Top flop Cinéma

ECRANS | Au gré d'un suspense insoutenable, voici enfin les résultats des votes récompensant les meilleurs et pires films de l'année !

François Cau | Vendredi 16 décembre 2011

Lecteurs

TOP :

1. Drive de Nicolas Winding Refn
2. Black swan de Darren Aronofsky
3. Melancholia de Lars Von Trier
4. La piel que habito de Pedro Almodovar
5. Une séparation d'Asghar Farhadi
6. Shame de Steve McQuenn
7. The tree of life de Terrence Malick
8. Le discours d'un roi de Tom Hooper / La guerre est déclarée de Valérie Donzelli
10. Polisse de Maïwenn

FLOP :

1. Au-delà de Clint Eastwood
2. The tree of life de Terrence Malick
3. Minuit à Paris de Woody Allen
4. Twilight chapitre 4 : Révélation 1ère partie de Bill Condon
5. Les Schtroumpfs de Raja Gosnell
6. Bienvenue à bord de Eric Lavaine
7. Les lyonnais de Olivier Marchal / Ma part du gâteau de Cédric Klapisch
9. Contagion de Steven Soderbergh
10. Pirates des caraïbes : la fontaine de jouvence de Rob Marshall

 

Rédaction 

TOP :

1. Balada triste de Alex de la Iglesia
2. La solitude des nombres premiers de Saverio Costanzo
3. Carancho de Pablo Trapero / Shame de Steve McQueen
5. The tree of life de Terrence Malick
6. Melancholia de Lars Von Trier
7. Drive de Nicolas Winding Refn
8. Pater de Alain Cavalier
9. Animal kingdom de David Michôd / Le gamin au vélo des frères Dardenne

FLOP : 

1. Fast & Furious 5 de Justin Lin
2. Rien à déclarer de Dany Boon
3. Au revoir de Mohammad Rasoulof
4. Requiem pour une tueuse de Jérôme Le Gris
5. La guerre des boutons de Yann Samuell
6. Transformers 3 de Michael Bay
7. Chez Gino de Samuel Benchetrit / Twilight 4 de Bill Condon
9. Propriété interdite de Hélène Angel
10. Forces spéciales de Stéphane Rybojad

 

Sur la centaine de votants, on constate dans un premier temps que les tendances cinéphiles de l'année se confirment dans les grandes largeurs. Le match s'est un temps joué entre les deux premiers, qui ont toujours caracolé en tête, avant que Drive ne prenne l'avantage sur la longueur, pour finir avec plus de 50 points d'avance – on rappelle qu'on accorde 5 points au premier de chaque classement, 4 au second, etc. Le film de Nicolas Winding Refn a bénéficié d'un plébiscite rarement atteint dans cet exercice, avec 188 points, Black Swan finissant quant à lui à 131. Le trio suivant s'est quant à lui battu jusqu'à la fin (Melancholia termine à 61, La piel que habito à 56, Une séparation à 49), il en va de même pour les quatre films d'après, sur une marge encore plus serrée (40 pour Shame, 39 pour The tree of life, 38 pour Le discours d'un roi et La guerre est déclarée) ; et Maïwenn fait son entrée in extremis en délogeant True Grit, Tomboy, L'exercice de l'Etat, Le gamin au vélo et Animal Kingdom dans un mouchoir de poche. 

A défaut d'être consensuelle, l'année cinématographique 2011 aura été passionnante – et c'est tant mieux. Si le cinéma d'auteur domine très largement (les premiers blockbusters arrivent en 19e – X-Men le commencement – et 21e – Intouchables), les deux premiers films retenus par vos soins sont avant tout des expériences esthétiques mêlant cinéma de genre et approche auteurisante. Le reste du classement impose parfois des œuvres polémiques, pas toujours défendus par nos soins (Le Discours d'un roi, La guerre est déclarée, Polisse), mais qui se distinguent par des partis pris en appelant directement à l'interpellation du spectateur – bon, à l'exception du biopic bégayant de Tom Hooper ! Si les lecteurs du Petit Bulletin donnent l'apparence d'avoir tranché le débat houleux qui déchire encore la rédaction sur The tree of life (adoré par les uns, rejeté par les autres) et Melancholia (vice-versa), dans les faits, la tendance aurait très bien pu s'inverser si l'on avait ouvert le vote un peu plus longtemps… Ce qui tient pour beaucoup aux radicalités esthétiques et narratives de ces deux œuvres, vouées à être encore l'objet de looooooongs débats dans les années à venir – gage certain de leur réussite respective !

Pour ce qui est du flop, l'éparpillement des choix témoigne lui aussi de la cinéphilie des votants, qui ne se seront pas réfugiés derrière des blockbusters atrocement fédérateurs. Les Transformers 3, Fast & Furious 5, Paranormal Activity 3, Big Mamma 3, Very Bad Trip 2, Largo Winch 2, Apollo 18, Conan, Thor, Green Lantern, Captain America, malgré leur nullité crasse (on se permet de le dire : on les a tous vu), n'apparaissent que tardivement dans un classement qui compte 172 films, contre 110 pour vos films de l'année. Comme beaucoup de votants nous le faisaient remarquer, crise et manque de temps aidant, le nombre de films vus dans l'année se réduit au “strict nécessaire“, et les œuvres du trio de tête du flop font les frais d'une déception ou d'une sorte d'anti politique des auteurs. Le Clint Eastwood a pris de petites distances par rapport au reste du classement (avec 58 points), tandis que Malick et Allen se tirent la bourre à respectivement 38 et 35 points. Pour Twilight 4 et Les Schtroumpfs, quelque chose nous dit que ça sent les traquenards pour parents ou baby-sitters en quête de vengeance…

Merci en tout cas à tous les participants, et rendez-vous l'année prochaine - si ce cuistre de Roland Emmerich n'est pas subitement devenu un prophète, bien sûr.

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"Oranges Sanguines" : pas de quartier !

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"Le Dernier Duel" : boucherie à l’arène

Le film de la semaine | Une querelle entre nobliaux moyenâgeux se transforme en duel judiciaire à mort quand l’un des deux viole l’épouse de l’autre. Retour aux sources pour Ridley Scott avec ce récit où la vérité comme les femmes sont soumises au désir, à l’obstination et à la vanité des hommes.

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Ridley Scott : « Tous les personnages sont importants pour moi »

Le Dernier Duel | Boulimique de films, féru d’histoires et d’Histoire, jamais à court d’expérimentations, Ridley Scott reprend les armes et les routes de France pour dépeindre un crime moyenâgeux. Propos rapportés lors de sa conférence de presse parisienne.

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Ridley Scott : « Tous les personnages sont importants pour moi »

Votre premier long métrage s’appelait Les Duellistes, et celui-ci, Le Dernier Duel. Qu’est-ce qui vous fascine tant dans les duels ? Ridley Scott : Mais… chaque jour de ma vie est un duel ! Je suis en duel avec les studios, ou avec les uns ou avec les autres… Si vous ne pouvez pas supporter le stress, ne faites pas le même métier que moi ! (sourire) Quand j’ai tourné Les Duellistes, j’avais 40 ans et déjà pas mal réussi dans le domaine de la publicité. Du fait de cette réussite, je craignais de perdre l’envie de faire des films. Comme j’étais allé partout en France pour les pubs, pour le livre transformé en scénario, je ne pouvais penser qu’à la Dordogne. Du côté de Sarlat, sur le lieu où l’on souhaitait tourner, j’ai dû aller à la Mairie avec le script du film pour validation. La Mairie m’avait demandé « Hum… vous voulez faire un film ici ? — Oui. — Portant sur des affaires sexuelles ? — Non. — Avec Brigitte Bardot ? Dans le genre Michael Winner ? — Non. — OK, c’est bon. »

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"Annette" de Leos Carax : noces de son

Ouverture Cannes 2021 | Espéré depuis un an, avec son titre qui est une quasi anagramme d'attente, le nouveau Carax tient davantage de la captation d’un projet scénique que de ses habituelles transes cinématographiques. Vraisemblablement nourrie de son histoire intime, cette mise en abyme du vampirisme trouble entre artistes, artistes et modèles, artistes et environnement familial, dépose presque toute fragilité en multipliant les oripeaux chic, glamour et trendy. Parfait pour le tapis rouge de l’ouverture de Cannes, moins pour l’émotion…

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Figurer en ouverture sur la Croisette n’est pas forcément une bonne nouvelle pour un film. A fortiori cette année, après deux ans de disette. Car ce que le Festival attend de sa première montée des marches, c’est qu’elle amorce la pompe à coup de stars, de strass et de flashs fédérateurs. L’œuvre qui abrite ces premiers de cordée se trouve souvent reléguée à l’enveloppe de luxe et encourt surtout le risque d’être vite oblitérée d’abord par le reste de la sélection, puis par le temps. On n’aura pas la cruauté de rappeler quelques pétards mouillés du passé… Cochant les cases de la notoriété grand public et auteur, Annette souscrit également à d’autres paramètres prisés par les festivals : une dénonciation à travers la comédie musicale cinématographie de l’égotisme des gens de la "société du spectacle", à l’instar du All That Jazz (Palme d’Or 1980) de Bob Fosse o

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Les livres de la Ressourcerie cherchent leurs lecteurs

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Sandy Plas | Jeudi 20 mai 2021

Les livres de la Ressourcerie cherchent leurs lecteurs

À deux pas de la rue de Stalingrad (Grenoble), la Ressourcerie, gérée par le réseau Ulisse Grenoble Solidarité, collecte des objets auprès des particuliers et les propose ensuite à la vente. Parmi ces dons, un grand nombre de livres vient remplir chaque année les rayonnages de la boutique installée au 2, rue Hippolyte Muller, après être passés par un tri sélectif, pour écarter les ouvrages en mauvais état. Mais après 4 mois passés sur les rayons, ceux qui ne trouvent pas preneurs doivent laisser la place aux nouveaux venus qui font leur entrée à la Ressourcerie, au grand regret de Jean-Christophe Guédon, responsable de cette librairie de seconde-main. « C’est vraiment dommage car des pans entiers de la librairie restent très peu fréquentés, alors qu’il y a un grand choix d’ouvrages intéressants et à des prix qui dépassent rarement les 3 euros pièce. » Il lance donc aujourd’hui un appel aux lecteurs grenoblois, pour les inciter à pousser les portes de la bou

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"Possessor" : de la mort des marionnettes

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Dans un monde parallèle, une firme hi-tech vend à ses très fortunés clients ses "talents" consistant à téléguider neurologiquement des individus afin qu’ils commettent des meurtres ciblés. Tasya Vos, l’une de ces marionnettistes du subconscient, éprouve de plus en plus de difficultés à sortir de ses missions. Et la dernière qu’elle accepte pourrait bien lui être également fatale… En d’autres circonstances, on aurait été embarrassé d’évoquer le père à travers le fils. Mais ici, tout, du thème au style organique choisis par Brandon, renvoie au cinéma de David Cronenberg et tend à démontrer par l’exemple (et l’hémoglobine) la maxime « Bon sang ne saurait mentir ». Non qu’il s’agisse d’un film par procuration, plutôt de la perpétuation logique d’un esprit, de la manifestation d’un atavisme cinématographique. Avant que le concept soit énoncé et surtout banalisé dans toutes les gazettes, l’idée de l’Humain augmenté, quel que soit le moyen choisi (hybridation vidéo, amélioration psychique, branchement neuronal, mutation, duplication…) mais toujours à ses risques et périls, a t

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SCENES | Le spectacle vivant, c'est leur métier : à défaut de pouvoir se produire en public, les compagnies de théâtre et de danse réfléchissent à leur avenir, continuent parfois de travailler et attendent impatiemment un retour à la normale. Nous sommes allés à la rencontre de quatre d'entre elles, dans l'agglo grenobloise. Témoignages.

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En attendant le public...

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"Tenet" : au temps pour lui

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Agent travaillant pour une organisation gouvernementale, Tenet est chargé d’enquêter sur un trafic de matériaux aux propriétés physiques insolites puisqu’ils inversent le cours du temps. Derrière tout cela se cache un mafieux russe cruel, Sator, doté d’une belle femme malheureuse… Quand un concept surpasse la chair de l’intrigue… Nolan nous a habitués à manipuler — et de façon osée — les deux composantes “deleuziennes“ du cinéma : l’image-temps et l’image-mouvement. À modeler la texture de la première pour qu’elle accueille la seconde. Une démarche aussi productive qu’inventive entamée avec Inception, poursuivie avec Interstellar et étrangement Dunkerque (où le montage approfondissait différemment l’intrication d’espaces temporels disjoints et cependant parallèles). Tenet suit logiquement cette ligne, aussi sûrement qu’une obsession proustienne pour le temps perdu, avec donc ce qu’elle comporte de désespoir. Si les problématiques sont excitantes — irradier des objets ou des personnes pour qu’ils aillent à

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« Une bonne métaphore de la société entière »

Rencontre - Morgan Navarro | C'est à l’occasion de la sortie de "Stop Work", sa première collaboration avec l’écrivain Jacky Schwartzmann, que l'on a rencontré l’auteur de bande dessinée grenoblois Morgan Navarro pour en savoir plus sur le processus qui avait donné naissance au projet.

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« Une bonne métaphore de la société entière »

Déjà riche d’une longue carrière et auteur d’un nombre de bandes dessinées pour le moins important (Flipper le flippé, Skateboard et vahinés, Cow-boy Moustache, Malcolm Foot, Teddy Beat, L’Endormeur, ou plus récemment les deux tomes de Ma vie de réac, pour ne citer que les principales), Morgan Navarro n’avait en revanche jamais travaillé avec un scénariste jusqu’à présent. C’est l’édition 2017 du Printemps du Livre de Grenoble qui va jouer le rôle de déclencheur en le réunissant à l’occasion d’une rencontre en public avec François Bégaudeau et… Jacky Schwartzmann : « En fait, j’ai lu son bouquin Mauvais coûts avant la rencontre, lui avait lu ma BD Ma vie de réac, et quand on s’est rencontrés, on s’est entendus instantanément parce qu’on avait le même humour un peu corrosif, à contrepied par rapport à l’époque… Après ça, on s’est dit qu’il fallait absolument qu’on fasse une bande dessinée ensemble, et je crois qu’environ un an après, on a attaqué le scénario. » Rapidement, le duo nouvellement formé décide de prendre pour base de départ l’univers de Mauvais coûts : «J’aimais

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"Just Kids" : seuls les mômes

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Après la mort accidentelle de leur père, Mathis, 10 ans, se retrouve sous la responsabilité de Jack, 19 ans. Une charge bien lourde pour les deux : le cadet ne tient guère en place, et le jeune adulte espère un miracle en reprenant les combines louches et foireuses du paternel… Comment totalement détester ce film sur la trajectoire de gamins livrés à eux-mêmes, en manque de père et de repères, hésitant entre suivre les traces d’un défunt peu reluisant ou créer de nouvelles attaches ? Mais comment totalement aimer ce film aux criants airs de déjà-vu chez Téchiné, Kahn, Bercot ou Doillon, entre autres cinéastes plutôt fréquentables par ailleurs ? Le road movie familial initiatique, les jeunes fratries confrontées ensemble et individuellement à des problématiques de deuil, l’incorporation d’une sous-trame noire sont censés apporter un chaos supplémentaire à la situation instable des personnages, et donc de la surprise. Mais ces relances narratives procèdent dans ce contexte de la simple logique, pour ne pas dire de la convention. Sinon, il y a quelques beaux plans du Grenoblois, pour les amateurs.

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"Wet Season" : cours particuliers

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Trois soirées à ne pas rater

Sorties | On a repéré pour vous trois immanquables pour la semaine, à partir du 4 décembre. Au programme : rap et techno en divers lieux grenoblois.

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04.12.19 > EVE Lean Chihiro Déjà trois années qu’on entend parler de Lean Chihiro, jeune rappeuse parisienne d’à peine 20 ans définie par un univers à la fois très singulier… et très dans l’air du temps : références à la pop-culture japonaise tous azimuts, stylisme irréprochable, flow ultra mélodique explorant les frontières entre chant et rap, affection particulière pour les infrabasses saturées au point de faire trembler les murs… Précisons qu’elle rappe essentiellement en Anglais, ce qui lui fait au moins un point commun avec les groupes ASM et Mû, avec lesquels elle partagera l’affiche de ce concert organisé par Retour de Scène. 06.12.19 > Ampérage DE_dust II Ça fait longtemps qu’on défend dans ces pages le DJ et producteur français Panteros 666, son approche très ouverte et décloisonnée des styles musicaux, sa passion sincère pour la grosse techno des années 90, la cyberculture et les nouvelles technologies… On est donc ravi de le voir venir présenter son nouveau projet en collaboration avec Romain Casa, DE_dust II, un live techno / acid / warehouse inspiré par le jeu vidéo Counter Strike

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"L'Angle mort" : au revoir mon amour

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"Grenoble 1968-2019, au lieu des utopies" : place à Grand’Place

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Benjamin Bardinet | Mardi 15 octobre 2019

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"Chambre 212" : la clé des songes

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ECRANS | de Rodolphe Lauga (Fr, 1h45) avec Sneazzy, Thomas Goldberg, Christophe Lambert…

Vincent Raymond | Lundi 22 juillet 2019

Désœuvré, vivant comme une malédiction la nécessité de reprendre l’entreprise de plomberie familiale de son père défunt, Samir s’imagine un autre avenir loin de la cité, en devenant surfeur pro. Même s’il n’a jamais mis les pieds sur une planche de sa vie. Et qu’il ne sait pas nager… Du parcours "éclaboussant" de Karim Braire, le réalisateur (et surfeur) Rodolphe Lauga a ôté toute l’écume sulfureuse et le ressac saumâtre : Samir en constitue une version à la fois épurée et fictionnalisée dans le bon sens du terme, puisque seul compte le récit initiatique d’un ado refusant le déterminisme socio-familial pour s’accomplir dans une inexplicable passion, en suivant son instinct. On objectera que le schéma est classique, mais le film l’est moins, qui déroge à tous les clichés du cinéma de banlieue ou du cinéma de glisse : l’une et l’autre sont en effet considérées ici comme des éléments contextuels, non comme des prétextes à images chocs ou spectaculaires. Par ailleurs scénariste (notamment des deux derniers Canet), Lauga

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"The Dead Don't Die" : comme un petit goût de reviens-y-pas pour Jim Jarmusch

ECRANS | Quelle mouche a piqué Jim Jarmusch (ou quel zombie l’a mordu) pour qu’il signe ce film ni série B, ni parodique, ni sérieux ; ni rien, en fait. Prétexte pour retrouver ses copains dans une tentative de cinéma de genre, ce nanar de compétition figure dans celle de Cannes 2019 dont il a effectué en sus l’ouverture.

Vincent Raymond | Mercredi 15 mai 2019

Centerville, États-Unis. Depuis la fracturation des Pôles, la terre est sortie de son axe et de drôles de phénomènes se produisent : la disparition des animaux ou l‘éveil des macchabées qui attaquent la ville. Au bureau du shérif Robertson, on commence à lutter contre les zombies… Certes oui, l’affiche de The Dead Don’t Die vantant son « casting à réveiller les morts » a de la gueule. Mais empiler des tombereaux de noms prestigieux (Bill Murray, Tilda Swinton, Adam Driver, Selena Gomez, Steve Buscemi, Chloë Sevigny, Danny Glover...) n’a jamais constitué un gage de qualité, ni garanti de provoquer le tsunami de spectateurs escompté par les producteurs. Voyez les cimetières, où l’on trouve pourtant la plus forte concentration de génies au mètre carré (et une proportion non négligeables de sinistres abrutis) : outre les taphophiles, ils ne rameutent guère les foules. Blague à part, cette affiche reproduisant luxueusement celle plus brute de décoffrage de La Nuit des Morts-Vivants (1968) annonce d’emblée la couleur : Jim Jarmusch vient rejouer la partition du classique horrifique de Geor

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Polytech s'offre "Interstellar"

ECRANS | Rendez-vous mardi 5 mars à Mon Ciné pour (re)découvrir le bijou de Christopher Nolan sorti il y a cinq ans.

Vincent Raymond | Mardi 26 février 2019

Polytech s'offre

Il fut un temps où la Warner parvenait à concilier mieux qu’aucune major sa tête et son cœur (enfin, le muscle devant son cœur, son portefeuille), en abritant en son giron une foule d’auteurs garantissant à la fois prestige international et écrasants triomphes au box-office. De cette époque à Kubrick ou Kazan ne reste qu’un Eastwood bientôt nonagénaire. Parmi la relève, les Wachowski sont au purgatoire, Paul Thomas Anderson (hélas trop peu rentable) a été exfiltré ; Cuarón a succombé aux beaux yeux billets verts de Netflix. Demeure le fidèle Christopher Nolan, rarement décevant (c’est-à-dire souvent plus que profitable), qui de surcroît met le monde en transe avec ses histoires emplies de paradoxes scientifiques, d’effets visuels hypnotiques et de stars oscarisées par camions entiers. Tel Interstellar (2014). Encouragé par le succès d’Inception (2010), aventure exploratoire de l’infiniment intime des songes, où les protagonistes se dotaient du pouvoir d’investir et de modeler leurs mondes intérieurs à leur convenance (quitte à s’y trouver piégé), Interstellar poursuit dans le

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Robert Rodriguez : « "Alita" est certainement le plus grand défi de ma carrière »

ECRANS | Appelé par l’équipe d’"Avatar" pour réaliser "Alita : Battle Angel", Robert Rodriguez signe un divertissement d’anticipation visuellement éblouissant transcendé par la comédienne Rosa Salazar. Tous deux évoquent la conception d’un film au fond politique assumé.

Vincent Raymond | Lundi 18 février 2019

Robert Rodriguez : «

Jon Landau, coproducteur du film avec James Cameron, dit qu’Alita a constitué le plus grand défi de votre carrière. Partagez-vous son opinion ? Robert Rodriguez : Il s’agit certainement du plus grand défi de ma carrière. Et c’est génial ! Quand on commence à avoir une carrière assez longue comme la mienne, on a envie de faire des choses nouvelles. Ça fait longtemps que je suis ami avec James Cameron – dont je suis aussi fan. Je m’étais toujours demandé, à la façon d’un éternel étudiant, comme il pouvait continuer à fabriquer des films comme un artisan. On n’imagine pas que James a fait ses débuts avec des films à petit budgets – après tout, il a travaillé pour Roger Corman, il a fait Terminator pour presque rien comme j’ai fait El Mariachi. Comment a-t-il pu faire ce saut vers le “gros cinéma“ avec de gros budgets et des échelles bien plus importantes ? J’ai toujours choisi des films à budget modeste, et comme James je v

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"Moi, Maman, ma mère et moi" : sa mère la fantôme

ECRANS | de Christophe Le Masne (Fr, 1h27) avec Grégory Montel, Olivia Côte, Philippe Rebbot…

Vincent Raymond | Mardi 12 février 2019

Après vingt ans d’absence, Benoît est de retour dans la maison familial pour faire du tri avant, peut-être, de la vendre. Entre deux engueulades avec son frère et ses sœurs, il subit les visites intempestives et insistantes de sa mère. Problème : elle est morte l’année d’avant… Du réalisme magique made in Pays de la Loire, pourquoi pas après tout… À condition de ne pas être trop regardant sur l’intrigue, façon secret de famille de feuilleton estival, et de tolérer l’arythmie générale qui réclame de supporter dix minutes plan-plan à chaque fois qu’il y a quinze secondes dynamiques. Dommage, car il y a de bonnes idées ou personnages (comme le voisin magnétiseur susceptible) au milieu des incohérences (le puzzle intact après trois décennies au bord de la flotte). Pour cette réunion de famille, le cinéaste Christophe Le Masne a fait appel à des interprètes ayant tous un haut potentiel de sympathie. Sans doute est-ce parce que lui-même comédien, il a eu la délicatesse de laisser à chacune et chacun un "solo" leur permettant d’avoir une partition face au groupe. L’attention, louable, a le défaut d’être un peu trop systématique et de se borner à la

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"Alita : Battle Angel" : Pinocchio 2.0

ECRANS | de Robert Rodriguez (ÉU, 2h02) avec Rosa Salazar, Christoph Waltz, Jennifer Connelly…

Vincent Raymond | Mardi 12 février 2019

Le XXVIe siècle, après une féroce guerre. Dans la décharge de la ville basse d’Iron City, un docteur/mécanicien trouve une cyborg démantibulée ultra-sophistiquée qu'il répare et nomme Alita comme sa fille défunte. Il découvre qu’elle présente d’étonnantes dispositions au combat… La récente poussée des membres de la trinité mexicaine Iñarritu/Cuarón/del Toro ne doit pas oblitérer leurs camarades, actifs depuis au moins autant longtemps qu’eux dans le milieu. Tel le polyvalent Robert Rodriguez, Texan d'origine mexicaine, qui signe ici après Sin City (2005) une nouvelle adaptation de BD – en l’occurrence un manga futuriste de Yukito Kishiro. On reconnaît dans cette version augmentée de Pinocchio (où la marionnette serait une cyborg et son Gepetto un savant doublé d’un traqueur de criminels) l’empreinte du producteur James Cameron : perfection formelle absolue des images, rigueur du récit, spectaculaire immersif (les courses en motorball ne déchirent pas : elles dévissent), distribution soignée… Peut-être tient-on un pendant à Blade Runner, en moins hermétique sur le plan m

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Hip-hop don’t stop : « On se dirige tranquillement vers un festival d’importance nationale »

Danse | C’est l’histoire d’un festival qui, depuis sa création en 2017, prend de plus en plus d’ampleur dans l’agglomération grenobloise : le Hip-hop don’t stop, piloté par l’Heure bleue de Saint-Martin-d’Hères et la compagnie Citadanse. À la veille de la troisième édition prévue du 7 au 16 février, rencontre avec Hachemi Manaa, co-directeur artistique de l’aventure.

Aurélien Martinez | Lundi 4 février 2019

Hip-hop don’t stop : « On se dirige tranquillement vers un festival d’importance nationale »

« À Saint-Martin-d’Hères et dans toute l’agglomération grenobloise en général, il y a toujours eu une grosse histoire de la culture hip-hop, et notamment de la danse hip-hop grâce au chorégraphe Bouba Landrille Tchouda. Se sont alors succédé plusieurs générations de danseurs, et c’était je pense important à un moment de créer un temps fort métropolitain autour de cette pratique. » Voilà comment Hachemi Manaa de la compagnie martinéroise Citadanse explique la création du Hip-hop don’t stop festival en 2017. Un événement qui s’inscrit dans la lignée d’un précédent. « C’est l’héritier d’un autre festival qui avait lieu auparavant sur l’agglomération grenobloise : La Nuit du hip-hop, menée par Anne-Marie Astier. Il y a un peu eu un passage de relai entre elle et Vincent Villenave, à l’époque directeur de l’Heure bleue à Saint-Martin-d’Hères, qui a tout de suite accepté de remettre en marche le projet. » « Il y avait clairement un manque » Depuis, Hip-hop don’t stop prend chaque année de l

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Festival des Maudits Films : la passion du bis

ECRANS | Onzième édition pour le Festival des Maudits Films, qui revient du mardi 22 au samedi 26 janvier au cinéma Juliet-Berto avec une équipe renouvelée mais un objectif inchangé : faire découvrir l’époustouflante richesse du cinéma bis à travers un vaste panorama d’œuvres souvent méconnues. Et passées au crible par nos soins ci-dessous, histoire de vous repérer au sein de cette programmation foisonnante.

Damien Grimbert | Mardi 15 janvier 2019

Festival des Maudits Films : la passion du bis

Les apparences sont parfois trompeuses : le plus ancien des films projetés cette année dans le cadre du festival, Les Chasses du comte Zaroff (1932 ; à voir mercredi 23 janvier à 20h) d’Irving Pichel et Ernest B. Schoedsack, est également l’un des plus rythmés et des plus palpitants. Tourné en même temps, dans les mêmes décors et par la même équipe que le mythique King Kong, cette aventure à mi-chemin entre thriller horrifique et récit d’aventure accumule en l’espace d’à peine 63 minutes les moments de bravoure avec une grâce infinie. On est donc là sur l'un des immanquables de cette nouvelle édition du Festival des Maudits Films. Tout comme cette autre pépite : Des monstres attaquent la ville (1954 ; vendredi 25 à 18h) de Gordon Douglas, avec sa colonie de fourmis géantes issues d’une mutation génétique, qui reste sans doute l’une des plus grandes réussites de la vague de films de science fiction surfant sur la peur du nucléaire en vogue dans les années 1950. Toujour

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"Cet étrange objet du réel" : l'Espace Vallès aux frontières du réel

Exposition | L'exposition collective proposée le centre d'art de Saint-Martin-d'Hères réunit six artistes dont les pratiques variées ont pour point commun d'intriguer le regard et de susciter la curiosité. Visite guidée.

Benjamin Bardinet | Mardi 4 décembre 2018

S'il y a bien une chose d'étrange dans la nouvelle exposition de l’Espace Vallès (dont le titre détourne le titre d’un fameux film de Luis Buñuel), c'est la manière dont les œuvres disparates parviennent à proposer un parcours visuel assez stimulant en forme de rebonds comme dans la comptine Trois petits chats... Alors suivons-le ! Passé la porte d'entrée, notre regard est accueilli par les masques de Nadine Lahoz-Quilez. Fabriqués à partir de plumes, de perles ou de faux cheveux, ils ont la particularité étrange de ne représenter aucune des parties du visage (nez, yeux, bouche...) et donnent l'impression paradoxale qu'ils nous tournent le dos, renforçant ainsi leur capacité à nous dissimuler. La question de la dissimulation est également au cœur du tableau-installation saugrenu de Johan Parent dans lequel deux loupes en mouvement invitent le spectateur à ausculter la surface noire d'une toile monochrome. Conditionné par la lente rotation mécanique de ces loupes, notre œil est ensuite irrésistiblement attiré par les immenses vortex graphiques de Philippe Veyrunes. S'approchant de ces deux gigantesques dessins,

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Avec The Overdrive Conspiracy, le punk est dans tous ses états

Documentaire + concerts | L'association grenobloise investira l'Engrenage vendredi 5 octobre pour une soirée concerts et projection.

Damien Grimbert | Mardi 2 octobre 2018

Avec The Overdrive Conspiracy, le punk est dans tous ses états

Association grenobloise spécialisée dans l’organisation de concerts punk, harcore et noise, The Overdrive Conspiracy peut se vanter d’un joli bilan en l’espace de cinq années et quelques d’existence : 44 concerts organisés entre Grenoble, Lyon, Albertville et Saint-Étienne, et 90 groupes invités originaires de 13 pays différents. D’où l’idée de fêter ça comme il se doit par le biais d’une soirée pluridisciplinaire un peu hors norme à l’Engrenage. Au programme, une exposition rétrospective des cinq années d’existence de l’asso réunissant affiches et photographies de concerts, et la projection d’un documentaire inédit de David Basso, Diesel, en présence du réalisateur. Prenant la forme d’un « road movie documentaire et musical » condensant plus d’une centaine d’heures d’interviews et de captations live, Diesel dresse en creux le portrait de la scène punk-rock des années 1990 et 2000, et son évolution en marge de l’industrie du disque mainstream. À ne pas manquer enfin, le folk-rock acoustique de Forest Pooky (en photo), également membre du trio pop punk Sons of Buddha, et la surf music incandescente de l’Italien Surfe

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"BlacKkKlansman - J'ai infiltré le Ku Klux Klan" : Spike Lee en mode humour noir

ECRANS | Deux flics (l’un noir, l’autre blanc et juif) infiltrent la section Colorado du KKK. Le retour en grâce de Spike Lee est surtout une comédie mi-chèvre mi-chou aux allures de film des frères Coen – en moins rythmé. Grand prix lors du dernier Festival de Cannes.

Vincent Raymond | Mercredi 22 août 2018

Colorado Springs, États-Unis, aube des années 1970. Tout juste intégré dans la police municipale, un jeune flic noir impatient de "protéger et servir" piège par téléphone la section locale du Ku Klux Klan. Aidé par un collègue blanc, sa "doublure corps", il infiltrera l’organisation raciste… Spike Lee n’est pas le dernier à s’adonner au jeu de l’infiltration : dans cette comédie « basée sur des putains de faits réels » (comme l’affiche crânement le générique), où il cite explicitement Autant en emporte le vent comme les standards de la "blaxploitation" (Shaft, Coffy, Superfly…), le réalisateur de Inside Man lorgne volontiers du côté des frères Coen pour croquer l’absurdité des situations ou la stupidité crasse des inévitables "sidekicks", bêtes à manger leur Dixie Flag. Voire sur Michael Moore en plaquant en guise de postface des images fraîches et crues des émeutes de Charlottesville (2017). Cela donne un ton cool, décalé-cocasse et familier, rehaussé d’une pointe d’actualité

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"Mission Impossible – Fallout" : redoublement en 6e

ECRANS | Suite directe de "Rogue Nation", "Fallout" revisite les fondamentaux de la franchise "Mission Impossible" en passant la sixième vitesse. La rapidié, une manière comme une autre pour Tom Cruise de défier le temps qui passe…

Vincent Raymond | Jeudi 19 juillet 2018

Censé empêcher un groupe terroriste de s'emparer de sphères de plutonium, Ethan Hunt (Tom Cruise) compromet sa mission afin de sauver un membre de son équipe. Le CIA lui met alors dans les pattes l’agent Walker (Henry Cavill) chargé d’évaluer l’IMF ; charge à lui de récupérer les éléments radioactifs… Pour ce sixième opus, on ne change pas une équipe qui gagne (des dollars), et encore moins l’architecture narrative de la franchise : une nouvelle fois, il est ici avéré qu’une taupe trahit l’Agence et des preuves accablantes s’accumulent contre Hunt ; lequel, placé en fragilité, doit jouer contre sa hiérarchie pour sauver le monde avant même de prouver son innocence. Voilà qui n’est pas sans rappeler la trame de l’excellent film inaugural de De Palma (1996). Impression renforcée par un finale à coup d’hélicoptères, une large inscription territoriale du film entre Paris et Londres et le démasquement grâce à un masque du traître de l’histoire. Les références à l’épisode matriciel deviennent des révérences assumées. Éternelle genèse Vingt ans plus tard, cette constance apparente peut sembler étonnante dans

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"The Strange Ones" : frères de sang

ECRANS | de Christopher Radcliff et Lauren Wolkstein (ÉU, 1h21) avec Alex Pettyfer, James Freedson-Jackson, Emily Althaus…

Vincent Raymond | Mercredi 11 juillet 2018

Nick est adulte, Sam un pré-ado ; tous deux font la route ensemble, se présentant comme des frères. Mais le sont-ils vraiment ? Et pourquoi sillonnent-ils la campagne américaine, dormant dans des motels ou à la belle étoile ? Ce road movie étrange joue la carte de la suggestion et du proto-fantastique, entre narration elliptique et linéarité contrariée. The Strange Ones est en effet balafré d’analepses et de prolepses, comme pour dissimuler avec la plus grande ostentation possible (c’est-à-dire lui donner davantage d’écho lors de sa révélation) son drame matriciel. En maniant l’allusif, en accentuant sans raison apparente certains aspects du réel (notamment en composant avec l’insondable étrangeté de la nature) mais aussi en pratiquant cette forme de récit "déconstruite" plus proche de la spirale que de la ligne droite, les réalisateurs Christopher Radcliff et Lauren Wolkstein font naître une forme d’angoisse diffuse. Une atmosphère rappelant les climats oppressants du Blue Velvet (1986) de David Lynch quand celui-ci demeurait à la lisière du bizarre sans totalement basculer. Film mental, f

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Les trois soirées de la fin juin

Soirées | Rendez-vous vendredi 29 juin au Drak-Art et le lendemain à la Belle électrique ou, de nouveau, au Drak-Art.

Damien Grimbert | Mardi 26 juin 2018

Les trois soirées de la fin juin

29.06.18 > Drak-Art Top Shottas Vol. 1 Quoi de mieux qu’une soirée dont la couleur musicale évoluerait par palier régulier tout au fil de la nuit ? On commencerait par exemple à danser sur les derniers riddims dancehall jamaïcains, avant de basculer sur une session de house music pur jus, pour ensuite plonger dans un long tunnel technoïde qui aboutirait enfin à un grand final sous le signe de la bass music… Bonne nouvelle : ce concept audacieux voit aujourd’hui le jour sous l’intitulé Top Shottas, avec aux platines quelques-uns des meilleurs experts grenoblois de chaque discipline. 30.06.18 > Belle électrique Scuba + Polar Inertia + Erika Et encore un come-back à l’actif de la Belle électrique, dont la programmation électronique en 2018 semble définitivement se résumer à faire rejouer inlassablement des têtes d’affiche déjà invitées auparavant. En l’occurrence cette fois le DJ/producteur britannique Scuba, chef de file de la mouvance post-dubstep de la fin

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"Confidences de Drac et dragonnes" : quartier libre

Spectacle de rue | Samedi 16 juin après-midi, la Fabrique des petites utopies proposera un spectacle déambulatoire dans le quartier Chorier Berriat de Grenoble.

Alice Colmart | Mardi 12 juin 2018

Après le festival Écoute(s) qui, en avril dernier, invitait à découvrir le quartier Saint-Bruno de Grenoble grâce au son, c’est la compagnie La Fabrique des petites utopies du metteur en scène Bruno Thircuir qui propose ce samedi 16 juin de le parcourir à travers un spectacle-balade gratuit poétiquement nommé Confidences de Drac et dragonnes. « L’idée était de construire un spectacle gratuit et tout public avec un suivi théâtral. C'est-à-dire que trois comédiens et un musicien accompagneront les spectateurs d’étapes en étapes. À chacune de ces étapes, ils leur raconteront des histoires qui se basent sur des faits historiques au sujet du quartier » explique Marika Gourreau, chargée de communication pour la compagnie. Ces histoires, écrites grâce aux témoignages d'habitants du quartier, aborderont plusieurs thèmes parmi l

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"L’Homme qui tua Don Quichotte" : tout ça pour ça ?

ECRANS | Pendant un quart de siècle, le réalisateur Terry Gilliam a quasiment fait don de sa vie au Don de Cervantès. Un dévouement aveugle, à la mesure des obsessions du personnages et aussi vaste que son monde intérieur. Mais l’histoire du film n’est-elle pas plus grande que le film lui-même ?

Vincent Raymond | Mardi 22 mai 2018

De retour en Espagne où il avait tourné son film d’études inspiré de Cervantès, un réalisateur de pubs en panne créative (Adam Driver) retrouve le cordonnier (Jonathan Pryce) à qui il avait confié le rôle de Don Quichotte. Mais celui-ci se prend désormais pour le chevalier à la triste figure et l’entraîne dans sa quête… À un moment, il faut savoir terminer un rêve. Même quand il a tourné en cauchemar. L’histoire de la conception L’Homme qui tua Don Quichotte est l’une des plus épiques du cinéma contemporain, bien davantage que celle racontée par ce film aux visées picaresques. Palpitante et dramatique, même jusque dans ses ultimes et rocambolesques rebondissements. Idéalisée par son auteur pendant un quart de siècle, cette œuvre a gagné au fil de ses avanies de production une de nimbe de poisse à côté de laquelle la malédiction de Toutankhamon passe pour un rappel à la loi du garde-champêtre. Elle a aussi susc

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"Plaire, aimer et courir vite" : un peu, pas du tout et pas avec les bonnes chaussures

ECRANS | Pour raconter ses jeunes années entre Rennes et Paris, quand le sida faisait rage, le cinéaste Christophe Honoré use de la fiction. Et les spectateurs se retrouvent face à un pensum dépourvu de cette grâce parfois maladroite qui faisait le charme de ses comédies musicales. En compétition à Cannes 2018.

Vincent Raymond | Vendredi 11 mai 2018

Paris, 1993. Écrivain dans la radieuse trentaine, célibataire avec un enfant, Jacques (Pierre Deladonchamps) a connu beaucoup de garçons. Mais de ses relations passées, il a contracté le virus du sida. Lors d’une visite à Rennes, il fait la connaissance d’Arthur (Vincent Lacoste), un jeune étudiant à son goût. Et c’est réciproque… Il faudrait être d’une formidable mauvaise foi pour, quelques mois après le triomphe de 120 battements par minute, taxer Christophe Honoré d’opportunisme parce qu’il situe son nouveau film dans les années 1990 à Paris – ces années de l’hécatombe pour la communauté homosexuelle, ravagée par le sida. Car Plaire, aimer et courir vite s’inscrit dans la cohérence de sa filmographie, dans le sillage de Non ma fille, tu n’iras pas danser (20

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"Léo et les extra-terrestres" : oh, le gentil film d’animation

ECRANS | de Christoph Lauenstein, Wolfgang Lauenstein et Sean McCormack (All-Lux-Dan, 1h26) animation

Vincent Raymond | Jeudi 3 mai 2018

Obsédé par l’existence d’une vie extra-terrestre, le père de Léo passe ses nuits à en traquer les preuves. Livré à lui-même, le garçonnet se trouve souvent pris à partie par ses camarades. Mais une soucoupe volante atterrit derrière chez lui et ses trois passagers le prennent sous leur aile… Plutôt conventionnel dans sa forme comme dans son fond, ce gentil film d’animation avec sa méchante-vraiment-très-méchante et ses mignonnes p’tites créatures vertes métamorphes comme les Barbapapa s’adresse clairement à la jeune classe. Ou à une audience ayant conservé un esprit léger pour rire aux pitreries d’aliens ne cherchant même pas à envahir notre planète – en vrai, ils doivent avoir pitié de nous. S’il restait sur cette note inoffensive, son graphisme rondouillard et ses tonalités douces, Léo et les extra-terrestres susciterait à peine l’intérêt dans la cour de récré de la maternelle. Heureusement, il trouve dans sa partie finale la dimension effrayante seyant à tout film de cet acabit : un carnaval de monstres, de menaces nocturnes, de forêts angoissantes et teintes violentes concentrées en quelques minutes. Le strict minimum pour une œ

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"Katie Says Goodbye" : demande à la poussière

ECRANS | Dans son premier film, volet inaugural d’une trilogie à venir, le réalisateur Wayne Roberts plonge la comédienne Olivia Cooke dans le cœur profond des États-Unis. Une réussite sans une once de misérabilisme.

Vincent Raymond | Lundi 16 avril 2018

Fleur pure éclose au milieu d’un trou désertique perdu dans le sud ouest états-unien, Katie vit avec sa mère immature, dispense chaque jour son sourire dans le diner où elle bosse et fait des passes avec quasi tout le monde afin de partir à Frisco pour devenir esthéticienne. Un ange de bonté, qui va pourtant subir le pire… Bien malin qui parvient dès les premières images à dater ce film renvoyant une image atemporelle ou, à tout le moins, figée dans le rose-bonbon années 1950 des États-Unis : aucun des marqueurs coutumiers de la "contemporanéité" que sont les écrans ou les smartphones ne vient perturber ce microcosme figé dans une époque idéalisée, bien que totalement révolue. Des enclaves bien réelles, rappelant ces patelins aperçus récemment dans le film Lucky de John Carroll Lynch ou le documentaire America

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La Tène et Phoenician Drive : boucles extatiques

Concert | Vendredi 9 mars, la Bobine propose « une soirée dédiée au mélange des genres, des époques et des cultures ; un tournoiement de fête syncrétique, une célébration à tourbillons, drones et bourdons, instruments traditionnels et électroniques ». Tout un programme.

Damien Grimbert | Mardi 6 mars 2018

La Tène et Phoenician Drive : boucles extatiques

Trio franco-suisse mêlant dans ses compositions vielle à roue, percussions, harmonium indien et sonorités électroniques, La Tène est l’auteur d’une musique entêtante et hypnotique, plongeant l’auditeur dans un état de transe primitive dont on ressort délicieusement engourdi. Tissant des ponts entre musique médiévale, drone, minimalisme et psychédélisme pur et dur, la formation réunissant Alexis Degrenier, Laurent Peter et Cyril Bondi se rapproche ainsi par certains aspects des expérimentations menées par le collectif La Nòvia, aux confins des musiques traditionnelles et contemporaines. Une approche exigeante certes, mais qui se dévoile paradoxalement d’une accessibilité à l’écoute bien plus immédiate que son énoncé ne le laisserait a priori supposer, comme en témoigne l’excellent Tardive/Issime, dernière sortie discographie en date d’un trio qu’on a hâte de découvrir sur scène. Au même titre d’ailleurs que les tout aussi emballants Phoenician Drive, sextet belge partageant le même tropisme pour les boucles envoûtantes et le psychédélisme, mais oscillant quant à lui dans un registre aux confluences du krautrock et des musiques

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Hip-hop don’t stop festival : « Montrer toute la diversité de la danse hip-hop »

Danse | Lancement mardi 6 février de la deuxième édition du Hip-hop don’t stop festival organisé par la compagnie martinéroise Citadanse et la salle (...)

Alice Colmart | Mardi 30 janvier 2018

Hip-hop don’t stop festival : « Montrer toute la diversité de la danse hip-hop »

Lancement mardi 6 février de la deuxième édition du Hip-hop don’t stop festival organisé par la compagnie martinéroise Citadanse et la salle l’Heure bleue, elle aussi martinéroise. Pourtant, nouveauté cette année, la manifestation ne débutera pas à Saint-Martin-d'Hères mais à Seyssinet-Pariset, à l’Ilyade plus précisément, avec la reprise du très bon spectacle Têtes d’affiche de Bouba Landrille Tchouda. Avec ce festival dont il est parrain, le chorégraphe veut « montrer toute la diversité et l’évolution de la danse hip-hop d'aujourd'hui » comme il l’a déclaré lors de la conférence de presse de présentation. C’est justement, semble t-il, l’un des objectifs du programme Trois solos prévu le jeudi 8 février à l’Heure bleue (retour à Saint-Martin-d'Hères donc). Lors de cette soirée, trois artistes se succéderont : Fred Bendongué, « l’un des pionniers de la danse hip-hop qui rendra hommage aux musiciens embarqués malgré eux d

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Liam Neeson : « Ma vie pendant le tournage de "The Passenger" était monastique »

ECRANS | Regard bleu mélancolie et silhouette émaciée, Liam Neeson marque une pause pour évoquer sa nouvelle course contre la montre à grande vitesse dans "The Passenger". En voiture s’il vous plaît…

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Liam Neeson : « Ma vie pendant le tournage de

C’est la quatrième fois que vous travaillez avec Jaume Collet-Serra ; dans quelle mesure parvenez-vous à vous surprendre mutuellement ? Liam Neeson : Nous ne nous surprenons pas vraiment. En tout cas, à chaque fois c’est de plus en plus facile pour nous de travailler ensemble et nous sommes de plus en plus proches. On ne cherche pas à suranalyser chaque chose ni des motivations aux personnages ; on est tout de suite dans le concret. J’arrive sur le tournage, on regarde les mouvements de caméra, et puis on met en boîte – c’est aussi simple que cela. Sauf s’il y a une scène un peu plus complexe, auquel cas on fait une répétition. Nous aimons notre énergie mutuelle. L’équipe le perçoit ; elle sait qu’on ne va pas attendre jusqu’à la cinquième prise. Et puis, il est très inventif ; sa caméra est au service de l’histoire et j’adore ça. Après Non Stop, il m’a fait passer d’un avion à un train – j’étais curieux de savoir comment il allait filmer. Et l’on va recommencer pour notre cinquième film ensemble, dans un espace encore plus petit : un placard (sourires). Non, en fait je ne peux pas encore en parler.

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"Downsizing" : rien ne sert de raccourcir…

ECRANS | Et si l’humanité diminuait à une taille d’environ 12 cm pour jouir davantage des biens terrestres ? Dans ce raisonnement par l'absurde, le cinéaste Alexander Payne rétrécit un Matt Damon candide à souhait pour démonter la société de consommation et les faux prophètes. Une miniature perçante.

Vincent Raymond | Samedi 6 janvier 2018

Disparu en novembre dernier dans une consternante indifférence, le réalisateur français Alain Jessua aurait à coup sûr raffolé de l’idée. Cousinant avec ses fables d’anticipation dystopiques que sont Traitement de choc (1972) et Paradis pour tous (1982), Dowsizing est en effet un de ces contes moraux où une "miraculeuse" avancée scientifique, perçue comme une panacée devant soulager l’humanité de tous ses maux, finit par se révéler pire remède que la maladie elle-même. La découverte est ici un procédé (irréversible) permettant de réduire les organismes humains afin d’économiser les ressources de notre planète surpeuplée, augmentant mathématiquement le patrimoine des sujets miniaturisés. Alléchés par cette perspective, Paul et son épouse s’inscrivent au programme. Mais au dernier moment, la belle se déballonne : Paul en est réduit à vivre rapetissé et seul. Au paradis ? Pas vraiment… À naïf, à demi-naïf Il y a deux actes biens distincts dans Downsizing : l’un dédié au "prodige" en tant que tel, l’autre à l’une de ses conséquences politiques et sociales – en cela, il rapp

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"Mines de rien" : ensemble c’est tout, n'est-ce pas la Fabrique des petites utopies ?

Jeune public | L'une des dernières créations de la compagnie grenobloise est à découvrir dimanche 3 décembre à la Salle rouge, dans le cadre du Mois de l’accessibilité en ville.

Aurélien Martinez | Mardi 28 novembre 2017

« Spectacle de théâtre d’objets questionnant le handicap et la différence », Mines de rien est une petite pépite jeune public (mais finalement tout public) créée cet été par la compagnie grenobloise la Fabrique des petites utopies. Soit, en plusieurs tableaux visuellement riches, l’histoire d’un enfant différent (« Rien est cet enfant qui n’a pas de place dans un monde qui rejette les différents » – extrait de la note d’intention) qui cherche un sens à sa vie. Et va finir par le trouver... Il n’est pas facile de parler de handicap avec justesse sur le plateau. Le metteur en scène Bruno Thircuir y est arrivé en évitant aussi bien les discours larmoyants censés forcer l'empathie du spectateur que la mise à distance froide censée démontrer le recul de l’artiste. Son ton est juste, touchant, grâce notamment aux deux comédiennes qui portent l’histoire. Et, surtout, à la féerie convoquée sur scène (des marionnettes, des jeux d'ombres et lumières ou encore de la vidéo se déploient autour de différents livres pop-up éclairant le parcours de Rien) qui donne un côté fantastique à ce récit d’apprentis

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"Ernest et Célestine en hiver" : ours dort

ECRANS | de Julien Chheng & Jean-Christophe Roger (Fr., 0h45) animation

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Quatre nouvelles aventures de l’ours musicien et de sa copine-colocataire la souris, glanées avant l’hibernation d’Ernest. L’occasion de rencontrer Bibi l’oie sauvage qu’ils ont élevée, la Souris verte dérobant les objets abandonnés ou Madame Tulipe, voisine du tandem aimant danser… L’ambition de ce programme de courts-métrages est plus modeste que long-métrage ayant donné vie cinématographique en 2012 aux personnages de Gabrielle Vincent : on est ici dans le bout-à-bout d’épisodes formatés pour une diffusion télévisuelle. D’où la question : en dépit de leur qualité formelle tout à fait comparable au film de Benjamin Renner, Stéphane Aubier & Vincent Patar, que font-ils sur grand écran sans "plus-value", sans liant ? On tolère de perdre une partie de l’univers des personnages et de la noirceur ayant fait d’Ernest & Célestine un objet à la poésie complexe ; pas vraiment d’assister à une sorte de projection de DVD grand format.

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"Logan Lucky" : un Steven Soderbergh petit bras

ECRANS | de Steven Soderbergh (E.-U., 1h58) avec Channing Tatum, Adam Driver, Seth MacFarlane…

Vincent Raymond | Mardi 24 octobre 2017

Les frères Logan sont des poissards, Clyde (qui a perdu son avant-bras à l’armée) en est persuadé. Bien que récemment viré et divorcé, son aîné Jimmy n’y croit pas et lui propose un casse d’autant plus ardu à accomplir qu’ils doivent compter sur Joe Bang, un braqueur… incarcéré. Heu ? Face à l’affiche, il y a de quoi baver : Steven Soderbergh réunit James Bond, la petite-fille d’Elvis, Kylo Ren et Magic Mike pour exploser le coffre-fort, non pas d’un casino au Nevada, mais d’un circuit de course automobile en Caroline du Nord. Il a beau translater son intrigue dans un État moins proche de l’Idaho, et la saturer de bras cassés (ou amputés), cette énième resucée auto-parodique de Ocean’s Eleven ne casse malheureusement pas trois pattes à un canard. Certes, il y a des crétins à la "frères-Coen", un portrait affligeant de la classe infra-moyenne et de l’Amérique profonde, mais on sent Tonton Steven tourner sur la réserve, sans forcer son talent, tout à la joie d’être avec ses potes. Si ça lui fait plaisir, pourquoi pas, mais quelle frustration pour le public ! Imagine-t-on se rendre dans un restaurant gastronomique pour se faire servir u

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"Échecs et Mâts" : le petit jeu de Bruno Thircuir

Cirque | Le metteur en scène grenoblois de la Fabrique des petites utopies revient avec un spectacle interprété par des circassiens et des comédiens dans lequel le jeu d'échecs permet d'aborder des questions plus larges et contemporaines.

Aurélien Martinez | Lundi 25 septembre 2017

Sous chapiteau, en guise de scène, un échiquier posé sur la piste centrale, avec des circassiens et des comédiens habillés en noir ou en blanc comme des pions : dans Échecs et Mâts, sa dernière création « pour fous et stratèges » que nous avons découverte à quelques jours de la première, le metteur en scène grenoblois Bruno Thircuir de la Fabrique des petites utopies file la métaphore « des cases dans lesquelles chacun de nous est enfermé ». D’accord. Mais l’axe choisi autour des rêves des uns (le public, sondé en arrivant) et des autres (les interprètes) s’apparente très vite à un mât pas très stable, les différentes scènes s’empilant avec plus ou moins de finesse (les tentatives d’humour noir tombent à plat) pendant plus d’1h30 de spectacle. Et ce même si, bien sûr, on en prend parfois plein les yeux grâce aux circassiens (qui viennent du Maroc, d’Argentine, du Bénin…) ; même si l’interaction avec le public donne du dynamisme à l’ensemble, et même si la métaphore du jeu d’échecs a un côté ludique appréciable. C’est déjà ça. Pour info, la

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"Baby Driver" : ils en font des caisses (et tant mieux)

ECRANS | de Edgar Wright (G.-B., 1h53) avec Ansel Elgort, Lily James, Kevin Spacey, Jamie Foxx…

Vincent Raymond | Mardi 4 juillet 2017

Petit génie du volant, le mutique et mélomane Baby est le pilote préféré de Doc, un criminel envers qui il a une dette et qui le force à conduire sur des braquages. Quand Baby veut se ranger des voitures, Doc ne l’entend pas de cette oreille. Ça va swinguer... Au commencement, il y eut The Driver (1978) de Walter Hill, polar taciturne et nocturne à cylindrées hurlantes, hystérisé par Bruce Dern pétant des durites. Puis vint Drive (2011), relecture purple-electroclash de Nicolas Winding Refn, accélération sensible et refroidie par l’épure. Très logiquement surgit à présent la version bubble-gum, soigneusement clipée par un Edgar Wright vibrant davantage pour le rythme musical de son film que par les ronflements de moteurs – tant mieux, on n’est pas dans Fast and Furious non plus. Au-delà du gimmick cool ou de l’artifice scénaristique, la musique entretient un authentique dialogue entre les personnages et l’histoire ; elle sculpte également le découpage autant qu’elle règle, pour la virtuosité du geste

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"Le Christ aveugle" : mysticisme religieux... et linéaire

ECRANS | de Christopher Murray (Chi.-Fr., 1h25) avec Michael Silva, Bastian Inostroza, Ana Maria Henriquez…

Vincent Raymond | Mardi 9 mai 2017

Depuis son enfance, Michael est persuadé d’être une sorte d’élu de Dieu, capable de miracles. Prêchant souvent dans le désert, il s’attire davantage d’hostilité que d’écoute. Un jour, il part guérir un ami d’enfance victime d’un accident. Ses fidèles le suivent, guettant le prodige… Dans le foisonnement actuel du cinéma chilien, Christopher Murray tente une entrée par le versant du mysticisme religieux – les évangélistes de tout poil ayant particulièrement la cote en Amérique du Sud. Cette fiction n’en est une qu’à demi, puisqu’il s’est nourri du quotidien des habitants de la Pampa del Tamarugal, de leur décor et de leurs histoires pour composer la trame du film. Ce sont eux également qui ont été choisis pour en être les interprètes – normal que Le Christ aveugle leur soit dédié. Grâce à cette approche, Murray conserve une indiscutable vérité (les visages émaciés, les corps suppliciés par l’indigence ou la maladie ne mentent pas) ; il retranscrit également le besoin muet d’un peuple abandonné de croire en l’impossible – fût-il promis par un semi-illuminé. Dommage qu’il manque d’une vision réellement originale pour no

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Le hip-hop dans la chair avec le festival Hip-Hop don’t stop

Danse | Du jeudi 16 au dimanche 19 février, le hip-hop va briller à Saint-Martin-d’Hères avec la première édition du festival Hip-Hop don’t stop. On vous en dit plus.

Charline Corubolo | Mardi 14 février 2017

Le hip-hop dans la chair avec le festival Hip-Hop don’t stop

Pour les aficionados, Saint-Martin-d’Hères est le terreau fertile du hip-hop depuis la fin des années 1980. Mais pour le quidam, cette commune n’est pas forcément connue comme le terrain de jeu des breakers. Pour réveiller cet esprit, Vincent Villenave de l’Heure bleue, ainsi que la compagnie martinéroise Citadanse, organisent du 16 au 19 février le festival Hip-hop don’t stop. Le chorégraphe et danseur Bouba Landrille Tchouda est le parrain de cette première édition qui s’annonce riche et table sur la transmission. Du jeudi au samedi, sur la scène de l’Heure bleue, se succéderont plusieurs créations locales et nationales, avec cette volonté de dévoiler un hip-hop contemporain allant au-delà de la danse pour questionner le regard. On retrouve ainsi le jeudi Citadanse avec Quand le regard parle, la compagnie A-tika pour un hip-hop féminin et les Lézards Dorés qui s’aventurent sur le registre de Bach. Le vendredi, c’est la compagnie Dyptik qui nous entraîne Dans l’engrenage. Et comme il n’y a pas de hip-hop sans battle, huit crews s’affronteront

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"Silence" : du doute, pour une foi

ECRANS | En relatant le chemin de croix de jésuites du XVIIe siècle éprouvant leur foi en évangélisant un Japon rétif à la conversion, Scorsese le contemplatif explore ici sa face mystique — ce nécessaire ubac permettant à son œuvre d’atteindre des sommets.

Vincent Raymond | Mardi 7 février 2017

Loin d’être monochromatique, la filmographie de Scorsese reflète depuis toujours une admiration conjointe pour deux mondes ritualisés : le temporel des truands et le spirituel des religieux. S’il n’y a guère de malfrats dans Silence, on y découvre toutefois quelques châtiments pratiqués par les autorités nippones sur les chrétiens refusant d’apostasier, et que des mafieux trouveraient à leur goût ! La violence des confrontations entre ces deux univers autour de la notion de foi ne pouvait que fasciner le réalisateur de Taxi Driver et de Casino. Pour autant, Silence ne s’inscrit pas dans la veine stylistique des Infiltrés ou des Affranchis : la question intérieure et méditative prime sur la frénésie exaltée. Lent, posé, d’inspiration asiatique dans sa facture, il se rapproche du semi ésotérique Kundun (1997). Chacun sa croix Débutant par la recherche d’un missionnaire porté disparu, Silence se poursuit par une succession d’introspections pour le père Rodrigues parti sur ses traces. Feindre une abjuration

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Martin Scorsese : « Je vis toujours avec Silence »

ECRANS | Lors de son bref passage en France, Martin Scorsese a brisé le silence pour évoquer celui qui donne le titre à son nouveau film. Morceaux choisis et propos rapportés…

Vincent Raymond | Vendredi 3 février 2017

Martin Scorsese : « Je vis toujours avec Silence »

Votre titre est accompagné au générique de début par un réel silence. Doit-il s’entendre comme un constat ou une injonction ? C’est une façon d’attirer l’attention du spectateur, mais aussi une forme de méditation intime, car ce film exige une concentration du public. Nous venons tous du silence et nous allons tous y retourner ; alors autant s’y habituer et s’y sentir bien. Qu’est-ce qui vous a autant attiré dans le livre de Shūsaku Endō ? J’ai été attiré — obsédé, devrais-je dire — par l’histoire qu’il raconte. Pour moi, il parle d’une manière extraordinaire de la façon d’accepter la spiritualité qui est en nous. Sa résonance est toute particulière de nos jours, alors que le monde rencontre de grands changements technologiques et que des faits horribles se déroulent. J’espère que cette histoire, et donc le film, pourra ouvrir un dialogue en montrant que la spiritualité existe, puisqu’elle est une part intégrante de notre humanité profonde. Vous avez porté ce projet plusieurs décennies. Que ressentez-vous à présent qu’il est achevé ? Cela a duré longtemps, en effet. J’ignorais c

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