The Sessions

ECRANS | De Ben Lewin (ÉU, 1h35) avec John Hawkes, Helen Hunt, William H. Macy…

Christophe Chabert | Jeudi 28 février 2013

John Hawkes est un peu l'acteur que l'on remarque tout le temps mais qui, d'ordinaire, cherche à ne pas se faire remarquer. On a croisé son visage émacié et son bouc bien taillé dans des séries comme 24, Deadwood ou Lost, puis en homme de ménage dans Contagion et en gourou séduisant et inquiétant dans Martha Marcy May Marlene ; récemment, il était un des trois lobbyistes de Lincoln. The Sessions le voit passer en pleine lumière pour un rôle à Oscar – comprenez, à handicap : celui d'un homme contraint de vivre dans un poumon d'acier suite à une poliomyélite. Reconnu comme un poète important, il veut connaître les joies du sexe avant sa mort. Avec la bénédiction d'un prêtre très ouvert d'esprit, il passe une petite annonce et voit débarquer une thérapeute un peu spéciale qui va lui proposer des sessions de travaux pratiques. Rien de dérangeant, scabreux ou choquant dans The Sessions, tant le film chante à tue-tête sa leçon de vie, dans un unisson qui mêle cabotinage, réalisation proprette et dialogues sentencieux. Cette volonté de clamer son honnêteté et sa vérité finissent par rendre l'ensemble aussi ennuyeux que suspect. Quant à John Hawkes, à trop vouloir saisir sa chance de passer enfin au premier plan, il produit l'effet inverse : au terme de ce mélo tire-larme et lourdingue, on ne peut plus le voir en peinture.

Christophe Chabert


The Sessions

De Ben Lewin (ÉU, 1h35) avec John Hawkes, Helen Hunt... L’histoire vraie et bouleversante d’un homme que la vie a privé de tout, et de sa rencontre avec une thérapeute qui va lui permettre d’aimer, "comme tout le monde".
Le Club 9 bis, rue Phalanstère Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Fargo, du sang sur la neige

ECRANS | On continue cette semaine notre rétrospective "20 ans de PB, 20 ans de ciné" en se téléportant en 1996, mais surtout en rendant hommage à un tandem de cinéastes (...)

Christophe Chabert | Mardi 3 décembre 2013

Fargo, du sang sur la neige

On continue cette semaine notre rétrospective "20 ans de PB, 20 ans de ciné" en se téléportant en 1996, mais surtout en rendant hommage à un tandem de cinéastes régulièrement loués dans nos colonnes : Joel et Ethan Coen. Fargo leur permet de revenir sur leurs terres natales, le Minnesota froid et enneigé, où un fait divers sordide se transforme devant leur caméra en tragédie de la bêtise et de la cupidité. Jerry Lundegaard (William H. Macy), médiocre vendeur de voitures, paie deux tueurs dégénérés, l’un (Steve Buscemi) volubile et agité, l’autre (Peter Stormare) peu loquace et impassible, pour enlever sa propre femme et demander une rançon à son beau-père blindé mais radin. Bien sûr, le plan tourne au cauchemar et seule une femme flic enceinte (Frances McDormand) tente de résister à cette spirale de violence. Le génie des Coen éclate à tous les étages de Fargo : le dialogue, vertigineux, la construction scénaristique, particulièrement audacieuse avec ses digressions imprévisibles – notamment via un personnage de Japonais dépressif et mythomane – et bien sûr la mise en scène, fabuleuse. En pleine symbiose avec leur chef opérateur Roger Deakins, les Coen

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Martha Marcy May Marlene

ECRANS | Portrait d’une adolescente s’échappant d’une communauté dirigée par un gourou séduisant et dangereux, le premier film de Sean Durkin exprime par sa mise en scène, mentale et envoûtante, la confusion de son héroïne. Brillant. Christophe Chabert

François Cau | Vendredi 24 février 2012

Martha Marcy May Marlene

Martha Marcy May Marlene pourrait être un drame à sujet sur les dérives sectaires de l’Amérique profonde ; mais Sean Durkin a une ambition bien plus grande qu’un simple réquisitoire contre la confusion des valeurs américaines et ses conséquences sur une jeunesse déboussolée. Son premier film est surtout, à la manière de La Solitude des nombres premiers l’an dernier, une tentative pour retranscrire le trouble mental de son héroïne Martha. C’est son vrai prénom, mais le gourou de la communauté dans laquelle elle a fui ce qui lui reste de famille l’a rebaptisée Marcy May. Quant à Marlene, c’est le nom que chacune de ses ouailles emprunte pour répondre au téléphone et pister de futures proies. L’horreur est bien là : le viol initial au prétexte d’une libération du corps, le bourrage de crâne qui conduit à se départir de son libre-arbitre et de son identité ; mais le cinéaste ne la livre jamais que par fragments intercalés en flashbacks dans un récit centré sur la reconstruction de Martha. En effet, celle-ci a réussi à s’évader et s’est réfugiée chez sa sœur Lucy e

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