Ici-bas

ECRANS | De Jean-Pierre Denis (Fr, 1h35) avec Céline Sallette, Éric Caravaca…

François Cau | Vendredi 13 janvier 2012

En 1943 à Périgueux, Sœur Luce, chrétienne dévouée, tombe amoureuse d'un aumônier résistant qui s'apprête à quitter les ordres. Malentendu presque lacanien : elle pense que leurs chemins, y compris spirituels, se croisent et confond le désir qu'il éprouve pour elle avec l'amour qu'elle porte pour le Christ. Beau sujet que Jean-Pierre Denis, réalisateur rare des Blessures assassines, tente de marier avec sa peinture de la France en guerre. Mais le manque de moyens de la reconstitution, les clichés d'un dialogue sans aucun naturel ni quotidienneté, donnent à Ici-bas des allures de téléfilm France 3 Région. Il faut attendre le dernier tiers, où le cinéaste pousse sa logique jusqu'à la plus grande noirceur, pour que le film s'extirpe de cette glaise théâtrale, se débarrassant au passage (et c'est tant mieux) de tout soupçon de bondieuserie. Dans cette dernière partie, la troublante Céline Sallette tombe le masque de l'illuminée et révèle une cruauté particulièrement effrayante. CC

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"Une belle équipe" : sorties de leur réserve

ECRANS | De Mohamed Hamidi (Fr., 1h35) avec Kad Merad, Alban Ivanov, Céline Sallette…

Vincent Raymond | Mardi 14 janvier 2020

Un seul point. C’est ce qu’il manque à l’équipe de foot de Clourrières pour assurer son maintien. Sauf que les joueurs ont tous été suspendus après une bagarre. Alors, l’entraîneur monte une équipe féminine pour les trois ultimes rencontres. Et se heurte à l’hostilité machiste du village… Alors qu’il s’apprêtait à en débuter le tournage en 2018, Kad Merad prévenait que ce film n’aurait rien à voir avec Comme des garçons, cette comédie-fiction bâtie sur l’histoire de la première équipe de France de football féminine. On le confirme : Mohamed Hamidi ne s’intéresse ni à la romance ni à la reconstitution historique, mais au difficile basculement des mentalités vers une société paritaire, le football étant le symptôme (ou le déclencheur) d'une prise de conscience : troquer le ballon contre la charge domestique ordinairement dévolue à leurs épouses équivaut à une castration pour ces messieurs. Le réalisateur (qui, au passage, remercie ses six sœurs au générique) s’amuse à montrer à quel point la sensibilité masculine est asymétrique : chatouilleux sur leurs "privilèges" envolés, les hommes sont aveugles au fait que les affiches publicitaires utilise

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"Les Éblouis" : il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir

Cinema | De Sarah Suco (Fr., 1h39) avec Camille Cottin, Jean-Pierre Darroussin, Eric Caravaca…

Vincent Raymond | Mardi 19 novembre 2019

Depuis que sa famille a rejoint la communauté chrétienne de Luc-Marie, Camille a vu sa mère sortir de son apathie dépressive. Mais les règles et les rites qui lui sont imposés, ainsi qu’à ses frères, l’étouffent. Camille sent bien l’anormalité de cette aliénation souriante, au nom de la foi… Dans une semaine faste en films d’épouvante, Les Éblouis ne dépare pas. S’inspirant de ses souvenirs personnels, la comédienne Sarah Suco signe un premier long-métrage d’autant plus effrayant qu’il se passe d’effets en décrivant au jour le jour et à travers les yeux d’une adolescente, les conséquences du mécanisme d’embrigadement sectaire. Comment un loup aux allures débonnaires se déguise en berger pour attirer à lui les proies qu’il a flairées fragiles, en l’occurence, la mère de Camille, dépressive et flétrie dans son existence. Et parvient à tout obtenir d’elles grâce à un conditionnement culpabilisateur. Se revendiquant du christianisme et pratiquant une lecture très personnelle des Écritures, la communauté déviante de Luc-Marie est l’un de ces trop nombreux cercles de fêlés prétendant détenir la vérité en droite l

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"Mais vous êtes fous" : de la poudre aux yeux

ECRANS | De Audrey Diwan (Fr, 1h35) avec Pio Marmaï, Céline Sallette, Carole Franck…

Vincent Raymond | Mardi 23 avril 2019

Dentiste apprécié, mari et papa aimant, Roman (Pio Marmaï) cache sa cocaïnomanie. L’une de ses fillettes étant victime d’une surdose, la police et les services sociaux débarquent : la famille entière se révélant positive à la drogue, les enfants sont placés. Et l’image du bonheur parfait est pulvérisée… Audrey Diwan a tiré son argument d’une histoire vraie en modifiant, comme le veut la coutume, les noms et situations des protagonistes afin qu’ils ne soient pas identifiables. Partant d'un fait divers à énigme qui aurait pu ne tenir qu’en un court-métrage (en clair, comment ont-ils tous pu être contaminés par le père ; ce dernier les a-t-il délibérément empoisonnés ?), la réalisatrice a su étoffer son propos en composant un film où l’addiction prend des significations supplémentaires et se transforme en bombe à fragmentation. S’ouvrant sur la dépendance aux stupéfiants, le drame bifurque en effet vers un récit centré autour du manque : celui éprouvé par des parents privés de leur progéniture, et puis surtout celui que les deux amants Roman et Camille (Céline Sallette) officiellement séparés ressentent l’un po

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Éric Caravaca : « Pour être un bon réalisateur il faut être un peu pervers ; je ne le suis pas totalement »

ECRANS | Le comédien et réalisateur Éric Caravaca a entrepris un parcours solitaire pour apaiser une douleur muette qui minait sa famille depuis un demi-siècle. Son documentaire "Carré 35" raconte cette démarche ; et lui nous raconte son cheminement.

Vincent Raymond | Lundi 30 octobre 2017

Éric Caravaca : « Pour être un bon réalisateur il faut être un peu pervers ; je ne le suis pas totalement »

Qu’est-ce qui vous a convaincu de démonter "la vérité" (la mort de votre soeur aînée à l'âge de 3 ans, dont on ne vous a presque rien dit) racontée par vos parents ? Éric Caravaca : C’est quelque chose qui s’imposait. Au départ, j’avais envie de redonner une existence à une enfant qui, au fond, était presque morte deux fois. Comment la réhabiliter ? Quand j’essayais d’en parler, je sentais que les choses et la parole se fermaient ; je sentais quelque chose de honteux. C’était un peu obsessionnel : quand on cache quelque chose à un enfant, même à un grand enfant, il a l’instinct de chercher. J’avais cette envie d’éclaircir, de déshumilier une mémoire, de réhabiliter une enfant. Et puis, surtout, j’ai commencé à questionner des gens parce qu’une tante – la sœur aînée de ma mère – est morte. Puis son mari, ensuite une autre demie-sœur de ma mère qui avait fait un AVC et avait perdu la parole. Quand j’ai vu que mon père allait lui aussi y passer, j’y suis allé en me disant si je ne le faisais pas maintenant, je ne le ferai jamais. Comment expliquez-vous que votre mère, qui a elle-même souffert d’un non-dit, en a

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"Carré 35" : un tendre et fraternel baiser de cinéma

ECRANS | de et avec Éric Caravaca (Fr., 1h07) documentaire

Vincent Raymond | Lundi 30 octobre 2017

Adulte, le comédien et réalisateur Éric Caravaca a découvert l’existence d’une sœur aînée, morte enfant, dont ses parents lui avaient caché l’existence. Intrigué par ce silence et surtout le secret entourant l’absente, le comédien part en quête de son histoire. Et d’une trace : aucune photo d’elle n’a été conservée… De sa blessure intime toute fraîche (bien qu’ancienne), Caravaca aurait pu faire l’exhibition obscène en fouillant les douleurs et les non-dits familiaux. C’est tout le contraire qu’il obtient dans ce documentaire miraculeux porté par la douceur de sa voix, où l’on perçoit son désir sincère d’offrir une postérité légitime à celle qu’on avait voulu oblitérer. Déjouant les mensonges pudiques ou honteux, les oublis et les refoulés, Caravaca recoupe les témoignages, élucide un à un les mystères : Christine était née "différente", les circonstances de son décès particulières, tout comme le contexte algérien en ce début des années soixante. Peu à peu se dessinent au milieu de ces vérités exhumées deux portraits entremêlés : celui d’une époque, et le visage de cette sœur inconnue dont ce film devient le cénotaphe pour l’éternité.

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"Corporate" : entreprise de destruction

ECRANS | De Nicolas Silhol (Fr, 1h35) avec Lambert Wilson, Céline Sallette, Stéphane De Groodt…

Julien Homère | Mardi 4 avril 2017

Responsable des ressources humaines, Émilie se trouve impliquée dans une enquête de l’inspection du travail après que s’est produit un suicide dans son entreprise. Jusqu’où restera-t-elle fidèle à sa hiérarchie ? D’une grande rigueur réaliste et peuplé d’un casting hétéroclite venant de la télé, du théâtre ou du cinéma classique, Corporate dissèque les méthodes de management amorales mais totalement acceptées par nos entreprises modernes. Enveloppant son histoire d’une mise en scène économe, froide et sans éclat, son discours sur l’injustice sociale demeure louable mais aurait été plus audible dans un documentaire (même si ce n'était pas le but comme nous l'a expliqué le réalisateur en interview). À se demander si le récit de Nicolas Silhol ne passe pas à côté de son sujet tant l’inspectrice du travail (justement campée par Violaine Fumeau) et son regard sur cet univers sans pitié placent au second plan une intrigue policière dispensable.

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Je vous souhaite d'être follement aimée

ECRANS | De Ounie Lecomte (Fr, 1h40) avec Céline Sallette, Anne Benoit, Elyes Aguis…

Vincent Raymond | Mardi 5 janvier 2016

Je vous souhaite d'être follement aimée

Ounie Lecomte n’en a pas fini avec la thématique de l’adoption. Un sujet intime qu’elle avait déjà abordé frontalement (sans laisser d’impérissable souvenir, d’ailleurs) dans Une vie toute neuve (2008), inspiré de son propre parcours. Plus abouti, ce nouveau film a pour figure centrale une kiné née sous X décidée à retrouver sa mère biologique pour calmer ses tourments existentiels ; il dresse cependant le portrait de trois, voire quatre générations chamboulées dans leur identité. Malgré des atouts de poids, allant de la musique d’Ibrahim Maalouf à la distribution "auteur" de prestige (une lignée Françoise Lebrun/Anne Benoît/Céline Sallette, tout de même…), malgré un questionnement légitime sur le droit de connaître ses origines, et une approche tactile des relations entre les personnages, Je vous souhaite d'être follement aimée se distend peu à peu, s’égare et se dissout dans ses propres interrogations, pendant que le spectateur anticipe sur des rebondissements cousus de fil blanc. Dommage.

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Les Rois du monde

ECRANS | De Laurent Laffargue (Fr., 1h40) avec Sergi López, Céline Sallette, Éric Cantona, Romane Bohringer…

Vincent Raymond | Mardi 22 septembre 2015

Les Rois du monde

Jeannot Sanchez est du genre sanguin : il a passé du temps en prison pour avoir tranché à la hache les doigts d’un type qui s’était égaré sur l’épaule de sa compagne Chantal. Mais comme pendant son incarcération, Chantal s’est mise en ménage avec Jacky, le boucher du coin, Jeannot s’emploie à la reconquérir. À sa manière taurine et anisée… Derrière sa bonhomie coutumière, on avait presque oublié le Sergi López inquiétant de Harry, un ami qui vous veut du bien (2000), capable d’une animalité furieuse et ravageuse. Avec Les Rois du monde, Laurent Laffargue se fait fort de nous rafraîchir la mémoire dans ce film étrange qui, s’il se nourrit volontiers d’un pittoresque local (Casteljaloux, dans le Sud-Ouest de la France), ne saurait se réduire à de la « gasconnerie » folklorique. Car c’est tout un climat qu’il suscite et ressuscite, rappelant ce cinéma des années quatre-vingt en travaillant la pesanteur atmosphérique rurale comme un personnage (L’Été meurtrier, 37°2 le matin ou L’Été en pente douce). Quant aux « rois » de ce monde, ce sont en réalité de petits seigneurs dérisoi

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Un château en Italie

ECRANS | De et avec Valeria Bruni Tedeschi (Fr, 1h44) avec Louis Garrel, Céline Sallette…

Christophe Chabert | Jeudi 24 octobre 2013

Un château en Italie

Une actrice qui ne joue plus rencontre un acteur qui en a marre de jouer ; avec lui, elle veut avoir un enfant. Pendant ce temps, son frère se meurt du sida et sa mère, aristocrate déchue, veut vendre le château familial… Il est plus facile pour un chameau et Actrices, les deux premiers films réalisés par Valeria Bruni Tedeschi, exaspéraient par l’impudeur avec laquelle elle étalait sa vie et son métier, sans jamais trouver une forme cinématographique autre que l’ordinaire de l’auteurisme à la française. Un château en Italie fait la même chose, et quiconque connaît un peu sa biographie – qui, pas de bol, est en partie aussi celle de sa très médiatique sœur – passera son temps à chercher les clés pour démêler ce qui relève ici de la vérité et de la fiction. Un jeu aussi vain que lassant, qui pousse parfois loin la plaisanterie – Garrel travesti refusant un rôle à un cinéaste manifestement gay, si ce n’est pas une référence à l’affaire Laurence Anyways… Dommage, car Bru

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Tu honoreras ta mère et ta mère

ECRANS | De Brigitte Roüan (Fr, 1h32) avec Nicole Garcia, Éric Caravaca, Gaspard Ulliel, Emmanuelle Riva…

Christophe Chabert | Vendredi 1 février 2013

Tu honoreras ta mère et ta mère

À l’image de Nous York, Tu honoreras ta mère et ta mère ressemble à un film de vacances, dans tous les sens du terme. Vacances des protagonistes, venus en Grèce participer à un festival finalement annulé pour cause de crise économique, et du coup réduits à des chamailleries familiales où la mère (Nicole Garcia) devient le centre de toutes les névroses ; mais aussi vacances du scénario, dont on attend sans succès qu’il fasse apparaître un quelconque enjeu dramatique. Le film ne joue donc que sur l’accumulation, à commencer par celle des personnages, innombrables et dont on survole les caractères sans jamais les approfondir. Cette superficialité se retrouve aussi dans des allusions à l’actualité sans conséquence — de la Syrie à l’influence néfaste du FMI — ou les références brouillonnes à la tragédie grecque. Le film avance en roue libre, amenant des péripéties qu’il règle dans la minute suivante, des conflits qu’il oublie en cours de route. Du coup, quand le film s’achève, on a le sentiment qu’il n’a même pas commencé. Christophe Chabert

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Qui a envie d'être aimé ?

ECRANS | D’Anne Giafferi (Fr, 1h29) avec Éric Caravaca, Irène Jacob, Benjamin Biolay…

François Cau | Jeudi 3 février 2011

Qui a envie d'être aimé ?

La semaine du triomphe annoncé de Des hommes et des dieux aux Césars sort Qui a envie d’être aimé ?, et le cinéma français franchit un pas supplémentaire dans le choix de la religion contre le politique. Un signe des temps que l’on ne se résout pas à accepter docilement. Comme le film de Beauvois, celui de Giafferi soigne l’emballage : le casting est intelligent (notamment les seconds rôles de Biolay et Bidaud), le scénario et les dialogues se tiennent, et la réalisation est proprette. Mais sur le fond, c’est une autre paire de manches… La crise existentielle de l’avocat Caravaca est résolue non par un deus ex-machina, mais par une révélation au sein d’un groupe de parole catholique. Pas d’illumination ou de conversion spectaculaire ; le film vend une approche light de la religion telle que l’Église la markette depuis la fin du XXe siècle : cool, tolérante, un peu ringarde mais ouverte, porteuse de bienfait pour soi et inoffensive pour autrui. Les intolérants, ce sont ceux qui ne comprennent ni n’acceptent ce choix. La conclusion, édifiante de prosélytisme et sans la moindre trace d’ironie, légitime totalement le parcours de son personnage. Il était malade, il est maintenant guéri.

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