Mes meilleures amies

ECRANS | De Paul Feig (ÉU, 2h04) avec Kristen Wiig, Maya Rudolph, Rose Byrne…

François Cau | Mardi 12 juillet 2011

Jusqu'ici très geek et masculines, les productions Apatow changent de genre avec ce film où les hommes sont réduits au statut de pénis parlants (à l'exception d'un flic attachant et sensible), tandis qu'une poignée de filles se préparent à jouer les demoiselles d'honneur (d'où le titre original, Bridesmaids) sur fond de rivalités entre Annie, pâtissière au chômage, et Helen, bourge friquée, pour avoir les faveurs de la future mariée Lilian. Annie est interprétée par l'épatante Kristen Wiig, également auteur du scénario, qui a réuni au casting la plupart de ses comparses issues de sa troupe d'improvisation. Cette générosité complice est la qualité et la limite de Mes meilleures amies : Feig et Apatow semblent avoir accepté toutes les propositions de leurs comédiennes, gonflant la durée et laissant beaucoup de déchets comiques au milieu de quelques séquences parfois hilarantes.

Mes meilleures amies répond aussi aux dérives mercantiles de Sex and the city (la scène d'essayage où les marques sont inventées et qui se termine par une hallucinante explosion scatologique) et à la beauferie de Very bad trip (ici, le voyage à Las Vegas s'arrête dans l'avion !). Sans oublier la véritable révélation du film : la truculente Mellissa McCarthy, sorte de garçon raté jouant les éléphants dans un magasin de porcelaine, mais qui s'avèrera en bout de course bien plus qu'une grosse sympa. Ce n'est pas encore l'humanisme des Farrelly (et la mise en scène est loin de l'élégance classique des deux frangins), mais on s'en approche un tout petit peu.

Christophe Chabert

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"Downsizing" : rien ne sert de raccourcir…

ECRANS | Et si l’humanité diminuait à une taille d’environ 12 cm pour jouir davantage des biens terrestres ? Dans ce raisonnement par l'absurde, le cinéaste Alexander Payne rétrécit un Matt Damon candide à souhait pour démonter la société de consommation et les faux prophètes. Une miniature perçante.

Vincent Raymond | Samedi 6 janvier 2018

Disparu en novembre dernier dans une consternante indifférence, le réalisateur français Alain Jessua aurait à coup sûr raffolé de l’idée. Cousinant avec ses fables d’anticipation dystopiques que sont Traitement de choc (1972) et Paradis pour tous (1982), Dowsizing est en effet un de ces contes moraux où une "miraculeuse" avancée scientifique, perçue comme une panacée devant soulager l’humanité de tous ses maux, finit par se révéler pire remède que la maladie elle-même. La découverte est ici un procédé (irréversible) permettant de réduire les organismes humains afin d’économiser les ressources de notre planète surpeuplée, augmentant mathématiquement le patrimoine des sujets miniaturisés. Alléchés par cette perspective, Paul et son épouse s’inscrivent au programme. Mais au dernier moment, la belle se déballonne : Paul en est réduit à vivre rapetissé et seul. Au paradis ? Pas vraiment… À naïf, à demi-naïf Il y a deux actes biens distincts dans Downsizing : l’un dédié au "prodige" en tant que tel, l’autre à l’une de ses conséquences politiques et sociales – en cela, il rapp

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La Vie rêvée de Walter Mitty

ECRANS | Ben Stiller passe à la vitesse supérieure en tant que réalisateur avec ce modèle de comédie romantique d’une classe visuelle permanente, où il s’agit de faire d’un héros du quotidien le vestige d’une époque en train de disparaître. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 décembre 2013

La Vie rêvée de Walter Mitty

Que se serait-il passé si Walter Mitty, plutôt que d’envoyer un poke sur un site de rencontres à sa collègue de bureau, l’avait simplement abordée dans la vraie vie ? Rien d’exceptionnel sans doute, et c’est sur ce gouffre initial que se bâtit toute l’ampleur romanesque mais aussi toute la philosophie de La Vie rêvée de Walter Mitty, cinquième film de Ben Stiller derrière une caméra, le plus abouti, le plus étonnant aussi. Mitty, que Stiller incarne avec un sens exceptionnel du tempo qu’il soit comique ou dramatique, est un monsieur tout le monde tel que Capra aimait les peindre. De Capra à Capa, il n’y a qu’un pas que le film franchit en le faisant travailler au service photo de Life, institution de la presse américaine sur le point de déménager en ligne, décision prise par une bande d’idiots cravatés et barbus – c’est tendance – entraînant le licenciement d’une partie des salariés. Mitty doit gérer l’ultime couverture du journal, réalisée par un photographe légendaire et solitaire, lui aussi aux prises avec la grande mutation du XXIe siècle : il refuse le numérique et n’aime que l’argentique. Sauf qu’il

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Les Flingueuses

ECRANS | De Paul Feig (ÉU, 1h57) avec Sandra Bullock, Melissa McCarthy…

Christophe Chabert | Jeudi 11 juillet 2013

Les Flingueuses

Deux scènes très drôles encadrent Les Flingueuses : la première, attendue, voit la géniale Melissa McCarthy, qui n’a pas exactement un corps de film d’action, courser un dealer claudiquant. La poursuite dure la longueur d’un étal de fruits et légumes, et Paul Feig la filme en un seul plan fixe, transformant les limites physiques de la comédienne en pure puissance comique. Plus tard, c’est au tour de Sandra Bullock de faire l’expérience de cette action au ralenti, rampant dans un couloir d’hôpital un flingue à la main. C’est sans doute ce qu’il y a de mieux dans ce buddy cop movie au féminin, dont l’intrigue paresseuse n’est qu’un prétexte pour la confrontation de ses deux stars, l’une flic dans les rues de Boston, vulgaire et cash, l’autre agent modèle du FBI, coincée et rigide. Le reste permet quelques beaux numéros, notamment de McCarthy, tornade dont on n’est pas près de se lasser, et d’autres beaucoup plus lourdingues, comme cette scène de beuverie dans un bar plutôt vulgos. Toutefois, au détour d’un gag gore et macabre ou d’une séance de pétage de plombs familial, Les Flingueuses retrouve un peu de l’esprit trash qui avait fait le sel de

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