Des vents contraires

ECRANS | de Jalil Lespert (Fr, 1h31) avec Benoît Magimel, Isabelle Carré, Ramzy Bedia…

François Cau | Vendredi 9 décembre 2011

Cinéma français et roman hexagonal font rarement bon ménage. Adapté du livre éponyme d'Olivier Adam, déjà coupable de Je vais bien ne t'en fais pas, Des vents contraires emprunte la même voie d'un terrorisme émotionnel en quête de vérité sur la vie. Suivant la reconstruction d'un père et ses deux enfants immigrés à Saint Malo après la disparition inexpliquée de la mère, le film trouve dans ce macguffin un pur prétexte de scénario pour filmer moins l'absence de l'autre au monde, que ce qui autorise à compenser le manque en soi. Cinéma de l'égoïsme et de l'état d'âme brûlé au fer rouge par son ignoble petite intrigue rondement menée, Des vents contraires ne parle que de culpabilité et de fautes à excuser ; jamais d'un authentique amour en suspens. Du côté des pères qui en bavent, Lespert filme la vie comme une épreuve et avec le réalisme d'une thérapie de plateau télé. L'auteur est plus fin lorsqu'il observe les enfants, mais il a hélas pris le pire bouquin : gris, déprimant, vain.
Jérôme Dittmar

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"La Terre des hommes" : la ferme !

ECRANS | ★★★★☆ / Seule contre tous, une jeune agricultrice abusée et humiliée par ses "confrères" trouve la force de lutter pour le rétablissement de ses droits. Plus qu’un "me too" ou un "rape and revenge" en milieu rural, Naël Marandin signe un grand film universel admirablement photographié et porté par des comédiens investis.

Vincent Raymond | Mardi 24 août 2021

Un changement de génération se profile dans l’exploitation bourguignonne de Bernard : sa fille Constance s’apprête à reprendre l’élevage bovin avec son fiancé Bruno, en opérant une modernisation en accord avec les tendances du marché. L’entreprise étant en liquidation judiciaire, Constance compte sur le soutien de Sylvain, un ambitieux représentant agricole local. Mais celui-ci va profiter de son ascendant pour abuser d’elle. Rongée par la culpabilité du viol qu’elle a subi et craignant de fragiliser son projet, la jeune femme commence par se taire. Avant de déballer la vérité… et d’en subir les conséquences. Si l’affiche d’un film est une promesse, celle de La Terre des hommes hisse la barre fort haut, avec sa distribution de prestige et la beauté lumineuse (sans maniérisme esthétisant) de son visuel. Le film s’avère à l’avenant, dans une vision contemporaine du monde paysan — c’est-à-dire dépoussiérée des clichés de catalogue à la Jean Sagols —, traitant des problématiques concrètes de celles et ceux qui nourrissent le monde, sans pour autant se priver de le faire avec une élégance formelle ne trahissant pas le sujet. Pourquoi faudrait-il “m

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"L'Enfant rêvé" : graine de discorde

ECRANS | ★★☆☆☆ De Raphaël Jacoulot (Fr., 1h48) avec Jalil Lespert, Louise Bourgoin, Mélanie Doutey…

Vincent Raymond | Mercredi 7 octobre 2020

À la tête de la scierie jurassienne familiale, François et Noémie luttent chaque jour pour leur entreprise comme pour leur couple, infécond. Mais voilà que François entame une liaison clandestine avec Patricia, une cliente par ailleurs mariée. Celle-ci va tomber enceinte… Le drame passionné en gestation, aux accents ruraux (et musicaux) de La Femme d’à côté, est hélas rattrapé par une triste prévisibilité lorsqu’à la trame sentimentale s’ajoutent des enjeux plus terre à terre. Le personnage de François ressemble alors à une foultitude de protagonistes masculins vus ici ou là ces dernières années, embringués dans des histoires vaguement similaires (entreprise à sauver avec patriarche emmerdeur dans le terroir/couple en déroute/histoire de fesses) ; à croire que cette situation tient du lieu commun et que Jalil Lespert se substitue ici à Guillaume Canet ou Gilles Lelouche en chemise à carreaux. Restent les paysages du Jura filmés par drone…

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"Le Dindon" : Feydeau-do

ECRANS | De Jalil Lespert (Fr., 1h25) avec Dany Boon, Guillaume Gallienne, Alice Pol…

Vincent Raymond | Mardi 24 septembre 2019

Séducteur impénitent, Pontagnac suit chez elle Victoire qu’il aimerait mettre dans son lit, ignorant qu’elle est l’épouse de son ami Vatelin. Quand celui-ci apparaît, il faut composer. Encore plus quand un autre soupirant de Victoire débarque. Et davantage à l’irruption de Mme Pontagnac… Transposer une pièce de Feydeau : pourquoi pas ? La situer au début des années 1960 : l’idée se défend, révélant à quel point les codes de la bourgeoisie patriarcale ont peu évolué jusqu’au schisme sociétal de 68. Reste la question de l’adaptation de Jalil Lespert… C’est-à-dire pas uniquement un ripolinage cosmétique visant à "actualiser" ici quelques répliques, là du décor, ailleurs des situations ou des personnages ; juste rendre le matériau compatible avec les contraintes propres à l’écran. Bien sûr, il ne faut pas attendre d’un vaudeville sa métamorphose en fresque de David Lean (ce serait un contresens stupide) mais à tout le moins qu’il trouve une équivalence dans sa mécanique rythmique. Ici, seul le deuxième acte parvient à s’abstraire de la langue pour donner vie aux corps en osant burlesque et absurde : le premier reste prisonnier d’une exposi

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"Iris" : thriller mon œil !

ECRANS | de et avec Jalil Lespert (Fr., 1h39) avec également Romain Duris, Charlotte Le Bon, Camille Cotin…

Vincent Raymond | Mardi 15 novembre 2016

Pendant qu’un riche banquier d’affaires pleurniche sa race maudite auprès de la police la disparition soudaine de son épouse Iris, un garagiste lié à l’affaire sent l’étau se resserrer. Mais s’il tombe, il ne sera pas le seul… Porté par le succès de son très sage biopic autorisé Yves Saint Laurent (2014) et de la série Versailles, Jalil Lespert enchaîne avec un polar aux allures sulfureuses, car agitant le spectre d’Édouard Stern, banquier adepte de pratiques SM, abattu au cours d’un de ses petits jeux. Il vient aussi (consciemment ?) manger dans la gamelle de Boileau-Narcejac et Hitchcock en s’autorisant une sorte de relecture de Vertigo. Sauf que Lespert n’a pas vraiment le métier ni l’originalité stylistique d’un De Palma pour proposer une variation inventive. Ici, c’est l’asepsie générale : voyeurisme réduit au minimum, lyrisme mélancolique en

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Le Cœur régulier

ECRANS | de Vanja d’Alcantara (Fr./Bel., 1h30) avec Isabelle Carré, Jun Kunimura, Niels Schneider…

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

Le Cœur régulier

D’un certain point de vue, Vanja d’Alcantara signe une adaptation conforme au roman d’Olivier Adam, Le Cœur régulier étant l’un de ses ouvrages les plus dépouillés, sinistres (sur ce point, il y a débat, car chaque nouveau livre de l’auteur de Je vais bien ne t’en fais pas rebat les cartes) et pour tout dire rébarbatifs, le film en découlant se révèle d’un intérêt chétif. Épure à la nippone ? Admettons, au risque de tomber dans le cliché. Or, justement, Le Cœur régulier-film ressemble à une biennale de la photographie tant il en accumule : contemplation, caméra à hauteur de tatami, mutisme éloquent, jeune écolière en uniforme délurée (comprenez : qui va se dénuder), Isabelle Carré grave dans l’attente d’une illumination intérieure, puis Isabelle Carré dégageant une sérénité irénique de chrétienne pour chromo sulpicien… Ce drame assourdissait par les mots sur papier, il indiffère sur écran. VR

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Yves Saint Laurent

ECRANS | De Jalil Lespert (Fr, 1h40) avec Pierre Niney, Guillaume Gallienne, Charlotte Le Bon…

Christophe Chabert | Lundi 6 janvier 2014

Yves Saint Laurent

Énième bio filmée d’une figure patrimoniale et contemporaine de l’Hexagone, ce Yves Saint Laurent en accumule les défauts jusqu’au désastre intégral. Dès le premier plan sur Pierre Niney en YSL, avec faux nez et diction maniérée, le carnaval façon Patrick Sébastien commence ; le comédien imite mais n’interprète jamais son modèle, dans une quête de réalisme vaine car elle ne fait qu’en souligner les artifices. Idem pour le pénible défilé qui consiste à présenter chaque personnalité célèbre par son nom et son prénom dès son entrée en scène  – seul un faux Andy Warhol perruqué et gesticulant en prenant des photos n’aura droit qu’à un cameo muet et anonyme –, convention de mauvais scénariste raccord avec un dialogue qui accumule les grandes sentences et nie toute quotidienneté aux personnages. Le film baigne ainsi dans une imagerie de reconstitution paresseuse, clichés visuels d’un côté (l’Algérie coloniale, les clubs de jazz), anachronismes ridicules de l’autre (le défilé de 1971 sur de l’électro-pop) ! Même la narration est bâclée, notamment l’intro qui hésite entre chronologie et flashback méditatif avec voix off, sans parler d’une fin qui accélère les événements

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