Augustine

ECRANS | d'Alice Winocour (Fr, 1h41) avec Vincent Lindon, Soko, Chiara Mastroianni…

Jerôme Dittmar | Jeudi 1 novembre 2012

Si les images de Charcot n'ont cessé d'irriguer le cinéma (de Furie à A.I en passant par Carrie), rarement l'histoire du docteur et sa patiente star, Augustine, n'a fait l'objet d'un film. À Alice Winocour de compenser cette absence avec un premier long aussi ambitieux que petit à l'arrivée. La faute à une approche trop polie, presque scolaire, qui ouvre autant de pistes théoriques qu'elle enferme la mise en scène dans un carcan appliqué et limité. Tout est finalement si réfléchi, dans cette histoire sur les mystères de la sexualité féminine, qu'aucune ambiguïté n'émerge. Là où devraient exister des personnages ébranlés par leurs désirs, fascinés par une attirance réciproque dans un monde aux portes de la psychanalyse et du spectacle permanent, surnagent deux acteurs filmés par une caméra proche de l'académisme télévisuel. Pas facile aussi d'être bouleversé par la semi-lourdeur de Soko dans le rôle d'Augustine. L'actrice, jamais troublante, plombant limite le film à elle seule.

Jérôme Dittmar

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"Titane" de Julia Ducournau : au lit, motors !

Palme d'Or 2021 | ★★★☆☆ / Une carrosserie parfaitement lustrée et polie, un moteur qui rugit mais atteint trop vite sa vitesse de croisière pépère… En apparence du même métal que Grave, son premier et précédent long métrage, le nouveau film de Julia Ducournau semble effrayé d’affronter la rationalité et convoque le fantastique en vain. Dommage.

Vincent Raymond | Jeudi 15 juillet 2021

Victime enfant d’un accident de la route dont elle a été la cause, Alexia vit depuis avec une plaque de titane dans le crâne. Devenue danseuse, elle se livre en parallèle à des meurtres affolant le sud de la France et "s’accouple" avec une voiture. Pour se faire oublier après une soirée très sanglante, Alexia endosse l’identité d’Adrien, un adolescent disparu depuis dix ans. Son père, un commandant de pompiers détruit, va cependant reconnaître ce "fils" prodigue et l’accueillir… Programmé par la Semaine de Critique en 2016, le sympathique Grave avait instantanément transformé Julia Ducournau, dès son premier long métrage, en nouvelle figure de la hype cinématographique française. Sans doute les festivaliers, déjà peu coutumiers des œuvres se revendiquant d’un "autre cinéma" louchant vers le fantastico-gore, la série B et les séances de minuit, avaient-il été titillés par le fait que ce film soit signé non pas par l’un des olibrius vaguement inquiétants fréquentant les marches du Palais (Gaspar Noé, Lars von Trier, NWR, Bertrand Mandico…) mais par une jeune réalisatrice présentant bien. Le peuple de la Croisette, et sans doute celui de

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"Proxima" : Maman est au ciel

ECRANS | De Alice Winocour (Fr.-All., 1h47) avec Eva Green, Matt Dillon, Sandra Hüller…

Vincent Raymond | Mercredi 27 novembre 2019

Sélectionnée pour une mission d’un an à bord de l’ISS, la spationaute Sarah Loreau s’entraîne intensivement. Mais elle doit composer avec un paramètre de plus par rapport à ses collègues masculins : le fait d’être mère. Et anticiper la séparation d’avec sa fille Stella s’avère compliquée… À la toute fin de son film, Alice Winocour fait défiler les portraits des femmes astro-cosmo-spationautes posant avec leurs enfants. Si le doute subsistait encore, son intention était bien avec Proxima d’inscrire la situation particulière de la mère (et donc de la femme) dans la conquête spatiale particulièrement, et dans le milieu professionnel en général. Signant un film hautement documenté sur la marche d’une mission – on n’a d’ailleurs rarement vu les protocoles aussi bien détaillés, et sans la poudre aux yeux hollywoodienne –, la cinéaste fait pourtant de ce barnum un sujet satellite. En effet, c’est autant à la symbolique "ombilicale" de l’arrachement – le terme revient d’ailleurs dans le vocabulaire astronautique – avec toutes ses dérivées (naissance, fin de l’enfance, deuil…) qu'aux rapports entre les genres que

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"Graffuturisme" : retour vers le futurisme par Robert Proch et Augustine Kofie

Exposition | Le Vog expose deux représentants majeurs d’un courant du street art dont les compositions géométriques dynamiques puisent leurs références dans le mouvement futuriste vieux d’un siècle. Des œuvres qui, visuellement, bastonnent grave !

Benjamin Bardinet | Lundi 3 juin 2019

En pénétrant dans le centre d’art le Vog, le choc est intense : les deux toiles imposantes du Polonais Robert Proch proposent d’emblée des visions hallucinées combinant formes géométriques et personnages figuratifs. Dans la première, quelques humains désœuvrés semblent aspirés par une perspective constituée de formes géométriques aux couleurs flashy, tandis que dans la seconde, le traitement pictural donne l’impression qu’une femme assise opère une translation dans l’image, laissant, en plusieurs endroits, sa trace à la surface de la toile. Ce procédé évoque les études chronophotographiques du scientifique Étienne-Jules Marey dont les futuristes, début du XXe siècle, raffolaient. En retranscrivant les étapes d’un mouvement, l’image fixe devient alors un condensé de temporalités multiples, faisant ainsi écho à l’accélération caractéristique du monde moderne dont la vitesse était, pour les futuristes, une forme de beauté nouvelle. Encore un peu de Kofie ? Mais ce n’est pas tout. Présenté aux côtés de Robert Proch, Augustine Kofie (dont on connaît bien le style dans l’agglo comme le Street Art Fest Grenoble Alpes l’a

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"Dernier amour" : plaire, aimer, éconduire vite

ECRANS | De Benoît Jacquot (Fr, 1h38) avec Vincent Lindon, Stacy Martin, Valeria Golino…

Vincent Raymond | Mardi 19 mars 2019

Au soir de sa vie, Casanova évoque à une confidente un épisode de sa vie aventureuse se déroulant à Londres, où il vivait alors en exil. Un souvenir douloureux lié à une femme dont il s’est épris, qui jamais n’a cédé à sa cour : la Charpillon, une courtisane au corps et à l’esprit bien faits… Comment diable éprouver de l’empathie pour la personne de Casanova, l’aventurier qui épousa le XVIIIe siècle en triomphant des geôles, des duels et des revers de fortune ; l’infaillible séducteur que sa réputation en tous lieux précédait et qui, de surcroît, taquina la muse pour composer, en sus de ses mémoires, quelques ouvrages réputés ? En le dépeignant dépourvu de ses talents et mérites, chevalier à la triste figure confronté au doute, à l’échec et à la déchéance. En rendant, en fait, à ce héros hors norme sa qualité d’humain. Le Casanova façonné par Benoît Jacquot pour Vincent Lindon (et réciproquement) apparaît ainsi comme une montagne de fragilité et de doute, au moment où la certitude de son prestige commence à s’effilocher, où de l’adret son charme verse dans l’ubac. Dans l’entre-deux des âges, entre deux pays, le Vén

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Les Détours de Babel 2019 en 14 concerts

Festival | C’est parti pour la neuvième édition des Détours de Babel, festival estampillé « musiques du monde, jazz, musiques nouvelles ». Soit l’occasion, pendant plus de trois semaines (du 15 mars au 7 avril), de découvrir des artistes de tous horizons et des musiques non formatées. Histoire de se repérer dans le vaste et passionnant programme, on vous livre une sélection de nos attentes à écouter à Grenoble, dans l'agglo et même, parfois, au-delà.

La rédaction | Mardi 12 mars 2019

Les Détours de Babel 2019 en 14 concerts

Traversées – Constantinople et Ablaye Cissoko Il y aura une belle teinte mandingue cette année aux Détours de Babel, pas mal de kora, et quelques Cissoko. À commencer, par ordre chronologique, par Ablaye, qui vient ici flirter avec la musique des cours persanes aux côtés notamment de Kiya Tabassian, chantre irano-canadien de la musique traditionnelle et savante venue de Perse, et grand spécialiste du sétâr, lointain cousin persan de la kora. Ablaye se produira également en solo vendredi 15 mars aux Salons de musique de la Maison de l’international. Samedi 16 mars à 19h à la salle des fêtes de Commelle et dimanche 17 mars dans le cadre du Brunch #1 du quartier Très-Cloîtres Trois lettres de Sarajevo – Goran Bregović Dans ce Sarajevo d'avant la guerre où a grandi Goran Bregović, les cultures et les religions cohabitaient avec bonheur. C'est cette Jérusalem des Balkans, ce paradis perdu du vivre-ensemble que les national

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"Abstract street art" : street art en cage à Spacejunk

Exposition | La nouvelle exposition collective de Spacejunk présente le travail de huit artistes convoquant l'art abstrait dans leurs œuvres. Visite guidée.

Benjamin Bardinet | Mardi 18 septembre 2018

Les œuvres rassemblées par Spacejunk dans l'exposition collective Abstract street art témoignent autant de la diversité des pratiques non figuratives du street art que de la façon dont ce mouvement a assimilé et réinvesti les grands courants picturaux du XXe siècle. Citons par exemple Sowat, qui réalise un all-over dans la lignée des peintres expressionnistes abstraits ; LX One, qui lui flirte avec l'art optique ; ou encore Augustine Kofie, qui revisite l'abstraction dynamique des compositions futuristes. Quant aux figures historiques du graffiti que sont Futura et JonOne, ils travaillent tous deux une sorte d'écriture automatique : légère et fébrile pour le premier, nerveuse et affirmée pour le second. Bref, du beau monde et de belles pièces. On regrette toutefois que l’exiguïté de l'espace d'exposition ne permette pas toujours de prendre le recul nécessaire afin de les apprécier au mieux ; d'autant plus que, quand on a idée de l'ampleur des interventions dans l'espace urbain que peuvent produire ces artistes, leurs œuvres sur toile donnent tout de même un pe

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Zoom sur quinze fresques street art emblématiques de Grenoble et de son agglo

ESCAPADES | « Au bout de chaque rue, une fresque » aurait pu écrire Stendhal s'il arpentait aujourd'hui l’agglomération grenobloise. La preuve avec cet article illustré.

Alice Colmart | Jeudi 5 juillet 2018

Zoom sur quinze fresques street art emblématiques de Grenoble et de son agglo

Grâce au Grenoble Street Art Fest dont la quatrième édition vient de se terminer (elle a eu lieu tout le mois de juin), quelque 130 fresques habillent les murs de Grenoble, Fontaine, Pont-de-Claix et Saint-Martin-d’Hères, faisant ainsi la réputation du territoire en matière d’art urbain – la presse nationale s’en donne d’ailleurs à cœur joie chaque année. Difficile donc pour Jérome Catz, directeur de l’événement et du centre d’art Spacejunk, de choisir les plus emblématiques. « Sans émettre de classification », il a fini par sélectionner avec nous quinze œuvres. On a alors suivi un parcours nous menant sur les pas de l’incontournable street artist grenoblois Snek, du Toulousain Veks Van Hillik qui puise son inspiration dans la nature ou encore de références internationales comme l’Américain Augustine Kofie, père fondateur du graffuturisme, et le Londonien Anthony Lister, connu pour ses œuvres faussement négligées.

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"En guerre" : Stéphane Brizé et Vincent Lindon au plus près de l'horreur économique

ECRANS | « Celui qui combat peut perdre. Celui qui ne combat pas a déjà perdu. » Citant Bertolt Brecht en préambule, et dans la foulée de "La Loi du marché", Stéphane Brizé et Vincent Lindon s’enfoncent plus profondément dans l’horreur économique avec ce magistral récit épique d’une lutte jusqu’au-boutiste pour l’emploi. En compétition au Festival de Cannes.

Vincent Raymond | Mardi 15 mai 2018

Quand la direction de l’usine Perrin annonce sa prochaine fermeture, les représentants syndicaux, Laurent Amédéo (Vincent Lindon) en tête, refusent la fatalité, rappelant la rentabilité du site, les dividendes versés par la maison-mère allemande aux actionnaires, les sacrifices consentis. Une rude lutte débute… Nul n’est censé ignorer La Loi du marché (2015), du nom de l'avant-dernière réalisation de Stéphane Brizé, qui s’intéresse à nouveau ici à la précarisation grandissante des ouvriers et des employés. Mais il serait malvenu de lui tenir grief d’exploiter quelque filon favorable : cela reviendrait à croire qu’il suffit de briser le thermomètre pour voir la fièvre baisser. Mieux vaudrait se tourner vers les responsables de ces situations infernales conduisant le commun des mortels à crever, de préférence la gueule fermée. Des responsables que Brizé, et Lindon son bras armé, désignent clairement ; révèlent dans leur glaçant cynisme et la transparence de leur opacité. Pot-pourri L’histoire d’

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Xavier Giannoli : « "L’Apparition" est un film sur le doute »

ECRANS | Après "Marguerite", Xavier Giannoli revient avec "L’Apparition". Vincent Lindon y campe un journaliste envoyé par le Vatican dans les Alpes, où une jeune fille affirme avoir eu une apparition de la Vierge. L’enquête est ouverte…

Vincent Raymond | Mardi 6 février 2018

Xavier Giannoli : «

Qu’est-ce qui vous a mené sur ce chemin de la foi ? Xavier Giannoli : Je ne crois pas que L’Apparition soit un film sur le chemin de la foi. J’ai lu un fait divers où il était question d’une enquête canonique – c’est-à-dire une enquête diligentée par un évêque pour essayer de faire la lumière sur un fait surnaturel, "apparitionnaire". J’ai tout de suite compris que c’était un sujet de film, de cinéma très romanesque et très intéressant. J’ai été baptisé, j’ai reçu une éducation chrétienne, mais je ne suis pas pratiquant et je pense comme tout le monde que cette question du religieux, de la foi, de l’existence ou de l’absence de Dieu est une question essentielle de nos vies. J’avais l’intuition que l’enquête était une proposition cinématographiquement forte et originale. Si ce n’est pas un film sur la foi, alors qu’en est-il ? C’est un film sur le doute. Des films sur la foi, j’en ai vus. Là, ce q

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"L'Apparition" : en présence d’un doute (et d'un Vincent Lindon magistral)

ECRANS | de Xavier Giannoli (Fr., 2h21) avec Vincent Lindon, Galatea Bellugi, Patrick d’Assumçao…

Vincent Raymond | Mardi 6 février 2018

Encore blessé et traumatisé par la mort d’un confrère sur le terrain, un reporter de guerre (Vincent Lindon) accepte de sortir de sa prostration quand un évêque du Vatican lui demande de participer à une enquête canonique : une jeune fille prétend que la Vierge lui est apparue, mais rien n’est moins sûr… Le réalisateur Xavier Giannoli traite ici, comme dans nombre de ses réalisations précédentes (ses courts-métrages y compris), d’une fascination pour une forme d’aura inexplicable ; la grâce mystique prenant dans L’Apparition le relai de la notoriété (Superstar en 2012), du charisme (Quand j’étais chanteur en 2006) ou du (non-)talent artistique (Marguerite en 2015). À cette note fondamentale, il ajoute un autre thème récurrent e

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"Rodin" : mâle de pierre

Cinéma | Pour commémorer le centenaire de sa disparition, Jacques Doillon statufie Auguste Rodin dans ses œuvres. L’incandescence contenue de Vincent Lindon et le feu d’Izïa Higelin tempèrent heureusement une mise en scène par trop classique. En lice à Cannes 2017.

Vincent Raymond | Mardi 23 mai 2017

De 1880 à l’aube du XXe siècle, quelques particules de la vie d’Auguste Rodin : sa notoriété naissante, la passion fusionnelle vécue avec son élève et muse Camille Claudel, sa gloire parmi ses pairs émaillée de scandales artistiques, son caractère d’ursidé… Malgré son titre lapidaire et globalisant, ce Rodin ne prétend pas reconstituer l’entièreté de l’existence du sculpteur sous des tombereaux de détails mimétiques. Aux antipodes de ces émollientes hagiographies du type Cézanne et moi, Jacques Doillon opte en effet pour une approche impressionniste, en pierre brute, évoquant la démarche de Maurice Pialat dans Van Gogh (1991) – le temps et l’obstination rapprochent par ailleurs les deux plasticiens, aux fortunes pourtant diamétralement opposées. Buriné Malgré cela, Doillon ne parvient pas à se défaire d’une forme de pesanteur académique et conformiste. Cinéaste du heurt, de la parol

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"Francofonia, le Louvre sous l'Occupation" jeudi à la Cinémathèque

ECRANS | Ironie ou choix conscient ? Durant la semaine de promotion de la langue et de la culture Russe, la Cinémathèque de Grenoble a programmé le plus (...)

Julien Homère | Mardi 4 avril 2017

Ironie ou choix conscient ? Durant la semaine de promotion de la langue et de la culture Russe, la Cinémathèque de Grenoble a programmé le plus camembert des Alexandre Sokourov. En effet, dans le documentaire expérimental Francofonia, le Louvre sous l'Occupation, le grand auteur (entre autres) de L’Arche russe et Faust livre une déclaration d’amour personnelle à la culture française et européenne. De l’art sur l’art : un régal ! Rendez-vous jeudi 6 avril 20h au cinéma Juliet-Berto pour s'en rendre compte.

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"La Danseuse" : au nom de la Loïe

ECRANS | de Stéphanie Di Giusto (E.-U., 1h48) avec Soko, Gaspard Ulliel, Mélanie Thierry…

Vincent Raymond | Mardi 27 septembre 2016

Rétablir dans sa vérité Loïe Fuller (1862 – 1928), l’une des fondatrices de la danse contemporaine injustement éclipsée par la postérité de descendantes plus charismatiques (ou plus rouées, à l’image d’Isadora Duncan), tel était le propos de Stéphanie Di Giusto. Une démarche louable et sincère… pour un résultat un peu bancal. Certes, la cinéaste mène à bien sa mission réhabilitation : Fuller ressort du film auréolée d’un statut de première artiste multimédia du XXe siècle ; d’instinctive de génie ayant su mêler spectacle vivant, sons et lumières avec un perfectionniste confinant à la folie – le fait que la polyvalente (et gentiment azimutée) Soko l’incarne contribue à dessiner la silhouette d’une créatrice éprise autant d’absolu que du désir de bouger les lignes. Mais la réalisation manque d’une audace à la hauteur du personnage évoqué : austérité cowboy en ouverture (la contribution de Thomas Bidegain au scénario ?) cassée par des inserts démonstratifs inutiles, récit de l’ascension et du déclin émaillé de séquences de danse forcément flamboyantes malgré un lyrisme convenu… Dommage, car la tentation de rompre avec le genre biopic se devinait sous

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La Passion d'Augustine

ECRANS | de Léa Pool (Can., 1h43) avec Céline Bonnier, Lysandre Ménard, Diane Lavallée…

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

La Passion d'Augustine

Associer bonnes sœurs et musique s’avère une recette toujours payante, surtout si l’on montre ces austères vestales dans des situations a priori inappropriées (s’opposant à leur hiérarchie, bougeant en rythme…). Avec son titre aux faux-airs canailles pour chaînes cryptées, La Passion d’Augustine n’a rien d’une comédie chantée façon Sister Act. Et pour les Québécois qui l’ont plébiscité, ce film relate surtout deux événements majeurs concomitants : la fin du contrôle du système éducatif par l’Église, ainsi que l’abandon des tenues de religieuses classiques décrété par le concile Vatican II. Autrement dit, deux évolutions allant dans le sens de modernité. Mais si la progressiste sœur Augustine consent à adopter une vêture moins empesée, elle demeure rétrograde sur le chapitre de l’enseignement : obnubilée par son amour pour la musique, la nonne s’accroche au couvent qu’elle dirige, avec un entêtement de pécheresse – il est vrai que la bougresse a eu une vie de femme avant ses vœux… Pour éviter les maux de tête causés par ce paradoxe, on se bornera à suivre le merveilleux parcours de la jeune pianiste virtuose (mais sauvageonne) cornaquée par Augustine.

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Détours de Babel : nos quatre coups de cœur

MUSIQUES | Zoom sur quatre propositions piochées dans la programmation de la sixième édition des Détours de Babel, « festival des musiques du monde contemporain ».

Aurélien Martinez | Mardi 22 mars 2016

Détours de Babel : nos quatre coups de cœur

29.03 > Hexagone (Meylan) Strange Strings Le joueur de kora Ballaké Sissoko, que l’on avait mis en "une" du journal l’an passé lors de la précédente édition du festival, va confronter son univers avec celui de trois autres grands solistes dont le violoncelliste Vincent Segal avec qui il collabore souvent – leur album Chamber Music est une pure merveille. Les deux autres invités ? Le contrebassiste Renaud García-Fons et le joueur de kemençe (vielle traditionnelle turque) Derya Türkan. Certes, le concert est complet, mais une liste d’attente a été ouverte. 31.03 > MC2 Yātrā C’est, après Israel Galván, l’autre grand nom espagnol du flamenco qui a fougueusement investi les scènes européennes avec son art ancestral revisité. Dans ce spectacle (que nous n’avons pas vu), Andrés Marín ira ainsi du flamenco à l’Inde du Nord en passant par le hip-hop de Kader Attou. Un grand écart oui, mais souvent parfaitement maîtrisé dans son

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Les Chevaliers blancs

ECRANS | S’inspirant de l’affaire de l’Arche de Zoé, Joachim Lafosse confie à un Vincent Lindon vibrant un rôle d’humanitaire exalté prêt à tout pour exfiltrer des orphelins africains. L’année 2016 pourrait bien être aussi faste que la précédente pour le comédien récompensé à Cannes avec “La Loi du marché”.

Vincent Raymond | Mardi 19 janvier 2016

Les Chevaliers blancs

Qu’il situe ses histoires dans le cadre intime d’une famille en train de se disloquer (Nue Propriété, À perdre la raison) ou, comme ici, au sein d’un groupe gagné par le doute et miné par les tensions, Joachim Lafosse suit film après film des schémas psychologiques comparables : il décrit des relations excessives, où un dominateur abusif exerce une subjugation dévastatrice sur son entourage. Cette figure charismatique n’est pas toujours animée dès le début d’intentions malveillantes : ainsi, le personnage que joue Lindon dans Les Chevaliers blancs est mû par une mission humanitaire qu’il considère comme supérieure à toute autre considération, toute contingence, y compris la sécurité des membres de son équipe. La poursuite orgueilleuse de son idéal va le faire glisser dans une spirale perverse. Hors de tout manichéisme, Lafosse ne réduit pas ce mentor déviant aux seuls effets de sa malignité : sans chercher à

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La Loi du marché

ECRANS | Comment un chômeur de longue durée se retrouve vigile et fait l’expérience d’une nouvelle forme d’aliénation par le travail : un pamphlet de Stéphane Brizé, radical dans son dispositif comme dans son propos, avec un fabuleux Vincent Lindon. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 18 mai 2015

La Loi du marché

Thierry, 51 ans, 20 mois de chômage derrière lui, constate avec calme l’aporie sociale dans laquelle il se trouve : d’abord face à un conseiller Pôle emploi qui a bien du mal à lui donner le change, puis à la table d’un café où ses anciens collègues syndiqués tentent de lui expliquer qu’il faut attaquer le mal à la racine. Et la racine, c’est la malhonnêteté et l’avarice du patron qui les a licenciés. Mais Thierry n’en démord pas : il veut seulement du travail pour sortir de cette foutue précarité dans laquelle il se trouve, cesser d’épousseter les meubles et faire vivre sa famille – dont un fils handicapé. Alors, de guerre lasse, il accepte un emploi de vigile dans un centre commercial, où on l’initie à la surveillance des clients, mais aussi des autres employés. L’itinéraire de Thierry a tout de la fiction édifiante, proche sur le papier de ceux accomplis par les personnages des frères Dardenne. Mais Stéphane Brizé a sa propre manière pour filmer conflits moraux et injustices sociales liés au monde du travail. Celle-ci

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Journal d’une femme de chambre

ECRANS | Même si elle traduit un certain regain de forme de la part de Benoît Jacquot, cette nouvelle version du roman d’Octave Mirbeau a du mal à tenir ses promesses initiales, à l’inverse d’une Léa Seydoux épatante de bout en bout. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Journal d’une femme de chambre

Après Jean Renoir et Luis Buñuel, Benoît Jacquot tente donc une nouvelle adaptation du livre d’Octave Mirbeau avec Léa Seydoux dans le rôle de Célestine, bonne à tout faire envoyée de Paris vers la Province pour servir les bourgeois Lanlaire. Co-écrit avec la jeune Hélène Zimmer — réalisatrice d’un premier long, À 14 ans, sorti le mois dernier en salles — ce Journal d’une femme de chambre a l’ambition de revenir au roman initial en en sélectionnant les épisodes plutôt qu’en l’actualisant. Pendant trente minutes, le film s’inscrit dans la droite ligne des Adieux à la Reine : la caméra et les comédiens prennent de vitesse la reconstitution historique, tandis que Jacquot, au diapason de son héroïne, pointe avec sarcasme les rapports de pouvoir et ce qui va avec — abus de pouvoir et droit de cuissage. C’est ce qui séduit le plus dans cette ouverture, sans doute ce que Jacquot a filmé de plus brillant depuis des lustres : comment, en replongeant dans la France du début du XXe siècle, il offre un commentaire très pertinent sur la

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Ballaké Sissoko le Koriste

MUSIQUES | Au cœur de la programmation babélienne des Détours, qui s'ouvre plus que jamais aux têtes d'affiche (Bregovic, Abd-Al Malik), on retrouvera cette année celui qu'un instrument traditionnel ancestral d'Afrique subsaharienne a élevé au rang – et tant pis si le terme est affreusement éculé – de « citoyen du monde » : le prince de la kora Ballaké Sissoko qui a su, comme peu de ses congénères, semer un peu de graine d'avenir dans une tradition vieille comme le monde. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 17 mars 2015

 Ballaké Sissoko le Koriste

On le sait au Mali, comme partout en Afrique subsaharienne mais là particulièrement, la kora (un croisement de luth et de harpe doté de 21 cordes, « sept pour le passé, sept pour le présent, sept pour le futur », dit-on) est un instrument noble aux origines mythiques. Un objet précieux qu'on ne met pas entre toutes les mains car sa pratique est réservée à une élite : les « griots ». Cela peut paraître anti-démocratique (et il existe des musiciens maliens qui n'ont pas hésité à contourner cette règle, et même des musiciennes comme Madina N'Diaye, femme, peule et koriste volontaire) mais c'est là le résultat d'une tradition séculaire construite sur une société de caste qui veut que, par exemple, les Diabaté et les Sissoko soient le plus souvent des dynasties de joueur de kora. De destin plus noble en tant que musicien, on ne peut guère rêver. Nouvelles cordes anciennes L'héritage familial de Ballaké Sissoko pourrait ainsi laisser croire qu'il est un pur fruit de cette tradition quand en réalité, il est surtout un autodidacte, un outsider musical que ses parents destinaient à une carrière d'avocat ou de médecin, comme c'est souvent l

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Mea culpa

ECRANS | De Fred Cavayé (Fr, 1h30) avec Vincent Lindon, Gilles Lellouche…

Christophe Chabert | Mardi 4 février 2014

Mea culpa

«Sur une idée d’Olivier Marchal» nous dit le générique de fin. Tout s’explique ! «L’idée» en question est en fait un fonds de commerce : un ex-flic traumatisé et au fond du trou va tenter de se racheter en protégeant son fils et en flinguant à tout va du méchant, ici des gangsters serbes dont les motivations sont très sommairement résumées : «les filles et la came». Justice expéditive, tirage de tronches et gros accès de virilité sont donc au programme, mais là n’est pas le problème de cet actionner à la française. Il y a d’un côté la minceur du scénario – pas grave – et de l’autre sa farandole d’incohérences, que Cavayé tente de noyer sous une pluie de fusillades, poursuites et bastons qui ne justifient jamais la réputation de "bon artisan" appliquée un peu vite au cinéaste. Rien ne tient debout donc, que ce soit la gestion du temps, de l’espace ou de l’élémentaire réalisme des situations – les flics interviennent une bonne heure après un carnage homérique dans une boîte de nuit, une bagnole va plus vite qu’un TGV… On a tendance à fustiger l’état de la comédie française ; mais entre Besson, Cavayé et Marchal, le polar d’ici n’est pas f

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Les Salauds

ECRANS | De Claire Denis (Fr, 1h40) avec Vincent Lindon, Chiara Mastroianni…

Christophe Chabert | Mercredi 10 juillet 2013

Les Salauds

J’ai pas sommeil, Trouble every day, Les Salauds : trois films qui, dans l’œuvre de Claire Denis, forment une sorte de trilogie de l’horreur, où elle fouille les désirs monstrueux pour en sortir des récits en forme de cauchemars éveillés. On peut aussi y voir l’asymptote d’une carrière, du vouloir-dire omniprésent (J’ai pas sommeil) à un plus rien à dire franchement gênant (Les Salauds), avec au milieu un point d’équilibre fragile (Trouble every day, son meilleur film). Les Salauds donc, est une sorte de magma filmique incohérent, que ce soit dans l’enchaînement des séquences ou celui des plans, où Denis s’enfonce dans le ridicule à mesure qu’elle s’approche de l’immontrable. Grotesque, ce plan récurrent de Lola Creton avançant nue sur une route le vagin ensanglanté ; ridicules, ces scènes de cul entre Lindon et Mastroianni ; risible, ce porno final qui semble répondre à ceux que projetait Lynch dans Lost highway. Tout cela paraît assemblé à l’arrache sur un banc de montage, comme un work in progress dénué de sens, masquant à grand pe

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Quelques heures de printemps

ECRANS | Un fils sort de prison et renoue des rapports électriques avec sa mère malade. Avec ce film poignant emmené par une mise en scène sans psychologie ni pathos et deux comédiens incroyables, Stéphane Brizé s’affirme comme un grand cinéaste. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 14 septembre 2012

Quelques heures de printemps

C’est un malentendu qui persiste et qui s’agrandit : un fils, Alain, et sa mère, Yvette, deux échoués de la classe moyenne dans une banlieue pavillonnaire en Bourgogne. Lui vient de purger un an et demi de prison pour une connerie qui lui a coûté cher, elle souffre d’une tumeur au cerveau dont l’avancée inéluctable la pousse à envisager un suicide assisté en Suisse. Les voilà à nouveau sous le même toit, mais les épreuves ne les rapprochent pas ; au contraire, le fossé du ressentiment qui a toujours existé entre eux se creuse encore. Un ressentiment qui est surtout affaire de non-dits. Dans Mademoiselle Chambon, Stéphane Brizé mettait en scène des silences qui en disaient long sur le désir et le sentiment amoureux ; avec Quelques heures de printemps, le silence se fait douloureux, blessant, cruel. Commencé à la manière d’Un mauvais fils de Sautet, le film bifurque peu à peu vers un territoire qui lui est propre, où le cinéaste observe la dernière tentative de communication entre Alain et Yvette avec un vérisme constant (de l’accent d

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Faust

ECRANS | Dernier volet de la tétralogie d’Alexandr Sokourov, "Faust" emmène son cinéma vers des cimes de sophistication visuelle, longue hallucination cinématographique dont le texte très littéraire servirait de guide raisonné. Une expérience épuisante mais assez inoubliable. Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Jeudi 14 juin 2012

Faust

Faust arrive sur les écrans près d’un an après son sacre à la Mostra de Venise, mais il paraît appartenir déjà à une autre époque. Reste à savoir si cette époque est un futur proche où l’image numérique aurait été assimilée par les metteurs en scène les plus exigeants pour transcender leur cinéma, ou un passé renvoyant à l’avant-garde de l’Est (Faust rappelle autant l’onirisme tchèque que le cinéma soviétique)… Ainsi, le 4/3 aux bords arrondis et le sfumato d’une image tirant vers le sépia signée Bruno Delbonnel (le chef opérateur de Jeunet) rencontrent des effets spéciaux inattendus, comme lors de ce subjuguant plan d’ouverture où un miroir traverse les nuages pour aller se déposer sur une petite ville elle aussi hors du temps. Passé et présent, jeunesse et éternité : c’est aussi Goethe qui rencontre l’imaginaire stylisé d’Alexandr Sokourov ou, bien sûr, le professeur Faust qui croise le chemin du Diable. Le Diable par la queue Comme Cosmopolis de Cronenberg, Faust est un film de texte et de mise en scène. On ne peut pas vraiment parler de scénario dialogué, tant c’est avant tout une langue, rugueuse et littéraire, qui sert de guide dans la c

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Toutes nos envies

ECRANS | De Philippe Lioret (Fr, 2h) avec Marie Gillain, Vincent Lindon…

Christophe Chabert | Vendredi 4 novembre 2011

Toutes nos envies

«Librement inspiré du roman d’Emmanuel Carrère», dit le générique. C’est un euphémisme. De D’autres vies que la mienne, Philippe Lioret n’a retenu que le squelette : le dernier combat d’une juge atteinte d’une maladie incurable contre les sociétés de crédit provoquant sciemment le surendettement de leurs clients. Tout le reste n’est qu’un remake de son précédent Welcome. Le plus frappant, c’est l’absence d’urgence dans la narration : plus occupé à mettre en scène les silences que l’action, Lioret en oublie que son sujet repose sur un double contre-la-montre. Seul le mélodrame l’intéresse ; même quand il invente une mère de famille surendettée, c’est pour la dépeindre comme une femme exemplaire (on n’est pas chez les Dardenne) et en faire une future maman de substitution à la juge condamnée. On ne s’intéresserait aux problèmes des autres que quand ils finissent par s’inviter dans notre quotidien… Chez Carrère, la chose était bien plus métaphysique ! Même le trouble amoureux qui devrait naître entre Gillain et Lindon ne donne lieu qu’à de pauvres rebondissements vite évacués par la pudibonderie du récit. Tout ici est aseptisé, plat, s

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Pater

ECRANS | Alain Cavalier, Président de la République, nomme Vincent Lindon Premier ministre, tâche qu’il prend très au sérieux, au point de se lancer dans la course à l’investiture contre son mentor. Ce n’est que du cinéma, bien sûr, mais à ce point d’intelligence ludique, le cinéma est bien plus que la réalité. Christophe Chabert

François Cau | Mardi 14 juin 2011

Pater

Il était une fois un cinéaste qui avait un acteur pour ami, et qui voulait faire un film avec lui. Précision importante : ce cinéaste, qui s’appelle Alain Cavalier, se méfie depuis vingt ans des acteurs professionnels et de la machinerie qu’implique un tournage de fiction, préférant filmer seul avec sa petite caméra des instants de réalité qu’il transforme par son regard singulier en spectacle cinématographique. Autre précision : l’acteur-ami, c’est Vincent Lindon, sans doute le comédien le plus passionnant du cinéma français, celui qui n’est jamais là où on l’attend, traversant tous les territoires avec un mélange de curiosité et d’intégrité. La rencontre entre ces deux figures rétives à la classification paraît tomber sous le sens, mais de quel film pouvait-elle accoucher ? Pater est d’abord l’histoire de ce tâtonnement : Cavalier retrouve Lindon dans un hôtel, ils discutent sans but précis, notamment de l’emploi du temps de Lindon (il tourne simultanément La Permission de minuit). Et puis, par un coup de force que Cavalier rend immédiatement naturel, les voilà de chaque côté d’une table : Alain Cavalier est Président de la République, et il nomme Vincent Lin

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Les joies de l’acoustique

MUSIQUES | World / L’album est splendide. Ce Chamber Music du Malien Ballaké Sissoko et du Français Vincent Ségal renferme une grâce envoûtante. L’harmonie est parfaite (...)

François Cau | Jeudi 28 octobre 2010

Les joies de l’acoustique

World / L’album est splendide. Ce Chamber Music du Malien Ballaké Sissoko et du Français Vincent Ségal renferme une grâce envoûtante. L’harmonie est parfaite entre ces deux musiciens, éminemment respectables et diablement passionnants : lui, Ségal, moitié du duo Bumcello et violoncelliste de tous les combats musicaux (il a notamment bossé avec Piers Faccini, Brigitte Fontaine ou encore Marianne Faithfull) ; et lui, Sissoko, joueur de kora digne représentant de la tradition griotique mandingue. Le fruit de leur collaboration, sorti il y a tout juste un an, est un objet musical de haute tenue, pratiquement construit autour de leurs deux seuls instruments. Un dialogue non didactique et non belliqueux – aucun des deux ne se met en avant outrageusement – qui confère au rendu une agréable simplicité. Une invitation au voyage – expression galvaudée quoique véritablement appropriée ici –, mais vers une destination inconnue et non identifiée. Évidemment, la kora évoque l’Afrique, mais l’on dépasse rapidement l’écho de la carte postale sonore pour les suivre dans leur « musique de chambre ». Les deux instruments, malgré des origines et des histoires différentes, semblent avoir été conçus pou

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Mademoiselle Chambon

ECRANS | De Stéphane Brizé (Fr, 1h41) avec Vincent Lindon, Sandrine Kiberlain…

François Cau | Samedi 10 octobre 2009

Mademoiselle Chambon

Jean tombe sous le charme de Mademoiselle Chambon, l’institutrice de son fils. Il s’improvise gauchement maçon du cœur et propose de réparer la fenêtre de son appartement. Pour le remercier, elle fait pleurer son violon dans l’austérité de son salon. Ils se recroisent, s’échangent des regards, se frôlent à grand peine. Jean fuit son épouse, Mademoiselle Chambon souffle le chaud mais surtout le froid. Déjà pas franchement survoltée, l’ambiance s’abîme dans les non-dits, les chastes silences, les œillades intéressées, le tout dans une dynamique à faire passer Les Regrets de Cédric Kahn pour Bad Boys 2. Stéphane Brizé choisit sciemment de se focaliser sur l’expression quotidienne de la passion, freinant systématiquement ses personnages dans leurs élans, quitte à en faire les représentations statufiées de l’indécision, d’une certaine idée de la transparence amoureuse. C’est quand ils finissent par quitter leur mécanique routine que le film prend son envol, dans des scènes où la réserve du film comme ses partis pris esthétiques finissent par prendre tout leur sens : Brizé soigne particulièrement ces séquences pudiques, où le talent des acteurs principaux brille de façon intense. Puis

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Welcome

ECRANS | Une nouvelle fois, Philippe Lioret nous touche en plein cœur, à la grâce d’une foi cinématographique totale en son sujet.

François Cau | Jeudi 5 mars 2009

Welcome

Mea maxima culpa : on était un tantinet défiant en entrant dans la salle. Bon, déjà, le synopsis nous semblait hautement improbable (un prof de natation calaisien, en un geste implicite et désespéré pour reconquérir son ex-épouse, prend sous son aile un jeune clandestin kurde désirant traverser la Manche à la nage). Ensuite, la collaboration scénaristique d’Olivier Adam nous échaudait un peu : dans son roman À l’abri de rien, ce dernier nous dépeignait déjà les rapports des habitants de Calais avec les sans-papiers, sous le joug d’une vigueur émotionnelle pas toujours canalisée. Enfin, après le drame poignant Je vais bien, ne t’en fais pas, on imaginait mal Philippe Lioret revenir sans encombre aux problématiques sociales de ses débuts, qui plus est sur un sujet d’actualité aussi brûlant, sans tomber dans le misérabilisme ou la dénonciation à la truelle. Heureusement, dès les premières scènes, le metteur en scène nous fait rougir de honte de cumuler autant d’a priori. Sa glaçante description des conditions de voyage des clandestins nous immerge derechef dans le récit, le glissement narratif vers le personnage principal (Vincent Lindon, tout simplement

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