi Mouawad, à l’occasion de la recréation de (...)

François Cau | Lundi 26 octobre 2009

Rencontre avec Wajdi Mouawad

Il y en a qui vont exulter : la librairie le Square accueille ce mardi à 18h30 le metteur en scène bankable Wajdi Mouawad, à l’occasion de la recréation de Littoral mi-novembre à l’Hexagone, et de sa mise en scène de Ciels, son dernier texte, en mars à la MC2. Notre homme, assez généreux et prolixe, pourra ainsi répondre à toutes les questions que vous vous posez (même les plus inavouables). Pour bachoter avant la rencontre, retrouver sur notre site le portrait que nous lui avions consacré en septembre dernier. Et pour les fans voyageurs, on en profite pour rappeler que le metteur en scène jouera sa trilogie baptisée Le Sang des promesses (avec Littoral, Incendies et Forêts) les 14 et 15 novembre à Lyon (aux Célestins) et les 19 et 20 décembre à Chambéry (départs en car pour Chambéry prévus depuis l’Hexagone et la MC2 – renseignements auprès des deux théâtres). Une chose est d’ores et déjà promise : 9h30 de Mouawad, c’est long.

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Le sacre du roi Wajdi Mouawad

Théâtre | Il a été la star du dernier festival d’Avignon. Il revient cette année dans l’agglo : d’abord à l’Hexagone en novembre, un théâtre qui le soutient depuis longtemps, puis en mars prochain à la MC2 pour y dévoiler sa dernière création. Il sera donc très difficile d’ignorer Wajdi Mouawad cette saison.

Aurélien Martinez | Jeudi 10 septembre 2009

Le sacre du roi Wajdi Mouawad

Depuis maintenant une dizaine d’années, critiques et public adressent des louanges ininterrompues à Wajdi Mouawad, ayant trouvé en lui l’homme de théâtre capable ni plus ni moins de redonner un sens à la notion de récit. Si on n’a pas toujours partagé cet enthousiasme délirant – à la limite de la vénération –, force est de reconnaître que Mouawad est un artiste passionnant – aussi irritant que subjuguant –, et surtout généreux. Au coeur d’une époque où le théâtre se pose de nombreuses questions sur son rapport au monde, et où des metteurs en scène semblent chercher dans l’extrême certaines réponses en secouant le public au maximum par divers moyens (cf. les polémiques qui ont secoué les précédentes éditions d’Avignon), le travail de Mouawad a quelque chose de rassurant : oui, il s’adresse ouvertement au public, en choisissant les mots appropriés, en faisant appel à ses émotions, sans trop le brusquer. À ce titre, redécouvrir Littoral, l’un de ses premiers textes qu’il a récemment remis en scène, permet de saisir le talent indéniable du bonhomme. Exil, famille, héritage, mort… : avec un sens aigu de la narration, il brasse ici les thè

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Retour à soi

SCENES | Fort d’une reconnaissance méritée, Wajdi Mouawad ne cesse d’interroger le médium théâtral à travers des formes mêlant grandiloquence et intimité, où les frontières géographiques et temporelles s’abolissent pour jouer le jeu de l’introspection. Il se livre cette semaine sur la scène de l’Hexagone avec Seuls, sa nouvelle création. SD & FC

François Cau | Lundi 19 mai 2008

Retour à soi

Avant qu’on ne découvre son œuvre sur la scène de l’Hexagone de Meylan en 2003 avec Incendies, Wajdi Mouawad a déjà une belle carrière derrière lui. Installé au Québec depuis son adolescence (après avoir vécu au Liban et en France), il s’y forme très tôt à la discipline théâtrale, fondant sa première compagnie, le Théâtre Ô Parleur, à l’âge de 22 ans. Willy Protagoras enfermé dans les toilettes, vision métaphorique d’un Liban déchiré par la guerre écrite à 19 ans, lui vaudra une récompense des critiques québécois en 1998. Mouawad s’essaie à la mise en scène, gagne en maturité et en assurance en s’attaquant à des œuvres aussi diverses que le Don Quichotte de Cervantès, Les Trois Sœurs d’Anton Tchekhov ou Trainspotting d’Irvine Welsh. La mort en héritage C’est avec l’écriture de Littoral que l’auteur prend son envol théâtral. Le premier volet d’un quatuor de créations sur le thème de la transmission de génération en génération, dont le point de départ similaire (la mort d’un parent et la volonté de découvrir le passé familial enfoui, pour mieux se redécouvrir, se connaître, se comprend

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“Forêts“ : les arbres qui cachent...

Théâtre | Troisième volet d’un quatuor consacré aux questions de l’héritage et de la transmission, “Forêts“ prend tous les risques inhérents aux blockbusters théâtraux et s’en sort miraculeusement, porté par une foi absolue en son propos. François Cau

François Cau | Mercredi 22 mars 2006

“Forêts“ : les arbres qui cachent...

La première scène pose étrangement les prémices narratives. Passées les surprises du 99 Luftballons de Nena balancé plein pot et de l’accent chantant de Montréal, la mécanique s’installe. Interruptions de l’intrigue via le regard d’un observateur extérieur, prose gouailleuse, répétitions signifiantes, intrusions de visions “incohérentes“, ruptures dramatiques incessantes… Le premier acte de Forêts vous entraîne de gré et de force dans une véritable saga intergénérationnelle, aux effets de manche grandiloquents, aux coïncidences bigger than life, dispensées par un casting visiblement investi dans cette histoire aux enjeux énormes. Soit Lou, ado chipie goth rebelle de 16 ans, forcée par un paléontologue passionné de se pencher sur son arbre généalogique et son patrimoine génétique, le tout afin d’élucider le mystère posé par un crâne retrouvé dans le charnier d’un camps de concentration. C’est sûr, dit comme ça, on se prendrait l’envie d’inciter son sourcil au léger haussement réprobateur. Dont acte : Wajdi Mouawad nous fait vite avaler de grosses couleuvres scénaristiques (la construction, par ellipses abruptes et fond

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Sélection jazzy

MUSIQUES | Musique / Comme chaque année, la programmation du grenoble jazz festival est méchamment pléthorique. Pour défricher ce vaste champ des possibles, voici une petite sélection de rendez-vous à ne pas manquer. FC

| Mercredi 21 mars 2007

Sélection jazzy

La nuit des étoiles Attention, événement croisé : cette soirée à l’Hexagone marque également la fin des Rencontres I. La très barge Campagnie des Musiques à Ouïr (constituée des musiciens Vincent Peirani, Sylvie Cabrit, Frédéric Gastard, Christophe Monniot et du barré Denis Charolles) proposera aux spectateurs une création en roue libre, un hommage musical mais pas que aux étoiles, leur force d’évocation, leurs mystères. Les troubadours seront accompagnés dans leurs délires par un “astrophysicien surprise“ et par un glorieux habitué de la Scène Nationale Meylanaise, l’auteur québécois Wajdi Mouawad. Ce dernier débutera la soirée par l’interprétation d’un texte rédigé par ses soins pour l’occasion. Une soirée qui devrait rester dans le ton des Rencontres I. Le 14 mars dès 20h, à l’Hexagone (Meylan) Philip Catherine & Brussels Jazz Orchestra Là aussi, on donne dans la transversalité : Le Mois de la Création Belge (on se recause du spectacle de clôture de la manifestation, Ook de Sidi Larbi Cherkaoui, la semaine prochaine) croise le Festival de Jazz de Grenoble pour un concert de l’un des plus fameux guitaristes jazz belge. À la fin des années 50, fortement marqué par les personna

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