Sport de filles

ECRANS | De Patricia Mazuy (Fr, 1h41) avec Marina Hands, Bruno Ganz…

François Cau | Lundi 23 janvier 2012

Il y a un grand film à réaliser sur le dressage équestre, les rapports entre le cavalier et son animal, leurs correspondances indicibles – mais de toute évidence, ce n'est pas celui-ci. Le gros problème, c'est qu'on ne sait pas vraiment de quoi cause Sport de filles, tant sa forme est en permanence à contretemps du fond. Le script embrasse plusieurs pistes qu'une mise en scène et un montage indolents peinent à suivre ; même les compositions originales de John Cale semblent victimes d'une greffe ratée sur les séquences qu'elles illustrent. On peut se reposer sur les honnêtes performances d'un casting foutraque et attachant pour passer le temps, et on ne pourra pas s'empêcher, pendant toute la durée du film, de rêver aux promesses du Cheval de Guerre de Steven Spielberg.
FC

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

"The House that Jack built" : la mort va si bien à Lars von Trier

ECRANS | Le cinéaste danois s'insinue dans la tête d’un serial killer aux ambitions (prétentions ?) esthétiques démesurées pour en retirer une symphonie en cinq mouvements criminels. Une variation sur la mégalomanie et le perfectionnisme artistiques forcément un brin provoc’ mais adroitement exécutée.

Vincent Raymond | Lundi 15 octobre 2018

Jack (Matt Dillon) aurait tellement voulu être architecte… Un destin contraire l’a fait ingénieur et affligé de TOC lui empoisonnant la vie, surtout lorsqu’il vient de commettre un meurtre. Car si l’on y réfléchit bien, le principal tracas de Jack, c’est de devoir obéir à ses pulsions de serial killer… Peu importe si son esthétique ou ses dogmes évoluent au fil de sa prolifique filmographie (et lui confèrent au passage l’apparence d’un splendide magma), Lars von Trier parvient à assurer à celle-ci une indiscutable cohérence par son goût maladif du défi stylistique et de la provocation morale, que celle-ci transparaisse dans la diégèse ou dans le discours d’accompagnement. Épouser, comme ici, le point de vue d’un détraqué jouissant dans l’esthétisation de la mise à mort de ses victimes participe évidemment de cette démarche : la mécanique humaine et celle, perverse, du suspense conduisent inconsciemment le spectateur de The House tha

Continuer à lire

"Fortuna" : pas si neutre que ça...

ECRANS | de Germinal Roaux (Sui.-Bel., 1h46) avec Kidist Siyum Beza, Bruno Ganz, Patrick d’Assumçao…

Vincent Raymond | Mardi 18 septembre 2018

Hébergée dans un monastère suisse à la frontière italienne, Fortuna, jeune Éthiopienne de 14 ans, se découvre enceinte d’un autre réfugié vivant au même endroit mais beaucoup plus âgé qu’elle. Si elle veut garder l’enfant, il n’en va pas de même pour le père qui se fait la belle… De la déconnexion entre la forme et le fond… Autant le cinéaste Germinal Roaux, photographe de métier, nous en met plein la vue par la somptuosité de son cadre (1:33, noir et blanc ultra contrasté, plans archi composés, clairs-obscurs magnifiant le décor neigeux, les visages et les rudes bâtisses…) et nous interpelle par la pertinence de son récit, en prise directe avec la plus brûlante des actualités (la situation des réfugiés, rejetés par tous les États, trouvant à peine asile chez des religieux) ; autant on est déconcertés par sa pseudo-morale finale montrant un "bon père" encourager une gamine seule, désorientée, abusée et abandonnée par l’adulte qui l’a mise enceinte, à ne pas avorter en brandissant son libre arbitre – ou un "merveilleux" instinct de vie. Peu importe, en définitive, à ce brave moine que Fortuna hypothèque ainsi son avenir en se privant d’études,

Continuer à lire

Patricia Mazuy : « L’idée, avec John Cale, était de faire une musique qui rentre dans la tête de la folie »

ECRANS | Avec sa franchise bienvenue, la trop rare réalisatrice de "Saint-Cyr" ou "Sport de filles" évoque la conception de son thriller "Paul Sanchez est revenu !" ; et tout particulièrement sa troisième collaboration avec l’ancien du Velvet Underground, compositeur de la bande originale.

Vincent Raymond | Lundi 16 juillet 2018

Patricia Mazuy : « L’idée, avec John Cale, était de faire une musique qui rentre dans la tête de la folie »

Est-ce l’affaire Dupont de Ligonnès en particulier qui vous a inspirée pour Paul Sanchez est revenu ? Patricia Mazuy : Je me suis surtout intéressée à une boulimie de Faites en entrer l’accusé : dans quel état cela nous met quand on s’abandonne dans les faits divers les plus morbides qui soient ? On est contents de se coucher après en se disant : c’est pas nous ! Ce qui est rigolo au cinéma, c’est que l’on pousse les choses à l’extrême, on va plus loin que dans le réel – le film n’est pas du tout naturaliste. C’était bien de travailler cette matière-là. Le film est très ancré dans le Var. Or peu de personnages, notamment parmi les gendarmes,

Continuer à lire

"Paul Sanchez est revenu !" : identification d'un homme

ECRANS | de Patricia Mazuy (Fr, 1h51) avec Laurent Lafitte, Zita Hanrot, Idir Chender…

Vincent Raymond | Mercredi 4 juillet 2018

Aux Arcs-sur-Argens, la gendarmerie a été informée que Paul Sanchez, meurtrier recherché depuis dix ans, a été identifié dans un train. Volontariste, mais souvent gaffeuse, la jeune Marion se lance sur ce dossier dédaigné par ses collègues militaires. Et si elle avait raison d’y croire ? Cinéaste rare faisant parfois des incursions bienvenues devant la caméra (son tempérament pince-sans-rire y est hélas sous-exploité), Patricia Mazuy a toujours su animer des caractères atypiques, et tout particulièrement des francs-tireuses imposant leur loi à l’intérieur de cadres pourtant rigides : Peaux de vaches, Saint-Cyr ou Sport de filles étaient ainsi portés par des battantes qui, si elles n’étaient guère victorieuses, infléchissaient les règles. Marion la gendarme est du même bois, ce qui ne l’exonère pas d’une certaine maladresse la rendant plus attachante et réaliste. Dans ce thriller en forme de chasse à l’homme, davantage que la menace c’est l’omniprésence de la fragili

Continuer à lire

"Le Concours" : Il ne peut en rester que soixante

ECRANS | de Claire Simon (Fr., 1h59) documentaire avec Laetitia Masson, Sylvie Verheyde, Patricia Mazuy, Vincent Dedienne…

Vincent Raymond | Mardi 7 février 2017

Héritière de l’Institut des hautes études cinématographiques, la Femis (École nationale supérieure des métiers de l'image et du son), représente l’aristocratie des écoles de cinéma et peut se targuer d’avoir formé, entre autres, Emmanuel Mouret, François Ozon, Céline Sciamma, Alice Winocour ou Emmanuelle Bercot. Son drastique écrémage à l’entrée est si réputé - 1200 postulant(e)s pour 60 élu(e)s - qu’il a inspiré la cinéaste Claire Simon. Rien d’étonnant, connaissant son appétence pour les portraits de microcosmes, en fiction ou documentaire, que ce soit les cours d’écoles dans Récréations (1992), le planning familial dans Les Bureaux de Dieu (2008) ou le bois de Vincennes pour Le Bois dont les rêves sont faits (2016). Dans Le Concours, elle suit le processus de sélection, des épreuves de pré-admissibilité à la rentrée des élèves, en témoin muette des examens et des oraux, captant le réel sans jamais intervenir. Au-delà de son léger suspense (qui sera retenu et pourquoi ?), le projet est intéressant de par sa grande transparence, puisqu'on pénètre les coulisses d’une grande institution et qu'on assiste à des délibérations — le tabou

Continuer à lire

"Jamais contente" : plein l’dos, l’ado !

ECRANS | de Émilie Deleuze (Fr., 1h29) avec Léna Magnien, Patricia Mazuy, Philippe Duquesne…

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

Mal dans sa peau en famille et au collège, seule parmi ses copines à redoubler, Aurore commence l’année dans la déprime. Mais avec ce prof de lettres moins nul que les autres et ce beau gosse lui proposant de rejoindre son groupe de rock, elle va trouver des raisons d’espérer… Cette adaptation de Marie Desplechin offre une alternative moins bécasse à ces films pour ados qu’on croirait d’habitude écrits par d’aspirants-ados de tous âges. Pour autant, il n’y a pas de quoi frôler l’extase ni la pâmoison : on parcourt de jolis lieux communs, un peu dépassés mais charmants, en compagnie du prof révélateur de potentiel (Alex Lutz, dans sa version sérieuse) et d’un groupe de garage comme il s’en constituait il y a trente ans. On peut se montrer disons… réservé sur l’habillage jaune bubble-gum du film, mais l’essentiel est ailleurs : le choix judicieux de l’interprète principale, la jeune Léna Magnien, une gamine en apparence insignifiante et renfermée, qui envoie du bois au micro. Elle trouve en la réalisatrice Patricia Mazuy, ici comédienne, une mère criante de vérité molle.

Continuer à lire

Remember

ECRANS | de Atom Egoyan (Can., 1h35) avec Christopher Plummer, Martin Landau, Bruno Ganz…

Vincent Raymond | Mardi 22 mars 2016

Remember

Dénué de quiétude, le cinéma d’Atom Egoyan porte en lui les remous d’un drame originel, d’une fracture violente dont chaque film observe les conséquences — ou plutôt, les séquelles. Nul besoin d’être grand clerc pour déceler dans cette obsession comme dans ses nombreux films marqués par les voyages ou les pèlerinages, des références au cataclysme que fut le génocide des Arméniens. Egoyan a fait de la mémoire des disparus l’un des piliers majeurs de sa carrière, et des survivants leurs dépositaires luttant pour qu’elle ne soit pas oblitérée. Sans doute le plus connu, De beaux lendemains (1997) en constitue un exemple loin d’être isolé : Exotica (1994) ou plus récemment Captives (2014) racontaient en adoptant la forme du thriller comment ceux qui restent dissolvent leur vie présente dans réactivation obstinée de leurs souvenirs. Remember croise à nouveau les genres en mêlant thématique historique (de la grande Histoire, puisqu’il s’agit de la traque d’un ancien nazi)

Continuer à lire

Heidi

ECRANS | D'Alain Gsponer (Sui., 1h50) avec Anuk Steffen, Bruno Ganz, Quirin Agrippi…

Vincent Raymond | Mardi 9 février 2016

Heidi

Déjà cuisiné à toutes les sauces visuelles, le roman montagnard de Johanna Spyri fait l’objet d’une nouvelle adaptation au bon lait de l’alpage. Classique et plutôt respectueuse du texte original, elle vise clairement à devenir la nouvelle référence en la matière, remplaçant les versions technicolor poussiéreuses et/ou non-helvétiques. Passé la surprise de découvrir Bruno Ganz en grand-père bougon, on est vite attendris par les cavalcades pastorales de la gamine, l’absence de mièvrerie et la reconstitution soignée. L’œil se régale donc ; l’oreille moins. On envierait presque les Suisses-Allemands, qui apprécieront ce conte dans leur… euh… mélodieux idiome, et non dans son doublage français grotesque, lequel a de quoi nous rendre chèvre.

Continuer à lire

Refroidis

ECRANS | De Hans Peter Molland (Norvège, 1h56) avec Stellan Skarsgard, Bruno Ganz…

Christophe Chabert | Mardi 23 septembre 2014

Refroidis

Un paisible conducteur de chasse-neige apprend l’assassinat de son fils et découvre qu’il jouait les passeurs à l’aéroport pour des trafiquants de drogue. Il décide de se venger en remontant la filière… Cet argument classique de "vigilante movie", Hans Peter Molland le détourne de brillante manière en le tirant vers une comédie caustique et très noire. Il y a d’abord ce gimmick, plutôt amusant, de la recension des cadavres et de leur appartenance religieuse avec des cartons sur fond noir ; il y a surtout la nature même des truands du film, complètement cinglés, à commencer par le big boss maniaco-dépressif adepte de la vie saine et hygiéniste qui demande à ses hommes de main de surveiller si son gamin mange bien ses cinq fruits et légumes par jour. Les origines ethniques des diverses bandes (Norvègiens, Suédois, Serbes…) sont longuement commentées dans des dialogues ponctués de réflexions politiques, notamment celle, hilarante, sur la nécessité d’un état providence dans les pays froids ! La nonchalance du récit et sa manière digressive de surprendre l’action pour brosser sa galerie de portraits rappellent bien entendu le Tarantino première manière.

Continuer à lire

Tout ça pour ça

SCENES | Si le nombre incalculable de propositions culturelles adressées au public oblige à un zapping effréné, on peut parfois prendre le temps de la réflexion et (...)

Aurélien Martinez | Jeudi 28 mars 2013

Tout ça pour ça

Si le nombre incalculable de propositions culturelles adressées au public oblige à un zapping effréné, on peut parfois prendre le temps de la réflexion et oser un lapidaire : pourquoi ? Oui, pourquoi Luc Bondy, metteur en scène de renom, a-t-il choisi de monter cette pièce de Pinter (Le Retour, publiée en 1964) avec ce casting-là (une pléiade de stars qui n’a pas été sans conséquence sur le budget de la création) ? Sur le texte de Pinter, et la nouvelle traduction de Philippe Djian, c’est l’incompréhension : une œuvre fade et poussive, malgré un sujet sulfureux (une femme fait irruption dans une famille uniquement composée d’hommes, et choisit volontairement de rester avec eux pour se prostituer) qui questionne quant à sa pertinence aujourd’hui – « un ramassis de clichés misanthropes et misogynes » écrira même la romancière Nancy Huston dans une tribune publiée par Libération. Quant au casting vertigineux (Bruno Ganz, Louis Ga

Continuer à lire

Jappeloup

ECRANS | De Christian Duguay (Fr, 2h10) avec Guillaume Canet, Marina Hands, Daniel Auteuil…

Christophe Chabert | Jeudi 7 mars 2013

Jappeloup

Plus scandaleux que l’affaire des lasagnes, l’acharnement du cinéma français à mettre du cheval à toutes les sauces sur les écrans. Après la comédie hippique qui pique comme un vin éventé (Turf), voici le biopic de la monture et de son destrier certifié 100% histoire vraie, avec la fine fleur des acteurs cavaliers dans les rôles principaux. Jappeloup cherche d’un bout à l’autre un angle pour raconter cette success story à la française, pendant que son réalisateur Christian Duguay, yes man canadien à qui on a curieusement accordé un titre de séjour, lui cherche vainement une forme. On sent l’armada de monteurs venus sortir le truc de la panade, tentant de dynamiser l’alternance mécanique de gros plans, plans à la grue et ralentis sur le canasson qui saute un obstacle, pendant qu’un groupe de script doctors prenait la décision, absurde, de changer toutes les trente minutes de sujet : d’abord le jockey indécis, puis le lien père/fils, puis la réflexion sur le cavalier qui doit aimer son cheval, puis le triomphe seul contre tous.

Continuer à lire

Incompréhension totale

SCENES | Pour sa première mise en scène en tant que directeur de l’Odéon (prestigieuse scène parisienne), le metteur en scène Luc Bondy a choisi de monter Le Retour (...)

Aurélien Martinez | Mercredi 9 janvier 2013

Incompréhension totale

Pour sa première mise en scène en tant que directeur de l’Odéon (prestigieuse scène parisienne), le metteur en scène Luc Bondy a choisi de monter Le Retour d’Harold Pinter, avec un casting haut de gamme convoquant entre autres Louis Garrel, Bruno Ganz, Emmanuelle Seigner ou encore Pascal Greggory. Sauf que la sauce ne prend jamais, les comédiens s’embourbent, semblant constamment chercher le sens de cette pièce datée au propos étrange (une famille d’hommes accueille la nouvelle femme de l’un d’eux avec désir). Et l’on se demande alors en sortant de la salle : mais pourquoi tout ça ? À voir (ou pas) à la MC2 du 4 au 10 avril.

Continuer à lire