Plan de table

ECRANS | De Christelle Raynal (Fr, 1h30) avec Frank Dubosc, Elsa Zylberstein, Audrey Lamy…

François Cau | Vendredi 6 avril 2012

Dans The Player, Robert Altman montrait des producteurs capables de donner leur feu vert à n'importe quel projet, même le plus stupide, pourvu que Julia Roberts joue dedans. Vingt ans plus tard, ce n'est plus de la fiction, il semble que ce soit la même chose en France avec Frank Dubosc. Pourtant incroyablement mauvais, ce comédien qui n'a jamais réussi à comprendre qu'il n'était plus en one man show mais qu'il jouait avec d'autres acteurs sur le plateau continue donc à se commettre dans des films aberrants. Plan de table surfe donc sur tout ce qui est dans l'air (la comédie de mariage, le concept du ou bien, ou bien, la critique à peu de frais d'un matérialisme dans lequel les personnages se vautrent à longueur de temps) sans la moindre rigueur dans l'écriture ou la mise en scène. Confondant précipitation et rythme, Christelle Raynal raconte tout à 400 à l'heure, excès de vitesse dont les acteurs sont les premières victimes, condamnés à la grimace, au cabotinage ou au profil bas. Naufrage !
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"Rebelles" : le crime conserve

ECRANS | de Allan Mauduit (Fr, 1h27) avec Cécile de France, Yolande Moreau, Audrey Lamy…

Vincent Raymond | Mardi 12 mars 2019

Une ex-reine de beauté passée de la pole danse à Pôle Emploi, tout juste embauchée dans une conserverie, tue par accident le contremaître qui tentait de l’agresser. Avec l’aide de deux collègues, elle fait disparaître le corps et découvre que le vilain cachait un sacré magot… Cette comédie sociale aux allures de de western made in Hauts-de-France possède de bons atouts dans son jeu, à commencer par son trio d’actrices (Cécile de France, Yolande Moreau et Audrey Lamy) rompues à tous les registres, et souvent engagées dans des rôles où l’humanisme affleure sous l’humour. Leur alliance tient de surcroît de la synergie de caractères, rappelant ces buddy movies tels que Comment se débarrasser de son patron (1980) de Colin Higgins, usant de la blague parfois lourdingue pour promouvoir la libération féminine d’une masculinité aussi dominatrice que débile – il y a d’ailleurs ici quelques furieux spécimens d’abrutis. Allan Mauduit aurait toutefois gagné à creuser davantage vers Petits meurtres entre amis (1994), son humour noir restant encore un peu pâle, surtout comparé à des productions a

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"Les Invisibles" : enfermées dehors

ECRANS | De Louis-Julien Petit (Fr, 1h42) avec Audrey Lamy, Corinne Masiero, Noémie Lvovsky…

Vincent Raymond | Mardi 8 janvier 2019

Manu dirige L’Envol, un centre d’accueil de jour pour femmes SDF. La tutelle municipale ayant décidé de sa fermeture prochaine, lui et ses éducatrices entrent en campagne pour accélérer la réinsertion de leurs habituées. Quitte à outrepasser leur rôle et à tricher avec les règles… Louis-Julien Petit va-t-il devenir le porte-voix des sans-voix, le relai des opprimé·es et des victimes du déclassement social, avec Corinne Masiero en égérie ? Discount (2015) pointait les aberrations éthiques d’une grande distribution préférant détruire des denrées au seuil de péremption plutôt que de les distribuer aux nécessiteux ; Les Invisibles dénonce dans la foulée les rigidités administratives du secteur social, ainsi que la disparition de l’humain dans la "gestion" (prenons à dessein des expressions comptables, c’est dans l’air du temps) d’une misère déplacée dans des méga-complexes hors des villes. S’il recourt volontiers à la comédie de caractère réaliste et aigre-douce prisée par Paul Laverty (en manifestant une nette prédominance pour les figures féminines), Petit a encore du mal à s’affranchir de la double influence du scénariste de

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"Coexister" : le boys band religieux de Fabrice Éboué va faire un malheur

ECRANS | de et avec Fabrice Éboué (Fr., 1h30) avec également Ramzy Bedia, Guillaume de Tonquédec, Audrey Lamy…

Vincent Raymond | Lundi 9 octobre 2017

Directeur de la branche musicale déficitaire d’une multinationale, Nicolas est sommé par sa PDG de produire un succès sous six mois. Au bout du rouleau, il décide de créer un groupe réunissant un prêtre, un rabbin et un (faux) imam chantant le vivre-ensemble et la concorde. Un sacré défi… Alléluia ! À partir de cet improbable argument, qui aurait pu aisément choir dans la comédie flasque et la bienveillance sucrée, Fabrice Éboué a su tirer une authentique satire prenant comme cible non pas les divergences entre les obédiences, mais les hypocrisies – rassemblant fidèles et mécréants. S’appuyant sur un trio excellemment choisi (Tonquédec/Cohen/Bédia, à la fois naturels et caricaturaux), complété par Audrey Lamy convaincante en ingénue-couche-toi-là et Mathilde Seigner plus que réaliste en capitaine d’industrie sans état d’âme, le comédien-réalisateur (dont le personnage ne se donne même plus la peine d’être cynique) repousse les limites de la provocation et du mauvais goût en restant dans les clous – si l’on ose. Jamais blessant, son très plaisant sens du corrosif se rév

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"À bras ouverts" : oh, un conte colonial moderne

ECRANS | de Philippe de Chauveron (Fr., 1h32) avec Christian Clavier, Ary Abittan, Elsa Zylberstein…

Vincent Raymond | Vendredi 31 mars 2017

Au cours d’un débat télévisé, un intellectuel de gôôche (Christian Clavier) prônant la générosité se targue d’être prêt à accueillir une famille rom si d’aventure elle venait à sonner à sa porte. Babik (Ary Abittan) et les siens acceptent l’invitation, au grand effarement de leur hôte, forcé d’aligner ses actes sur ses paroles… En sabrant le nauséabond titre initial (Sivouplééé !), le pire du pire a été évité de justesse. Il se peut fort, d’ailleurs, qu’après le tollé suscité par l’annonce d’un projet de film censé jouer sur les clichés et les caricatures, le scénario ait été expurgé de ses outrances – scénario est un bien grand mot : on anticipe jusqu’à 75 minutes chacun des rebondissements de cette trame préfabriquée. Finalement, si cette comédie d’immersion dans une communauté (comme Thomas Gilou en tournait il y a 20 ans), signée par Philippe de Chauveron, réalisateur du fameux Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?, n’exhorte pas à la haine des Roms, elle conforte l’image du bon sauvage laid et arriéré

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Tout pour être heureux

ECRANS | de Cyril Gelblat (Fr., 1h37) avec Manu Payet, Audrey Lamy, Aure Atika, Joe Bel…

Vincent Raymond | Mardi 12 avril 2016

Tout pour être heureux

Ses yeux de cocker l’ont conduit à prêter sa voix au chien Bill ; sa barbe de trois jours et son poil grisonnant semblent le condamner à des emplois d’épave en rupture de famille, de copine, de boulot (mais qui arrivera bien par s’en sortir, allez) assistant à leur propre déchéance avec une fatalité lasse… Peut-être que Manu Payet devrait envisager le rasage de près pour accéder à des rôles différents, ne tournant pas autour du nombril d’un quadra bobo exprimant son ressenti de victime d’une précarité sournoise, tout ça parce qu’il a craqué le lacet de sa Stan Smith droite – sa préférée. Ce n’est en tout cas pas avec cette comédie fatiguée sur un père incapable d'assumer son rôle, espérant sans doute se parer de l’épithète “dramatique” parce qu’elle ne se boucle pas totalement en faveur du héros, qu’il sort de sa zone de confiance. Dommage pour Audrey Lamy qui, elle, arrive à faire quelque chose de son maigre personnage. VR

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"Tout ce qui brille" brille toujours

ECRANS | Le film de Géraldine Nakache et Hervé Mimran sorti en 2010 est programmé ce vendredi soir à Seyssins. Une nouvelle occasion de se rendre compte qu'on est face à une des grandes comédies françaises de ces dernières années.

Aurélien Martinez | Mardi 15 décembre 2015

Depuis pas mal d’années, il est de bon ton de cracher sur les auteurs de comédies françaises populaires, eux qui sont si insipides voire réacs. Mais tout n’est pas que noir au pays du rire made in France. Il y a même quelques perles à sauver ici et là : des films habilement construits arrivant parfaitement à capter un certain air du temps pour le transformer en matière à satire. Si l’on revient en arrière, 2010 fait figure d’année d’exception avec, au milieu de productions assez efficaces (L’Arnacœur, Copacabana, La Vie au ranch…), deux comédies remarquables par tout ce qu’elles sont arrivées à synthétiser en tout juste 1h40 : Le Nom des gens de Michel Leclerc, avec une excellente Sara Forestier utilisant le sexe comme arme politique ; et, pour celle qui nous intéresse ici, Tout ce qui brille de Géraldine

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Boule et Bill

ECRANS | D'Alexandre Charlot et Frank Magnier (Fr, 1h30) Avec Marina Foïs, Frank Dubosc, Charles Crombez

Aurélien Martinez | Lundi 25 février 2013

Boule et Bill

La BD et le cinéma français, c'est un peu l'échec permanent. Pour preuve encore ce Boule et Bill, nouvelle catastrophe industrielle gagnée d'avance vu le matériau d'origine. Ce qui étonne le plus dans cette adaptation, c'est sa capacité à décevoir. Boule et Bill le film n'est pas la comédie neuneu pour marmots à laquelle on pouvait s'attendre. Oui, il y a quelques gags, mais qui tombent tous à plat. Oui, on entend la voix du chien qui pense et c'est navrant. Le plus curieux, c'est que les auteurs du film se foutent presque de Roba et de sa mythologie, reléguée aux cinq dernières minutes. Ils préfèrent s'intéresser à l'époque où la BD vivait son heure de gloire, tournant un film rétro au look bâtard sur l'émancipation de la femme dans la France des années 70. Seule compte ainsi la mère, héroïne d'un film pensé comme une préquelle réflexive à la BD, où le père serait Roba découvrant son inspiration après avoir fui la cité dortoir où sa famille s'était installée. Nul, et à la fois limite intriguant. Jérôme Dittmar

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Pauline détective

ECRANS | De Marc Fitoussi (Fr, 1h41) avec Sandrine Kiberlain, Audrey Lamy…

Christophe Chabert | Mercredi 26 septembre 2012

Pauline détective

Sur les pas de Pascal Thomas période Agatha Christie, Marc Fitoussi (La Vie d’artiste, Copacabana : un bon auteur de comédie, donc) se vautre complètement avec ce Pauline détective qui sent vite l’impasse. Il faut dire qu’entre les déboires sentimentaux trop ordinaires de ladite Pauline, et ses vacances avec sa sœur et son beau-frère en Italie, pleines de clichés sur les Français à l’étranger, le fond de la sauce est déjà épais. Mais c’est bien dans le vrai-faux film policier que les choses virent au naufrage : que Pauline s’entête à voir du crime et du mystère partout, soit ; mais l’indifférence générale qui entoure ses velléités de détective, à commencer par celle de Fitoussi, trop occupé à dessiner un contexte pop à coups de couleurs acidulées et de dressing top tendance, ne permet aucune identification au personnage et aucun début d’intérêt pour l’intrigue. On comprend vite qu’on est face à une suite de fausses pistes traitées au deuxième degré et sans aucune rigueur, sacrifiant au passage la pauvre Sandrine Kiberlain, dont la carrière vivote depuis

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