Les Femmes du 6e étage

ECRANS | De Philippe Le Guay (Fr, 1h46) avec Fabrice Luchini, Sandrine Kiberlain, Natalia Verbeke…

Christophe Chabert | Jeudi 10 février 2011

Visiblement passé sous les fourches caudines des "décideurs" du cinéma français, Les Femmes du 6e étage fait partie de cette zone grise où vont s'entasser en ce début de saison des films tièdes, manquant de tranchant et d'enjeux, sinon de mise en scène. Philippe Le Guay avait des velléités modianesques au départ, totalement gommées à l'arrivée. À la place, cette comédie humaniste antidate dans les années 1960 la prise de conscience par un banquier bourgeois (Luchini, reprenant en mode mélancolique son rôle dans Potiche) de la condition des femmes de ménage espagnoles vivant au-dessus de son appartement. Le Guay parle dans une transparence trop voyante du racisme contemporain, mais ce discours-là ne va pas bien loin.

Plus intéressante est la tentative d'érotiser ce revirement politique. L'attirance entre le banquier et la jeune (très) bonne qui prend la suite d'une gouvernante ronchonne signifie bien que la lutte des classes est surtout soluble dans la chimie des corps. Un plan très bref sur l'anatomie magnifique de la formidable Natalia Verbeke fait penser au désir trouble des films de Buñuel. Mais n'exagérons rien : Les Femmes du 6e étage, avec sa photo plate et son ambition cinématographique limitée, ne boxe manifestement pas dans cette catégorie.

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"Normandie nue" : tout nu et tout mal fagoté

ECRANS | de Philippe Le Guay (Fr., 1h45) avec François Cluzet, Toby Jones, François-Xavier Demaison…

Vincent Raymond | Dimanche 7 janvier 2018

Pour attirer l’attention du monde entier sur sa commune où les éleveurs et paysans n’en finissent plus de crever à petit feu, un maire accepte la proposition d’un artiste américain souhaitant photographier ses concitoyens nus dans un champ. Il lui reste juste à les convaincre… Transposer la démarche de Spencer Tunick sur une communauté en pleine lutte sociale, voilà qui aurait pu faire un bon Ken Loach. Sauf que c’est un Philippe Le Guay (Les Femmes du 6e étage, Alceste à bicyclette, ...). Et que le cinéaste français a des ambitions de téléfilm, préférant à une comédie à enjeu dramatique des plans brumeux bucoliques, une surabondance de protagonistes vêtus de chemises à carreaux et des sous-intrigues de clocher éculées. Certes, pour la caution sociale, il glisse bien de-ci de-là une allusion aux cours de la viande, à la concurrence germano-roumaine, aux grandes surfaces ou encore à l’usage des produits phyt

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Alceste à bicyclette

ECRANS | De Philippe Le Guay (Fr, 1h45) avec Fabrice Luchini, Lambert Wilson…

Christophe Chabert | Lundi 14 janvier 2013

Alceste à bicyclette

À l’origine de l’« idée originale » du film, Fabrice Luchini a sans doute voulu s’offrir son Looking for Richard : une réflexion sur son métier d’acteur et sa confrontation avec un texte monstre de Molière, Le Misanthrope. Il y a d’ailleurs, dans Alceste à bicyclette, quelques scènes fascinantes où ce comédien génial abolit la frontière entre la réalité et la fiction et se montre seulement au travail, cherchant, hésitant, se reprenant jusqu’à trouver la note juste pour faire vivre sans pompe les alexandrins de Molière. Mais plutôt que de créer un dispositif fort autour de son acteur, Philippe Le Guay lui colle dans les pattes un sparring partner encombrant (Lambert Wilson, très moyen en acteur précieux rendu célèbre par un feuilleton médical sur TF1) et brode autour de pauvres intrigues de fiction qui sentent bon le téléfilm parfumé à la naphtaline. Dire qu’on se fout intégralement de la belle Italienne, du chauffeur de taxi ou de la jeune fille qui tourne des « films X » est un euphémisme, et pourtant, ce foutoir poussiéreux finit par prendre toute la place. Alceste à bicyclette projette Molière dans une médiocre pi

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