Grand central

ECRANS | Après "Belle épine", Rebecca Zlotowski affirme son désir de greffer le romanesque à la française sur des territoires encore inexplorés, comme ici un triangle amoureux dans le milieu des travailleurs du nucléaire. Encore imparfait, mais souvent passionnant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 10 juillet 2013

Gary (Tahar Rahim, excellent comme jamais depuis Un prophète) est en quête de stabilité professionnelle après des années de jobs plus ou moins louches. Il atterrit dans la Drôme et intègre assez vite une équipe d'ouvriers travaillant au cœur des centrales nucléaires. La communauté, masculine, virile et solidaire, obéit à des règles draconiennes qui visent à éviter la contamination par la « dose » radioactive. La contagion, pour Gary, sera d'abord amoureuse : il croise un soir la femme d'un de ses collègues, Toni (prénom renoirien qui fait écho au cadre, curieusement bucolique, dans lequel vivent ces prolos du nucléaire, des mobile homes en bord de fleuve) et une passion physique va naître presque instantanément entre eux.

C'est tout le projet de Rebecca Zlotowski : comme les courses de motos clandestines de Belle épine accompagnaient la quête existentielle de Léa Seydoux, le nucléaire est ici la toile de fond qui permet de renouveler un classique triangle amoureux, même si le scénario s'emploie à intriquer jusqu'à la folie les deux éléments, poussant Gary à mettre sa vie en péril pour espérer rester auprès de celle qu'il aime.

Une dose de romanesque, une dose de nucléaire

En termes de cinéma, les choses sont un peu différentes. Zlotowski réussit une peinture extrêmement précise et documentée du travail accomplit par ces hommes qui descendent dans les réacteurs comme des astronautes vont réparer des fusées en plein espace. Les codes posés avec autorité par Olivier Gourmet (excellent, comme toujours certes, mais ce n'est jamais inutile de le souligner) résonnent avec ceux que la cinéaste utilisent dans sa mise en scène, du cinéma d'horreur au thriller, produisant quelques séquences terrifiantes et visuellement très inspirées.

En revanche, l'histoire d'amour est moins aboutie : les sentiments de Gary envers Karole ne sont jamais vraiment explicités, sinon comme une donnée naturelle du récit. Et Karole elle-même est un personnage mal défini, qui ne repose que sur le charisme de Léa Seydoux, dont le look garçonne hérité du dernier Kechiche colle mal à la féminité exacerbée du rôle.

Si les deux pans de Grand central ne dialoguent pas aussi bien qu'ils le devraient, la nervosité et l'authenticité avec lesquelles Zlotowski raconte son histoire tranchent sur l'ordinaire du cinéma hexagonal. Ce n'est que son deuxième film, mais il est déjà porteur de belles promesses.

Grand central
De Rebecca Zlotowski (Fr, 1h35) avec Tahar Rahim, Léa Seydoux, Olivier Gourmet, Denis Ménochet…
Sortie le 21 août


Grand Central

De Rebecca Zlotowski (Fr, 1h35) avec Léa Seydoux, Tahar Rahim De petits boulots en petits boulots, Gary est embauché dans une centrale nucléaire. Là, au plus près des réacteurs, où les doses radioactives sont les plus fortes, il tombe amoureux de Karole, la femme de Toni. L’amour interdit et les radiations contaminent lentement Gary.
UGC Ciné-Cité Confluence 121 cours Charlemagne Lyon 2e
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"Seules Les Bêtes" : col de la Croix mourant

Cinema | De Dominik Moll (Fr.-All., 1h57) avec Denis Ménochet, Laure Calamy, Valeria Bruni Tedeschi…

Vincent Raymond | Mardi 3 décembre 2019

Une petite communauté montagnarde gelée par l’hiver. La disparition d’une femme provoque des réactions contrastées : indifférence du rude Michel, suspicion de son épouse Alice qui pense que son amant, le solitaire Joseph, n’est pas étranger à l’affaire. Elle n’a pas forcément tort… Retour gagnant pour l’efficace Dominik Moll, toujours à l’aise dans les ambiances psychologiquement glaçantes : le polar de Colin Niel semblait écrit pour qu’il s’empare de ses personnages tourmentés, emmitouflés sous plusieurs couches de peaux et de vêtements, et qu’il compose autour de chacun d’entre eux un chapitre (autant dire un fragment) de l’histoire globale, en variant les points de vue. Comme dans Rashōmon de Kurosawa, chaque protagoniste fabrique sa vérité à partir de faits objectifs, de conjectures et de sa propre part de ténèbres. Une situation donnée pour suspecte dans une séquence se révèlera ainsi totalement anodine dans l’autre… mais l’inverse se vérifiera encore plus souvent. Portrait d’une région rurale d’altitude standard (en proie à ses difficultés économiques ordinaires, à la saisonnalité touristique, à

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"Ceux qui travaillent" : la gueule de l’emploi

ECRANS | De Antoine Russbach (Sui.-Bel, 1h42) avec Olivier Gourmet, Adèle Bochatay, Delphine Bibet…

Vincent Raymond | Mardi 24 septembre 2019

Premier arrivé, dernier parti ; costume cravate, droit comme un i… Frank a tout du cadre modèle dans la société de fret maritime où il a gravi tous les échelons. Mais une décision coupable lui vaut d’être licencié. Lui qui se pensait pour toujours dans le camp des vainqueurs va vaciller… Précipité d’économie, de chronique sociale et d’éthique cristallisé en une fiction tragiquement réelle, ce premier long-métrage aussi cuisant qu’une gifle fait d’un Olivier Gourmet marmoréen (et magistral, comme à l’accoutumée) le bras armé du capitalisme sans état d’âme – pléonasme. Le réalisateur Antoine Russbach ayant de surcroît l’adresse de ne pas tomber dans le piège du manichéisme, le personnage de Frank gagne en épaisseur humaine au fur et à mesure de sa déchéance et de ses rechutes, puisqu’il comprend être aussi la victime du système dont il se croyait seulement bénéficiaire – "profiteur" serait plus exact. On le hait en le plaignant à la fois, en particulier lorsqu’il constate la fragilité de sa "réussite" reposant sur le fait qu’il est un tiroir-caisse pour toute sa famille. Exception faite de sa plus jeune fille, encore épargnée par la fièv

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Arnaud Desplechin : « J’arrive enfin à rendre hommage à un Roubaix que j’adore »

ECRANS | Arnaud Desplechin délaisse, en apparence, la veine introspective pour signer "Roubaix, une lumière", film noir tiré d’un fait divers authentique survenu dans sa ville natale. Rencontre avec le cinéaste autour de la genèse de cette œuvre, sa méthode, ses doutes et ses joies. Mais aussi du théâtre (attention, spoilers).

Vincent Raymond | Vendredi 16 août 2019

Arnaud Desplechin : « J’arrive enfin à rendre hommage à un Roubaix que j’adore »

La tension est-elle un peu retombée depuis le Festival de Cannes, où le film était en compétition ? Arnaud Desplechin : C’était très intense ! Le soir de la projection a été un moment assez bouleversant pour chacun des acteurs. Il y a eu une deuxième ovation pour eux et j’ai vu Roschdy qui était comme un petit garçon. Il y a un amour des acteurs spécifique à Cannes : c’est le seul endroit où vous pouvez offrir aux acteurs cet accueil-là. Avec les photographes, les sourires, les encouragements, il y a tout un rituel qui est mis en place… Alors quand vous pouvez offrir ça aux acteurs qui vous ont tant donné pendant le tournage, c’est très, très, émouvant. À Venise, c’est différent, c’est le metteur en scène qui ramasse tout. Comment avez-vous choisi Roschdy Zem ? Je le connais depuis très longtemps, par ma maison de production. Je l’avais déjà repéré dans les films de Téchiné où il avait fait de petites apparitions et je m’étais dit : celui-là, on va compter avec lui. Et quand j’ai vu N’oublie pas que tu vas mourir… Même sa partition dans Le Petit Lieutenant est vachement b

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"Roubaix, une lumière" : divers faits d’hiver

ECRANS | Arnaud Desplechin retourne dans son Nord natal pour saisir le quotidien d’un commissariat de police piloté par un chef intuitif et retenu. Un polar humaniste où la vérité tient de l’épiphanie, et la parole du remède. Le premier choc de la rentrée cinématographique.

Vincent Raymond | Jeudi 25 juillet 2019

L’arrivée d’un nouveau lieutenant, des incendies, la disparition de mineurs, le crime d’une personne âgée… Quelques jours dans la vie et la brigade de Yacoub Daoud (Roschdy Zem), patron du commissariat de Roubaix, pendant les fêtes de Noël… « On est de son enfance comme on est de son pays » écrivait Saint-Exupéry. Mais quid du pays de son enfance ? En dehors de tous les territoires, échappant à toute cartographie physique, il délimite un espace mental aux contours flous : une dimension géographique affective personnelle, propre à tout un chacun. Et les années passant, le poids de la nostalgie se faisant ressentir, ce pays se rappelle aux bons (et moins bons) souvenirs : il revient comme pour solder un vieux compte, avec la fascination d’un assassin de retour sur les lieux d’un crime. Rupture Aux yeux du public hexagonal (voire international), Arnaud Desplechin incarne la quintessence d’un cinéma parisien. Un malentendu né probablement de l’inscription de La Sentinelle (1992) et de Comment je me suis disputé... (1996) dans des élites situées, jacobinisme oblige, en Île-de-France. Pourtant, son

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"Grâce à Dieu" : la voix est libre

ECRANS | D’une affaire sordide saignant encore l’actualité de ses blessures, François Ozon tire l’un de ses films les plus sobres et justes, explorant la douleur comme le mal sous des jours inattendus. Réalisation au cordeau, interprétation à l’avenant. En compétition à la Berlinale 2019.

Vincent Raymond | Mardi 12 février 2019

Lyon, années 2010. Fervent chrétien de quarante ans, Alexandre (Melvil Poupaud) découvre qu’un prêtre ayant abusé de lui lorsqu’il était jeune scout est encore au contact de mineurs. Il saisit donc la hiérarchie épiscopale et le cardinal Barbarin afin que le religieux soit écarté. Un long combat contre l’hypocrisie, l’inertie et le secret s’engage, révélant publiquement un scandale moral de plusieurs décennies… Il faut en général une raison impérieuse pour qu’un cinéaste inscrive à sa filmographie une œuvre résonant avec l’histoire immédiate. Surtout si l’originalité de son style, sa fantaisie naturelle et ses inspirations coutumières ont peu à voir avec la rigueur d’une thématique politique, sociétale ou judiciaire. De même que Robert Guédiguian avait fait abstraction de son cosmos marseillais pour Le Promeneur du Champ-de-Mars sur François Mitterrand, François Ozon pose son bagage onirique afin d'affronter un comportement pervers

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Melvil Poupaud : « Dans "Grâce à Dieu", c’est plus l’institution qui est mise en cause que les personnes »

ECRANS | Dans le film de François Ozon "Grâce à Dieu", il incarne celui grâce auquel le scandale éclate enfin. Riche d’une carrière de plus de trente ans dans le cinéma (mais pas seulement), Melvil Poupaud enchaîne les partitions exigeantes et variées sans jamais se diluer. Conversation avec un comédien si précieux qu’il en devient indispensable…

Vincent Raymond | Mardi 12 février 2019

Melvil Poupaud : « Dans

Dans Grâce à Dieu, François Ozon a fait appel à vous pour la troisième fois. C’est toujours dans ses drames les plus réalistes. Est-ce le fait du hasard, ou bien discutez-vous ensemble de la manière dont il vous emploie ? Melvil Poupaud : Je ne sais pas, je serais effectivement curieux de savoir pourquoi il pense à moi pour des rôles toujours assez dramatiques. Dans ma carrière, je n’ai pas fait énormément de franches comédies – plutôt des comédies romantiques. Peut-être qu’il sent en moi un potentiel de tragédien… Mais je ne peux pas me plaindre : ce sont des rôles qui ont toujours marqué. Le Refuge [2010] était plus petit, mais Le Temps qui reste [2005] ou celui-ci marquent ma filmographie et mon expérience d’acteur. Je ne vais pas lui demander de changer de registre (sourire), ça me réussit plutôt pas mal. À tous les deux, d’ailleurs. Votre liberté dans le cinéma français est très singulière : vous épousez des rôles forts (prêtre suborneur chez

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"Une intime conviction" : diable d'avocat

ECRANS | de Antoine Raimbault (Fr, 1h50) avec Marina Foïs, Olivier Gourmet, Laurent Lucas…

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Accusé d’avoir tué sa femme, Jacques Viguier se terre dans un mutisme coupable. Nora le croit si viscéralement innocent qu’elle convainc Maître Dupond-Moretti de le défendre, se dévouant sans relâche pour trouver des preuves le disculpant, au risque de polluer la procédure par son action… Il est peu fréquent sous nos latitudes de voir une affaire judiciaire aussi promptement adaptée sur les écrans français, et ce en conservant les noms des protagonistes. Le fait que le réalisateur Antoine Raimbault ait été proche du dossier n’y est pas étranger, mais ne doit rien enlever aux mérites de ce qui constitue son premier long-métrage. Un film de procédure et de prétoire répond en effet à un strict protocole : il se doit de reproduire la théâtralité de la liturgie judiciaire tout en intégrant son jargon et ses pesanteurs – qui en amenuisent sérieusement la dramaturgie. Raimbault use d’un "truc" pour dynamiser son film : l’invention de Nora, investigatrice parallèle, agissant comme les auxiliaires de la défense dans le monde anglo-saxon. Son action sur la narration (et globalement positive sur le verdict) repose la question d’une refonte du système ju

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"Edmond" : naissance d’un nouveau nez

ECRANS | De et avec Alexis Michalik (Fr, 1h50) avec également Thomas Solivérès, Olivier Gourmet, Mathilde Seigner…

Vincent Raymond | Mardi 8 janvier 2019

Malgré la présence de Sarah Bernhardt, la dernière pièce d’Edmond Rostand a été un four cuisant. Deux ans plus tard, il a l’occasion de se refaire… s’il signe en trois semaines une comédie épique pour l’illustre comédien Coquelin. Seul le titre est trouvé : Cyrano de Bergerac… Éloge de la mise en abyme : la pièce racontant l’histoire d'un des plus grands succès théâtraux de l’Histoire a connu un tel succès qu’elle a été transposée au cinéma. L’heureux jeune dramaturge de ce triomphe contemporain, Alexis Michalik, s’est même vu confier le soin de signer la réalisation de ce qui se trouve être son premier long-métrage. À l’auteur, l’industrie cinématographique confiante – en attendant d’être reconnaissante ? Sans minimiser leur investissement, reconnaissons que les producteurs jouent sur du velours : le prestige des planches est double (grâce à la référence patrimoine et la tournée toujours en cours), la distribution extra-large et le style de nature à n’effrayer personne : non point une qualité française, mais une facture charentaise dirons-nous (puisqu’il a été en compétition au festival d’Angoulême) dans laquelle se lover conforta

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"L'Empereur de Paris" : Vidocq, retour gagnant

ECRANS | De Jean-François Richet (Fr, 1h50) avec Vincent Cassel, Freya Mavor, Denis Ménochet…

Vincent Raymond | Mardi 18 décembre 2018

Galérien évadé reconverti en marchand, Vidocq (Vincent Cassel) veut prouver au chef de la sûreté non seulement qu’il est innocent des crimes dont on l’accuse, mais aussi que les méthodes de la police sont dépassées. Alors il recrute son équipe de repentis et emplit les prisons à sa façon… Quand le cinéma historique télescope ironiquement l’actualité… Non pas en présentant l’ascension d’un ancien truand vers les sommets du pouvoir, mais en montrant comment l’État sait parfois sinueusement manœuvrer pour garantir son intégrité. Qui mieux que Vidocq peut incarner ce mélange de duplicité talleyrandesque et de méritocratie à la française ? Cette légende dorée du proscrit devenu superflic, usant de la langue et du surin de la canaille pour mieux protéger le bourgeois. Un "bon" voyou, en somme, et donc un parfait personnage pour le réalisateur Jean-François Richet qui s’offre ici une reconstitution épique et soignée remplaçant avantageusement la blague ésotérico-fantastique de Pitoff avec Depardieu (2001), et rappelant la série avec Brasseur. Son film souscrit aux exigences du divertissement, mais magnifie les côtés sombres, les alcôves et le

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"Kursk" : sous l'eau, personne ne vous entendra crier...

ECRANS | de Thomas Vinterberg (Bel-Lux, 1h57) avec Matthias Schoenaerts, Léa Seydoux, Colin Firth…

Vincent Raymond | Mardi 6 novembre 2018

Août 2000. Victime d’une avarie grave, le sous-marin nucléaire russe Kursk gît par le fond en mer de Barents avec quelques survivants en sursis. Les tentatives de sauvetage par la flotte nationale ayant échoué, la Royal Navy britannique propose son aide. Mais Moscou, vexé, fait la sourde oreille… On avait quitté Thomas Vinterberg évoquant ses souvenirs d’enfance dans La Communauté (2017), récit fourmillant de personnages centré sur une maison agrégeant une famille très élargie. Le réalisateur danois persiste d’une certaine manière dans le huis clos avec cette tragédie héroïque en usant à bon escient des "armes" que le langage cinématographique lui octroie. Sobrement efficace (l’excès en la matière eût été obscène), cette superproduction internationale (Matthias Schoenaerts, Colin Firth, Léa Seydoux...) travaille avec une enviable finesse les formats d’image pour modifier le rapport hauteur/largeur et ainsi renforcer l’impression d’enfermement, comme elle dilate le temps ou le son dans les instants

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"Un peuple et son roi" : astre déchu

ECRANS | Dans cette fresque révolutionnaire entre épopée inspirée et film de procédure, Pierre Schoeller semble fusionner "Versailles" et "L’Exercice de l’État", titres de ses deux derniers longs-métrages de cinéma. Des moments de haute maîtrise, mais aussi d’étonnantes faiblesses. Fascinant et bancal à la fois.

Vincent Raymond | Mardi 25 septembre 2018

1789. La Bastille vient de tomber, et le roi quitte Versailles après avoir signé la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen soumise par l’Assemblée. Dans les rues de Paris, la famille d’un souffleur de verre est portée par ce vent d’espérance. Et si le peuple avait enfin voix au chapitre ? Moment-clé de notre histoire, tournant civilisationnel du fait de sa résonance sur les nations voisines, de son potentiel dramatique et de ses conséquences contemporaines, la Révolution française constitue un morceau de choix pour tout amateur de geste épique, de combats d’idées et d’élans tragiques. Filmer l’exaltation d’une guerre civile éclatant sous l’auspice des Lumières et la conquête de la liberté par le peuple a déjà galvanisé Abel Gance, Sacha Guitry ou Jean Renoir. Comme eux, Pierre Schoeller rallie ici la quintessence des comédiens de son époque : le moindre rôle parlé est donc confié à un·e interprète de premier plan – Gaspard Ulliel, Adèle Haenel, Olivier Gourmet, Louis Garrel, Izïa Higelin, Laurent Lafitte, Denis Lavant... Le défilé en est étourdissant, mais pas autant que celui des députés ayant à se prononcer par ordre alphabétique de circons

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"Joueurs" : (petite) maîtresse-carte

ECRANS | de Marie Monge (Fr, 1h45) avec Tahar Rahim, Stacy Martin, Karim Leklou…

Vincent Raymond | Mardi 3 juillet 2018

Serveuse dans le restaurant familial, Ella (Stacy Martin) embauche Abel (Tahar Rahim) pour un extra. Celui-ci l’embobine et lui inocule aussitôt sa passion ravageuse pour le jeu pratiqué dans des bouges clandestins. Fascinée par cet univers interlope autant que par le charme maléfique d’Abel, Ella bascule… C’est presque un exercice de style ou un genre en soi. Wong Kar-Wai, entre autres cinéastes asiatiques, s’y est souvent frotté : décrire l’atmosphère nocturne badigeonnée de néons des cercles de jeu occultes et surtout, la fièvre de celles et ceux qui les fréquentent… À leurs risques et périls : la sanction de la déchéance et du musculeux recouvreur de dettes plane inéluctablement sur les poissards, sans qui il n’est pas d’histoire qui tienne. Pour son premier long-métrage, Marie Monge revisite à son tour cette ambiance et signe un film respectueux du cahier des charges, sans maladresse, mais sans étincelle particulière non plus. Disposer d’atouts forts dans son jeu (comme une distribution solide) ne suffit pas ; il en faut davantage pour faire sauter la banque. Le co-scénariste Julien Guetta ten

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"Jusqu’à la garde" : entre la mère et le pire de famille

ECRANS | Drame familial anxiogène au réalisme brut et à l’interprétation terrifiante de vérisme, le premier long-métrage de Xavier Legrand offre à Denis Ménochet un rôle de monstre ordinaire le faisant voisiner avec le Jack Nicholson de "Shining" au rayon des pères perturbés.

Vincent Raymond | Lundi 5 février 2018

L’an dernier, il fallait en remontrer au jury de la Mostra de Venise pour se distinguer : la sélection était en effet aussi éclectique qu’éclatante, comptant notamment Three Billboards…, Mother!, The Shape of Water, Downsizing et L’Insulte. Face à une telle concurrence, qui aurait misé sur le premier long-métrage de Xavier Legrand ? Qui aurait imaginé qu’il figurerait doublement au palmarès, meilleur réalisateur et meilleur premier film ? Au moins le public de son court-métrage Avant que de tout perdre, prologue de ce film raisonnant aussi fort qu’un uppercut. Jusqu’à la garde s’ouvre dans l’intranquillité d’une audience de séparation entre les époux Besson. Elle, frêle, craintive mais décidée de s’éloigner de lui, massif, menaçant au regard lourd. Entre eux, la garde de leurs enfants. Une fille bientôt majeure et un fils, revendiqué par chacun… Legrand, comme son nom l’indique Xavier Legrand réussit à prolonger (et non adapter) l’argument d’un court-métrage qui tenait autant par l'intensité de la situation que par l’unité de temps (on y voyait une femme et ses

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"L’Échange des princesses" : Marc Dugain et Chantal Thomas subliment le récit historique

ECRANS | de Marc Dugain (Fr., 1h40) avec Lambert Wilson, Olivier Gourmet, Anamaria Vartolomei…

Vincent Raymond | Jeudi 21 décembre 2017

Pour asseoir son pouvoir, le régent Philippe d’Orléans ourdit la double union d’un Louis XV de 11 ans avec la malheureuse Infante d’Espagne de 4 ans, et de sa fille avec l’héritier d’Espagne. Mais hélas, aucun des deux mariages ainsi arrangé n’est heureux… Derrière la caméra, ce sont les noces entre le cinéaste-écrivain Marc Dugain et sa coscénariste autrice du roman Chantal Thomas que l’on célèbre. Et elles sont fécondes : rarement récit historique fut rendu avec autant de finesse, de réalisme et cependant de liberté(s). L’un des derniers à nous avoir immergé aussi exactement dans les bouillonnements du XVIIIe siècle était Benoît Jacquot avec Les Adieux à la Reine, également adapté de… Chantal Thomas. Conte absurde où des enfants sont tout à la fois déifiés et traités comme des marionnettes, L’Échange des princesses montre l’ambition des uns, la bigoterie des autres et cette aristocratie ramassée en vase-clos sur

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"Le Jeune Karl Marx" : belle graine de coco

ECRANS | de Raoul Peck (All.-Fr.-Bel., 1h58) avec August Diehl, Stefan Konarske, Vicky Krieps, Olivier Gourmet…

Vincent Raymond | Mardi 26 septembre 2017

1844. Chassé d’Allemagne pour ses écrits jugés subversifs, le jeune Karl Marx s'expatrie à Paris avec son épouse Jenny. Au même moment à Londres, jeune Friedrich Engels s’insurge contre son père industriel et exploiteur. La rencontre entre Marx et Engels va accoucher d’une nouvelle doctrine… Raoul Peck se ferait-il une spécialité de dresser les portraits des grandes figures politico-morales progressistes ? Après son très récent documentaire consacré à James Baldwin (I am not your Negro) et surtout son Lumumba (2000) qui ressuscitaient des visages méconnus du grand public, le cinéaste haïtien braque ici sa caméra sur le totem rouge par excellence. Ce biopic polyglotte à hauteur d’"honnête d’homme", en cela certainement fidèle au contexte de l’époque, ne sacralise pas le philosophe en le renvoyant régulièrement à ses contingences physiques (sexe, faim…) et matérielles – ce qui est, somme toute, d’une grande logique concernant le théoricien du matérialisme. Karl est un corps massif, qui use de sa présence pour asseoir ses idées. Si son amitié avec Engels tient du coup de foudre intellectuel mutuel, son charisme va jouer autant

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"Le Prix du succès" : la rançon de la gloire (et la monnaie de sa pièce)

ECRANS | de Teddy Lussi-Modeste (Fr., 1h32) avec Tahar Rahim, Maïwenn, Roschdy Zem…

Vincent Raymond | Mardi 29 août 2017

Sur scène, Brahim (Tahar Rahim) fait rire. Et son succès profite à toute sa famille, en particulier à son irascible aîné Mourad (Roschdy Zem) qui le cornaque depuis toujours. Violent, jaloux de Linda (Maïwenn), la fiancée et metteuse en scène de Brahim, Mourad devient un obstacle dont son frère décide se séparer. Sans le lui dire… Teddy Lussi-Modeste quitte le monde gitan servant de décor à sa première réalisation Jimmy Rivière mais n’abandonne pas pour autant les histoires d’emprises claniques, où la parole (autant le verbe que la promesse) joue un rôle central. Il reste également proche des Écritures : ces histoires de bisbille entre frères, de prodigalité, de respect des anciens, de trahison des proches, de tentation… Tout cela à des relents ma foi bien bibliques. Mais si la progression dramatique de son intrigue impliquait un inéluctable virage vers le genre polar, celui-ci intervient hélas trop tard, dans un croupion de film – alors qu’il y avait matière à en faire un ress

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"Grand froid" : cadavre en cavale

ECRANS | de Gérard Pautonnier (Fr.-Bel.-Pol., 1h26) avec Jean-Pierre Bacri, Arthur Dupont, Olivier Gourmet, Fedor Atkine…

Vincent Raymond | Mardi 27 juin 2017

L’entreprise funéraire d’Edmond Zweck ne devrait pas connaître la crise. Mais dans sa petite bourgade au nord de nulle part, personne ne meurt. Sur le point de licencier son fidèle Georges et son apprenti Eddy, il récupère un défunt. Hélas, les obsèques vont tourner au désastre… Distribution de prestige pour cette comédie d’humour noir-givré, rappelant à bien des égards cette frange de cinéma nordique qui joue sur l’absurdité découlant de la dilatation du temps : chez Roy Andersson, Alex van Warmerdam, Aki Kaurismäki, mais aussi les frères Coen de Fargo, quand le dérisoire devient par la contemplation forcenée un inépuisable réservoir d’extraordinaire et l’incongru totalement banal – tel le restaurant asiatique, inattendu dans ce décor. Et si l’insolite surgit pour faire pivoter l’histoire vers un burlesque macabre, il reste des non-dits tout aussi porteurs de bizarrerie dérangeante (en témoignent les relations troubles "unissant" le prêtre à ses enfants de chœur). Il faut toutefois accepter le rythme traînant du début, parce qu’il participe pleinement de l’écriture comique. Gérard Pautonnier aurait pu aller encore plus loin en "gelant" davantage le

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"Sage femme" : sages Deneuve et Frot, en effet

ECRANS | De Martin Provost (Fr, 1h57) avec Catherine Deneuve, Catherine Frot, Olivier Gourmet…

Julien Homère | Mardi 21 mars 2017

Sage-femme, Claire (Catherine Frot) travaille dans une maternité qui va bientôt fermer. Sa vie se retrouve chamboulée par l’irruption de Béatrice (Catherine Deneuve), amante de son défunt père. Passions, regrets et nostalgie vont s’inviter chez ces deux femmes que tout oppose... Étude sur l’acceptation du passé, cette petite histoire s’accompagne d’une mise en scène discrète, presque invisible de Martin Provost. Ecrasé par deux actrices qu’il admire, le réalisateur limite la forme à une simple illustration. Seuls Quentin Dolmaire et Olivier Gourmet irradient leurs apparitions d’un charisme qui dénote avec l’e

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Martin Provost : « Je me suis beaucoup remis en question avec "Sage femme" »

Interview | Si "Séraphine" et "Violette" ont montré son amour pour les œuvres d’époque, Martin Provost n’en reste pas moins fou des femmes, même lorsqu’il les filme de nos jours dans son "Sage femme". Méthode et peinture de ce portraitiste d’actrices.

Julien Homère | Mardi 21 mars 2017

Martin Provost : « Je me suis beaucoup remis en question avec

Quels étaient vos partis-pris de mise en scène sur Sage femme ? Martin Provost : S’affranchir de mes films d’époque qui demandaient un travail minutieux et précis. Là, je voulais être libre avec la caméra à l’épaule, posée sur une toute petite dolly. Ça donne une sorte de présence et de flottement. Je me suis beaucoup remis en question avec ce film. Avec Yves Cape [le directeur de la photographie – NDLR], on est parti dés le départ sur une forme assez simple, pas très sophistiquée. Je ne la voulais pas basique, mais sans effets ostentatoires. On souhaitait que ce soit vrai avec ce film. Il s’ouvre sur un accouchement : je voulais que le personnage de Claire soit aux prises avec la réalité. Avez-vous parlé de la psychologie des personnages avec les actrices ? Ça dépend lesquelles. Il y en a qui aiment qu’on leur parle beaucoup. Je m’adapte facilement à n’importe quel acteur. C’est d’abord à moi d’avoir l’humilité de me mettre au service d’actrice

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"Le Secret de la chambre noire" : photos-souvenirs

ECRANS | De Kiyoshi Kurosawa (Fr-Bel, Jap, 2h11) avec Tahar Rahim, Constance Rousseau, Olivier Gourmet…

Julien Homère | Mardi 7 mars 2017

Jeune homme sans histoire, Jean devient l’assistant de Stéphane, photographe miné par le décès de son épouse et vivant seul dans sa propriété avec sa fille Marie. Au cours des multiples séances où elle sert de modèle, Jean réalise l’amour qu’il lui porte et la nécessité pour eux de quitter ce lieu toxique. S’entourant d’interprètes français solides comme Olivier Gourmet et Tahar Rahim, le Japonais Kiyoshi Kurosawa construit un récit non dénué de finesses psychologiques et formelles, mais qui passe après un (trop) grand héritage gothique sur le fantôme et son reflet. Le film tente de se démarquer par un point de vue plus naturaliste qui, malheureusement, s’essouffle dans le troisième acte par manque d’émotion et d’intensité. La retenue formelle empêche toute immersion et ne reste qu’en surface d’une histoire qui aurait mérité plus de passion, de rage et de désespoir.

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"Réparer les vivants" : Simon, as-tu du cœur ?

ECRANS | de Katell Quillévéré (Fr, 1h43) avec Tahar Rahim, Emmanuelle Seigner, Anne Dorval…

Vincent Raymond | Lundi 31 octobre 2016

À l’hôpital où des parents viennent d’apprendre que Simon, leur ado accidenté, se trouve en mort cérébrale, un médecin aborde avec tact la question du don d’organes. Ailleurs, une femme attend un cœur pour continuer à vivre… Cette transplantation du roman multiprimé de Maylis de Kerangal sur support cinéma présente des suites opératoires tout à fait attendues, en regard du protocole suivi. En convoquant une galerie d’interprètes popu/tendance autour d’un sujet touchant à un drame intime et à l’éthique, Katell Quillévéré est en effet assurée d’avoir son film-dossier programmé en amorce de mille débats, et que ses comédien(ne)s recevront un prix ici ou là. D’accord, elle nous évite avec raison toute forme d’hystérie et de tachycardie artificielle dans le montage (pour ne pas singer Urgences), mais le rythme est tout de même bien pépère et l’ambiance cotonneuse. Sage, gentiment didactique et surtout un brin trop aseptisé.

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"Juste la fin du monde" : Dolan au début d’un nouveau cycle ?

ECRANS | Ébauche de renouveau pour Xavier Dolan qui adapte ici une pièce du dramaturge français Jean-Luc Lagarce, où un homme vient annoncer son trépas prochain à sa famille dysfonctionnelle qu’il a fuie depuis une décennie. Du maniérisme en sourdine et une découverte : Marion Cotillard, en comédienne.

Vincent Raymond | Lundi 19 septembre 2016

Les liens de parenté recuits dans leur rancœur d’un côté ; de l’autre le fils prodigue… C’est une bien belle collection de menteurs et de névrosés qui défile. De lâches, aussi. Ensemble ou séparément, ils ne parviennent pas à extérioriser ni leur amour, ni leur haine. Dans la présence des corps, c’est l’absence des mots qui les foudroie. La pièce de Lagarde de 1990 dont Dolan s’est emparée est un de ces psychodrames familiaux à la Festen, où jamais cependant les traumas originels n’arrivent à s’exprimer, ni les abcès à se vider. Personne n’a le luxe de respirer dans cette succession de tête-à-tête : à la canicule s’ajoute l’oppression de gros plans implacables entravant jusqu’au mouvement de la pensée. Comment peut-on être aussi seul en coexistant à plusieurs, aussi éloignés en ayant tant en commun ? Cotillard, épure et pure Avouons que l’on redoutait la surenchère de têtes d’affiche (Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Léa Seydoux, Vincent Cassel) ; on la craignait comme un artifice obscène,

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L’Odeur de la mandarine

ECRANS | ​Une veuve et un mutilé de la Grande Guerre contractent un arrangement matrimonial dont chacun tire un avantage égal… jusqu’à ce que l’asymétrie des sentiments perturbe la donne. Avec ce double portrait de cœurs et de corps meurtris, Gilles Legrand signe son meilleur film.

Vincent Raymond | Mardi 29 septembre 2015

L’Odeur de la mandarine

1918. Alors que les combats se poursuivent, Angèle arrive avec sa fille au château de Charles, un officier amputé d’une jambe. Infirmière, elle a elle-même perdu son compagnon au front. Entre Angèle et son patient, une relation de camaraderie puis de complicité se noue, au point que le militaire, sans famille, lui propose de l’épouser ( tout en sachant qu’elle ne l’aime pas) et de faire de sa fille son héritière. Ils établissent alors un protocole d’accord laissant à l’épousée une liberté peu fréquente pour l’époque. Mais leur entente finit par se fissurer, d’autant qu’un déserteur à l’animalité exacerbé a fait irruption dans leur entourage… Il s’est passé quelque chose dans le cinéma de Gilles Legrand ; comme un électrochoc lui donnant l’impulsion de dépasser le classicisme très "qualité française" de ses réalisations précédentes (Malabar Princess, La Jeune Fille et les Loups et Tu seras mon fils) pour atteindre un niveau de gravité et de grâce jusqu’à présent inégalés. Peut-être l’envie d’oser, tout simplement ; une envie que ce producteur connaît déjà lorsqu’il s’engage dans des projets aussi insolites que le documentaire abstrait Dogora (

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Jamais de la vie

ECRANS | De Pierre Jolivet (Fr, 1h35) avec Olivier Gourmet, Valérie Bonneton…

Christophe Chabert | Mardi 7 avril 2015

Jamais de la vie

Courant manifestement après sa veine de polar social dont le sommet – et un de ses plus gros succès – reste Fred avec Vincent Lindon, Pierre Jolivet est allé débaucher Olivier Gourmet pour incarner ce gardien de nuit, ex-taulard et ex-syndicaliste revenu de tout, observant avec fatalisme la crise lui dérober ses dernières illusions et découvrant qu’un casse se prépare dans l’hyper qu’il doit surveiller. Gourmet est formidable, évidemment, mais le film, pour ainsi dire, ne le mérite pas. On aura rarement vu scénario aussi pépère et mise en scène aussi manifestement sous Lexomil ; c’est bien simple, n’importe quel épisode de série télé française a aujourd’hui plus conscience de la nécessité d’insuffler rythme et tension à son récit. Mais Jolivet préfère engourdir l’ensemble histoire de bien faire passer ses messages politico-sociaux ; sauf que, lorsqu’il s’agit de peindre la banlieue et son quotidien, il ne se rend même pas compte qu’il conforte les clichés au lieu de les renverser – ici, les jeunes des quartiers, même gentils et serviables, restent des petits délinquants. Mais on n’a même pas envie de lui chercher des noises sur ce terrain-là ; on a p

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Journal d’une femme de chambre

ECRANS | Même si elle traduit un certain regain de forme de la part de Benoît Jacquot, cette nouvelle version du roman d’Octave Mirbeau a du mal à tenir ses promesses initiales, à l’inverse d’une Léa Seydoux épatante de bout en bout. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Journal d’une femme de chambre

Après Jean Renoir et Luis Buñuel, Benoît Jacquot tente donc une nouvelle adaptation du livre d’Octave Mirbeau avec Léa Seydoux dans le rôle de Célestine, bonne à tout faire envoyée de Paris vers la Province pour servir les bourgeois Lanlaire. Co-écrit avec la jeune Hélène Zimmer — réalisatrice d’un premier long, À 14 ans, sorti le mois dernier en salles — ce Journal d’une femme de chambre a l’ambition de revenir au roman initial en en sélectionnant les épisodes plutôt qu’en l’actualisant. Pendant trente minutes, le film s’inscrit dans la droite ligne des Adieux à la Reine : la caméra et les comédiens prennent de vitesse la reconstitution historique, tandis que Jacquot, au diapason de son héroïne, pointe avec sarcasme les rapports de pouvoir et ce qui va avec — abus de pouvoir et droit de cuissage. C’est ce qui séduit le plus dans cette ouverture, sans doute ce que Jacquot a filmé de plus brillant depuis des lustres : comment, en replongeant dans la France du début du XXe siècle, il offre un commentaire très pertinent sur la

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The Cut

ECRANS | Fatih Akin passe à côté de son évocation du génocide arménien, transformée en mélodrame académique sans souffle ni ampleur, comme si le cinéaste avait été paralysé par l’enjeu. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2015

The Cut

Devant les premières séquences de The Cut, avec sa reconstitution si proprette qu’elle paraît totalement factice et ses images désespérément mièvres de bonheur familial édifiant avec un Tahar Rahim peu crédible en forgeron arménien murmurant des paroles sucrées à sa femme et ses filles, on se pince un peu. Est-ce bien Fatih Akin, le cinéaste rock’n’roll de Head on ou celui, à l’humanisme rugueux, de De l’autre côté, derrière la caméra ? Cette introduction semble au contraire singer un cinéma hollywoodien impersonnel qui s’emparerait d’un grand sujet : le calvaire de Nazareth qui, en 1915, va vivre le génocide organisé par les Turcs contre les Arméniens. Séparé de sa famille, condamné avec d’autres camarades d’infortune à des travaux forcés pour construire une route, il assiste, impuissant, à leur massacre et sera le seul rescapé de cette tuerie. Les images ont beau chercher à tout prix à glacer le sang du spectateur, quelque chose ne prend pas, une étrange distance entre Akin et ce qu’il montre, comme s’il avouait son impuissance à donner de l’ampleur à son récit. De fait, The Cut ne quitte jamais le point de vue de Nazareth, accompagn

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Terre battue

ECRANS | De Stéphane Demoustier (Fr, 1h35) avec Olivier Gourmet, Charles Merienne, Valeria Bruni Tedeschi…

Christophe Chabert | Mardi 16 décembre 2014

Terre battue

Viré de son poste de responsable d’un grand magasin, Jérôme (Olivier Gourmet, parfait, comme d’habitude) cherche à se remettre en selle en créant sa propre boutique de chaussures féminines. En parallèle, son fils Ugo, 11 ans, décide de se consacrer au tennis, où il développe des aptitudes prometteuses. Pour son premier long, Stéphane Demoustier, frère d’Anaïs et auteur de quelques courts remarqués, investit un territoire à la fois balisé et inédit. Les relations père / fils, le réalisme social, ça, c’est pour l’attendu. La description des efforts et sacrifices pour monter sa boîte ou pour s’accomplir dans un sport, en revanche, est plus rarement montée à l’écran. C’est en fin de compte la réunion des deux qui donne son charme à Terre battue, Demoustier évitant certains écueils comme la projection des désirs du père sur l’avenir de son fils. Les deux sont dans des logiques de perdants et le film suit cette trajectoire très frères Dardenne (par ailleurs coproducteurs) sans en rajouter, avec une modestie qui en marque à la fois l’intérêt et les limites – à trop vouloir être modeste, il manque quand même d'envergure. Dès qu’il s’en éloigne, il est nettement moins co

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Samba

ECRANS | Retour de Nakache et Toledano, duo gagnant d’"Intouchables", avec une comédie romantique sur les sans-papiers. Où leur sens de l’équilibre révèle à quel point leur cinéma est scolaire et surtout terriblement prudent. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 14 octobre 2014

Samba

Alors que le triomphe d’Intouchables leur ouvrait toutes les portes, Olivier Nakache et Éric Toledano ont choisi avec Samba de tracer tranquillement leur sillon. Mais en territoire miné. Car il faut être passablement inconscient pour tourner une comédie romantique sur les sans-papiers où une cadre en burn out (Charlotte Gainsbourg) devient bénévole dans une association et s’éprend d’un cuistot en situation irrégulière (Omar Sy). Le plus surprenant étant qu’ils réussissent à le faire sans froisser quiconque alors que le sujet, passionnel, cristallise l’opinion française depuis un quart de siècle. Exploit ? Pas vraiment, car c’est justement cette méthode, consistant à chercher sans arrêt l’équilibre pour quêter l’unanimité, qui finit par rendre le film agaçant. Le mot méthode n’est pas employé au hasard : Nakache et Toledano ont une manière bien à eux de rassurer le spectateur, de remettre toujours la balle au centre et, finalement, de jouer la carte de la plus grande prudence. Ainsi, chaque fois qu’ils s’approchent un peu trop près d’une situ

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La Marche

ECRANS | De Nabil Ben Yadir (Fr, 2h) avec Tewfik Jallab, Olivier Gourmet, Charlotte Le Bon, Vincent Rottiers…

Christophe Chabert | Mercredi 20 novembre 2013

La Marche

La marche contre le racisme et pour l’égalité, partie des Minguettes de Vénissieux il y a trente ans, méritait mieux que ce navet dont les maladresses se retournent contre son message même. La caractérisation des marcheurs est au-delà du stéréotype, et leur évolution est conduite avec d’énormes sabots, quand cela ne relève pas de l’aberration totale. Ainsi du personnage de Philippe Nahon, franchouillard grognon et raciste qui finit en défenseur fervent d’une France métissée ; mais les autres sont à l’avenant, telle cette pseudo Fadela Amara qui découvre, après une bonne dizaine de séquences à éructer en féministe courroucée, que le dialogue apaisé, c’est bien en fait. Tout est exagéré, outré, noyé dans un humour de multiplexe et, pire du pire, écrit avec un manuel de scénario à l’Américaine sur les genoux. Le film a donc besoin sans cesse de désigner des ennemis pour créer du conflit dramatique, et en général ce sont les péquenauds français, forcément cons, intolérants, fermés, méchants qui en prennent pour leur grade ­– mais même SOS Racisme se fait tacler dans les cartons de fin ! La nuance n’est donc pas le fort de La Marche, mais la mise en scène non plus, s

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Nos héros sont morts ce soir

ECRANS | De David Perrault (Fr, 1h37) avec Denis Ménochet, Jean-Pierre Martins…

Christophe Chabert | Mercredi 16 octobre 2013

Nos héros sont morts ce soir

Dans les années 50, reconstituées en scope noir et blanc, deux catcheurs, amis au civil, s’affrontent sur le ring : l’un porte le masque blanc du gentil et se fait appeler Le Spectre, l’autre revêt un masque noir pour jouer les méchants en tant qu’Équarisseur de Belleville. Commence alors un trouble jeu d’identités déréglées par cette représentation du bien et du mal… David Perrault, pour son premier film, fait absolument tout pour s’éloigner des rivages du "jeune cinéma d’auteur français" : dialogues colorés à la Audiard, regard sur un Paris populaire et oublié, charge symbolique des personnages… Si filiation il y a, elle est donc à chercher du côté de Becker ou Melville, sinon des prémisses de la Nouvelle Vague. Mais Nos héros sont morts ce soir est lesté par cette cinéphilie obséquieuse, produisant une suite de séquences sans rythme et parfois totalement ratées – la scène dans la chambre où le couple écoute du Gainsbourg, que même Honoré aurait mieux réussi –, une sorte de playlist référentielle dont les titres seraient joués à la vitesse d’un 33 tours au lieu des 45 réglementaires. La sympathie qu’on éprouve pour le projet s’évapore lentement face au

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La Vie en bleu

ECRANS | Pendant solaire de son précédent "Vénus Noire", "La Vie d’Adèle" est pour Abdellatif Kechiche l’opportunité de faire se rencontrer son sens du naturalisme avec un matériau romanesque qui emmène son cinéma vers de nouveaux horizons poétiques. Ce torrent émotionnel n’a pas volé sa Palme d’or. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 3 octobre 2013

La Vie en bleu

Ce serait l’histoire d’une fille de maintenant qui s’appellerait Adèle, qui irait au lycée, qui aimerait la littérature, qui vivrait chez des parents modestes, qui perdrait sa virginité avec un garçon de son âge, puis qui rencontrerait une autre fille plus âgée et plus cultivée qui s’appellerait Emma, avec qui elle vivrait une passion au long cours. Ce serait donc un film très français, un territoire que l’on connaît par cœur : celui du récit d’apprentissage et des émois sentimentaux. Mais La Vie d’Adèle, tout en suivant pas à pas ce programme, le déborde sans cesse et nous fait redécouvrir un genre comme si jamais on ne s’y était aventuré auparavant. Par quelle magie Abdellatif Kechiche y parvient-il ? D’abord grâce à une vertu qui, depuis trois films, est devenue cardinale dans son cinéma : la patience. Patience nécessaire pour voir surgir une vérité à l’écran, faire oublier que l’on regarde de la fiction et se sentir de plain-pied avec des personnages qui n’en sont plus à nos yeux. Cassavetes, Pialat, Stévenin y sont parvenus avant lui, mais Kechiche semble vouloir les dépasser en cherchant des espaces figuratifs que ceux-là n’ont pas osés – par pudeur ou par

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Gibraltar

ECRANS | De Julien Leclercq (Fr, 1h53) avec Gilles Lellouche, Tahar Rahim, Riccardo Scamarcio…

Christophe Chabert | Jeudi 5 septembre 2013

Gibraltar

Avec à son passif un film de SF épouvantable (Chrysalis) et un tract de propagande pour le GIGN (L’Assaut), il y avait de quoi redouter le troisième long-métrage de Julien Leclercq. D’autant plus qu’il s’est associé avec Abdel Raouf Dafri, scénariste surcoté de Mesrine et de la saison 2 de Braquo. La (relativement) bonne surprise de Gibraltar, c’est que tous deux optent pour un traitement sobre et rigoureux de leur sujet : la descente aux enfers d’un patron de bar criblé de dettes qui accepte de jouer les indics pour les douanes françaises sur le rocher de Gibraltar, plaque tournante du trafic de drogue. Pas d’"enculé" à toutes les répliques, ni de découpage frénétique de l’action, mais un film dossier qui tente de raconter simplement cette histoire vraie et de dénoncer au passage l’hypocrisie et la lâcheté du pouvoir. On se croirait face à un vieil Yves Boisset ou à un Verneuil période 70 passé au tam

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Cannes, jour 4 : psy-folk

ECRANS | "Grand central" de Rebecca Zlotowski. "Jimmy P." d’Arnaud Desplechin. "Inside Llewin Davis" de Joel et Ethan Coen.

Christophe Chabert | Dimanche 19 mai 2013

Cannes, jour 4 : psy-folk

Le déluge s’est donc abattu sur Cannes. Ce fut un joyeux bordel qui a plongé une partie des festivaliers dans la morosité, ce que l’émeute à l’entrée de la projection presse d’Inside Llewin Davis (photo) n’a fait qu’intensifier. Pourtant, ce fut sans doute la plus belle journée en matière de cinéma depuis le début de ce Cannes 2013 ; enfin, a-t-on envie de dire, car jusqu’ici, la compétition n’avait pas tout à fait tenu ses promesses. Avant d’en venir aux deux très gros morceaux de ce samedi, un mot sur Grand central de Rebecca Zlotowski. Histoire d’amour adultère et portrait d’une équipe s’occupant de l’entretien d’une centrale nucléaire, le film reproduit, avec plus d’ambition et de maîtrise, les qualités et les défauts de son précédent Belle épine. Zlotowski aime peindre des environnements forts et y implanter des enjeux intimes, mais les deux ne s’interpénètrent jamais vraiment. Les séquences dans la centrale sont assez impressionnantes, reprenant des codes importés du thriller ou du film d’horreur, et la cinéaste y décrit avec pr

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Le Passé

ECRANS | Pour son premier film tourné hors d’Iran, Asghar Farhadi prouve à nouveau qu’il est un des cinéastes importants apparus durant la dernière décennie. Mais ce drame du non-dit et du malentendu souffre de la virtuosité de son auteur, un peu trop sûr de son talent. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Samedi 18 mai 2013

Le Passé

Il n’aura pas fallu longtemps à Asghar Farhadi pour devenir la star du cinéma d’auteur mondial. Découvert par les cinéphiles avec le très fort A propos d’Elly, puis couvert de récompenses — ours d’or, césar, oscar — et adoubé par le grand public pour Une séparation, le voilà qui quitte son Iran natal pour tenter l’aventure en français dans le texte avec Le Passé. Il faut rappeler ce qui a fait la force du cinéma de Farhadi : une vision inédite des classes moyennes iraniennes, dont les cas de conscience exposés dans des récits puissants et brillamment construits avaient quelque chose d’universel, et que le cinéaste parvenait à faire vivre grâce à des mises en scènes tendues comme des thrillers. Le Passé peut d’abord  se regarder comme un grand jeu des sept erreurs : qu’est-ce qui reste du Farhadi iranien dans sa version française, et qu’est-ce qui s’en écarte ? La classe moyenne est toujours au centre du récit, mais comme une donnée presque routinière, et le choc des cultures entre un mari iranien et sa femme française, qui plus est vivant avec un nouvel amant d’origine algérienn

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À perdre la raison

ECRANS | Pour ce film plus ouvert mais tout aussi dérangeant que ses précédents, Joachim Lafosse s’empare d’un fait-divers et le transforme en tragédie contemporaine interrogeant les relents de patriarcat et de colonialisme de nos sociétés. Fort et magistralement interprété. Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Mardi 17 juillet 2012

À perdre la raison

Il y a, à la fin d’À perdre la raison, une séquence admirable— ce n’est pas la seule du film. Murielle sort de chez sa psychanalyste et se retrouve dans sa voiture à écouter Femmes je vous aime de Julien Clerc. Elle en fredonne approximativement les paroles, puis s’arrête et fond en larmes. En trois minutes et un seul plan, c’est comme si le film, le personnage et l’actrice (Émilie Dequenne, comme on ne l’avait jamais vue) lâchaient tout ce qu’ils retenaient jusqu’ici, dernière respiration avant le drame ou l’asphyxie. Car À perdre la raison est construit comme une toile d’araignée, un piège qui se referme sur son personnage, d’autant plus cruel que personne n’en est vraiment l’instigateur. Ce qui se joue ici, ce sont les nœuds d’une société où les choses que l’on croit réglées (le colonialisme, la domination masculine) reviennent comme des réflexes inconscients, provoquant leur lot de tragédies. Patriarche de glace Celle du film a pour base un fait-divers : une mère qui assassine ses quatre enfants. On ne révèle rien, puisque Lafosse en fait l’ouverture de son film. Cette honnêteté-là est aussi celle qui amène le cinéaste à ne jamais

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L’Enfant d’en haut

ECRANS | Sur la piste des frères Dardenne, Ursula Meier invente un récit où un gamin choisit de résoudre à sa manière, radicale, la fracture sociale. La fiction est pertinente, même si elle est rattrapée par un excès de scénario et quelques scories esthétiques. Christophe Chabert

François Cau | Vendredi 13 avril 2012

L’Enfant d’en haut

Action, action, action… La manière dont Ursula Meier filme son jeune héros Simon (Kacey Mottet-Klein, qu’elle retrouve trois ans après Home) commettant ses forfaits au début de L’Enfant d’en haut rappelle immédiatement le cinéma des frères Dardenne. La caméra colle aux basques de l’enfant, le montage enlève tout ce qui pourrait relever du temps mort ne conservant que ses gestes, méticuleux, pour arriver à ses fins : dérober dans une station de sport d’hiver les biens des nantis en vacances pour ensuite les rapporter «en bas», dans le HLM où il vit avec sa sœur (Léa Seydoux, débarrassée de tout apparat glamour, assez épatante), et organiser une lucrative économie parallèle. Meier ne juge pas Simon : laissé à l’abandon (pas de parents, une sœur qui vivote entre des petits boulots, un mec avec qui elle s’engueule régulièrement et des soirées d’alcool triste), cet enfant sauvage engagé dans une mécanique de débrouille et de survie est même une vraie source de fascination pour la cinéaste. Chef de famille malgré lui, ayant compris les règles du jeu social et refusant de s’y soumettre, Si

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Les Adieux à la Reine

ECRANS | À la fois crépuscule de la monarchie française et triangle amoureux entre la Reine, sa maîtresse et sa liseuse, le nouveau film de Benoît Jacquot réussit à secouer l’académisme qui le guette en se rapprochant au plus près du désir de ses personnages. Christophe Chabert

François Cau | Vendredi 16 mars 2012

Les Adieux à la Reine

Est-ce un hasard ou notre esprit obnubilé par la campagne électorale actuelle ? Toujours est-il que Les Adieux à la Reine trouve d’étranges échos avec l’époque contemporaine. Benoît Jacquot y raconte une fin de règne vieille de deux siècles, celle de Marie-Antoinette et Louis XVI, mais aussi de leurs courtisans errant comme des spectres dans les couloirs de Versailles, en proie à l’effroi de perdre leurs privilèges, sinon leur vie. C’est une des réussites du film : sa capacité à matérialiser à l’écran un microcosme qui a depuis longtemps oublié que le reste du monde gronde juste derrière ses hauts murs, et qui perd toute contenance et distinction quand cet écho devient assourdissant. C’est la prise de la Bastille, et le cinéaste nous épargne les classiques : « Ce n’est pas une révolte, c’est une révolution » ou « Qu’on leur donne de la brioche ». Adapté du roman de Chantal Thomas, Les Adieux à la Reine cherche à raconter l’histoire au présent, hors de tout regard rétrospectif. Sur la forme, ce n’est pas toujours gagnant : la caméra à l’épaule et les zooms démontrent une certaine paresse dans la mise en scène, les dialogues manquent souvent de

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Un prophète

ECRANS | Choc (et Grand Prix) du dernier festival de Cannes, le cinquième film de Jacques Audiard ose une fresque somptueuse et allégorique où un petit voyou analphabète se transforme en parrain du crime. Après ce Prophète, le cinéma français ne sera plus jamais comme avant… Christophe Chabert

François Cau | Mercredi 8 juillet 2009

Un prophète

Un cercle de lumière vient faiblement éclairer une partie de l’écran, comme une ouverture à la lampe de poche en lieu et place de l’antique ouverture à l’iris. Il vient éclairer quoi ? Les gestes désordonnés d’un jeune garçon dans un fourgon… Il planque maladroitement dans sa chaussure un billet de 50 francs. Quelque part au XXe siècle finissant, Malik el Djebena s’est fait serrer une fois de trop par la police, pour ce qu’on devine être une agression sauvage lors d’une rixe — on verra plus tard d’impressionnantes cicatrices sur son dos. Ce n’est donc sûrement pas un tendre, mais certainement pas un caïd non plus. Phrasé hésitant, corps voûté, yeux en panique : Malik, papillon nocturne aux ailes brûlées prématurément, s’apprête à passer six longues années en prison. Une condamnation lourde pour ce petit voyou récidiviste, aller simple vers l’enfer des vrais mafieux et des criminels endurcis. Lui qui parle à peine le Français, qui ne sait ni lire ni écrire, s’avère donc une proie facile pour les affranchis qui l’entourent. Leçons de vie en prison Un prophète, le nouveau et fabuleux film de Jacques Audiard, est donc un parcours initiatiq

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