Le Havre

ECRANS | D’Aki Kaurismaki (Fr, 1h33) avec André Wilms, Kati Outinen…

François Cau | Vendredi 16 décembre 2011

Il y a comme une supercherie derrière les derniers films d'Aki Kaurismaki : le cinéaste, sous couvert d'épure à la Ozu, dissimule sous le tapis sa paresse et son désintérêt pour la mise en scène. Le Havre en est un exemple flagrant : le dialogue sonne faux d'un bout à l'autre, visiblement traduit à la va-vite du Finlandais au Français, langue que Kaurismaki n'a tout simplement pas l'air de comprendre. Idem pour les acteurs : on pourrait dire qu'ils jouent blanc, à la Bresson ; mais non, ils jouent mal, y compris les comédiens chevronnés que sont Wilms ou Darroussin. Mais le sommet de l'arnaque reste la manière d'inscrire le film dans une France de carte postale poussiéreuse et intemporelle, tout en cherchant à parler de son actualité. Quand, dans un même film, on voit des images de Brice Hortefeux au JT et un flic en long manteau de cuir noir façon milice de Vichy, on se demande ce qui, de la démagogie ou du manque criant d'inspiration, l'emporte. CC

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Lucas Belvaux : « Il ne doit pas y avoir un plaisir malsain à regarder la violence »

ECRANS | Adapté du roman de Laurent Mauvignier, "Des hommes" (en salle le 2 juin) rend justice à toutes ces victimes de la Guerre d’Algérie payant les intérêts de décisions "supérieures" prises au nom des États. Et s’inscrit avec cohérence dans la filmographie du (toujours engagé) cinéaste Lucas Belvaux. Interview et critique.

Vincent Raymond | Jeudi 20 mai 2021

Lucas Belvaux : « Il ne doit pas y avoir un plaisir malsain à regarder la violence »

Il y a un lien manifeste entre votre précédent film Chez nous (2017), sur un parti populiste d’extrême-droite, et celui-ci qui en constitue presque une préquelle… Lucas Belvaux : Des hommes est un peu né du précédent, oui. J’avais lu le livre de Laurent Mauvigner à sa sortie en 2009, et à l’époque j’avais voulu prendre les droits et l’adapter. Mais Patrice Chéreau les avait déjà. Il est ensuite tombé malade et n’a pas eu le temps de le faire. J’avais laissé tombé et puis, avec le temps, ne voyant pas le film se faire, je m’y suis intéressé à nouveau. Surtout après Chez nous : il y avait une suite logique. J’ai relu le livre, je l’ai trouvé toujours aussi bon et mon envie de l’adapter était intacte – ce qui est bon signe après 10 ans. Outre "l’actualité" de votre désir, il y a celle du sujet : on a l’impression qu’on ne fait que commencer avec le traitement de "liq

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"Gloria Mundi" : un monde immonde

Cinema | Portrait par Robert Guédiguian d’une famille de la classe moyenne soumise au déclassement moyen dans la France contemporaine, où certains n’hésitent pas à se faire charognards pour ramasser les miettes du festin. Un drame noir et lucide. Coupe Volpi à Venise pour Ariane Ascaride.

Vincent Raymond | Mercredi 27 novembre 2019

Autour de Mathilda, qui vient d’accoucher d’une petite Gloria, le cercle de famille s’agrandit mais ne se réjouit pas trop : les jeunes parents peinent à joindre les deux bouts, le père de Mathilda (qu’elle connaît à peine) sort de prison ; quant à sa mère et son nouvel homme, ils ne roulent pas sur l’or. Seuls sa sœur et son compagnon s’en sortent grâce à une boutique de charognards… Est-ce ainsi que les Hommes vivent ? Citer Aragon, l’aède communiste par excellence, a quelque chose d’ironique accentuant la désespérance profonde dont ce film est imprégné. Gloria Mundi s’ouvre certes par une naissance, mais ne se reçoit-il pas comme un faire-part de décès dans l’ambiance mortifère d’un deuil, celui des illusions collectives et de la foi en l’avenir ? Triste est l’époque que Robert Guédiguian nous montre en miroir, où sa génération (celle des actifs usés, sur le point de partir à la retraite, incarnés par l’épatant trio Meylan/Ascaride/Darroussin) ne peut plus transmettre le flambeau de la lutte ni des solidarités généreuses à sa progéniture. Cette dernière, hypnotisée par les chimères libérales, s’est muée en soldate

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Robert Guédiguian : « Les idées des dominants sont devenues dominantes »

Cinema | Une famille déchirée par l’argent, fléau social gangrenant âmes, cœurs et corps… Dans Gloria Mundi, Robert Guédiguian tend un miroir sans complaisance à sa génération, épuisée d’avoir combattu, et à la suivante, aveuglée par les mirages. Mais ne s’avoue pas vaincu. Entretien exclusif.

Vincent Raymond | Mercredi 27 novembre 2019

Robert Guédiguian : « Les idées des dominants sont devenues dominantes »

Dans la mesure où vous travaillez en troupe, mais aussi où un lien très privilégié vous unit à Ariane Ascaride, comment avez vous reçu la Coupe Volpi qui lui a été remise à la Mostra de Venise ? Robert Guediguian : Je crois que tous les gens qui travaillent ensemble depuis toujours, dont moi, ont pris ce prix pour eux, disons-le. Et l’on trouve juste et justifié ce rapport qui a été fait entre Ariane (qui est d’origine italienne), ses rôles dans le cinéma que je fais et les grandes références comme Anna Magnani. Un prix à Venise oblige à penser à tout le cinéma italien des années 1970 qu’on aime beaucoup et qui nous a grandement frappés : dans notre adolescence, c’était le plus fort du monde. On a plus de références avec le cinéma italien qu’avec le cinéma français ou américain. C’est un peu une transmission, un passage de témoin magnifique. Gloria Mundi est un film sur les valeurs. Mais ce mot a des acceptions différentes selon les générations : pour les aînés, il s’agit de valeurs humaines, alors que les enfants les considèrent sur le plan économique… Je crois, oui. C’est ce

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"Les Éblouis" : il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir

Cinema | De Sarah Suco (Fr., 1h39) avec Camille Cottin, Jean-Pierre Darroussin, Eric Caravaca…

Vincent Raymond | Mardi 19 novembre 2019

Depuis que sa famille a rejoint la communauté chrétienne de Luc-Marie, Camille a vu sa mère sortir de son apathie dépressive. Mais les règles et les rites qui lui sont imposés, ainsi qu’à ses frères, l’étouffent. Camille sent bien l’anormalité de cette aliénation souriante, au nom de la foi… Dans une semaine faste en films d’épouvante, Les Éblouis ne dépare pas. S’inspirant de ses souvenirs personnels, la comédienne Sarah Suco signe un premier long-métrage d’autant plus effrayant qu’il se passe d’effets en décrivant au jour le jour et à travers les yeux d’une adolescente, les conséquences du mécanisme d’embrigadement sectaire. Comment un loup aux allures débonnaires se déguise en berger pour attirer à lui les proies qu’il a flairées fragiles, en l’occurence, la mère de Camille, dépressive et flétrie dans son existence. Et parvient à tout obtenir d’elles grâce à un conditionnement culpabilisateur. Se revendiquant du christianisme et pratiquant une lecture très personnelle des Écritures, la communauté déviante de Luc-Marie est l’un de ces trop nombreux cercles de fêlés prétendant détenir la vérité en droite l

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"La Villa" : une calanque en hiver par Robert Guédiguian

ECRANS | Page arrachée à son journal intime collectif, le nouveau film de Robert Guédiguian capte les ultimes soubresauts de jeunesse de ses alter ego, chronique le monde tel qu’il est et croit encore à la poésie et à la fraternité, le tout du haut d’un balcon sur la Méditerranée. De l’utopie vraie.

Vincent Raymond | Mardi 28 novembre 2017

Depuis un drame intime, Angèle n’était jamais revenue voir son père ni ses frères. Après l’AVC du patriarche, elle redescend pourtant un jour d’hiver dans la calanque familiale. Histoire de régler le présent, solder le passé et peut-être se reconstruire un futur. « J’ai l’impression de faire une espèce de feuilleton depuis trente ans. Sans personnage récurrent, mais avec des acteurs récurrents. Et je joue avec cette ambiguïté. » La confidence de Robert Guédiguian prend d’autant plus de sens ici où le cinéaste convoque un extrait de son film Ki Lo Sa (1985) pour illustrer un flash-back – procédé auquel il avait déjà eu recours dans La Ville est tranquille (2001), agrémenté d’un fragment de Dernier été (1981). « Je serais tenté de le faire souvent, mais ce serait une facilité. Là, par rapport au sujet, ça se prêtait bien » confirme le cinéaste. Bercée par la musique de Bob Dylan, cette réactivation d’une archive ensoleillée du lieu et des protagonistes confère à La Villa une singulière épaisseur temporelle emplie de mélancolie. Passant l’e

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Carine Tardieu : « Pleurer ou rire, c’est une manière d’être vivante »

ECRANS | "Ôtez-moi d'un doute", film au casting quatre étoiles (François Damiens, Cécile de France, André Wilms, Guy Marchand...), c'est la très bonne surprise de cette rentrée cinématographique. Rencontre avec sa réalisatrice.

Vincent Raymond | Lundi 4 septembre 2017

Carine Tardieu : « Pleurer ou rire, c’est une manière d’être vivante »

Avec Ôtez-moi d’un doute, vous abordez le thème du secret de famille, très fécond au cinéma… Carine Tardieu : Au fur et à mesure de l’écriture de cette histoire, je me suis rendu compte qu’il y avait énormément de famille dans lesquelles il y avait des secrets – beaucoup autour de la paternité, car on sait qui est la mère d’un enfant. On en entend davantage parler depuis que les tests ADN existent. Des gens m’ont raconté leur histoire : certains ont eu envie de chercher leur père biologique, d’autres n’ont jamais voulu savoir… Paradoxalement, découvrir que son père n’est pas son père biologique permet à votre héros de mieux connaître le premier… Absolument. J’ai eu moi-même la sensation de rencontrer mon père assez tard, alors que mon père je le connais depuis toujours. Parfois, la rencontre se fait à un moment précis de la vie : quand on devient soi-même père ou mère, on se demande quel homme et quelle femme nos parents ont été. On projette de

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"Ôtez-moi d’un doute" : mes beaux pères

ECRANS | Un démineur breton se trouve confronté à de multiples "bombes" intimes, susceptibles de dynamiter (ou ressouder) sa famille déjà bien fragmentée. Autour de François Damiens, la réalisatrice Carine Tardieu convoque une parentèle soufflante, qui a été nommée à la dernières Quinzaine des Réalisateurs cannoise.

Vincent Raymond | Lundi 4 septembre 2017

Démineur de métier, Erwan a fort à faire dans sa vie privée : il vient d’apprendre que son père l’a adopté et que sa fille (qu’il a élevée seul) est enceinte. Alors qu’il enquête en cachette sur Joseph, son père biologique, Erwan rencontre Anna dont il s’éprend. Las ! C’est la fille de Joseph. Carine Tardieu a de la suite familiale dans les idées. Depuis ses débuts avec La Tête de Maman (2007) et Du vent dans mes mollets (2012), elle s’intéresse à cette sacro-sainte famille. Un microcosme à part, connu de chacun et cependant toujours singulier, ayant surtout la particularité d’être facilement chamboulé. Tant mieux pour qui veut raconter des histoires. Plateau de fruits de père(s) Pour Ôtez-moi d’un doute, la cinéaste conserve son approche favorite consistant à observer une petite tribu de l’intérieur et à hauteur d’enfant. L’enfant a ici quelque peu grandi, puisqu’il s’agit d’un – gigantesque – adulte, en situation de devenir grand-père de surcroît. Mais le scénario le replace justement

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"Une vie" Brizé

ECRANS | Une ingénue sort du couvent pour se marier et mener une existence emplie de trahisons et de désenchantements. Maupassant inspire Stéphane Brizé, réalisateur de l'acclamé "La Loi du marché", pour un récit ascétique situé dans un XIXe siècle étrangement réaliste, et habité jusqu’à la moelle par Judith Chemla.

Vincent Raymond | Mardi 22 novembre 2016

« Plutôt que de tourner l’'adaptation d’Une vie, Stéphane donnait l’impression de vouloir réaliser un documentaire sur les gens qui avaient inspiré Maupassant ; de faire comme si l’on avait la chance de retrouver des images d’époque, certes un peu différentes du livre : Maupassant ayant pris des libertés et un peu romancé ! » Jean-Pierre Darroussin, qui incarne le père de l'héroïne Jeanne (un hobereau quasi sosie de Schubert), a tout dit lorsqu’il évoque sa compréhension du projet artistique, voire du postulat philosophique de Stéphane Brizé. Il y a en effet dans la démarche du réalisateur une éthique de vérité surpassant le classique désir de se conformer à la véracité historique pour éviter l’anachronisme ballot. Nulle posture, mais une exigence participant du conditionnement général de son équipe : plutôt que de mettre en scène le jeu de comédiens dans l’ornière de la restitution de sentiments millimétrés, Brizé leur fait intérioriser à l’extrême le contexte. Ils éprouvent ainsi le froid ambiant sans recourir à un vêtement contemporain pour s’en prémunir, ou s’éclairent à une lumière exclusivement dispensée par des bougies… Un film "natu

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Au fil d’Ariane

ECRANS | Présenté comme une « fantaisie », le nouveau film de Robert Guédiguian divague selon les bons plaisirs du cinéaste et de sa comédienne fétiche Ariane Ascaride, pour un résultat old school et foutraque, avec toutefois de vrais instants de beauté. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 juin 2014

Au fil d’Ariane

Il serait facile de balayer en quelques frappes sur notre ordinateur Au fil d’Ariane : cinéma d’un autre âge justifiant son n’importe quoi scénaristique par un appel paresseux au rêve, ou encore projet récréatif pour Guédiguian entre deux films d’envergure… Tout cela est loin d'être faux, mais… Le jour de son anniversaire, Ariane (Ascaride) reste seule face à son gâteau ; plutôt que de se morfondre, elle décide de partir à l’aventure et, au gré des rencontres, va se constituer une petite famille de gens simples, avant de réaliser son fantasme : chanter sur scène. Pour l’occasion, Guédiguian a convoqué sa famille de comédiens (Meylan, Darroussin, Boudet ou Anaïs Demoustier, désormais intégrée) tous apportant leur touche de couleur au casting. À la façon de certains Blier dernière manière et conformément à son titre, Au fil d’Ariane semble écrit au gré de l’inspiration, dans une logique de premier jet où les bonnes comme les mauvaises idées se retrouveraient sur un pied d’égalité. Parfois, c’est effectivement ridicule (les images de synthèse au début, Boudet et son faux accent anglais, Ascaride qui dialogue avec une tortue) mais à force de ne mett

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Le Cœur des hommes 3

ECRANS | De Marc Esposito (Fr, 1h53) avec Marc Lavoine, Jean-Pierre Darroussin, Bernard Campan, Eric Elmosnino…

Christophe Chabert | Mercredi 16 octobre 2013

Le Cœur des hommes 3

Le deuxième volet était déjà atroce, mais ce troisième épisode le surclasse encore dans l’infamie. Le cœur des hommes, ici, c’est plutôt leurs «couilles», terme généreusement employé tout au long de dialogues d’une absolue vulgarité, à l’avenant de la beaufitude satisfaite de ses quatre personnages. Qui, non contents d’accueillir chaleureusement le spectateur par une charge anti-fonctionnaires sur l’air du "on les paie à rien foutre avec nos impôts", vont ensuite s’employer à démontrer, dans un chorus de phallocrates rigolards, que les femmes ne serviraient à rien s’il n’y avait pas les hommes pour donner un sens à leur vie. La preuve : quand elles font chier, la meilleure chose à faire est de les virer – du pieu ou de leur boulot – ou de leur donner une bonne petite leçon en allant voir ailleurs. Et, bien sûr, tout cela se conclut par un éloge du mariage… Décomplexé politiquement, Le Cœur des hommes 3 l’est aussi, et c’est bien le pire, vis-à-vis de la forme télévisuelle, qu’il repique sans aucune mauvaise conscience : ouvertures de séquences avec le même panoramique sur les toits de Paris, mise en scène systématique avec des champs contrechamps en gro

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Les Neiges du Kilimandjaro

ECRANS | Film de crise et de lutte sur un cinéaste qui se remet en question pour mieux croire, Les neiges du Kilimandjaro n'est pas un point, mais une virgule dans le cinéma de Robert Guédiguian. Jérôme Dittmar

François Cau | Jeudi 10 novembre 2011

Les Neiges du Kilimandjaro

Que peut encore le cinéma de Guédiguian ? Aussi exténué que la gauche, il a pris un coup de vieux. Mais la lutte n'est pas finie. Elle n'a peut-être jamais été aussi nécessaire qu'aujourd'hui dans un pays où la pulsion de droite côtoie le catastrophisme économique. Avec Les Neiges du Kilimandjaro, le cinéaste opte pour la lucidité, sur son militantisme, ses convictions, sa vision du monde. Il prend du recul et observe ce que sont devenus ceux qui ont toujours cru au socialisme. Un film a priori générationnel, pour pré-retraités, syndicalistes installés, découvrant ébahis qu'ils vivent comme des petits bourgeois, leurs ennemis. La cause est-elle compatible avec la propriété ? Comment continuer à se battre et que peut-on accepter pour combattre la précarité ? Quel legs aux nouvelles générations dépolitisées ? Le monde a changé et c'est avant tout le premier constat du film. L'intrigue vaut comme un exposé : braqués par un ex-collègue licencié lors d'un dégraissage au tirage au sort, deux couples d'amis syndicalistes voient leur idéalisme se fissurer devant leur désir de justice. Ils doivent résister à l'esprit de vengeance, aveugle, d'autant plus dur quand l'arge

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Cannes jour 7 : Du nouveau

ECRANS | Le Havre d'Aki Kaurismaki. Take shelter de Jeff Nichols. Snowtown de Justin Kurzel.

François Cau | Mercredi 18 mai 2011

Cannes jour 7 : Du nouveau

La vision au saut du lit de Le Havre, le nouveau Kaurismaki qui concourt sous bannière finlandaise alors qu'il a été tourné en France et en français, nous a ramené une année en arrière, quand la compétition cannoise alignait des œuvres faibles de cinéastes mineurs, peu soucieux de soigner la forme et paresseux dans leur propos. Le Havre a une odeur de fin de règne pour Kaurismaki. Son comique neurasthénique, sa direction artistique ringarde, ses acteurs monocordes, son absence de rythme, tout devient plus flagrant une fois transposé dans un contexte français et une langue qu'il ne maîtrise visiblement pas. Les comédiens, dont on ne doute pas du talent (André Wilms ou Jean-Pierre Darroussin, quand même), sont ici livrés à eux-mêmes, se débattant avec un texte impossible à base de « as-tu », « veux-tu » et « peux-tu ». Le film cherche à se raccrocher aux branches en brodant une fable très contemporaine autour d'un jeune noir sans-papier qui veut traverser la Manche pour se rendre en Angleterre. Mais Kaurismaki commet un contresens total en filmant son histoire dans une France purement folklorique faite de bistrots, d'épiciers de quartier et de flic en long imper noir et chapeau Stets

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Les Grandes personnes

ECRANS | d’Anna Novion (Fr, 1h24) avec Jean-Pierre Darroussin, Anaïs Demoustier…

François Cau | Vendredi 7 novembre 2008

Les Grandes personnes

Albert, père célibataire un rien trop protecteur, emmène sa fille Jeanne en vacance en Suède. Une fois arrivée, la famille décomposée se rend compte qu’elle va devoir cohabiter avec la propriétaire de la maison louée pour leur séjour et son amie française, suite à un malentendu. Tandis que Jean-Pierre Darroussin s’engonce dans le registre de bougon lunaire qui lui sied si bien au teint, Anaïs Demoustier tente de se soustraire à sa férule pour vivre sa vie d’ado. Une fois son socle narratif installé, Anna Novion opte de façon dommageable pour la demi-mesure : le récit ne sortira jamais des sentiers battus et s’acheminera vers son attendue conclusion, les confrontations entre les personnages s’opèreront sur un mode ludique mais toujours fugace, et le film ne se départira jamais de son statut de chronique évanescente en mode mineur, d’où émerge trop rarement une belle mélancolie. FC

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« Lautréamont chie sur le monde contemporain »

SCENES | Avec "Dieu comme patient", Matthias Langhoff porte sur scène les mots emplis de révolte du conte de Lautréamont, jeune poète du milieu du XIXe siècle. Rencontre avec le comédien André Wilms pour en savoir plus sur cette pièce quitte ou double. Aurélien Martinez

François Cau | Mardi 28 octobre 2008

« Lautréamont chie sur le monde contemporain »

Petit Bulletin : Le projet est né de votre rencontre avec le metteur en scène Matthias Langhoff…André Wilms : Au début, on voulait travailler sur Kafka, mais on a vite renoncé car Les Chants de Maldoror de Lautréamont nous paraissaient plus adaptés au moment, plus inadmissibles ; ils chient véritablement sur le monde contemporain. En plus, c’est un texte très athée, et comme en ce moment Dieu revient en force, qu’on essaie de nous le placer de tous les côtés, on a jugé utile de s’atteler à Lautréamont, un Rimbaud en plus lyrique. Il y a une belle phrase dans le texte : « Ma poésie ne consistera qu'à attaquer, par tous les moyens, l'homme, cette bête fauve, et le Créateur, qui n'aurait pas dû engendrer une pareille vermine. » D’où le titre qui dit, tout simplement, qu’il faut soigner Dieu. Le texte de Lautréamont est très long. Comment Langhoff l’a-t-il abordé ?C’est sûr, tu ne peux pas le monter en entier, il y a 6 chants ; il faut garder un petit peu de tendresse envers le public, qui est déjà submergé pendant 1h45. Matthias a donc fait un montage, il a retenu tout le passage sur le requin, sur l’océan… Pour

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