Cloclo

ECRANS | De Florent Emilio Siri (Fr, 2h28) avec Jérémie Renier, Benoît Magimel, Sabrina Seyvecou...

François Cau | Vendredi 9 mars 2012

Pouvait-on imaginer pire idée qu'une biographie filmée de Claude François ? Non. Sauf qu'en regardant le film de Florent Emilio Siri, revenu de son Platoon (L'Ennemi intime), on se surprend à reconsidérer la question. Non que le film soit une réussite, au contraire, il fait un peu pitié. Avec son patron de biopic plus balisé que le plus stéréotypé des biopics hollywoodiens, Cloclo ne fait pas dans la dentelle. Difficile de faire plus scolaire et sérieux tant le film s'acharne à ressortir la grande trajectoire psychologique et familiale, avec le trauma paternel qui explique tout et les signes balourds du destin à n'en plus finir. L'omniprésence abusive et respectueuse du scénario n'est pas davantage aidée par le maniérisme hollywoodien un peu vain de la mise en scène. Siri est comme Cloclo (fasciné et frustré devant Sinatra qui lui doit My Way), il rêve d'Amérique, mais ne sera jamais à la hauteur. Le film a toutefois le mérite de ne pas idolâtrer son personnage et l'égratigner en insistant, lourdement, sur son perfectionnisme maladif qui le mènera vers la tombe ; le portrait en creux d'un Cloclo en chef d'entreprise pré-sarkozyste fait aussi son effet. Mais le vrai film qu'on regrette car jamais vraiment tourné, c'est celui d'une époque et sa musique. Non moins le biopic de l'homme que la star, dont on s'étonne à réévaluer les tubes en même temps que la boulimie d'énergie. La scène est toujours plus excitante que les coulisses, ici trop occupées par des acteurs au mimétisme grotesque. Jérôme Dittmar

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Philippe Le Guay - François Cluzet - Jérémie Renier : « On a tous en nous des choses que l’on refoule »

L’Homme de la cave | Décrivant la mécanique du complotisme et du harcèlement, le nouveau Philippe Le Guay éclaire le présent par le passé et met en lumière les penchants sinistres de l’âme humaine. Conversation avec le cinéaste et ses interprètes.

Vincent Raymond | Mardi 5 octobre 2021

Philippe Le Guay - François Cluzet - Jérémie Renier : « On a tous en nous des choses que l’on refoule »

D’où vient cet “homme de la cave” ? Est-il une métaphore ? Philippe Le Guay : Absolument. C’est la conjonction de plusieurs choses. D’abord une histoire, et puis un thème autour d’une sorte de fléau contemporain qui est le complotiste — ces gens capables de dire inlassablement : « Est-ce que la vérité est vraiment la vérité ? Il faut se méfier des vérités officielles, on va poser des questions… », non pas pour arriver à une vérité plus haute comme ça doit être le cas pour les savants et les historiens, mais pour brouiller la vérité. Enfin, avec le fait que le personnage de Françoise Cluzet est dans un cave, il y a quelque chose de beaucoup plus émotionnel, d’angoissant, qui se rattache à la grande tradition du thriller, pour aller vite. Cette conjonction a été en tout cas un détonateur pour moi. Un tel film, qui explore des zones sombres de la nature humaine comme les souterrains d’un immeuble, oblige-t-il à sortir des choses que l’on refoule ? PLG : On a tous en nous

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"L'Homme de la cave" : le démon intérieur

ECRANS | Un négationniste s’installe dans la cave d’une famille juive et lui pourrit la vie tout en faisant croire qu’elle le persécute. Aidé par un François Cluzet effrayant, Philippe Le Guay renoue avec l’acuité mordante à laquelle il avait depuis longtemps renoncée dans cette illustration de la perverse religion du complotisme et de la manière dont ses apôtres fidélisent, en flattant leurs plus bas instincts ou les brossant dans le sens du poil, de nouveaux séides.

Vincent Raymond | Mardi 5 octobre 2021

Paris, de nos jours. Parce qu’il n’en a pas l’usage, Simon Sandberg vend la cave de l’appartement familial. Parce qu’il a confiance, il accepte l’offre de Jacques Fonzic, prof grisonnant et plaintif en quête d’un local pour entreposer les affaires de sa défunte mère. L’affaire conclue, Fonzic va habiter le réduit et révéler son vrai visage : celui d’un négationniste, instillant son venin partout dans l’immeuble et surtout dans la famille Sandberg, rescapée de la Shoah. L’enfer commence… N’était la traditionnelle mention figurant au générique indiquant que l’argument est tiré de faits réels, l’on pourrait croire à un conte philosophique tant il y a d’études de caractères, de portraits sociologiques, d’interprétations métaphoriques et/ou psychanalytiques et de morales à tirer dans cette histoire. À bien des égards, elle est exemplaire : contemporaine et universelle, également — hélas, pourrait-on ajouter. La stratégie du coucou ; du ver dans le fruit… Suborneur cauteleux, d’autant plus pervers et dangereux qu’il se vêt des oripeaux de victime pour mieux mettre à bas les siennes, Fo

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"Slalom" : sortie de piste

Drame | ★★★☆☆ Un film de Charlène Favier (Fr-Bel, 1h30) avec Noée Abita, Jérémie Renier, Marie Denarnaud… Sortie le 19 mai

Vincent Raymond | Jeudi 13 mai 2021

Lyz, 15 ans, intègre une classe de ski-études. Délaissée par ses parents, l’adolescente douée va rapidement passer sous la coupe d’un entraîneur abusif… À l’instar de la pratique du ski, le traitement de certains sujets sensibles réclame du tact et de l’équilibre ; le moindre faux-pas entraînant une chute fatale. Celui dont la réalisatrice Charlène Favier s’empare à beau croiser une double actualité (la mise au jour de scandales dans l’univers des sports de glace en particulier et l’avénement du mouvement #MeToo en général), il n’était pas exempt d’un risque de manichéisme, en (sur)chargeant facilement le coupable, ou en édulcorant ce qu’elle représente. Au contraire a-t-elle choisi de montrer la construction d’une mécanique d’emprise dans son détail, dans la complexité de son irrésistible déploiement, ne cachant pas l’existence d’une responsabilité collective – un "terreau favorable" pour un prédateur. En découle l’apparente acceptation de la victime, son mutisme malgré les appels à l’aide. Admirablement servi par Noée Abita et Jérémie Renier, duo qui ne s’épargne rien dans l’épreuve, ce film va au-delà du "

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"Slalom" : sortie de piste

ECRANS | ★★★☆☆ De Charlène Favier (Fr.-Bel., 1h30) avec Noée Abita, Jérémie Renier, Marie Denarnaud… En salles le 16 décembre.

Vincent Raymond | Mardi 8 décembre 2020

Lyz, 15 ans, intègre une classe de ski-études. Délaissée par ses parents, l’adolescente douée va rapidement passer sous la coupe d’un entraîneur abusif… À l’instar de la pratique du ski, le traitement de certains sujets sensibles réclame du tact et de l’équilibre ; le moindre faux-pas entraînant une chute fatale. Celui dont Charlène Favier s’empare a beau croiser une double actualité (la mise au jour de scandales dans l’univers des sports de glace en particulier et l’avènement du mouvement #MeToo en général), il n’était pas exempt d’un risque de manichéisme, en (sur)chargeant facilement le coupable, ou en édulcorant ce qu’il représente. Au contraire a-t-elle choisi de montrer la construction d’une mécanique d’emprise dans son détail, dans la complexité de son irrésistible déploiement, ne cachant pas l’existence d’une responsabilité collective, d'un "terreau favorable" pour un prédateur. En découle l’apparente acceptation de la victime, son mutisme malgré les appels à l’aide. Admirablement servi par le duo Noée Abita-Jérémie Renier, duo qui ne s’épargne rien dans l’épreuve, ce film va au-delà du "dossier" en offrant

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"L'Ordre des médecins" : blues de la blouse

ECRANS | de David Roux (Fr-Bel, 1h33) avec Jérémie Renier, Marthe Keller, Zita Hanrot…

Vincent Raymond | Lundi 21 janvier 2019

Médecin hospitalier avalé par les urgences quotidiennes d’un métier vocation-passion, Simon fait admettre sa mère pour une rechute cancéreuse. Face à la gravité du mal, à l’inertie de certains collègues et à la résignation de sa mère, il se met en congé pour s’occuper elle… Ce premier long-métrage de David Roux mérite de se frayer son chemin singulier dans la jungle des films (et désormais de la série) "médicaux" initiés par Thomas Lilti. Car en dépit de ce que le titre peut laisser supposer, il s’agit ici surtout des ordre et désordre d’un médecin en particulier ; de sa vie réduite par la force des choses à la pratique hospitalière – par contiguïté, on devine que l’addiction de Simon est largement partagée, même si tous ne vivent pas leur métier comme un apostolat. D’une certaine manière, il est la pathologie de son existence tout en étant son remède – la dose fait le poison, pour reprendre Paracelse. Le grand mérite de ce film est d’opérer (si l’on ose) un virage à 180° à l’intérieur de l’inst

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"La Douleur" : Mélanie Thierry, étonnante Marguerite Duras

ECRANS | de Emmanuel Finkiel (Fr., 2h06) avec Mélanie Thierry, Benoît Magimel, Benjamin Biolay…

Vincent Raymond | Lundi 22 janvier 2018

L’ironie sordide de l’actualité fait que ce film sort sur les écrans peu après la disparition de Paul Otchakovsky-Laurens, l’éditeur ayant publié le livre dont il est l’adaptation. Un livre qui aurait pu demeurer dans une confidence obstinée : Marguerite Duras prétendait avoir oublié jusqu’à l’existence de la rédaction de cette partie de son journal intime – la mémoire sait être sélective pour s’épargner certaines souffrances. Son mari Robert Antelme ayant été arrêté puis déporté, Marguerite Duras jette sur des cahiers le cri muet de son attente quotidienne ; cette douleur sourde avivée par l’incertitude et la peur pour l’autre, pour le réseau, pour soi. Dans la moiteur d’une Occupation expirante, un flic collabo profite de l’absence de nouvelles (bonnes ou mauvaises) pour engager avec elle un jeu pervers de séduction… Mais qui instrumentalise qui ? Mémoire effacée et ravivée, souvenir de la Shoah… On comprend que le réalisateur Emmanuel Finkiel ait été touché par le thème et la démarche de Duras. Pour cette adaptation naturellement sèche, il convoque la grande Histoire dans ses compartiments les plus intimes, faisant abstrac

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"L’Amant double" : maux comptent double pour Ozon

ECRANS | Une jeune femme perturbée découvre que son ancien psy et actuel compagnon mène une double vie. Entre fantômes et fantasmes, le nouveau François Ozon transforme ses spectateurs en voyeurs d’une œuvre de synthèse. En lice à Cannes 2017.

Vincent Raymond | Samedi 27 mai 2017

Conseillée par sa gynécologue, Chloé, une jeune femme perturbée, entame une psychanalyse auprès de Paul Meyer. Mais après plusieurs séances, la patiente et le thérapeute s’avouent leur attirance mutuelle. Le temps passe et ils s’installent ensemble. C’est alors que Chloé découvre que Paul cache d’étranges secrets intimes, dont une identité inconnue… L’an dernier sur la Croisette, c’est Elle de Paul Verhoeven qui avait suscité une indignation demi-molle en sondant les méandres obscurs du désir féminin et en démontant sa machinerie fantasmatique — sans pleinement convaincre, pour X ou Y raison. Au tour de François Ozon de s’y employer, dans le même registre élégamment sulfureux et chico-provocateur. Car l’on sait, à force, que le réalisateur adore frayer avec les tabous, s’amusant à les titiller sans jamais outrepasser les frontières de la bienséance : courtiser le scandale est à bien des égards plus excitant (et moins compromettant) que d’accepter de baiser sa rouge bouche offerte.

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"L’Ami, François d’Assise et ses frères", biopic en ordre mineur

ECRANS | de Renaud Fely & Arnaud Louvet (Fr., 1h27) avec Jérémie Renier, Elio Germano, Yannick Renier…

Vincent Raymond | Vendredi 23 décembre 2016

Sortez vos bréviaires, règle numéro un du petit sanctifié : s’il veut que son message bénéficie d’une postérité, un prédicateur doit toujours être trahi par l’un de ses proches – voyez Jésus, qui a d’ailleurs prédit la traîtrise de Judas à ses ouailles lors de son dernier banquet. Pour Saint-François-d’Assise, c’est pareil : il aura fallu qu’un de ses apôtres assouplisse en douce les commandements rigides de sa radicale fraternité de mendiants pour que l’Église consente à la reconnaître comme étant de sa Maison. Ah, ces bonnes intentions pavant la route vers l’enfer… C’est bien joli ces plans extatiques avec petits oiseaux devant la caméra de Renaud Fely et Arnaud Louvet. Et puis la verte nature rugueuse mais bienfaisante, l’hostilité du haut clergé méfiant face au vœu de pauvreté, et celle des gens d’armes imperméables aux farandoles exaltées de ces gueux hurlant leur amour… Du nanan pour le catéchisme. Bon, on ne verse pas non plus dans l’hagiographie mystique d’un Delannoy déclinant : il y a quand même des corps derrière ces esprits. Et surtout un défilé de têtes, qui porte à croire que la totalité des comédiens italiens f

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"La Fille de Brest" : potion amère (comme le Mediator)

ECRANS | de Emmanuelle Bercot (Fr., 2h08) avec Sidse Babett Knudsen, Benoît Magimel, Charlotte Laemmel…

Vincent Raymond | Mardi 22 novembre 2016

Une pneumologue brestoise découvre une corrélation entre prise d’un médicament, le Mediator, et atteinte cardiaque. Elle se battra quasi-seule face au lobby pharmaceutique et à ses confrères parisiens pour que les autorités reconnaissent la nocivité du produit… Bien moins inspirée que pour son viscéral La Tête haute (2015), Emmanuelle Bercot signe une adaptation longue, pesante et scolaire du combat acharnée du Dr Frachon. À sa décharge, un tel exercice n’a certes rien d’une sinécure. Et pour qu’une histoire "reposant-sur-des-faits-réels" récente farcie de procédures judiciaires et de jargon technique se transmute en épopée attractive, il faut au moins l’écriture divergente d’un Aaron Sorkin (The Social Network, Steve Jobs) ! Si Sidse Babett Kn

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"La Fille inconnue" : les Dardenne, inconnus à cette maladresse

ECRANS | de Luc & Jean-Pierre Dardenne (Bel.-Fr., 1h46) avec Adèle Haenel, Olivier Bonnaud, Jérémie Renier…

Vincent Raymond | Mardi 11 octobre 2016

Une jeune médecin, s’estimant responsable de la mort d’une fille à qui elle avait refusé d’ouvrir la porte de son cabinet, mène son enquête en parallèle de la police pour établir son identité. Ses recherches perturbent beaucoup de monde… Jamais, auparavant, les Dardenne n’ont donné cette impression de passer à côté de leur film en racontant une histoire à laquelle on ne croit pas ; où l’on anticipe le moindre retournement scénaristique, même le plus improbable. Tous leurs ingrédients habituels se trouvent pourtant réunis : précarité, lâcheté, culpabilité, Gourmet, Renier, rédemption… Mais ici, ça ne prend pas. Rien que le fait de contenir une actrice explosive comme Adèle Haenel (revoyez Les Ogres ou Les Combattants pour bien apprécier l’énergie de son jeu) dans un rôle quasi statique et un cadre exigu ne cessant de se restreindre, induit de la distorsion à leur effet de réel. Et puis la vivacité

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La Tête haute

ECRANS | Portrait d’un adolescent en rupture totale avec la société que des âmes attentionnées tentent de remettre dans le droit chemin, le nouveau film d’Emmanuelle Bercot est une œuvre coup de poing sous tension constante, qui multiplie les points de vue et marie avec grâce réalisme et romanesque. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 12 mai 2015

La Tête haute

Malony est sans doute né sous une mauvaise étoile. Cela veut dire qu’en fait il y en a un, de doute, et Emmanuelle Bercot, c’est tout à son honneur, ne cherchera jamais à le dissiper. Il n’a que six ans, et le voilà déjà dans le bureau d’une juge pour enfants (lumineuse et passionnée Catherine Deneuve) qui sermonne une mère irresponsable (Sara Forestier, dont la performance archi crédible ne tient pas qu’à ses fausses dents pourries) prête à se débarrasser de cet enfant au visage angélique mais dont elle dit qu’il n’est qu’un petit diable. C’est la première séquence de La Tête haute, et elle donne le la du métrage tout entier : on devine que cette famille est socialement maudite, bouffée par la précarité, la violence et l’instabilité. Mais Bercot ne nous donnera jamais ce contrechamp potentiellement rassurant : jusqu’à quel point Malony est seul responsable de son sort, pris entre haine de soi et rancune envers les autres, attendant qu’on le prenne en charge tout en rejetant les mains qu’on lui tend ? Cette scène d’ouverture est aussi emblématique de la mise en scène adoptée par Bercot : la parole y est puissante, tendue, explosive. Elle repose sur d

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Waste land

ECRANS | De Pieter Van Hees (Belg, 1h37) avec Jérémie Rénier, Natali Broods…

Christophe Chabert | Mardi 24 mars 2015

Waste land

Léo, inspecteur de la brigade criminelle bruxelloise, enquête sur le meurtre d’un Congolais, probablement assassiné pour un trafic de statues anciennes. En parallèle, il apprend que sa compagne est enceinte, mais le comportement inquiet et "borderline" de Leo lui fait envisager de ne pas garder l’enfant. Commence alors un étrange polar atmosphérique où les démons intérieurs du protagoniste se matérialisent dans une figure du mal absolu dont on ne sait si elle est un pur fantasme ou une réalité. Pieter Van Hees sait, à l’instar de ses compatriotes cinéastes flamands, créer des climats dérangeants, tout en conservant un pied dans le quotidien, que ce soit celui des flics névrosés ou de la communauté africaine de Bruxelles. L’ambitieux projet de Waste land est de faire se rejoindre une double mauvaise conscience : celle de la Belgique coloniale et celle de son anti-héros, campé avec conviction et fièvre par Jérémie Rénier, hanté par l’idée de reproduire un atavisme familial qui a déjà bousillé sa propre existence. Cette jonction ne se fait pas sans quelques maladresses et raccourcis, notamment dans un dernier acte qui échoue à créer le vertige qu’il aim

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Pour une femme

ECRANS | De Diane Kurys (Fr, 1h50) avec Benoît Magimel, Mélanie Thierry, Nicolas Duvauchelle…

Christophe Chabert | Mercredi 26 juin 2013

Pour une femme

Ouvertement – et lourdement – autobiographique, Pour une femme est pour Diane Kurys l’occasion de creuser un peu plus ses racines familiales, déjà abordées dans Coup de foudre et Diabolo Menthe – ses deux premiers et meilleurs films. Force est de constater qu’entre-temps (trente ans), son cinéma s’est englué dans un académisme télévisuel à base de reconstitution proprette et partant jamais crédible, de dialogues sur-écrits placés tels quels dans la bouche des acteurs, et de clichés à l’eau de rose ou plutôt au parfum éventé qui donne son titre au film. L’ennui gagne très vite face à ce ménage à trois sur fond de communisme après-guerre, d’envoyés de Moscou chargés de traquer et liquider les dignitaires nazis préparant leur exil, et de réussite sociale dans le prêt-à-porter. Les allers-retours entre le présent, où une Sylvie Testud tapote le scénario dans des chambres d’hôtel lyonnaises sur son Mac antique et rend visite à un Magimel outrageusement grimé, et le passé, mélodrame sans fougue et sans chair où deux frères convoitent la même femme, participent de la paresse dramaturgique ambiante. C

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Elefante blanco

ECRANS | Sans atteindre les hauteurs de son précédent "Carancho", le nouveau film de Pablo Trapero confirme son ambition de créer un cinéma total, à la fois spectaculaire, engagé, personnel et stylisé, à travers un récit qui mélange foi, politique et désir. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 15 février 2013

Elefante blanco

Le prologue très Werner Herzog d’Elefante blanco semble avancer en territoire inconnu. Pour échapper à des guerilleros, Nicolas (Jérémie Rénier) se réfugie dans la jungle avant de dériver sur un fleuve. Entre l’urgence et le lyrisme, Pablo Trapero affirme son envie d’un film qui embrasserait tout ce que le cinéma peut offrir comme spectacle. Déjà, dans son précédent Carancho, il disait le désespoir social de l’Argentine à travers un récit codifié façon film noir, ponctué d’éclats de violence et de grandes envolées stylistiques. Elefante blanco tente de réitérer l’exploit — et y parvient presque. La patte Trapero Nicolas est en fait un prêtre missionnaire. Il est envoyé dans un bidonville de Buenos Aires où exerce son ami Julian (le toujours parfait Ricardo Darin), prêtre lui aussi, qui tente depuis des années de renouer un lien social en construisant un hôpital. Cachant la maladie qui le ronge, sentant sa fin approchée, il voit en Nicolas un successeur possible. Mais leurs tempéraments sont opposés : Julian est calme, raisonné, diplomate ;

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Possessions

ECRANS | D’Éric Guirado (Fr, 1h45) avec Jérémie Rénier, Julie Depardieu, Alexandra Lamy…

François Cau | Vendredi 2 mars 2012

Possessions

L’affaire Flactif (ou affaire du Grand Bornand) avait marqué la France : un couple de prolos du nord avait assassiné puis tenté de faire disparaître les corps d’une famille, dont les époux étaient aussi leurs propriétaires. Qu’on le prenne par tous les bouts, le fait-divers disait avec une grande brutalité l’écart béant qui se creusait entre ceux qui ont tout (réussite, argent, maison) et ceux qui doivent leur donner le peu qu’ils ont. Éric Guirado, en transposant librement cette histoire traumatisante, fait lui aussi un grand écart avec l’optimisme réconciliateur du Fils de l’épicier : Possessions est une œuvre au noir, jamais rassurante, et c’est cette obstination à plonger au fond de l’horreur qui en fait le prix, ainsi que son apparente entre deux conditions différentes. Le malentendu part de là : les différences entre les deux couples ne sont pas si tranchées que cela, et c’est bien le matérialisme dans lequel ils évoluent qui creuse le fossé. C’est la mise en scène qui le souligne, comme dans cette scène où le son et le montage tentent de saisir l’odeur délicate d’un parfum de luxe déclenchant la pulsion de convoitise. Si le film n’atteint pas toujours ce

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Mon pote

ECRANS | De Marc Esposito (Fr, 1h45) avec Edouard Baer, Benoît Magimel…

François Cau | Lundi 29 novembre 2010

Mon pote

Il le dit lui-même en conférence de presse : Marc Esposito est un gentil. D’ailleurs, quand il évoque la base autobiographique de son nouveau film, voyant un directeur de publication engager un taulard repentant dans une rédaction pour le sortir du mitard, il précise même qu’à l’époque, à Studio Magazine, il ne pouvait bosser qu’avec des gentils. Vous l’aurez donc compris, le meilleur compliment et en même temps la pire insulte qu’on puisse faire à Mon pote, c’est de dire que c’est un film gentil. Au sens “bien brave“, inoffensif, totalement inconséquent. On ne va même pas pinailler sur l’absence totale de mise en scène (qu’Esposito assume, en toute gentillesse), sur la fin du film et sa maladresse toute pataude, ce serait inutile. Ça reviendrait à tirer non pas sur l’ambulance, mais sur un stand de barbe à papa qui écoule toute sa marchandise gratos. FC

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