L'Homme aux poings de fer

ECRANS | De RZA (ÉU, 1h35) avec Russell Crowe, RZA, Rick Yune…

Jerôme Dittmar | Jeudi 20 décembre 2012

À deux semaines d'intervalle, L'Homme aux poings de fer joue les amuse gueule pour Django Unchained. Sponsorisé par Tarantino, écrit par son complice Eli Roth, le premier film de RZA a forcément des airs de grindhouse movie en allant puiser son inspiration dans le cinéma d'arts martiaux hongkongais. Traumatisé par le genre depuis les débuts du Wu-Tang, le MC s'offre donc son film de fan. Au programme du maniérisme pur jus, une intrigue prétexte au combat, de l'humour qui tâche et un défilé de nénettes canons, tout le casting de cette production sino-américaine flairant l'exotisme bon marché. Si on n'a rien contre cet esprit sympathiquement bâtard et assumé, cinématographiquement, c'est pas Tsui Hark ou Chang Cheh. Même s'il a compris les bases (comme définir les personnages par leur arme), RZA montre vite ses limites derrière une caméra, et délègue les meilleures scènes à Corey Yuen, chorégraphe et co-auteur de hits comme Dragons Forever ou Yes Madam !. C'est déjà ça de pris.

Jérôme Dittmar


L’Homme aux poings de fer (The Man with the Iron Fists)

de RZA & Éli Roth (ÉU, 1h35) avec Russell Crowe, Lucy Liu, Pam Grier...

de RZA & Éli Roth (ÉU, 1h35) avec Russell Crowe, Lucy Liu, Pam Grier...

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A son arrivée dans un village de la Chine féodale, un forgeron est contraint à se battre pour lui-même et pour les villageois, qu'il est amené à défendre contre de redoutables guerriers...


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"Fugue" : fermez la parenthèse

ECRANS | De Agnieszka Smoczynska (Pol-Tch-Sué, 1h40) avec Gabriela Muskala, Lukasz Simlat, Malgorzata Buczkowska…

Vincent Raymond | Lundi 6 mai 2019

Sortie de nulle part, Alicja a échoué sur un quai de métro, amnésique. Deux ans plus tard, elle est identifiée par sa famille et se découvre un époux (qui a refait sa vie), un fils, des parents, une existence rangée, loin de sa nouvelle apparence plus "déstructurée". Pourra-t-elle s’y réintégrer ? La réelle question posée par Fugue n’est pas tant la possibilité de restaurer sa mémoire et sa vie passée, mais plutôt le droit à "l’évaporation" telle qu’évoquée jadis par le cinéaste japonais Shohei Imamura – fût-elle comme ici accidentelle. L’amnésie ayant transformé Alicja en une personne différente (et lui ayant conféré une nouvelle identité), elle se trouve confrontée à un traumatisme supplémentaire : se soumettre à un désir de conformité social qui lui est totalement étranger. Comment en effet éprouver sur commande un amour viscéral pour de parfaits étrangers ? Elle et sa famille ont fait leur deuil ; il leur est pourtant imposé de reprendre le cours de leur vie commune, comme si de rien n’était. Déroutant, voire perturbant si l’on s’en tient aux critères habituels du récit raccommodant à tout crin le passé, Fugue

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"Boy Erased" : au non du père

ECRANS | De Joel Edgerton (ÉU, 1h55) avec Lucas Hedges, Nicole Kidman, Russell Crowe…

Vincent Raymond | Mardi 26 mars 2019

Victime d’un viol à l’université, Jared se trouve contraint de dévoiler son homosexualité à sa famille. Pasteur de leur petite communauté, son père l’oblige à suivre un stage visant à le "guérir" de son orientation sous la houlette de Victor Sykes, un illuminé religieux pervers et nocif… On se souvient que la réalisatrice Desiree Akhavan avait l’an passé, dans Come As You Are, abordé ce même sujet des pseudo-thérapies de conversion, colonies sectaires où les familles à la limite de l’intégrisme placent leur enfant gay dans l’espoir que des gourous vomissant des versets de la Bible (tout en usant de tortures psychologiques et/ou physiques) les transforment en bons petits hétéronormés. Résultat ? Un taux de suicide hors norme. Le comédien-cinéaste australien Joel Edgerton reprend cette trame – et cette dénonciation – en lui donnant fatalement plus de lumière : d’une part parce qu’il adapte un fait divers (ne manquez pas à ce titre le carton de fin, d’un rare tragi-comique), de l’autre en conférant à des

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"Laissez bronzer les cadavres" : le polar et la manière

ECRANS | Adaptation visuellement pétaradante du premier roman de Jean-Patrick Manchette et Jean-Pierre Bastid, ce pur manifeste cinématographique fascine par son inextinguible obstination à travailler la forme. Une expérience de polar à la fois vintage et contemporaine signée Hélène Cattet et Bruno Forzani.

Vincent Raymond | Mardi 17 octobre 2017

Après un braquage sanglant de 250kg d’or en barres, Rhino et sa bande se sont mis au vert dans la vaste ruine d’une artiste peu regardante. Mais des invités-surprises se joignent à la troupe : deux femmes, un enfant, ainsi qu’une paire de motards de la police. Ça, c’est plus gênant… La bonne grosse mandale qui claque sur l’oreille et assourdit jusqu’à faire voir des étoiles : voilà, en substance, l’effet de souffle produit par Laissez bronzer les cadavres. Haletant dès son ouverture immersive, le troisième long-métrage du duo Cattet & Forzani évoque par son foisonnement d’idées formelles et sa remise en question incessante le rejeton issu d'une union entre Pierrot le Fou de Godard, Ne nous fâchons pas de Lautner et Persona de Bergman. Jouer au Éros Peuplé de visages et de figures arrachés à tous les univers (ici un ex-boxeur, là le meneur de Trust, ailleurs une star du porno des années 1970 ; et partout des totems du cinéma d’auteur comme Elina Löwensohn ou Marc Barbé, le Roger Blin moderne, étrangement doux), ce shoot d’adrénaline à l’image ouvragée par Manuel Dacosse métamorphose peu à pe

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"La Bataille géante de boules de neige" : la guerre des flocons

ECRANS | de Jean-François Pouliot & François Brisson (Can., 1h22) avec les voix (v.f.) de Erza Muqoli, Gabriel Gros, Esteban Durand…

Vincent Raymond | Mardi 20 décembre 2016

Pendant les congés de Noël, deux armées d’enfants menées respectivement par Luc et Sophie trompent leur ennui en se livrant une guerre impitoyable. Leurs armes ? Des projectiles composés de flocons d’eau gelée, agglomérés en sphères… Le titre improbable de ce film d’animation en dissimule un autre, incompréhensible pour le public hexagonal : La Guerre des tuques 3D – c’est-à-dire, en québécois, la guerre des bonnets. En plus d’être une variante saveur sirop d’érable de notre Guerre des boutons, cette amusette se trouve être le remake d’un immense classique dans la Belle Province. Un peu pataud, doté d’une esthétique rudimentaire, ce film part avec un handicap certain sur notre territoire, d’autant qu’il a été redoublé dans une langue métropolitaine aseptisée. Privé de ses locutions idiomatiques et de ses accents, il perd tout le potentiel sympathie que cet exotisme aurait pu lui conférer, ostie d’crisse !

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"The Nice Guys" : Russell Crowe et Ryan Gosling chien et chat

ECRANS | de Shane Black (E.-U., 1h56) avec Ryan Gosling, Russell Crowe, Kim Basinger…

Vincent Raymond | Mardi 17 mai 2016

On ne s’étonnera pas de voir derrière The Nice Guys le producteur Joel Silver, qui a bâti une partie de sa fortune grâce au "buddy movie" avec 48 heures et les quatre volets de L’Arme fatale – parler de tétralogie en l’occurrence risquerait de froisser Wagner. Il avait déjà accompagné Shane Black, scénariste de L’Arme fatale, pour Kiss Kiss Bang Bang (2005), précédent réussi narrant l'association entre une carpe et un lapin sur fond d’investigation privée ; il remet donc le couvert avec un nouveau duo chien et chat. Pourquoi diable changer des recettes qui fonctionnent et qui, justement, en rapportent ? Une fois que l’on a admis que le tonneau sur pattes à la carrure depardieutesque est Russell Crowe, on embarque pour un plaisant voyage carrossé jusqu’au bout du col pelle-à-tarte vintage années 1970. Plutôt que d’enchaîner les refrains connus à tour de platines, la B.O. procède en finesse en distillant des intros funky, groovy et disco. Shane Black met aussi la pédale douce du côté des répliques, abandonnant l’épuisante distribution de vannes surécrites. Du coup, on s’attache davantage à ses personnages pou

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"Dégradé" : film brillant sur Gaza

ECRANS | de Arab & Tarzan Abu Nasser (Pal./Fr./Qat., 1h23) avec Hiam Abbass, Maisa Abd Elhadi, Manal Awad…

Vincent Raymond | Mardi 26 avril 2016

À quoi reconnaît-on un “bon” film de guerre ? Certainement pas au volume de ses reconstitutions méthodiques de combats, ni au réalisme hurlant de ses scènes d’étripages ; plutôt à la manière dont il donne à partager l’atmosphère pesante d’un conflit – cette oppression qui s’exerce par contamination directe sur les civils, et pollue leur existence comme une maladie collective en s’insinuant dans tous les interstices de leur quotidien. Dégradé est un “bon” film de guerre parce qu’il se joue dans le huis clos d’un salon de coiffure, autrement dit un lieu anodin cultivant une image de frivolité, de superficialité, où les clientes incarnent une forme de résistance face à l’absurdité du contexte gazaoui. Parce qu’il nous montre comment chacune tente de surmonter la menace chronique, de s’accommoder des privations, de répondre de manière pragmatique à la logique de mort ambiante. Dégradé ne rend pas extraordinaires des situations qui le sont pourtant toutes (y compris la présence d’un lion domestique dans la rue !), parvient à représenter la proximité menaçante du front de manière ultra-réaliste… tout en s’abstenant de le filmer. Il y a autant d’in

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Shaun le mouton

ECRANS | Les studios Aardman se sont transcendés avec cette adaptation des aventures de Shaun, dont Mark Burton et Richard Starzac respectent les partis pris initiaux (gags burlesques, rythme trépidant et pas une ligne de dialogue) en y ajoutant un esprit anar réjouissant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Shaun le mouton

La jeunesse, c’est l’âge de l’enthousiasme, des grands projets, de la vie libre et insouciante. Et puis le train-train quotidien s’installe, la routine du travail, des jours qui se ressemblent et des amis que l’on ne regarde plus. En cinq minutes déjà formidables, Shaun le mouton raconte ainsi comment un fermier passe de la joie d’élever son cheptel de moutons à l’application machinale d’un planning abrutissant pour lui, mais aussi pour ses animaux, proches de la dépression. À la faveur d’une publicité entrevue sur le flanc d’un bus, les moutons se prennent à rêver d’évasion, échafaudant un plan pour échapper à la surveillance de leur berger et de son chien Bitzer, lui aussi en plein relâchement. Commence alors une aventure débridée et impossible à décrire tant elle fourmille de trouvailles visuelles. On n’est pas des moutons ! Car Shaun le mouton, adaptation d’une série animée autour d’un personnage apparu dans Rasé de près, une des aventures de Wallace et Gromit, est avant tout un défi de mise en scène : raconter une histoire sans avoir recours aux dialogues, remplacés par des borborygmes et une gamme presque symphoniq

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Ensembles mouvants

ARTS | « Est-ce que le grand format est utile à des photos inintéressantes ? » À ce commentaire laissé dans le livre d’or pour la nouvelle exposition de la (...)

Charline Corubolo | Mardi 22 avril 2014

Ensembles mouvants

« Est-ce que le grand format est utile à des photos inintéressantes ? » À ce commentaire laissé dans le livre d’or pour la nouvelle exposition de la Bibliothèque Kateb Yacine, consacrée à Denis Darzacq, il semble nécessaire de répondre en deux parties. D'abord, les clichés s’intéressent ici aux interactions, directes ou indirectes, entre les humains qui s’établissement dans la rue. Telles des particules, composantes d’un ensemble semblant à un atome, les passants se croisent, s’approchent ou s’éloignent. Le grand format permet donc de mettre en lumière ces liens intangibles, qui nous auraient certainement échappé dans une vision plus étriquée. Le photographe met ainsi en regard des rapports qui nous semblent futiles mais qui sont en définitif révélateurs de notre société, et donc intéressants. Ensuite, dans ce ballet urbain, les gens sont compressés, image d’un monde submergé, ou éparpillés, projection d’une humanité dissolue. Chaque image manifeste une situation différente par le prisme d’une composition subtile et soignée. Véritable art du découpage, plus que du cadrage, Denis Darzacq met en avant une personne, un face à face, un moment dans lequel la foule se

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Noé

ECRANS | Sauf le respect qu’on doit à Darren Aronofsky, ses débuts dans le blockbuster à gros budget relèvent du naufrage intégral, et cette relecture du mythe biblique est aussi lourdingue que formatée, kitsch et ennuyeuse… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 14 avril 2014

Noé

Qui était Noé selon Darren Aronofsky ? Un fanatique écolo, illuminé par l’annonce d’un désastre et la damnation d’une humanité corrompue, entouré par des anges envoyés par Dieu et incarnés en géants de pierre aux yeux phosphorescents. Ce résumé lapidaire de la première heure — interminable — de Noé résume dans le fond le formatage auquel est soumis ce blockbuster : un peu d’air du temps, un peu de messianisme divin (quand va-t-on nous foutre la paix avec ces stupides histoires de religion et quand passera-t-on au XXIe siècle dans cet occident que l’on dit éclairé et que l’on trouve de plus en plus obscurantiste ?) et un peu d’héroïc fantasy. Comme liant, un sérieux papal dans des dialogues qui calquent grossièrement ceux de n’importe quel serial historique actuel — Game of thrones, pour ne pas le citer. Face à ce gros foutoir en forme de kouglof indigeste et laborieux, on attend, comme dans l’expression consacrée, le déluge, car tout Aronofsky qu’il soit, c’est bien ce qu’on demande à un cinéaste qui engloutit plus de cent millions de dollars dans un film sur l’arche de Noé : filmer ce putain de déluge, même si celui-ci n’est que l’addition d’effets num

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"L’Étrange couleur des larmes de ton corps" : bof

ECRANS | d’Hélène Cattet et Bruno Forzani (Fr, 1h42) avec Klaus Tange, Sylvia Camarda…

Christophe Chabert | Mardi 11 mars 2014

Après Amer, le couple Cattet / Forzani continue son exploration fétichiste des codes du giallo (un genre de film d'exploitation, principalement italien, à la frontière du cinéma policier, du cinéma d'horreur et de l'érotisme), poussant un cran plus loin encore leurs expérimentations plastiques. Démarche singulière qui consiste à déconstruire chaque morceau de leur récit pour le transformer en court-métrage quasi-autonome s’appuyant sur un procédé formel qu’ils épuisent jusqu’au vertige… Split screens kaléidoscopiques ou photogrammes animés en noir et blanc, les cinéastes cherchent à fragmenter l’action pour la reconstituer de manière impressionniste et sensuelle, aidés par un traitement hyper-réaliste de la bande-son fondée elle aussi sur la répétition de motifs. Alors qu’il vise une forme d’hypnose ou de sidération, L’Étrange couleur des larmes de ton corps ne fascine jamais vraiment. Car le film se veut aussi narratif et c’est peu dire que sur ce point, il n’est carrément pas à la hauteur de sa mise en scène. Les acteurs sont effroyablement mauvais, les

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Magnifica Presenza

ECRANS | De Ferzan Özpetek (It, 1h46) avec Elio Germano, Paola Minaccioni…

Christophe Chabert | Dimanche 14 juillet 2013

Magnifica Presenza

Film après film, Ferzan Özpetek fait varier son petit univers fait de culture gay et de relents de comédie italienne, dans un style sage et propret qui ne prête ni à l’enthousiasme, ni à la raillerie. Bien écrit, bien filmé, bien interprété, Magnifica Presenza ne déroge pas à la règle, et introduit dans une mécanique bien huilée deux ingrédients qui relèvent la sauce : une pincée de fantastique, via cette histoire de maison hantée par une troupe de comédiens qui vont d’abord effrayer l’apprenti acteur (Elio Germano, ex-prix d’interprétation cannois) sentimentalement paumé qui s’y installe, avant qu’il ne se résigne à les libérer de leurs tourments éternels. C’est le deuxième intérêt du film : faire ressurgir le souvenir des résistants massacrés sous le fascisme, sans pour autant tomber dans le pamphlet. Magnifica Presenza joue ainsi une curieuse partition entre tragédie passée et comédie de mœurs contemporaine — avec des seconds rôles stéréotypés comme souvent chez Öztepek, qui se rêve en Almodovar transalpin, mais en est encore loin. Christophe Chabert Sortie le 31 juillet

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Les Misérables

ECRANS | À force d’adaptations, le roman de Victor Hugo devait en arriver là : la version filmée de la version anglaise de la comédie musicale. Elle confirme les limites de Tom Hooper derrière une caméra et accumule les faiblesses manifestes et les fautes de goût impardonnables. Pourtant… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 7 février 2013

Les Misérables

Les Misérables n’est pas un bon film. On pourrait même passer la critique entière à en lister les défauts. À commencer par le travail de Tom Hopper lui-même, dont le trop admiré Discours d’un roi montrait déjà les limites : par exemple, Hooper s’avère absolument incapable de donner une forme aux passages non chantés. Alternant grand angle et longues focales, ils sont cousus n’importe comment par un montage aberrant réduisant l’action à une bouillie d’images incohérentes. On peut aussi s’interroger sur la valeur musicale de la partition de Schönberg et Boublil : ces "tubes" pensés pour des chanteurs à voix ont pris du plomb dans l’aile, et seul l’investissement des comédiens permet de leur donner un nouveau souffle. Au milieu de ce casting all stars, on trouve une incroyable faute de goût : Russell Crowe dans le rôle de Javert. L’acteur sort sa grosse voix dans les passages parlés, mais part dans les aigus dès qu’il se met à chanter, sapant toute la crédibilité du personnage. Le récit est ce qui résiste le mieux à ce duplicata

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Tous au Larzac

ECRANS | De Christian Rouaud (Fr, 2h) documentaire

François Cau | Lundi 21 novembre 2011

Tous au Larzac

Un homme court sur un plateau escarpé, filmé depuis un plan aérien parfait, magnifiant à la fois le personnage et le décor dans lequel il s’inscrit ; l’ouverture de Tous au Larzac fait plus penser au Seigneur des anneaux qu’à un documentaire engagé sur un combat vieux de trente ans mais dont les répercussions se font sentir encore aujourd’hui. Christian Rouaud, qui avait déjà fait parler de lui en réalisant Les Lips, est comme Depardon un documentariste qui ne voit pas le genre comme du sous-cinéma. Dans Tous au Larzac, le soin apporté à la mise en scène, que ce soit dans les interviews ou dans le traitement des archives, n’a donc rien à envier à la meilleure des fictions. Mais le sujet s’y prête, mélange étrange entre un western contemporain bien de chez nous et un suspense politique où chaque coup porté par un camp se traduit par une réponse ferme de l’autre. On peut trouver le film un peu long (comme la lutte, qui dura dix ans), on peut regretter que Rouaud n’aille pas chercher des témoins du côté de l’armée ou des gouvernements de l’époque (ont-ils seulement un visage ?) ; mais sa constance à ne jamais baisser les bras en tant que cinéaste, reflet de la combativité de ceux q

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"Amer" : des hautes et des bas

ECRANS | D’Hélène Cattet et Bruno Forzani (Fr/Belg, 1h30) avec Cassandra Forêt, Charlotte Eugène-Guibbaud…

François Cau | Vendredi 26 février 2010

Le projet artistique est courageux, voire plus que louable : livrer une interprétation hautement référentielle du giallo (courant cinématographique venu de l’exploitation italienne qui mélangeait policier et fantastique), le tout sous un angle purement sensoriel. Dénuement des dialogues et des situations, travail monumental sur l’image et le son, leurs textures, leurs sens, Amer impressionne durant sa première bobine par la radicalité de ses partis pris. Le deuxième acte, beaucoup moins subtil dans sa structure, fait cependant déchanter, et retourne involontairement le propos du film contre lui-même : l’expérimentation se mute progressivement en prétention, les fulgurances visuelles se noient dans un maelstrom narratif souffrant de son opacité délibérée. Et Amer, grande aventure psychotrope, d’amorcer son virage en bad trip... Si vous ne craignez pas les descentes douloureuses, foncez.

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