Tous au Larzac

ECRANS | De Christian Rouaud (Fr, 2h) documentaire

François Cau | Lundi 21 novembre 2011

Un homme court sur un plateau escarpé, filmé depuis un plan aérien parfait, magnifiant à la fois le personnage et le décor dans lequel il s'inscrit ; l'ouverture de Tous au Larzac fait plus penser au Seigneur des anneaux qu'à un documentaire engagé sur un combat vieux de trente ans mais dont les répercussions se font sentir encore aujourd'hui. Christian Rouaud, qui avait déjà fait parler de lui en réalisant Les Lips, est comme Depardon un documentariste qui ne voit pas le genre comme du sous-cinéma. Dans Tous au Larzac, le soin apporté à la mise en scène, que ce soit dans les interviews ou dans le traitement des archives, n'a donc rien à envier à la meilleure des fictions. Mais le sujet s'y prête, mélange étrange entre un western contemporain bien de chez nous et un suspense politique où chaque coup porté par un camp se traduit par une réponse ferme de l'autre. On peut trouver le film un peu long (comme la lutte, qui dura dix ans), on peut regretter que Rouaud n'aille pas chercher des témoins du côté de l'armée ou des gouvernements de l'époque (ont-ils seulement un visage ?) ; mais sa constance à ne jamais baisser les bras en tant que cinéaste, reflet de la combativité de ceux qu'il célèbre, force le respect. CC

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Rencontres de géopolitique critique : « La violence est généralement annoncée par le pouvoir »

Festival | La quatrième édition de ces Rencontres se déroulera dans l'agglo du lundi 4 au samedi 16 mars. On vous en dit plus.

Solène Permanne | Mardi 26 février 2019

Rencontres de géopolitique critique : « La violence est généralement annoncée par le pouvoir »

Théorisée dans les années 1970 par Johan Galtung (pionnier des études modernes sur la paix), la violence structurelle désigne la violence provoquée par les structures sociales ou institutions étatiques. Un concept qui sera le poumon des quatrièmes Rencontres de géopolitique critique organisées pendant douze jours dans divers lieux de l'agglo sur le thème de la (non)violence. « "Qui attribue la violence ? Qui est violent ?" sont des questions essentielles. La violence est généralement annoncée par le pouvoir. Identifiés comme sujets violents, les dominés n’ont pas toujours la capacité de parler des violences qu’eux-mêmes subissent » explique Karine Gatelier, co-fondatrice de l’association Modus Operandi à l’initiative de ces Rencontres. Des Rencontres qui ont été créées en 2016, avec le laboratoire de sciences sociales Pacte, comme un "off" du Festival de géopolitique de Grenoble piloté par l’école de management de Grenoble. « Nos événements sont souhaités les plus ouverts et participatifs possibles, avec une circulation de la parole » précise Karine Gatelier. Au programme (à retrouver en e

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"Sauvage" : vous avez dit sauvage ?

ECRANS | de Camille Vidal-Naquet (Fr, 1h39) avec Félix Maritaud, Éric Bernard, Philippe Ohrel…

Vincent Raymond | Lundi 27 août 2018

Pour se fournir sa came quotidienne, Léo se vend ici ou là à des hommes, traînant son corps délabré de SDF sur les pavés parisiens. Des occasions de s’en sortir se présentent à lui parfois, mais il préfère vivre dans l’instant présent, l’adrénaline du fix et la sueur des corps incertains… Venir après Van Sant, après Téchiné, après Chéreau, après Genet, enfin après tout le monde en somme, dans la contre-allée de la représentation des éphèbes clochardisés vendant leur corps contre au mieux une bouffée de drogue, c’est déjà risqué. Mais ensuite tomber dans le maniérisme esthétique du pseudo pris sur le vif (avec coups de zooms en veux-tu, en voilà, rattrapage de point), dérouler les clichés comme on enfile des perles (boîtes gays nids à vieux fortunés, musicien vicieux rôdant tel le vautour…) pour nous conduire à cette fin prévisible comme si elle avait été claironnée… Était-ce bien nécessaire ? L’ultime plan, en tant qu’évocation indirecte de Verlaine, a plus d’intérêt, de force et de sens que bien des simagrées précédentes. On peut également sauver une ou deux répliques, assez bien troussées – elles.

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Hubert Charuel : « L’élevage est un métier de dévotion »

ECRANS | "Petit Paysan" deviendra-t-il grand cinéaste ? C’est bien parti pour Hubert Charuel, qui signe à 32 ans un premier long-métrage troublant. Entretien cartes sur étable.

Vincent Raymond | Lundi 28 août 2017

Hubert Charuel : « L’élevage est un métier de dévotion »

De quelle(s) épidémie(s) vous êtes-vous inspiré pour votre premier film Petit Paysan ? Hubert Charuel : La maladie du film est fictive : elle présente plusieurs symptômes de maladies réelles, mais qui se soignent. J’ai grandi pendant la période de vaches folles et de fièvre aphteuse. On était dans cet esprit de paranoïa : l’angoisse de mes parents, de ma famille, des amis aux alentours était totale, personne ne comprenait ce qui se passait. Les vétérinaires ne savaient pas ce qu’était Creutzfeldt-Jakob, n’avaient pas les résultats… Ça a vraiment choqué beaucoup de monde. Les abattages, c’est horrible : les gens arrivaient, on tuait tous les animaux, on creusait une fosse au milieu de la ferme, on brûlait les animaux sur place. Un traumatisme pour les éleveurs et les vétérinaires. Certains ne s’en sont pas remis de faire des abattages totaux à la chaîne. D’autres ne s’en pas remis financièrement. Quand on dit à l’éleveur qu’il va toucher des indemnités, c’est plus compl

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"Petit Paysan" : de mal en pis

ECRANS | Un petit éleveur bovin tente de dissimuler l’épidémie qui a gagné son cheptel. Ce faisant, il s’enferre dans des combines et glisse peu à peu dans une autarcie paranoïaque et délirante. Une vacherie de bon premier film signée Hubert Charuel, à voir d’une traite.

Vincent Raymond | Lundi 28 août 2017

Difficile d’être plus en phase avec l’actualité qu’Hubert Charuel. Au moment où l’on s’interroge sur la pérennité des aides à l’agriculture biologique et où l’on peine à mesurer les première conséquences du énième scandale agro-industriel, son film nous met le nez dans la bouse d’une réalité alternative : celle des petits paysans. Ceux qui n’ont pas encore succombé, rongés par l’ingratitude de leur métier et les marges arrière de la grande distribution, ni été aspirés par leurs voisins, gros propriétaires fonciers ou de fermes automatisées – on en voit ici. Pierre est un petit paysan à la tête d’un domaine raisonnable – c’est-à-dire qu’il le gère tout seul, mais en lui consacrant tout son temps. Lorsqu'il détecte dans son troupeau des animaux malades d’une mystérieuse fièvre hémorragique, il redoute le pire : l’abattage de la totalité de ses bêtes. La dissimulation lui offre une illusion de répit, mais les conséquences ne font qu’aggraver le problème... Sans foin ni loi Le jeune réa

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"Ava" : et Noée Abita creva l’écran

ECRANS | Dernier été pour les yeux d’Ava, ado condamnée à la cécité s’affranchissant des interdits ; et premiers regards sur le cinéma de Léa Mysius (coscénariste des "Fantômes d’Ismaël" d'Arnaud Desplechin) avec ce film troublant et troublé, ivre de la séduction solaire de la jeune Noée Abita.

Vincent Raymond | Mardi 20 juin 2017

Ava a treize ans, une mère célibataire fantasque, une petite sœur au biberon et une maladie qui va la rendre aveugle à la fin des grandes vacances. Loin de s’apitoyer sur son sort, l’ado profite de ce qui lui reste de vue pour longer les marges avec un jeune gitan qui la fascine… Bonne pioche pour la Semaine de la Critique du dernier Festival de Cannes que ce premier long-métrage de Léa Mysius, tout à la fois empli de la vitalité rebelle de la jeunesse et confronté à l’inéluctable d’une disparition précoce. Un poème sensoriel débarrassé d’un ancrage forcené au réalisme : Ava s’octroie ainsi des parenthèses de folie douce lorsqu’il s’agit d’évoquer le ressenti de la liberté, le frisson de l’incertain. Une révolte métaphorique dans une fuite à la poursuite de la beauté, où la suggestion discrète l’emporte sur la pataude monstration. Garde à vue On sait combien un film peut se trouver transfiguré par son acteur·trice grâce à l’accord intime entre l’interprète et son personnage. Ce que livre ici la débutante Noée Abita tient de la vibration : à l’âge des métamorphoses, avec son regard fixe et

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"Mimosas, la voie de l'Atlas" : hermétisme satisfait

ECRANS | d'Oliver Laxe (Esp./Mar./Fr./Qat., 1h33) avec Ahmed Hammoud, Shakib Ben Omar, Said Aagli…

Vincent Raymond | Mardi 23 août 2016

Si l’on voulait se montrer bienveillant, on dirait de Mimosas qu’il tente de transposer le mysticisme d’essence chrétienne irriguant le Stalker de Tarkovski dans un contexte musulman – mais franchement, ce serait lui faire infiniment d’honneur. Car le concentré de cinéma abscons dont se rend coupable Oliver Laxe, dont la plus remarquable faculté est sa capacité à dilater le temps (au point de donner l’illusion de l’éternité à ses spectateurs), se révèle un monument d’hermétisme satisfait, dans notre monde comme dans tous les univers parallèles concernés par l’histoire de Mimosas. Pourquoi les esprits brillants présidés par Valérie Donzelli ont-il décerné à ce film autocontemplatif et puissamment soporifique le prix de la Semaine de la critique au dernier Festival de Cannes ? Le fait que la récompense soit dotée par une marque de café peut constituer un début explication, à défaut d’excuse…

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Les Immortels

ECRANS | De Tarsem Singh (ÉU, 1h50) avec Henry Cavill, Stephen Dorff, Mickey Rourke…

François Cau | Lundi 21 novembre 2011

Les Immortels

Le revival du peplum et de l’heroïc fantasy semble avoir encore de beaux jours devant lui. Les Immortels montre que si le genre est bridé par ses codes (le scénario, où Thésée prend la tête des armées grecques pour affronter Hypérion, décidé à réveiller les titans emprisonnés par les Dieux de l’Olympe, manque sérieusement de substance), il ouvre d’infinies possibilités visuelles. Tarsem Singh, dont on avait beaucoup aimé le conte cruel et pictural The Fall, y trouve un terrain de jeu propice à son travail d’esthète, toujours à la frontière entre l’avant-gardisme et le figuratif. Le numérique lui offre ainsi la possibilité de retrouver les textures et les perspectives des préraphaélites, friands eux aussi de mythologie. Le traitement des couleurs, des matières et des costumes, traduisent une sensibilité artistique devenue rare dans ce type de blockbuster (rien à voir avec la laideur visuelle de 300). Le combat final, impressionnant, traduit toutes les directions dans lesquelles il s’engouffre : débauche d’action gore mais toujours lisible, baston sans concession entre Thésée (Henry Cavill) et Hypérion (Mickey Rourke, monstrueusement badass et génialement cabotin) et heurt homériq

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Le Tableau

ECRANS | de Jean-François Laguionie (Fr, 1h16) animation

François Cau | Lundi 21 novembre 2011

Le Tableau

Vétéran de l'animation française, Jean-François Laguionie a acquis ses galons avec des films comme Gwen, le livre des sables ou plus récemment L'île de Black Mor. Aujourd'hui septuagénaire, le cinéaste tourne peu mais ses œuvres sont d'un raffinement égal à celles de son ami Paul Grimaut qui l'initia au genre. Objet rare donc, Le tableau l'est à double titre puisque sa beauté est un palais pour le regard. Son idée de génie est simple : rejouer la lutte des classes au sein d'un tableau inachevé où les personnages, finis, règnent sur les pas finis et autres croquis. Pour une histoire d'amour entre un garçon d'en haut et une fille d'en bas, trois d'entre eux, un de chaque rang, sortent du cadre pour retrouver ce peintre qui n'a pas terminé son travail. Ils explorent ainsi son atelier et passent de tableaux en tableaux, évoluant comme dans autant de réalités s'adaptant aux nuances de chacune des toiles. C'est un peu comme si Toy Story lisait Marx en rejouant la séquence du musée des Looney Tunes de Joe Dante. En ressort un film inventif, amusant, intelligent et dont les vertus pédagogiques n'écrasent jamais l'ambition poétique ou cinémato

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Time out

ECRANS | Dans cette fable politique où le temps remplace l’argent, mais où la lutte des classes est toujours à l’ordre du jour, Andrew Niccol semble avoir oublié de remplacer les clichés par du cinéma. Christophe Chabert

François Cau | Vendredi 18 novembre 2011

Time out

Un bon film d’anticipation parle toujours du temps présent. Andrew Niccol, qui jusque-là avait mené un parcours sans faute, de Gattaca au scénario du Truman show en passant par Lord of war, démontre avec Time out que les mauvais films d’anticipation aussi… Pas besoin d’avoir lu Indignez-vous de Stéphane Hessel et Qu’ils s’en aillent tous de Jean-Luc Mélenchon pour saisir de quelle réalité nous parle le cinéaste derrière sa métaphore. Nous sommes dans un futur proche (en attestent les décors, reproduction à peine outrée des quartiers pauvres et des centres d’affaires d’aujourd’hui) où chaque individu, arrivé à son vingt-cinquième anniversaire, ne vieillira plus. Argument houellebecquien (le culte de la jeunesse comme ultime valeur de nos sociétés consuméristes) qui s’accompagne d’un bémol de taille : passée l’année de crédit offerte, il faudra gagner du temps au sens le plus littéral de l’expression, celui-ci étant devenu l’unité monétaire du pays. Mais cela ne change rien à l’affaire sociale : les riches vivent éternellement à un rythme de sénateur, les pauvres triment toute la journée et courent comme des lapins pour ne pas perdre leurs précieuses secondes. Le temps, c

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Twilight 4 : Révélation 1ère partie

ECRANS | De Bill Condon (EU, 1h57) avec Kristen Stewart, Robert Pattinson…

François Cau | Mercredi 16 novembre 2011

Twilight 4 : Révélation 1ère partie

Rebaptisé “Twilight : Pénétration“ par quelques mauvais esprits, ce quatrième volet de l’inénarrable saga pseudo fantastique marque en effet la fin de l’abstinence pour Bella et Edward, légitimée par leur adhésion aux liens sacrés du mariage. Que les parents, les mormons et les parents mormons se rassurent, ils ne s’adonneront au supplice de la chair qu’une seule fois, et cette saillie se soldera par une grossesse extrêmement douloureuse. Et malgré les pressions de son entourage, Bella la juste n’en démordra pas et gardera l’enfant, quitte à mettre sa vie en péril. Faut-il pour autant prendre ce film pour une propagande anti-sexe et pro-life ? A vrai dire, ce n’est pas non plus comme si on nous laissait le choix, puisqu’il ne s’y passe strictement rien d’autre. Ah si : des loups-garous sont embusqués alentour, et leur assaut de trois minutes montre en main sera expédié de façon illisible. Mais le plus choquant dans ce navet à la forme indigente et au fond réactionnaire reste encore son prix : 127 millions de dollars pour un mélodrame poussif et absurdement elliptique dans un loft, avec des effets spéciaux de synthèse et une direction artistique risibles, c’est le comble de l’ind

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L’étoffe des héros

SCENES | THÉÂTRE / Michel Belletante exploite les possibilités de sa scénographie épurée au maximum, et redonne au texte mordant de Jean-Luc Lagarce la puissance de ses confrontations chorales. François Cau

| Mercredi 14 mars 2007

L’étoffe des héros

Avant que le spectacle ne commence, la volubilité du metteur en scène semble trahir une certaine nervosité. Les portes de la salle sont encore fermées, on entend juste en fond le chant traditionnel yiddish qui rythmera des changements de tableaux. Les comédiens s’échauffent donc la voix, et Michel Belletante revient sur la genèse du texte. «Le texte est un patchwork. Lagarce s’est amusé à y greffer beaucoup de mots de Kafka. On a exploré les racines yiddish de cette troupe de théâtre, en clin d’œil à la référence de départ, et on a fait un dernier lien avec le film Le Voyage des Comédiens de Théo Angelopoulos». Ellipse, le rideau s’ouvre sur une scène vide, où s’entassent des dizaines de projecteurs et autres reliquats de spectacles passés. L’intro est burlesque, la troupe de comédiens se bouscule, se monte dessus, s’accapare le vide scénique avant d’y poser définitivement ses valises. Les personnages sont des comédiens usés, conscients de leurs limites et de leur désuétude, dans une Europe Centrale vivant dans la crainte d’un conflit sur le point d’éclater. Viens voir les comédiens Premier tour de force : en réduisant la scénographie au minimum, Michel Belletante s’est assujetti

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Les Nouveaux Monstres

ECRANS | REPRISE / Encore plus monstrueux que leurs prédécesseurs, les protagonistes de ces 12 sketchs témoignent de l’atmosphère délétère qui rongeait l’Italie de la fin des années 70. Une charge politique, sociale et comique dont l’admirable férocité fait toujours un bien fou, surtout en ces temps de consensus cinématographique mou. FC

| Mercredi 14 mars 2007

Les Nouveaux Monstres

Le film n’entretient a priori aucun rapport narratif avec Les Monstres, réalisé en 1963 par Dino Risi. Mais le but est le même : capter les travers caractéristiques de l’époque, à travers une suite de sketchs mettant en scène de bien piètres représentants du genre humain. Selon deux des co-scénaristes du film (le tandem Agenore Incrocci et Furio Scarpelli), cette nouvelle mouture fut réalisée à la base pour venir en aide financière à l’un de leur collègue gravement malade. Mais que cette noble origine ne vous abuse pas : cette fausse séquelle surpasse le premier film en termes d’exploration des tréfonds de la bassesse humaine. L’Italie, plongée dans le marasme des années de plomb, est au cœur d’un bouleversement socio-politique particulièrement trouble et douloureux. Le cinéma de genre italien est en train de livrer ses œuvres les plus barrées. Les Nouveaux Monstres, fruit de l’énergie commune des plus grands satiristes nationaux (Risi, Scola, Monicelli, Ruggero Maccari, Age et Scarpelli…), sera forcément plus virulent. Non par défiance ou par simple provocation, mais par la volonté inébranlable d’artistes talentueux, conscients que l’humour offensif est une arme destructrice. Et l

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Membres mêlés

SCENES | LES PIÈCES / Transmission et Push, œuvres totalement envoûtantes, ABORDENT LA QUESTION DU LIEN et de la relation AU SEIN DU GROUPE puis DU COUPLE. SD

| Mercredi 14 mars 2007

Membres mêlés

Les parties du corps sont isolées par la lumière. Une main, un bras se dessinent sur la largeur du plateau, celui-ci plongé dans l’obscurité. Il semble que des individus tentent de se mettre en lumière. De se découvrir, d’abord individuellement, avant d’en arriver au collectif. Enfin, les corps se meuvent, mais la lumière est toujours dirigée sur un endroit réduit. Le mouvement continu transforme les parties du corps en un dessin abstrait. Le corps devient faisceaux lumineux, flux. Toujours dans le noir, les corps se rapprochent : deux bras enroulés apparaissent, un coude sur lequel est posé la main de quelqu’un d’autre. On ne sait plus à qui appartient telle épaule, telle main qui glisse sur un bras. La confusion des corps monte, sensuelle et légère. Petit à petit la lumière se fait. En symétrie, se déploient alors des duos de femmes, des solos, des histoires individuelles au milieu d’un groupe. Comment se découvrir ? Comme faire un collectif, et transmettre, se donner ? Dans cette pièce, Transmission, créée pour 5 danseuses, la qualité du mouvement s’avère inouï de bout en bout. Two lovers Souples, ronds les mouvements disent l’intime, la rencontre avec autrui, puis le retour

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À deux doigts de l’enfer

SCENES | théâtre / Il y a des mises en scène qui font date. Quand, en 1991, Michel Raskine (actuel directeur du Théâtre du Point du Jour, à Lyon) monte Huis Clos de (...)

| Mercredi 28 mars 2007

À deux doigts de l’enfer

théâtre / Il y a des mises en scène qui font date. Quand, en 1991, Michel Raskine (actuel directeur du Théâtre du Point du Jour, à Lyon) monte Huis Clos de Jean-Paul Sartre, on en oublierait presque que la fameuse réplique «l’enfer c’est les autres» a été ressassée et mangée à toutes les sauces, jusqu’à l’écœurement. La presse salue alors unanimement cette vision résolument moderne, ce Huis Clos “grunge”. Un homme, deux femmes, une statue de Jésus, témoin impassible de la scène qui va se jouer et quatre canapés. L’enfer est ici une chambre sans porte ni fenêtre où l’on entre par une trappe, guidé par un cerbère clownesque et hystérique qui semble se délecter d’avance des drames à venir. Dans une chaleur étouffante, les trois personnages vont alors pouvoir se mettre à nu, au sens figuré comme au sens propre, chacun étalant ses petites horreurs, devenant le bourreau des deux autres, cherchant son pardon ou la protection d’un corps. Que reste-il de cette mise en scène en 2007 ? La même humanité, la même volonté de ne pas juger ces monstres ordinaires mus par le désir violent, l’envie d’être aimés au-delà de la vie. Et une comédienne, Marief Guittier, campant une Inès rock’n’roll, chev

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La danse dévoile

SCENES | Les quatre silhouettes alignées, les danseurs, arborent masques et vestes bleues identiques. Ils font face aux deux musiciens cerclés de multiples instruments venus des quatre coins de la planète : Gildas Etevenard et Akosh Szelevényi. SD

| Mercredi 4 avril 2007

La danse dévoile

Les 6 interprètes semblent protégés par leurs armures, et prêts à se lancer dans un rituel, vision installant d’emblée une tension. Derrière eux, des voiles couleur vert d’eau, fixés à de légers bambous, coulent sur un espace immaculé, évocation d’un tatami, d’un lieu de combat, d’un lieu solennel. La petite trompe de soldats frappe au sol, et enclenche la musique. Les danseurs se détachent de la ligne et continuent dans une gestuelle presque robotique, désarticulée mêlée de mouvements évoquant les arts martiaux, sans jamais vraiment s’installer non plus dans ces esthétiques japonisantes et traditionnelles. On découvre le visages des danseurs Smaïn Boucetta, Li-Li Cheng, Sylvie Guillermin et Rémi Esterle : les masques s’ôtent. Le groupe se débarrasse d’une première couche rigide, amorçant du coup la conquête de son individualité. Première libération qui se joue sur la musique à la pulsation enlevée, entraînante, relevant de la transe, des multi instrumentistes hyper talentueux jouant aussi bien de la clarinette basse, des saxophones dans des élans de free jazz, des percussions asiatiques (gong, cloches), que des instruments traditionnels hongrois... Conte de printemps Les danseur

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Nos amis les gros cons

ECRANS | critique / Avec Idiocracy, Mike Judge, créateur de “Beavis and Butt-Head“, conduit une fable au vitriol sur le devenir d’un monde nivelé par le bas qui se vautre dans la bêtise et la beauferie. Hilarant, inquiétant et salutaire ! CC

Christophe Chabert | Mercredi 25 avril 2007

Nos amis les gros cons

Dans le registre apprécié de la “comédie débile“, Idiocracy a d’ores et déjà une place à part : non seulement il touche les sommets du genre, mais il en est aussi le manifeste théorique et politique. Car la connerie est son sujet, non pour la brandir en étendard mais pour mettre le spectateur le nez dedans, le forcer à regarder en face les conséquences d’un laisser-aller intellectuel dont le refrain entêtant se fait un peu trop entendre en ce moment. Le tour de force de Mike Judge, c’est de faire réfléchir sur la bêtise sous toutes ses formes sans tomber dans la posture surplombante. Au contraire : Idiocracy est un film qui utilise la connerie pour mieux la critiquer, et qui la critique pour mieux nous y faire prendre un plaisir coupable. La Grande bouffe Résumons : de nos jours, on tente une expérience scientifique en congelant un Américain moyen (l’excellent Luke Wilson), pour observer sa réaction à son réveil. Mais l’expérience tourne mal, et il ne sort du coma que 500 ans plus tard. À peine Joe a-t-il mis les pieds hors de son caisson qu’il découvre un pays ravagé par la pollution, dont les citoyens obèses à force de malbouffe sont réduits à une désolante beauferie, tellement

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Tu chanteras

SCENES | Retour / Récemment, la Volksbühne, l’emblématique troupe berlinoise fut de retour sur la scène de la MC2. Et ce, avec une adaptation réalisée par le metteur en (...)

| Mercredi 2 mai 2007

Tu chanteras

Retour / Récemment, la Volksbühne, l’emblématique troupe berlinoise fut de retour sur la scène de la MC2. Et ce, avec une adaptation réalisée par le metteur en scène, Christoph Marthaler de la pièce Die Zehn Gebote (Les dix commandements) écrite en 1950 par l’auteur napolitain, Raffaele Viviani. Une rencontre opportune que celle de Viviani-Marthaler : Viviani fut chanteur dans les music-hall italiens avant que Mussolini ne les interdisent, et Marthaler étudia la musique. Ainsi, dans Die Zehn Gebote, l’univers de la voix à travers airs d’opéra, chants religieux (sur lequel s’ouvre sublimement le spectacle), canzonette, show divers et variés issus des varietà italiennes, est omniprésent : les personnages, des napolitains démunis, en marge, oubliés dans une Naples sublime car vieillissante et fabuleusement ressuscitée sur scène, pallient à leur existence désespérée par ces moments d’oubli et de communion incarnés par l’expression vocale profane ou sacré. Ces figures excentriques et chantantes se nourrissent d’ironie, d’humour noir, de sensualité, de grotesque, et de rages envers Dieu ou l’ordre moral -leurs résistances au dénuement-, puis, s’effondrent dans des dépressions inévitables

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Très bien, merci

ECRANS | Critique / Dans certains spots de prévention domestique, on entend ce slogan : “Il suffit d’un geste pour que votre vie bascule...”. Cette phrase (...)

| Mercredi 2 mai 2007

Très bien, merci

Critique / Dans certains spots de prévention domestique, on entend ce slogan : “Il suffit d’un geste pour que votre vie bascule...”. Cette phrase revient en mémoire à la vision de Très bien, merci, impressionnante comédie noire et inquiète d’Emmanuelle Cuau. La vie d’Alex (Gilbert Melki, juste génial) bascule parce qu’il a eu le malheur de ne pas passer son chemin un soir en rentrant chez lui, préférant assister impassible à un contrôle de police à l’encontre d’un couple de jeunes gens. Ensuite : garde à vue, demande d’explications, internement psychiatrique, perte de son emploi... La machine étatique emporte un quidam dans sa logique aveugle : s’il est là (en prison, puis à l’hôpital), c’est forcément parce qu’il a fait quelque chose. Mais quoi, personne n’en sait rien ! Évidemment, Très bien, merci peut se lire comme une version libre et contemporaine du Procès de Kafka ; mais Cuau ajoute à l’effrayante descente aux enfers bureaucratiques d’Alex un prologue et un épilogue qui viennent élargir ce qui aurait pu n’être qu’un bilan à charge des dérives politiques, récentes ou plus anciennes. Car tout aurait pu basculer plus tôt : quand ce comptable stressé avait essayé de tenir molle

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