Le passé a de l'avenir

ECRANS | Inauguration officielle du nouveau Méliès, affirmation de l’indépendance du Club et cinquantenaire de la Cinémathèque : la rentrée cinéma se joue aussi en dehors de l’actualité des sorties de films… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 3 septembre 2012

Photo : La Servante


C'était la grande affaire de la fin de saison et le feuilleton se poursuit en cette rentrée : le circuit art et essai grenoblois est en pleine mutation, avec l'ouverture des trois salles du Méliès dans le tout neuf Bonne et l'indépendance fraîchement acquise du Club. Après un été de rodage des deux côtés, les choses sérieuses commencent maintenant. D'un côté, le Méliès prépare son inauguration officielle pour le week-end des 21, 22 et 23 septembre avec, entre autres, la venue de Michel Ocelot pour présenter Kirikou et les hommes et les femmes en avant-première ou celle de Nicolas Philibert pour quinze minutes exclusives de son film sur la maison de la radio, encore en cours de montage. De l'autre, le Club muscle sa politique en accueillant des réalisateurs pour présenter les films événements de la rentrée, comme ce fut le cas fin août avec la venue de Stéphane Brizé pour son beau Quelques jours de printemps (sortie le 19 septembre).

Les classiques sont bien ici

Le «duel» va se jouer aussi sur la question du cinéma de patrimoine. Le Méliès propose depuis toujours des reprises et met les bouchées doubles dès la rentrée avec trois films importants : une rareté d'Antonioni (Femmes entre elles) mais surtout Alice n'est plus ici, un des premiers Scorsese, et l'inédit La Servante, film fondateur du cinéma sud-coréen présenté dans une version restaurée par, notamment, la World cinéma foundation de… Martin Scorsese. Il est d'ailleurs amusant de comparer les deux films : nous sommes face à des mélodrames subtilement subvertis par leurs auteurs. Scorsese débute en rendant un hommage appuyé à Minnelli et ses féeries de studio, avant d'en prendre l'exact contre-pied en racontant dans un style réaliste l'errance d'une jeune veuve avec enfant qui se rêve chanteuse mais se retrouve serveuse dans un dinner, ne sachant par ailleurs trop quoi faire de sa nouvelle liberté sentimentale.

Quant à Kim Ki-Young, il mélange les codes du mélo avec ceux du film noir pour décrire la liaison fatale entre un professeur de piano aisé et sa servante manipulatrice, qui va aller jusqu'à décimer sa famille pour se venger d'un avortement forcé. Huis clos étouffant renforcé par la bougeotte d'une caméra qui s'obstine à enfermer les personnages derrière des fenêtres battues par la pluie, La Servante est une curiosité plus qu'un chef-d'œuvre, dont l'excellent Im Sang-Soo tirera un remake (The Housemaid) à l'opposé politique de ce film à la conclusion ironiquement moralisatrice.

Du côté du Club, un nouveau rendez-vous sera lancé avec le site internet La Septième salle : chaque mois, trois films seront sélectionnés autour d'un thème commun, puis les internautes seront appelés à voter pour déterminer quel film sera projeté. Premier acte avec trois palmes d'or au choix (If de Lindsay Anderson, Blow up de Michelangelo Antonioni et Le Tambour de Volker Schlöndorff ; choix compliqué en perspective…), puis ce sera au tour du grand Jacques Becker (là encore, bon courage pour départager Le Trou et Casque d'or) et enfin des "flingueurs du cinéma français"…

Un anniversaire avant la fin du monde

Patrimoine toujours avec un événement important cette saison : les cinquante ans de la Cinémathèque de Grenoble. Pendant trois jours (du 25 au 27 octobre), une programmation spéciale autour de cet anniversaire sera proposée salle Juliet Berto avec, si le temps le permet, une grande projection gratuite en plein air sur la place Saint-André le samedi. Pour celle-ci, la Cinémathèque a choisi deux films (un court et un long) sortis en 1962, l'année de sa création donc : le mythique western de John Ford L'Homme qui tua Liberty Valance et le non moins célèbre La Jetée de Chris Marker — l'occasion de rendre hommage au cinéaste décédé cet été, mais aussi de rappeler que le court-métrage est un des fondamentaux du lieu via le festival qui s'y déroule chaque mois de juillet.

En octobre, la Cinémathèque lancera un cycle consacré à la fin du monde au cinéma, avec une sélection assurée par notre confrère Jean-Pierre Andrevon. Vaste sélection qui ira du premier film recensé sur la question (une œuvre danoise de 1916 appelée… La Fin du monde) jusqu'au récent Melancholia de Lars Von Trier, du cinéma d'auteur pointu (Fin août à l'hôtel Ozone du Tchèque Jan Schmidt) au blockbuster décérébré (2012 de Roland Emmerich). Enfin, si la Cinémathèque a cinquante ans, elle n'oublie pas que Positif, désormais édité par une autre cinémathèque, lyonnaise celle-ci, en a soixante : elle accueillera donc en novembre le critique Christian Viviani pour souffler les bougies de cette recommandable revue de cinéma…

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Une rentrée cinéma en apesanteur

ECRANS | De septembre à décembre, le programme de la rentrée cinéma est riche en événements. Grands cinéastes au sommet de leur art, nouveaux noms à suivre, lauréats cannois, blockbusters attendus et peut-être inattendus. Morceaux de choix à suivre… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 29 août 2012

Une rentrée cinéma en apesanteur

Une rentrée sans palme d’or cannoise n’est pas vraiment une rentrée. Et même si, comme il y a trois ans, elle est signée Michael Haneke, il ne faudra pas rater Amour (24 octobre), tant le film est un accomplissement encore plus sidérant que Le Ruban blanc dans la carrière du cinéaste autrichien. Avec sa rigueur habituelle, mais sans le regard surplombant qui a parfois asphyxié son cinéma, Haneke raconte le crépuscule d’un couple dont la femme (Emmanuelle Riva) est condamnée à la déchéance physique et qui demande à son mari (Jean-Louis Trintignant) de l’accompagner vers la mort. C’est très dur, mais aussi très beau et puissamment universel, grâce entre autres à la prestation inoubliable des deux comédiens, au-delà de tout éloge. L’autre événement post-cannois est aux antipodes de ce monument de maîtrise et d’intelligence ; pourtant, Les Bêtes du sud sauvage (12 décembre), premier film de l’Américain Benh Zeitlin, procure des émotions et des sensations tout aussi intenses. Osant le grand pont entre un ciné

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