D'où viens-tu, Nicolas Winding Refn ?

ECRANS | Filmographie / Non seulement il y a eu une vie avant Drive pour le réalisateur danois, mais elle fut riche en uppercuts cinématographiques. François Cau

François Cau | Mercredi 28 septembre 2011

Pusher (1996)
La descente aux enfers d'un dealer accumulant les mauvais coups du sort. Un premier film sec comme un coup de trique, qui bringuebale son spectateur entre une esthétique cousine du Mean Streets de Scorsese et des dialogues à la Tarantino. Le réalisateur, caméra à l'épaule, y teste quelques-uns de ses gimmicks de mise en scène (présentation iconique des personnages, travail sur la texture sonore, éclairages fluos stridents dans la dernière partie…).

Bleeder (1999)
Winding Refn reprend le casting de Pusher pour cette variation en mode mineur, dont le décor principal (un vidéoclub) lui permet de citer tous ses cinéastes préférés dans une amusante scène d'intro en forme de grand déballage. Scandé par des fondus filtrés en rouge, le film exprime de façon crue les doutes existentiels de son auteur, comme son besoin viscéral de faire du cinéma. Le tout d'une manière encore plus désespérée que Pusher, en une catharsis hardcore de ses trouilles d'homme, de mari, de futur père.

Inside job (2003)
Un vigile (John Turturro, incroyable) enquête sur le meurtre “accidentel“ de son épouse lors d'une fusillade. Coécrit avec Hubert Selby Jr, cette première incursion aux Etats-Unis se fait sur le mode du thriller expérimental, assorti d'un énorme travail sur la bande-son. Un singulier objet, taiseux, contemplatif, doté de fulgurances visuelles lorgnant parfois du côté de Kubrick. Un film passionnant, mais trop radical pour drainer le public nécessaire au retour sur investissement…

Pusher 2 (2004)
Arnaqué par son coproducteur américain, ruiné et criblé de dettes, un Nicolas Winding Refn au fond du gouffre tente le tout pour le tout : décrocher la timbale en tournant consécutivement deux suites à son plus grand succès. Dans ce deuxième volet, le meilleur de la trilogie, l'identification du cinéaste à son antihéros est aussi manifeste que douloureuse : Tonny (campé par son acteur fétiche, l'excellent Mads Mikkelsen) persiste à s'enfoncer dans son marasme, et se fait systématiquement dénigrer par tout son entourage alors qu'il ne demande qu'à faire ses preuves. Et comme Tonny, le réalisateur sort de sa spirale par le haut, en recouvrant sa dignité par la force.

Pusher 3 (2005)
Centrée sur le personnage de Milo, gangster serbe en simili rédemption, la fin de la trilogie se cale sur le caractère de son personnage principal : truculente puis menaçante quelques secondes plus tard, baignée dans la sourde tension du junkie en manque. La demi-heure finale, sommet d'humour noir des plus glaçants, sonne comme une remise à plat définitive dans la filmographie de l'auteur ; un véritable nettoyage par le vide, dont l'aspect caustique ne se pare d'aucune ironie – la façon dont Winding Refn boucle la thématique familiale, matrice de la série, est à ce titre édifiante.

Bronson (2008)
Un travail de commande, le portrait de Michael Peterson alias Charles Bronson, le détenu le plus violent et le plus dangereux de Grande-Bretagne. Le cinéaste reprend le scénario de fond en comble, pour livrer sa propre interprétation du personnage (campé par un tétanisant Tom Hardy). Marabout de ficelle cinématographique à la mise en scène virtuose, sublimation de toutes les expérimentations visuelles menées jusque-là par Winding Refn, Bronson n'est pas, comme l'a prétendu la presse, le nouvel Orange Mécanique. C'est un objet unique, avec certes quelques réminiscences kubrickiennes, mais porteur d'une façon inédite d'aborder l'exercice biographique.

Le Guerrier silencieux – Valhalla rising (2009)
Un esclave borgne, muet et doté d'une force phénoménale, s'affranchit avec violence avant d'embarquer à bord d'un vaisseau viking vers une terre inconnue. Lorgnant vers l'épure rugueuse d'un Tarkovski, Nicolas Winding Refn s'est également inspiré, dans sa façon de tourner, des méthodes du Werner Herzog des années 70, s'imprégnant de son environnement hostile pour construire son récit au fur et à mesure, de façon instinctive. En résulte son film le plus arty, d'une lenteur souvent rédhibitoire, mais dont la richesse tant formelle que théorique peut fasciner.

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"The Neon Demon" : beauté fatale

ECRANS | Retour en grâce pour Nicolas Winding Refn alias NRW (puisque c’est ainsi qu’il sigle son nom au générique) avec un conte initiatique : celui d’une gamine partant à la conquête du monde de la mode. Le récit d’une ambition dévorante et dévorée, à la superbe… superbe.

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Comme une promesse, ou une métaphore de cette foire aux vanités qu’est l’industrie de la mode, la première séquence de The Neon Demon offre un condensé glaçant de sang, de flashs et de voyeurisme. Mais on aurait tort de se fier à ce que l’on a sous les yeux : derrière la splendeur et la perfection sans défaut de l’image ; derrière les surfaces lisses et les miroirs, tout est factice. La beauté pure n’existe pas, et lorsqu’elle surgit sous les traits de Jesse, elle est perçue comme une anomalie, une monstruosité dans cet empire des apparences et de l’illusion. Un élément discordant qui va se corrompre en pervertissant son entourage – la pomme cause-t-elle le ver, ou bien le ver détruit-il la pomme ; toujours est-il que la réunion des deux gâte l’ensemble. Aux antipodes de la superficialité clinquante de l’ère des supermodels et de sa foule de mondains papillonnant dans la lumière déjà croquée par Altman dans Prêt-à-porter (1994), Nicolas Winding Refn signe une œuvre nocturne, i

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Qui es-tu Nicolas Winding Refn?

ECRANS | Petite bio du réalisateur de "The Neon Demon", en salle ce mercredi 8 juin.

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Qui es-tu Nicolas Winding Refn?

1970 : Naissance le 29 septembre à Copenhague. Son nom composé le prédestine au cinéma : son père Anders Refn est monteur et sa mère Vibeke Winding photographe. 1978 : Suit sa mère aux États-Unis où il étudie à l’American Academy of Dramatic Arts (New York). 1996 : Pusher, son premier long métrage, révèle Mads Mikkelsen, qui sera tête d’affiche de Pusher 2 (2004). 2009 : Après Pusher 3 (2005), il signe un biopic aussi brillant qui violent sur un prisonnier britannique rebelle, Bronson, qui révèle Tom Hardy au grand public. 2011 : Drive lui vaut sa première sélection en compétition au Festival de Cannes et un Prix de la Mise en scène. Ryan Gosling y perd définitivement son étiquette Disney et Kavinsky y gagne une notoriété mondiale

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Nicolas Winding Refn : «Un film divertissant, glamour et vulgaire»

ECRANS | Revenu bredouille de Cannes, "The Neon Demon" avait pourtant tout pour plaire à George Miller, puisque c’est un film d’horreur adolescent. Explications par ce pince-sans-rire élégant qu’est Nicolas Winding Refn, à qui l'on doit également "Drive", "Only God Forgives" ou encore "Pusher".

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Nicolas Winding Refn : «Un film divertissant, glamour et vulgaire»

Pourquoi avoir jeté votre dévolu sur le milieu de la mode – The Neon Demon suit les traces d’une jeune fille débarquant à Los Angeles pour devenir mannequin ? Nicolas Winding Refn : En fait, je ne l'ai pas choisi, je voulais faire un film sur la beauté. Parce que tout le monde a un avis sur cette notion de beauté : soit pour la considérer comme étant dépourvue d’intérêt, soit comme étant une valeur absolue. Même si elle apparaît largement dans de nombreuses facettes de notre vie, c’est évidemment dans l'univers de la mode qu’elle est la plus célébrée. Nous vivons dans un monde totalement obnubilé par la beauté, où elle est devenue une obsession artistique et générale. Cette "monnaie" n’a jamais été dévaluée, mais sa durée de vie devient de plus en plus éphémère et se récolte de plus en plus jeune. The Neon Demon n’est-il pas plus particulièrement un film sur l’intoxication par la beauté –​ ce qui, au passage, vous a fait encourir un risque de surdose en dirigean

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Only god forgives

ECRANS | Nicolas Winding Refn rate le virage post-"Drive" avec ce film vaniteux qui ressemble à l’œuvre d’un chef décorateur surdoué cherchant sans y parvenir quelque chose à raconter. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 22 mai 2013

Only god forgives

Quant on avait découvert Drive, Nicolas Winding Refn n’était plus un inconnu : la trilogie Pusher et le génial Bronson avaient déjà montré l’étendue de son talent et de ses ambitions. Si surprise il y avait, c’était celle d’un cinéaste qui synthétisait dans une forme pop et romantique un creuset d’influences et de codes qu’il arrivait à régénérer. Avec Only god forgives, Winding Refn tombe dans son propre maniérisme et ce qui hier relevait du plaisir se transforme ici en effort désespéré pour faire autre chose que de l’imagerie pure et simple. L’argument, en soi, n’est pas plus original que celui de Drive : en Thaïlande, deux frères vivotent entre matchs de boxe et trafics de drogue. Le plus âgé, dans un coup de folie, tue une prostituée, avant d’être à son tour massacré par le père éploré, poussé dans son geste par un flic sadi

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Drive

ECRANS | Déjà remarqué avec la trilogie Pusher et le brillant Bronson, Nicolas Winding Refn s’empare d’un polar de série B trouvé par son acteur Ryan Gosling et le transforme en magnifique geste de mise en scène, jouissif d’un bout à l’autre, remettant au goût du jour les élans pop du cinéma des années 80. Christophe Chabert

François Cau | Mercredi 28 septembre 2011

Drive

Dix minutes chrono. Il suffit de dix minutes pour que Nicolas Winding Refn fasse battre notre pouls au rythme de son nouveau film. Dix minutes chrono, c’est le temps (réel) que met un mystérieux chauffeur sans nom (Ryan Gosling) pour conduire une poignée de voyous masqués et les aider à accomplir un casse parfait, sans accroc ni violence. La méticulosité du personnage, sa science de la route, des distances, du temps qu’il faut à une voiture de police pour arriver sur les lieux du crime, fusionne avec celle du cinéaste, expert en fluidité cinématographique qui se paye le luxe de souligner son art en laissant bourdonner un beat techno métronomique et hypnotique sur la bande-son, au diapason de son découpage et de son montage. Au terme de cette introduction étourdissante, on a redécouvert le sens du mot virtuosité, ce bonheur de se laisser absorber dans un spectacle jouissif. Sexy beast À vrai dire, on ne se hasardera pas à louer les qualités scénaristiques de Drive. On peut même dire que le script n’a rien de renversant, et qu’entre de mauvaises mains, il aurait pu donner une série B anodine qui aurait fini

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Cannes jour 10 : Bonne conduite

ECRANS | Drive de Nicolas Winding Refn. This must be the place de Paolo Sorrentino.

François Cau | Samedi 21 mai 2011

Cannes jour 10 : Bonne conduite

Dans la dernière ligne droite du festival, celle où l’on risque à tout instant la sortie de route, les organisateurs de ce Cannes 2011 ont eu la bonne idée de programmer un film qui s’appelle Drive. C'est logique et bienvenu, car le nouveau Nicolas Winding Refn, qu'on l'aime ou pas, a fait l'effet d'un shoot de red bull sur les festivaliers. Le cinéaste danois avait tenté une première fois l'aventure hollywoodienne avec Inside job (rien à voir avec le docu coup de poing sorti l'an dernier), dont l'échec public et critique l'ont renvoyé direct et la rage au cœur vers son pays natal. Depuis, entre la fin de sa trilogie Pusher, l'incroyable Bronson et le très personnel Valhalla Rising, Winding Refn est devenu un des cinéastes qui compte dans le paysage mondial. Mais Drive n'a rien d'un film personnel, c'est une commande ouvertement commerciale qu'il a reprise au pied levé et sur laquelle il a pu déverser sa cinéphilie et son incontestable talent de metteur en scène. On y suit un cascadeur de cinéma qui, la nuit tombée, devient chauffeur pour des hold-ups millimétrés. Un super-héros à l'envers, particulièrement taciturne et insondable, qui derrière sa voix douce et son blouson élimé ca

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