Rec 3 : Genesis

ECRANS | De Paco Plaza (Esp, 1h20) avec Leticia Dolera, Diego Martin…

François Cau | Vendredi 30 mars 2012

Koldo et Clara vont se marier. Du coup, la famille et les potes sont réunis, et tous ont sorti leur vieux caméscope pour immortaliser l'événement. Histoire d'avoir de beaux souvenirs bien filmés, on a même rameuté un geek qui ne jure que par la Nouvelle vague et le cinéma-vérité, et le voilà avec sa steadycam et son matos HD pour jouer les metteurs en scène. Il ne manque plus qu'un bon virus cannibale pour que ce troisième Rec ressorte l'artillerie lourde du faux docu à base d'images amateurs, passablement galvaudé par les Américains entre temps. Après 15 minutes furieuses, expérimentales et baignées dans une satire mordante du mauvais goût espagnol, Paco Plaza réserve une surprise de taille au spectateur : la caméra vidéo tombe par terre, se casse et… un film classique commence. On a d'abord envie de l'embrasser sur la bouche pour cette heureuse initiative, mais on déchante vite… Ce qu'il propose en échange n'est qu'un film d'horreur pour vidéo-club, dont l'insistante référence au cinéma des années 80, parodique et fun jusqu'au ridicule (le héros se promène en armure comme un chevalier ahuri pendant que sa copine défouraille du zombie à la tronçonneuse !) lasse très vite. Alex de la Iglesia faisait cela dans son premier film, Action mutante ; il a entre temps monté le niveau de ses ambitions, et ne cherche plus seulement à amuser des kids gavés au pop corn. C'est tout le mal qu'on souhaite à Paco Plaza, et les cinq dernières minutes de ce Rec 3, retour bienvenu à un certain premier degré, montrent qu'il en est tout à fait capable!
Christophe Chabert

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

"Continuer" : route que coûte

ECRANS | de Joachim Lafosse (Fr-Bel, 1h24) avec Virginie Efira, Kacey Mottet Klein, Diego Martín…

Vincent Raymond | Lundi 21 janvier 2019

Son grand ado de fils ayant pris le mauvais chemin vers la violence et la rébellion, Sibylle tente un coup de poker en l’emmenant en randonnée équestre au cœur du Kirghizistan, loin de tout, mais au plus près d’eux. Le pari n’est pas exempt de risques, ni de solitude(s)... Tirée du roman du même nom de Laurent Mauvignier, cette chevauchée kirghize va droit à l’essentiel : la rudesse des paysages permet à l’âpreté des sentiments de s’exprimer, de la tension absolue à la compréhension, avec un luxe de dents de scie. Le réalisateur Joachim Lafosse capture la haine fugace qui déchire ses protagonistes, la peur continue qu’un acte définitif ne vienne mettre un terme à leurs tentatives de communiquer, comme les joies insignifiantes – celle, par exemple, de retrouver un iPod perdu dans la steppe. À l’initiative de l’équipée, Sibylle n’est pas pour autant une mère d’Épinal rangée derrière son tricot : son exubérance, son intempérance et sa relation… épisodique avec le père de Samuel expliquent une partie de ses propres fractures, qui ont beaucoup à voir avec celles que son fils doit réduire. Lafosse confirme ici qu’il n’en a décidément pas terminé a

Continuer à lire