Le long voyage de l'animation française

ECRANS | Longtemps désertique, avec quelques rares oasis de créativité, le cinéma d’animation français a connu depuis dix ans une fulgurante accélération au point de devenir à la fois une industrie et un laboratoire. À l’occasion de la sortie d’"Ernest et Célestine", futur classique du genre, retour non exhaustif sur une histoire en devenir.

Christophe Chabert | Mardi 4 décembre 2012

Jean Image et Paul Grimault : les pionniers

Si les frères Lumière ont inventé le cinéma en prise de vues réelles et si, selon l'hilarante leçon donnée pour les vingt ans du Groland par Bertrand Tavernier, ce sont les sœurs Torche qui ont créé le cinéma de la Présipauté, le cinéma d'animation français a pour parrain – ça ne s'invente pas – Jean Image. Il fut le premier à produire un long-métrage animé en couleurs, Jeannot l'intrépide (1950). Librement inspiré du Petit poucet, le film fait le tour du monde et pose les bases de l'animation à la française : jeu sur les perspectives et les motifs géométriques, imaginaire enfantin mais non exempt d'une certaine noirceur, musique cherchant à accompagner le graphisme plutôt qu'à illustrer les péripéties. Image œuvrera toute sa vie pour faire exister le dessin animé en France, en devenant son propre producteur, en se lançant dans des projets ambitieux (des adaptations des Mille et une nuits ou du Baron de Münchausen) et, surtout, en créant le fameux festival du cinéma d'animation d'Annecy.

Il s'en est toutefois fallu de peu pour que ce titre de pionnier ne lui soit ravi par Paul Grimault. Si leur début de carrière est similaire – d'abord des films publicitaires animés dans les années 30, puis des courts-métrages dans les années 40 – Grimault sera ensuite le poissard des deux. S'il a travaillé avec Jean Aurenche avant la guerre, c'est avec un autre auteur majeur qu'il va imaginer son grand projet : Jacques Prévert pour un long-métrage baptisé La Bergère et le ramoneur. Après plusieurs années de travail méticuleux pour donner vie au texte de Prévert, le producteur du film décide de le remanier et Grimault renie finalement cette version sortie en 1952. Après ce rendez-vous manqué, retour à la case publicité et courts-métrages pendant plus de vingt ans, jusqu'à ce qu'en 1979 sorte Le Roi et l'oiseau, sa version de La Bergère et le ramoneur. C'est un jalon majeur de l'animation française, sans doute le premier film à ne pas viser un public (jeune ou adulte), mais tous les publics, par son intelligence et son sens de l'évocation poétique.

Laloux et Picha : l'animation pour adultes (seulement)

Pendant que l'animation pour enfants se contente de décliner sur grand écran les aventures des héros de BD franco-belges (Astérix, valeur sûre, puis Tintin, gros ratage, et enfin Lucky Luke, calme plat), des réalisateurs s'inscrivent dans le sillon d'un Ralph Bakshi et essaient de donner au genre des œuvres pour adultes. Après plusieurs essais dans le format court, René Laloux se lance en 1973 avec Roland Topor au dessin et, élément indispensable du résultat, le très psychédélique Alain Goraguer à la musique, dans l'ambitieux La Planète sauvage. Un voyage visuel et sonore sidérant tiré d'un roman de Stefan Wul, dont la visée philosophique et poétique ira décrocher, une première pour un film d'animation français, le prix du jury à Cannes. Laloux remettra le couvert en 1982 avec Les Maîtres du temps, un film plus narratif et grand public, même si sa structure temporelle extrêmement complexe annonce des années avant les expérimentations d'un David Lynch.

Toujours adapté de Stefan Wul, mais cette fois-ci avec Jean "Moëbius" Giraud au dessin, il s'inscrit dans une décennie où l'animation mondiale découvre son côté sombre (de Martin Rosen – The Plague Dogs – à Don Bluth – Brisby et le secret de Nimh – en passant par le génial Dark Crystal de Frank Oz et Jim Henson). Laloux passera ensuite de longues années à concrétiser Gandahar, d'après Jean-Pierre Andrevon, mais le résultat déçoit et précipite la retraite du premier "auteur" de l'animation française. Dans les années 70 toujours, Picha, dessinateur belge ayant officié notamment dans Hara Kiri, s'engouffre dans l'animation réservée aux adultes avec Le Chaînon manquant, Le Big bang et surtout l'hallucinant La Honte de la jungle (1975). Dans ce dernier, on voit Tarzoon se livrer à des rapports sexuels pas franchement débridés avec une aventurière qui lui reproche d'être un mauvais coup, pendant que son singe préféré se tripote aux alentours de la cabane. Jane se fera ensuite kidnapper par une armée de bites canonnant du sperme à tout va. Absolument con et totalement grandiose.

De Laguionie à Ocelot : sommeil d'or et renaissance

De 1985 à 1998, l'animation française déserte les grands écrans, recroquevillée dans le court-métrage et la télévision. C'est dans le désert justement que Jean-François Laguionie avait situé son très beau Gwen, le livre des sables, qui sort en 1985, avant cette longue éclipse. Laguionie est un disciple de Paul Grimault dont il partage le perfectionnisme graphique, mais aussi l'intelligence qui consiste à savoir parler à tous, sans niaiserie ni sophistication. Il avait auparavant fait sensation grâce à un formidable court, La Traversée de l'Atlantique à la rame, couronné à Cannes et aux César. Mais Gwen ne rencontre pas le succès, et Laguionie est, comme tous les cinéastes d'animation à l'époque, contraint au silence. Il fonde pourtant La Fabrique, destinée à produire de l'animation made in France ; c'est là que Michel Ocelot fait ses armes avant de passer au long métrage avec Kirikou et la sorcière. Sa sortie, d'abord discrète, va se transformer en petit phénomène. La qualité du film, son choix d'une animation traditionnelle à rebours du numérique qui commence à truster le genre, mais aussi la ténacité de son distributeur (lyonnais) Gébéka, le portent vers un succès inattendu et redonnent confiance dans la viabilité économique de l'animation française. Ocelot donnera deux suites à Kirikou (la dernière est toujours à l'affiche), et radicalisera son style dans sa série des Contes en papiers découpés et ombres chinoises, jusqu'au très psychédélique Contes de la nuit bizarrement finalisé en 3D.

Les années 2000 : le cinéma d'auteur animé

Les portes ouvertes par Kirikou vont permettre à une génération de cinéastes de développer des projets singuliers marqués par des univers d'auteur qui n'ont rien à envier au cinéma de fiction en prises de vue réelles. Jacques-Rémy Girerd, depuis son studio Folimage à Valence, réalise deux fables écologistes (La Prophétie des grenouilles et Mia et le Migou) et scénarise Une vie de chat, qui trouve un bel écho national et international. Sylvain Chomet fait sensation à Cannes puis dans les salles grâce aux Triplettes de Belleville, avant de se lancer dans un ambitieux hommage à Jacques Tati avec L'Illusionniste. Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud réitèrent l'exploit de René Laloux en allant décrocher un Prix du jury cannois avec leur très beau Persépolis. Joann Sfar, voisin de collection de Satrapi au sein de l'éditeur de BD L'association, adapte à son tour pour le grand écran son Chat du Rabbin, et décroche le César du meilleur film d'animation. Enfin, un autre auteur de bande dessinée, Grégoire Solotareff, signe un formidable ovni, U, qui concilie univers merveilleux et métaphore délicate sur l'entrée dans l'adolescence.

Même les "anciens" retrouvent une nouvelle jeunesse dans ce grand bain de créativité et de liberté : Jean-François Laguionie offre aux spectateurs le superbe Le Tableau, sans doute l'œuvre de sa vie, son Roi et l'oiseau. Ces projets, tous artisanaux et mûris de longues années durant, voisinent avec le développement d'une industrie française de l'animation : Luc Besson en a été l'ambassadeur avec ses horribles Arthur et les minimoys, puis en tant que producteur du déjà plus fréquentable Un monstre à Paris. Surtout, la France est désormais prête à offrir son savoir-faire à Hollywood comme elle l'a fait pour Moi, moche et méchant, réalisé par le studio parisien Mac Guff line. Entre artisanat et modèle industriel, l'animation française vit un tournant dans son histoire, encore récente, mais en pleine accélération…

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Joann Sfar : « Petit Vampire me tient le crayon depuis toujours »

Interview | Cinéma / C’est avec la satisfaction du travail accompli que le dessinateur niçois savoure l’arrivée au cinéma d’un de ses héros emblématiques : Petit Vampire. Il viendra le présenter au Méliès le 10 octobre, à l’occasion d’une séance de dédicaces suivie d’une projection en avant-première.

Martin de Kerimel | Mardi 6 octobre 2020

Joann Sfar : « Petit Vampire me tient le crayon depuis toujours »

Petit Vampire est né dans une BD en 1999 et a grandi en série d’animation à la télé en 2004. A-t-il toujours été évident qu’il arrive au cinéma, un jour ? Joann Sfar : Pas du tout ! Ce personnage préexiste à ma carrière d’auteur. Quand j’étais gamin, il faisait partie de mes amis imaginaires. Mon grand-père m’offrait des revues de films d’horreur, dont je modifiais le sens : ayant perdu ma mère très petit, la perspective d’un monde où les morts reviennent et peuvent parler relevait pour moi du merveilleux. D’une certaine façon, ce sont les monstres qui m’ont appris à dessiner. Petit Vampire me tient le crayon depuis toujours. La difficulté, c’est qu’il s’était toujours exprimé dans des récits courts. Il a fallu que je change non pas le ton, mais sans doute la profondeur des personnages et de leurs arcs narratifs. Avec Sandrina Jardel, qui m’accompagne depuis le début, on a essayé de revenir aux sources de cet univers, tout en lui donnant l’intensité dramatique que l’on peut trouver chez Ghibli, Pixar ou Disney. Vous aviez déjà une certaine maîtrise des codes du cinéma… J’apprends toujours ! Sur Le Chat du rabbin,

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Marjane Satrapi : « L’art est une recherche de la vérité à travers le prisme de la beauté »

Interview | On ne peut s’empêcher de voir des similitudes entre la figure de Marie Curie et celle de Marjane Satrapi. La cinéaste bouscule l’image d’Épinal en signant un portrait non pas de la seule scientifique, mais également du rayonnement de ses découvertes. Entretien exclusif.

Vincent Raymond | Mardi 10 mars 2020

Marjane Satrapi : « L’art est une recherche de la vérité à travers le prisme de la beauté »

À l’instar de Flaubert parlant de Madame Bovary, pouvez vous dire que cette Madame Curie, c’est un peu vous ? Marjane Satrapi : C’est un génie auquel je ne peux me comparer, mais que je comprends très bien. On est arrivées à Paris au même âge pour pouvoir réaliser ce que l’on ne pouvait pas faire chez nous. Je comprends donc sa difficulté d’être une immigrée parlant français avant de venir en France. Comme elle, aussi je ne cherche pas à plaire à tout le monde — je m’en fous, en fait. J’apprécie tout particulièrement ça chez elle, et le fait qu’elle ne soit pas quelqu’un de parfait. Je n’ai pas voulu en faire une héroïne, c’est-à-dire l’image parfaite de la femme merveilleuse, parce qu’elle n’était pas toujours commode. C’était un être humain avec ses imperfections ! Au-delà de l’album de Lauren Redniss, comment avez-vous déterminé ses contours ? Il y avait évidemment les biographies, les historiens, mais chacun donne son interprétation de l’histoire. Pour moi, on a la perception la plus corre

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"Radioactive" : brillante fusion

ECRANS | Évocation indirecte des lois de l’attraction et du magnétisme, "Radioactive" dépeint simultanément les atomes crochus entre Pierre et Marie Curie, ainsi que les propriétés de ceux qu’ils mirent en évidence. De la science, des frictions et le regard de Marjane Satrapi.

Vincent Raymond | Mardi 10 mars 2020

Paris, aube du XXe siècle. Jeunes scientifiques assoiffés de savoir, Marie Skłodowska et Pierre Curie s’allient au labo comme à la ville pour percer le mystère de la radioactivité. De cette union naîtront deux enfants et d’inestimables découvertes, des Prix Nobel, ainsi qu’une certaine jalousie teintée de haine xénophobe et machiste, Marie étant polonaise… Aux premières images de Radioactive montrant Madame Curie au soir de sa vie s’effondrant et se remémorer son existence par flash-back façon Les Choses de la vie, on s’inquiète un peu. Marjane Satrapi aurait-elle succombé à cette facilité du biopic hagiographique, ces chromos animés surglorifiant des célébrités ? Heureusement, non : la Madame Curie dont elle tire ici le portrait en s’inspirant du roman graphique de Lauren Redniss va se révéler bien différente des images déjà connues : moins fofolle que celle vue par Jean-Noël Fenwick (Les Palmes de M. Schutz), plus nuancée que la Femme honorable de Françoise Giroud ; bref, complexe et vivante, loin de la statufication. Têtue et pa

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"Papicha" : liberté, j’écris ton non

ECRANS | De Mounia Meddour (Fr.-Alg.-Bel.-Qat., 1h45) avec Lyna Khoudri, Shirine Boutella, Amira Hilda Douaouda…

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

Alger, début des années 1990. Alors que le pays s’enfonce durement mais sûrement dans la terreur, la jeune étudiante Nedjma résiste à sa manière, continuant à affirmer ses désirs de femme libre et indépendante. Mais jusqu’à quand le pourra-t-elle ? Ce brillant portrait d’une "papicha" ("beau brin de fille") à une époque où il ne faisait pas bon être femme ni revendiquer son autonomie résonne terriblement aujourd’hui : la violence ne s’exerce plus directement par les armes mais la pression sociétale est devenue telle que beaucoup d’entre elles ont intériorisé la menace religieuse et masculine. Nedjma apparaît comme une rebelle quand tous les autres jeunes de son âge (filles ou garçons) se soumettent en se voilant ou en préparant leur exil de l’autre côté de la Méditerranée ; tous composent avec les privations de liberté qui s’annoncent, sans même les contester. Sauf Nedjma, donc, qui ironiquement est la seule à manifester un attachement profond à ce pays qui lui veut tant de mal. Près de trente ans après les faits, les blessures algériennes ne sont toujours pas refermées, loin s’en faut. En témoigne le récent soulèvement populaire ay

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La rentrée ciné 2019, au(x) fil(ms) des semaines…

ECRANS | Sortie triomphalement au printemps, "Parasite" de Bong Joon-ho, la Palme d’or du dernier Festival de Cannes, laisse un boulevard aux films de l’automne, qui se bousculent au portillon. À vous de les départager ; ex aequo autorisés.

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

La rentrée ciné 2019, au(x) fil(ms) des semaines…

18 septembre Avec Portrait de la jeune fille en feu, Céline Sciamma (Bande de filles, Tomboy, Naissance des pieuvres...) filme, sur fond de dissimulation artistique, le rapprochement intime et intellectuel de deux femmes à l’époque des Lumières. Une œuvre marquée par la présence invisible des hommes, le poids indélébile des amours perdues et le duo Noémie Merlant / Adèle Haenel. Prix du scénario à Cannes. À la même date, venu de Venise et des étoiles, Ad Astra, dans lequel James Gray embarque Brad Pitt pour un voyage galactique – après le Tarantino, Brad place ses billes pour l’Oscar. 25 septembre Dans un futur proche, un petit village aid

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"Dilili à Paris" : Paris perdu cher Michel Ocelot

ECRANS | de Michel Ocelot (Fr-Bel-All, 1h35) animation

Vincent Raymond | Mardi 9 octobre 2018

1907. Exhibée comme un animal exotique à l’occasion de l’exposition coloniale, Dilili, petite Kanake, profite de ses heures libres pour enquêter dans le Paris de la Belle Époque sur la disparition de gamines derrière lesquelles se cache un gang d’apaches blancs mâles hétéro cis… Depuis Kirikou et la Sorcière (1998), chaque nouvelle œuvre de Michel Ocelot est ardemment attendue. Moins par les enfants que les adultes, certes, lesquels apprécient l’originalité stylistique de ce conteur refusant de se soumettre aux diktats censoriaux comme aux modes. Alors, quelle déception de le découvrir chausser d’énormes sabots pour dénoncer les dérives du machisme et du patriarcat. Lui d’ordinaire si subtil dans son usage de la parabole (voir Kirikou où la sorcière Karaba, qui fait disparaître les hommes après avoir été piquée au bas du dos par une épine empoisonnée, peut ainsi être considérée comme la figure centrale d’un "rape and revenge" métaphorique) conforme ici l’histoire et l’Histoire à son message, peu importent les incohérences ou les anachronismes. Bien sûr, la forme reste originale et splendide, mais la structure narra

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Rentrée cinéma 2018 : et voici les films qui feront les prochains mois

ECRANS | Quels sont les cinéastes et, surtout, les films à ne pas louper avant la fin de l'année ? Réponses en presque vingt coups – dix-neuf pour être précis.

La rédaction | Mardi 4 septembre 2018

Rentrée cinéma 2018 : et voici les films qui feront les prochains mois

Les Frères Sisters de Jacques Audiard Sortie le 19 septembre Escorté par son inséparable partenaire et coscénariste Thomas Bidegain, Jacques Audiard traverse l’Atlantique pour conter l’histoire de deux frères chasseurs de primes contaminés par la fièvre de l’or. Porté par l’inattendue fratrie John C. Reilly/Joaquin Phoenix (à l’œil puant le vice et la perversité), ce néo-western-pépite empli de sang et de traumas ne vaut pas le coup, non, mais le six-coups ! Climax de Gaspar Noé Sortie le 19 septembre Une chorégraphe a réuni une équipe internationale de danseurs pour son nouveau projet qu’elle achève de répéter dans une salle isolée. Après un ultime filage, la troupe s’octroie un réveillon festif sur la piste, s’enivrant de musique et de sangria. Mais après quelques verres, les convives se mettent à vriller sérieusement. Qu’y avait-il donc dans cette satanée sangria ? Noé compose un cocktail de survival et de transe écarlate à déguster séance hurlante.

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De Kirikou à Dilili : Michel Ocelot, géant animé

ECRANS | Le réalisateur, à qui l'on doit le fameux Kirikou, sera samedi 23 juin au Méliès pour dévoiler son nouveau film "Dilili à Paris". Et célébrer par la même occasion les 20 ans de son succès 'Kirikou et la Sorcière".

Vincent Raymond | Mardi 19 juin 2018

De Kirikou à Dilili : Michel Ocelot, géant animé

Après Mon voisin Totoro de Hayao Miyazaki qui fête ses trente ans (et est ressorti au Méliès), un autre personnage "exotique" pour le public hexagonal souffle un nombre rond de bougies cette année : Kirikou, vaillant héros des films de Michel Ocelot, qui a désormais 20 ans. Apparu dans Kirikou et la Sorcière (1998), conte africain ayant le bon sens et le bon goût de ne pas occidentaliser ni le cadre, ni les voix, l’enfant débrouillard qui demandait à sa mère de l’accoucher a aussi marqué la renaissance du cinéma animation en France. Une animation osant des esthétiques hors norme (laissant une place généreuse à l’abstraction et à la couleur vive), des techniques traditionnelles ou artisanales (ombres chinoises, papier découpé…), des musiques imprégnées de sonorités folkloriques authentiques et non aseptisées dans la marmite hollywoodienne de la world music. En vingt ans, Ocelot n’a cessé d’explorer le monde – les mondes – célébrant de fructueuses noces entre légendes et imaginaire. Présenté en avant-première au Festival international du film d'animation d'Annecy, son nouveau long-métrage raconte le destin d’une petite

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"Ernest et Célestine en hiver" : ours dort

ECRANS | de Julien Chheng & Jean-Christophe Roger (Fr., 0h45) animation

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Quatre nouvelles aventures de l’ours musicien et de sa copine-colocataire la souris, glanées avant l’hibernation d’Ernest. L’occasion de rencontrer Bibi l’oie sauvage qu’ils ont élevée, la Souris verte dérobant les objets abandonnés ou Madame Tulipe, voisine du tandem aimant danser… L’ambition de ce programme de courts-métrages est plus modeste que long-métrage ayant donné vie cinématographique en 2012 aux personnages de Gabrielle Vincent : on est ici dans le bout-à-bout d’épisodes formatés pour une diffusion télévisuelle. D’où la question : en dépit de leur qualité formelle tout à fait comparable au film de Benjamin Renner, Stéphane Aubier & Vincent Patar, que font-ils sur grand écran sans "plus-value", sans liant ? On tolère de perdre une partie de l’univers des personnages et de la noirceur ayant fait d’Ernest & Célestine un objet à la poésie complexe ; pas vraiment d’assister à une sorte de projection de DVD grand format.

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"Le Roi et l'oiseau" : roi (plus si) maudit

Cinéma tout public | Le Musée de la Résistance projette mercredi 19 avril le chef-d'œuvre de Paul Grimault. Un film tout simplement culte.

Aurélien Martinez | Mardi 11 avril 2017

Et là, pendant ces vacances scolaires, le Musée de la Résistance, en partenariat avec la Cinémathèque de Grenoble, propose un ciné-goûter autour d’une œuvre mythique réalisée par l'un des pionniers de l'animation made in France : Le Roi et l'oiseau de Paul Grimault. Flashback : juste après la Seconde Guerre mondiale, le studio d'animation des Gémeaux, qui souhaite s'imposer sur la scène européenne, se lance dans la conception du premier long-métrage d'animation français, avec son cofondateur Paul Grimault à la réalisation, en collaboration avec Jacques Prévert et d'après le conte d'Andersen La Bergère et le Ramoneur. Sauf que les contraintes financières vont accélérer le calendrier de production, ce qui altérera la qualité artistique du film que renieront du coup Grimault et Prévert à sa sortie en 1953. Nouveau flashback : vingt-cinq ans plus tard, Grimault rachète les droits du film qu'il transforme (sans Prévert, tout juste mort) en Roi et l'oiseau (1980). Soit l’histoire d’amour entre une bergère et un petit ramoneur contrariée par un roi tyrannique. Et là, c’est le che

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"Louise en hiver" : seule au monde

ECRANS | de Jean-François Laguionie (Fr., 1h15) animation

Vincent Raymond | Mardi 22 novembre 2016

Vacancière âgée dans une station balnéaire, Louise a manqué le dernier train de retour de la saison. La voilà prise au piège dans sa maison de villégiature pour l’hiver, avec pour seule compagnie la mer, ses souvenirs et un chien… Langueur de sieste et tonalité pastel portent ce film au ralenti, comme des vaguelettes bercent un bateau amarré à quai. Bien sûr, la technique artisanale est superbe, et la maestria de Jean-François Laguionie (Le Tableau) toujours intacte, mais le format court-métrage eût été suffisant pour venir à bout des vacances involontaires de cette Madame Hulotte en retraite. Sans doute le voyage intérieur que Louise accomplit dans sa nostalgie fera-t-il écho auprès des têtes argentées ; encore faut-il que ces spectateurs consentent à aller voir un film d’animation sans bambin pour escorte – ce qui n’est pas, hélas, toujours gagné. Demeure un étonnement : pourquoi avoir attribué à Louise le timbre râpeux de Dominique Frot, alors que sa silhouette et son minois semblent avoir été calqués sur la douce Isa

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"Ivan Tsarévitch et la Princesse changeante" : Ocelot au sommet

ECRANS | Michel Ocelot, le papa de Kirikou, enrichit de cinq nouveaux titres sa collection de contes en silhouettes initiée pour la télévision avec "Ciné Si", puis transposée au cinéma avec "Princes et Princesses". Le procédé, comme la magie, demeurent inchangés…

Vincent Raymond | Mardi 27 septembre 2016

On louait il y a peu la capacité du grand studio d’animation Blue Sky à se renouveler au bout du cinquième opus de la saga L’Âge de glace. Mais quel panégyrique faudrait-il composer en l’honneur de Michel Ocelot, qui poursuit sans tambour ni trompette depuis près de trente ans une série conjuguant minimalisme graphique et flamboiement visuel ? Éloge du conteur capable de broder et de renouveler une légende à partir d’une trame classique, célébration d’un imaginaire ludique et ouvert (car partagé) s’entretenant comme un muscle, la série Ciné Si dont découlent aujourd’hui ces nouveaux épisodes regroupés sous le titre Ivan Tsarévitch et la Princesse changeante, mérite d’être considérée comme un classique contemporain. Un classique discret, certes, mais précieux et exemplaire dans son art de placer toutes les traditions du monde sous une lumière égale, puisque Michel Ocelot embrasse avec le même enthousiasme une légende russe, africaine, tibétaine, européenne ou chinoise. Modernité du c

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Michel Ocelot sera samedi au Méliès

ECRANS | Avec dans ses cartons un nouveau film...

Aurélien Martinez | Lundi 5 septembre 2016

Michel Ocelot sera samedi au Méliès

Le réalisateur de la saga Kirikou ou encore d’Azur et Asmar sera ce samedi 10 septembre à 16h15 au cinéma Le Méliès pour dévoiler son nouveau film Ivan Tsarevitch et la princesse changeante, en salle le 28 septembre. Plus d'info sur le site du cinéma.

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The Voices

ECRANS | Marjane Satrapi s’exile aux États-Unis pour s’approprier une commande de film d’horreur à petit budget qu’elle transforme en comédie sanglante et cinglante à l’esprit très 80’s. Sympathique même si l’affaire peine à tenir la longueur. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 10 mars 2015

The Voices

Il faut imaginer ce que The Voices aurait pu être si Marjane Satrapi ne s’en était emparé pour lui faire subir une torsion toute personnelle : un de ces films d’horreur pour ados comme il s’en produit à la pelle, où l’esprit de sérieux n’est qu’une façade pour masquer le cynisme mercantile. Le film raconte comment un schizophrène tout juste sorti de l’asile, suivi de près par sa psychiatre et tenu en laisse par une puissante camisole chimique, finit par craquer son vernis de ravi de la crèche et retomber dans ses pulsions homicides. D’entrée, Satrapi repeint son univers aux couleurs irréelles d’un arc-en-ciel de bonheur, quand bien même celui-ci napperait un paysage d’usines et de banlieues branlantes ; l’effet Prozac contamine une mise en scène qui choisit l’option humour noir et transforme le minet Ryan Reynolds en une parodie de lui-même, sourire extatique figé perpétuellement sur son visage de puceau imberbe. Lorsqu’il rentre chez lui après une journée à bosser et à tenter de séduire la belle secrétaire de son entreprise (Gemma Arterton, parfaite incarnation du charme canaille de la "girl next door british") plutôt que de nourrir son cha

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Voir et revoir le cinéma jeune public

ECRANS | Le festival Voir ensemble du Méliès propose cette année encore quinze jours de films jeune public judicieusement sélectionnés parmi l’actualité du genre, mais (...)

Christophe Chabert | Mardi 3 février 2015

Voir et revoir le cinéma jeune public

Le festival Voir ensemble du Méliès propose cette année encore quinze jours de films jeune public judicieusement sélectionnés parmi l’actualité du genre, mais aussi dans son histoire, récente ou lointaine. Le parrain de cette édition n’est autre que le grand Jean-François Laguionie, un des maîtres de l’animation française, qui présentera son superbe Le Tableau ainsi que des images inédites de son prochain film, Louise en hiver, lors de l’ouverture du festival le 7 février. Ouverture qui se poursuivra avec l’avant-première du très attendu Shaun le mouton, nouvelle production des studios Aardman, reprenant le personnage de la fameuse série télé et sidekick comique d’un des plus fameux épisodes de Wallace et Gromit, Rasé de près. Des avant-premières, il y en aura d’autres au cours du festival, réunies dans une compétition où figure notamment l’excellent Spartacus et Cassandra, dont on vous parle page 4, mais aussi un inédit de Karel Zeman, le Méliès tchèque, Le Baron de Crac, tourné en 1961. Zeman sera aussi à l’honneur à travers un beau pr

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Loulou, l’incroyable secret

ECRANS | D’Éric Omond et Grégoire Solotareff (Fr, 1h20) animation

Christophe Chabert | Mercredi 11 décembre 2013

Loulou, l’incroyable secret

Après un recueil de courts (Loulou et autres loups), le héros animé inventé par Grégoire Solotareff passe au format long ; du coup, l’intrigue se charpente, montrant Loulou à la recherche de ses ascendances familiales du côté d’une Bavière d’opérette truffée de clins d’œil et de références. Soit un décorum joyeusement burlesque peuplé de carnivores en tout genre, où règne l’intimidant Lou Andrea – qu’on pourrait appeler Loudwig – et où le marchand d’antiquités porte le sobriquet de Simon Edgar Finkel. C’est ce qui fait le sel d’une aventure où Loulou et son ami lapin Tom tentent de résister à l’appel du sang, de la race et de la lignée, préférant des valeurs finalement plus solides comme l’amitié ou, mieux encore, la paresse. Sans atteindre les hauteurs d’Ernest et Célestine, ce dessin animé à l’ancienne made in France est plus que recommandable, même si le sous-texte y est parfois plus passionnant que le texte, qui traîne un peu en longueur dans sa dernière partie. Christophe Chabert

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"Isabelle et la Bête" : up and down

Théâtre | Ça partait mal : un texte trop explicite, un jeu plus qu’hésitant... Mercredi, soir de la deuxième représentation (le spectacle ayant été créé la veille), (...)

Aurélien Martinez | Jeudi 6 décembre 2012

Ça partait mal : un texte trop explicite, un jeu plus qu’hésitant... Mercredi, soir de la deuxième représentation (le spectacle ayant été créé la veille), le premier tableau d’Isabelle et la Bête, pièce-concert composée à trois (Véronique Bellegarde à la mise en scène, Grégoire Solotareff à l’écriture et aux dessins, et Sanseverino à la musique), sonnait tout simplement faux. On découvrait un jeune couple mal à l’aise dans une ville grisâtre (très belle création graphique de Solotareff, dont différents dessins sont projetés sur scène), qui désirait s’échapper vers une île lointaine. Le deuxième tableau nous rassurait que très légèrement : on tombait, en miroir, sur un couple fantasque habitant une île déserte. Elle, reine féline ; lui, roi « moche » et lubrique, tous deux campés par deux comédiens plus convaincants (dont le très bon Gérard Watkins). Puis, petit à petit, on s’est fait emporter par cet univers étrange, on a laissé de côté ce qui nous dérangeait (le texte s’améliorant sensiblement une fois la rencontre entre

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Ernest et Célestine

ECRANS | Il y a le bas, le monde des souris ; et il y a le haut, celui des ours. Le travail des uns s’appuie sur celui des autres : pendant que les ours se (...)

Christophe Chabert | Mardi 4 décembre 2012

Ernest et Célestine

Il y a le bas, le monde des souris ; et il y a le haut, celui des ours. Le travail des uns s’appuie sur celui des autres : pendant que les ours se pourrissent les dents à se gaver de sucreries, dont le commerce assure la prospérité des nantis, les souris récupèrent leurs ratiches qu’elles liment de manière à s’en faire de superbes dentiers avec lesquels elles pourront ronger et creuser des galeries. Ainsi va l’ordre de la société dans Ernest et Célestine, et les institutions veillent à ce que celui-ci ne soit jamais déréglé : policiers, juges et éducateurs ne sont pas que pour garantir la pérennisation du système. Sauf qu’un jour, l’imprévisible se produit : une petite souris nommée Célestine décide de prendre son indépendance, refuse le métier de dentiste à laquelle on la promet et n’écoute plus les injonctions de sa mère supérieure. Elle s’aventure à la surface et y fait la rencontre d’Ernest, qui lui aussi ne veut pas vivre selon la norme : il est un peu artiste, un peu mendiant, très paresseux. De leur rencontre va naître une utopie douce où la bohème ébranle le conformisme social. On l’aura compris, Ernest et Célestine n’est pas seulement une fable

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Les rêves chantants

SCENES | Il y a les spectacles qui se créent ailleurs et que, du coup, on peut aller voir avant leur venue à Grenoble. Et il y a ceux dont la première a lieu à Grenoble. C’est le cas d’"Isabelle et la Bête", pièce-concert conçue par Véronique Bellegarde, Sanseverino et Grégoire Solotareff, dont on attend beaucoup au vu du CV des trois artistes. Du coup, pour en savoir plus, on est partis à leur rencontre. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Vendredi 23 novembre 2012

Les rêves chantants

Sur le papier, le projet d’Isabelle et la Bête intrigue. Soit une « pièce-concert » composée à six mains : deux de Grégoire Solotareff, auteur et illustrateur, deux de Sanseverino, chanteur gouailleur, et deux de Véronique Bellegarde, metteuse en scène qui nous avait bluffés en 2010 avec son spectacle Terre océane, créé aussi à la MC2. « Isabelle et la Bête, c’est un rêve à trois, avec, dès le début, la volonté d’écrire un langage de scène ensemble, qui lie la musique, le texte, les dessins...  » nous explique-t-elle. Pour le texte, c’est Grégoire Solotareff qui l’a écrit, en s’inspirant très librement de La Belle et la Bête – et particulièrement de l’adaptation cinématographique que Jean Cocteau a livrée. « C’est un conte que j’aime beaucoup, depuis toujours. J’avais envie de le transposer, de partir de ce matériau très ancien, très mythologique, pour en faire quelque chose de plus symbolique, avec des questions d’aujourd’hui. » Un texte présenté comme un « anticonte de fée », construit autour de dualités : l’art et la vie, la beauté et la laideur, le rêve et la réalité, la vérité et le mensonge... Il préc

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Coup de soleil cinéphile

ECRANS | Mini-révolution dans le festival Écran total : avec l’ouverture du nouveau Méliès, la manifestation se sédentarise et profitera ainsi du 12 au 15 octobre de (...)

Christophe Chabert | Vendredi 5 octobre 2012

Coup de soleil cinéphile

Mini-révolution dans le festival Écran total : avec l’ouverture du nouveau Méliès, la manifestation se sédentarise et profitera ainsi du 12 au 15 octobre de ses trois écrans, proposant un riche panorama des grands films d’auteur à sortir dans les semaines (et même les mois) à venir. Si Écran total démarre le 11 à l’Espace Aragon de Villard-Bonnot avec l’avant-première du chef-d’œuvre de Michael Haneke Amour, dès le lendemain, il faudra se ruer quartier de Bonne pour rencontrer Louis-Do De Lenquesaing, comédien qui signe ses débuts derrière la caméra avec Au galop. Le samedi 13, grande journée avec le nouveau documentaire de Werner Herzog, Into the abyss, où il se rend dans le couloir de la mort pour y rencontrer un condamné à quelques jours de son exécution, entretien qu'il croise avec ceux des familles de ses victimes. Dans la soirée, Mia Hansen-Löve, réalisatrice du très beau Père de mes enfants, aura carte blanche et présentera en avant-première

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Kirikou et les hommes et les femmes

ECRANS | De Michel Ocelot (Fr, 1h28) animation

Christophe Chabert | Lundi 1 octobre 2012

Kirikou et les hommes et les femmes

Troisième incursion dans l'univers de Michel Ocelot et ses contes africains, cette nouvelle série d'aventures de Kirikou suit les mêmes chemins vertueux que les films précédents. Déclinaison oblige, l'épisode, ou plutôt sa succession de petits récits, touche ici au vivre ensemble, à la communauté non moins repliée sur elle-même qu'ouverte sur le monde. Une gageure si l'on considère que chaque intrigue part d'un village de brousse avec une vingtaine d'habitants, sorcière incluse. Le résultat, inégal de par la qualité fluctuante des histoires (mais pas du style, qui n'a plus rien à prouver), assure toutefois le minimum philosophique et morale, avec ce manque de précision dans le déploiement narratif qui lui donne tout son charme. Altruisme, entraide, amitié, curiosité, transmission, apprentissage, Ocelot ne réinvente pas la nature des fables, mais dresse un générique non exhaustif de valeurs dont son petit personnage courageux fait joliment l'épreuve. Jérôme Dittmar

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Le maître et les élèves

CONNAITRE | Ce mercredi 7 décembre à 14h, le cinéma Le Méliès accueille le vétéran de l’animation française Jean-François Laguionie, à l'occasion de la projection de son nouveau (...)

Aurélien Martinez | Lundi 5 décembre 2011

Le maître et les élèves

Ce mercredi 7 décembre à 14h, le cinéma Le Méliès accueille le vétéran de l’animation française Jean-François Laguionie, à l'occasion de la projection de son nouveau film Le Tableau. Une œuvre d’un très grand raffinement comme nous l’écrivions lors de sa sortie il y a deux semaines (article sur notre site internet). Rencontrer le réalisateur, qui se fait très rare sur les écrans (L'Ile de Black Mór, son précédent film, était sorti en 2004), est donc une occasion en or pour appréhender toute la richesse de son art. Car derrière son esthétisme soigné proche d’un Paul Grimault, Jean-François Laguionie développe un discours fort et intelligent comme on en voit trop rarement dans les films destinés au jeune public. Dans Le Tableau, il divise ainsi une société en trois castes, où l’une, arrogante, dénigre le droits aux autres d’exister, les obligeant à se cacher. Les deux autres, évidemment, reproduisant entre elles les inégalités venues du dessus. AM

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Poulet aux prunes

ECRANS | Dans Poulet aux prunes, Marjane Satrapi fait mieux que transformer l’essai de Persépolis : avec son comparse Vincent Paronnaud, ils retranscrivent en prises de vue réelles l’imaginaire débordant de ses bandes dessinées, en gorgeant les images d’humour, d’émotion et de poésie visuelle. Christophe Chabert

François Cau | Vendredi 21 octobre 2011

Poulet aux prunes

C’est l’histoire d’un musicien iranien qui casse son violon et qui décide, désespéré de ne pouvoir retrouver la magie de sa musique avec un autre instrument, de casser sa pipe. Poulet aux prunes ne prend pas de gants pour nous annoncer la nouvelle : à peine l’introduction du film est-elle terminée que l’on connaît déjà le moment du trépas de Nasser-Ali. Ne reste plus qu’à compter les jours qui rapprochent de l’échéance, et les animer de toutes les façons possibles. Retours en arrière, projections hypothétiques sur les différentes manières de passer l’arme à gauche, et même grands bonds dans le temps accompagnant le destin des personnages secondaires… «C’est ce que j’aime au cinéma, commente Marjane Satrapi, co-réalisatrice avec Vincent Paronnaud. Que le personnage meurt au bout de dix minutes, et ensuite, on parle de sa vie pendant une heure vingt.» La narration de Poulet aux prunes est à l’image du débit élégant et élastique de son narrateur Édouard Baer : souple, fluide, libre, échappant à la pesanteur du réel pour se laisser conduire par la simple beauté de l’imaginaire, du rêve et de la poésie. Lignes briséesQuand Marjane Satrapi avait adapté Persépolis pour le gran

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Les Contes de la nuit

ECRANS | De Michel Ocelot (Fr, 1h24) animation

François Cau | Mardi 12 juillet 2011

Les Contes de la nuit

Suite en 3D de Princes et Princesses, le nouveau film de Michel Ocelot produira un drôle d’effet sur ceux, enfants ou adultes, qui iront le voir : sa technique de personnages découpés à la façon des ombres chinoises et s’animant devant des décors-tapisseries chatoyants, associée à des histoires à la naïveté annoncée (par de très répétitifs interludes) finit par provoquer un état quasi-hallucinatoire chez le spectateur. Pendant les trois premiers contes, on se laisse aller à cette sarabande de clichés sur l’Afrique, l’Inde, les princes et les gueux. Mais ce caractère répétitif provoque, en cours de route, un état quasi-hypnotique, d’autant plus que les deux dernières histoires sont truffées de ces sous-entendus dont Ocelot raffole. Peut-être les kids ne verront rien de tout ça, et trouveront juste le spectacle un peu long. Pour les autres, c’est la séance LSD de l’été ! Christophe Chabert Sortie le 20 juillet.

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Le Chat du rabbin

ECRANS | De Joann Sfar et Antoine Delesvaux (Fr, 1h40) animation

François Cau | Mercredi 25 mai 2011

Le Chat du rabbin

Compresser en un film d’une heure quarante les cinq volumes du Chat du rabbin était une gageure pour le peu modeste — il peut, vu son talent — Joann Sfar. Depuis son entrée par la grande porte du cinéma français avec Gainsbourg (vie héroïque), Sfar affiche un appétit d’ogre pour ce nouveau media, et on retrouve sa soif d’étreindre tous les possibles avec ce film d’animation (en 3D, mais on peut largement s’en dispenser, le dessin de Sfar étant fondé sur la ligne, et non sur les volumes). Le problème, c’est que ce désir-là se traduit par une écriture dont la spontanéité ouvre les vannes à un certain foutoir. Parti sur un amusant dialogue philosophique et théologique entre un rabbin et son chat (qui parle avec la voix de François Morel), le film bifurque vers un récit d’aventures à la Hergé (dont Sfar se moque brièvement, et avec malice), oubliant en chemin son personnage principal (le chat). Non seulement on se moque un peu des péripéties picaresques de ce voyage vers la terre promise, mais Sfar tombe dans son autre gros défaut (déjà sensible avec Gainsbourg) : il ne peut s’empêcher de mettre du discours partout et de faire de la pédagogie par-dessus son récit.

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Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures

ECRANS | Palme d’or méritée — quoique contestée — au dernier festival de Cannes, le film d’Apichatpong Weerasethakul est un conte métaphysique, un voyage aux pays des fantômes drôle et planant, une expérience de cinéma rare. Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 26 août 2010

Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures

Alors que triomphe encore en salles le Inception de Christopher Nolan, voilà que débarque sur les écrans la dernière palme d’or du festival de Cannes, Oncle Boonmee, qui s’apparente aussi à une visite au pays des rêves. Le film devrait, dans un monde bien fait où les spectateurs n’ont qu’un seul désir, voir du cinéma différent, déclencher la même furia interprétative que le rubik’s cube nolanien. Là, par contre, on ne rêve pas… Les réactions paresseuses et aveugles de certains critiques lors des projections cannoises laissent peu d’espoir quant à un éventuel raz-de-marée d’enthousiasme. Et pourtant… Weerasethakul qui jusque-là (du moins, jusqu’à Syndromes and a century, qui fait figure aujourd’hui de prise d’élan avant le grand envol d’Oncle Boonmee) avait choisi de garder les clés de son coffre cinématographique bien caché à l’abri des regards, l’ouvre ici en grand, et témoigne d’une surprenante hospitalité envers le spectateur. Vers l’invisible et au-delà Premier cadeau de bienvenue : la beauté à couper le souffle de ses images. Le prégénérique nous plonge dans la jungle où, au milieu d’une végétation luxuriante, une silhouet

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