Les Salauds

ECRANS | De Claire Denis (Fr, 1h40) avec Vincent Lindon, Chiara Mastroianni…

Christophe Chabert | Mercredi 10 juillet 2013

J'ai pas sommeil, Trouble every day, Les Salauds : trois films qui, dans l'œuvre de Claire Denis, forment une sorte de trilogie de l'horreur, où elle fouille les désirs monstrueux pour en sortir des récits en forme de cauchemars éveillés. On peut aussi y voir l'asymptote d'une carrière, du vouloir-dire omniprésent (J'ai pas sommeil) à un plus rien à dire franchement gênant (Les Salauds), avec au milieu un point d'équilibre fragile (Trouble every day, son meilleur film).

Les Salauds donc, est une sorte de magma filmique incohérent, que ce soit dans l'enchaînement des séquences ou celui des plans, où Denis s'enfonce dans le ridicule à mesure qu'elle s'approche de l'immontrable. Grotesque, ce plan récurrent de Lola Creton avançant nue sur une route le vagin ensanglanté ; ridicules, ces scènes de cul entre Lindon et Mastroianni ; risible, ce porno final qui semble répondre à ceux que projetait Lynch dans Lost highway. Tout cela paraît assemblé à l'arrache sur un banc de montage, comme un work in progress dénué de sens, masquant à grand peine son côté caprice arty derrière un vague nihilisme social. Un véritable suicide artistique, particulièrement indéfendable.

Christophe Chabert

Sortie le 7 août


Les Salauds

De Claire Denis (Fr, 1h40) avec Vincent Lindon, Chiara Mastroianni...

De Claire Denis (Fr, 1h40) avec Vincent Lindon, Chiara Mastroianni...

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Commandant, à bord d’un supertanker, Marco Silvestri doit rentrer d’urgence à Paris, abandonner le navire. Sa sœur Sandra est aux abois… son mari suicidé, une entreprise en faillite et sa fille unique à la dérive.


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"Titane" de Julia Ducournau : au lit, motors !

Palme d'Or 2021 | ★★★☆☆ / Une carrosserie parfaitement lustrée et polie, un moteur qui rugit mais atteint trop vite sa vitesse de croisière pépère… En apparence du même métal que Grave, son premier et précédent long métrage, le nouveau film de Julia Ducournau semble effrayé d’affronter la rationalité et convoque le fantastique en vain. Dommage.

Vincent Raymond | Jeudi 15 juillet 2021

Victime enfant d’un accident de la route dont elle a été la cause, Alexia vit depuis avec une plaque de titane dans le crâne. Devenue danseuse, elle se livre en parallèle à des meurtres affolant le sud de la France et "s’accouple" avec une voiture. Pour se faire oublier après une soirée très sanglante, Alexia endosse l’identité d’Adrien, un adolescent disparu depuis dix ans. Son père, un commandant de pompiers détruit, va cependant reconnaître ce "fils" prodigue et l’accueillir… Programmé par la Semaine de Critique en 2016, le sympathique Grave avait instantanément transformé Julia Ducournau, dès son premier long métrage, en nouvelle figure de la hype cinématographique française. Sans doute les festivaliers, déjà peu coutumiers des œuvres se revendiquant d’un "autre cinéma" louchant vers le fantastico-gore, la série B et les séances de minuit, avaient-il été titillés par le fait que ce film soit signé non pas par l’un des olibrius vaguement inquiétants fréquentant les marches du Palais (Gaspar Noé, Lars von Trier, NWR, Bertrand Mandico…) mais par une jeune réalisatrice présentant bien. Le peuple de la Croisette, et sans doute celui de

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"La Fille au bracelet" : maillons à partir avec la justice

ECRANS | De Stéphane Demoustier (Fr., 1h36) avec Melissa Guers, Chiara Mastroianni, Roschdy Zem…

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

Sur une plage estivale, la police interpelle Lise, 16 ans. Deux ans plus tard, la cheville ceinte d’un bracelet électronique, la jeune femme s’apprête à comparaître pour l’assassinat de sa meilleure amie. Le procès va révéler un visage insoupçonné de Lise. En particulier pour ses parents… Deux plans d’une brillante maîtrise encadrent La Fille au bracelet : l’interpellation de Lise, vue à distance sans autre son que le bruit océanique des vacanciers alentour ; et puis Lise, une fois le jugement prononcé, accomplissant un geste si particulier qu’il ne permet pas de statuer sur son innocence ni sa culpabilité. Deux plans qu’on aurait pu voir chez Ozon ou Haneke, exposant sans imposer, donnant en somme la "règle du jeu" au public : « Voici les faits objectifs, à vous de vous prononcer en votre âme et conscience. » Certes, si l’on en sait un peu plus que des jurés lambda en s’invitant dans le foyer familial de la jeune fille un peu avant et pendant le procès, ce film de prétoire suit scrupuleusement la procédure, dans son crescendo dramatique ponctué de révélations, coups et rebondissements, sans jamais désopacifier l’affaire, b

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"Chambre 212" : la clé des songes

ECRANS | De Christophe Honoré (Fr.-Bel.-Lux., 1h27) avec Chiara Mastroianni, Vincent Lacoste, Camille Cottin…

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

Vingt ans après le début de son idylle avec Richard (Benjamin Biolay), Maria (Chiara Mastroianni) quitte le domicile conjugal pour faire le point dans l’hôtel d’en face, chambre 212. La nuit étant propice aux prodiges, Maria est submergée par les fantômes de ses amours du temps jadis, et ceux de son conjoint. Chambre 212 est un peu une version sentimentale (et érotisée) du Christmas Carol de Dickens où le personnage visité par des esprits du passé et se baladant dans des uchronies ne serait plus Scrooge l’avaricieux mais une quadragénaire random en plein cas de conscience. Et où les apparitions – en l’occurrence des doubles de ses amants d’antan – seraient plus désorganisées. Cette fantaisie grave oscillant entre le réalisme cru du drame sentimental et une artificialité assumée, comme elle module du cocasse au bizarre, évoque le cinéma de Blier où tous les temps et destins se superposent dans un cauchemar quantique ; où les personnages coexistent parfois sous divers âges et visages. On ne s’étonnera donc pas que le réalisateur de Merci la vie ! compte parmi les remerciements au géné

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"Dernier amour" : plaire, aimer, éconduire vite

ECRANS | De Benoît Jacquot (Fr, 1h38) avec Vincent Lindon, Stacy Martin, Valeria Golino…

Vincent Raymond | Mardi 19 mars 2019

Au soir de sa vie, Casanova évoque à une confidente un épisode de sa vie aventureuse se déroulant à Londres, où il vivait alors en exil. Un souvenir douloureux lié à une femme dont il s’est épris, qui jamais n’a cédé à sa cour : la Charpillon, une courtisane au corps et à l’esprit bien faits… Comment diable éprouver de l’empathie pour la personne de Casanova, l’aventurier qui épousa le XVIIIe siècle en triomphant des geôles, des duels et des revers de fortune ; l’infaillible séducteur que sa réputation en tous lieux précédait et qui, de surcroît, taquina la muse pour composer, en sus de ses mémoires, quelques ouvrages réputés ? En le dépeignant dépourvu de ses talents et mérites, chevalier à la triste figure confronté au doute, à l’échec et à la déchéance. En rendant, en fait, à ce héros hors norme sa qualité d’humain. Le Casanova façonné par Benoît Jacquot pour Vincent Lindon (et réciproquement) apparaît ainsi comme une montagne de fragilité et de doute, au moment où la certitude de son prestige commence à s’effilocher, où de l’adret son charme verse dans l’ubac. Dans l’entre-deux des âges, entre deux pays, le Vén

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"La Dernière Folie de Claire Darling" : lady gaga

ECRANS | de Julie Bertuccelli (Fr, 1h35) avec Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Samir Guesmi…

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Passé et présent se mélangent dans l’esprit de la très chic Claire Darling (Catherine Deneuve). Pensant être au seuil de son ultime jour sur terre, la voici qui brade tous ses meubles et bibelots pour une bouchée de pain. Peut-être que sa fille, qu’elle n’a pas vue depuis des année, pourrait remédier à ce chaos ? À chacune de ses réalisations de fiction, Julie Bertuccelli nous prouve qu’elle est décidément plutôt une grande documentariste, surtout lorsqu’elle s’attache à son sujet de prédilection qu’est la transmission, lequel n’est jamais bien loin de la mémoire – son premier long de fiction, Depuis qu’Otar est parti… (2003), était d'ailleurs furieusement documentarisant. Racontant la confusion mentale et spatio-temporelle d’une femme visiblement atteinte d’un Alzheimer galopant, ce Claire Darling propose de mettre en résonance le bric-à-brac interne du personnage et le marché aux puces qu’elle organise avec la forme déstructurée du film – façon onirisme à la Resnais, avec échos répétitifs entre passé et présent. L’effet, systématique, se révèle épuisant et finit par tourner à vide. Et l’o

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"High Life" : Claire Denis de la Terre à l’hallu

ECRANS | de Claire Denis (Fr-All-GB-Pol, 1h51) avec Robert Pattinson, Juliette Binoche, André Benjamin…

Vincent Raymond | Mardi 6 novembre 2018

Loin du système solaire, un module spatial. À son bord, un équipage de relégués cornaqués par une infirmière déglinguée a embarqué pour une mission suicide : l’exploration d’un trou noir et de ses potentialités énergétiques. Mais le pire péril réside-t-il à l’extérieur ou à l’intérieur ? Que Claire Denis s’essaie à la science-fiction galactique n’a rien de stupéfiant en soi : elle s’était déjà confrontée au fantastico-cannibale dans Trouble Every Day (2001). En vérité, ce n’est pas le genre qui modèle son approche, mais bien la cinéaste qui, par son style et son écriture, modèle le cinéma de genre. High Life tient donc du conte métaphysique et du roman d’apprentissage : il zone davantage dans les environs ténébreux de 2001 et de Solaris qu’aux confins opératiques de Star-Wars-Trek. Claire Denis semble de surcroît s’ingénier à vider son film de sa puissance épique : sa déconstruction de la chronologie du récit, réduit à des lambeaux juxtaposés, absorbe, à l’instar du trou noir, toute velléité de spectaculaire cosmique. Seuls les accords languides de Stuart Staples d

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"En guerre" : Stéphane Brizé et Vincent Lindon au plus près de l'horreur économique

ECRANS | « Celui qui combat peut perdre. Celui qui ne combat pas a déjà perdu. » Citant Bertolt Brecht en préambule, et dans la foulée de "La Loi du marché", Stéphane Brizé et Vincent Lindon s’enfoncent plus profondément dans l’horreur économique avec ce magistral récit épique d’une lutte jusqu’au-boutiste pour l’emploi. En compétition au Festival de Cannes.

Vincent Raymond | Mardi 15 mai 2018

Quand la direction de l’usine Perrin annonce sa prochaine fermeture, les représentants syndicaux, Laurent Amédéo (Vincent Lindon) en tête, refusent la fatalité, rappelant la rentabilité du site, les dividendes versés par la maison-mère allemande aux actionnaires, les sacrifices consentis. Une rude lutte débute… Nul n’est censé ignorer La Loi du marché (2015), du nom de l'avant-dernière réalisation de Stéphane Brizé, qui s’intéresse à nouveau ici à la précarisation grandissante des ouvriers et des employés. Mais il serait malvenu de lui tenir grief d’exploiter quelque filon favorable : cela reviendrait à croire qu’il suffit de briser le thermomètre pour voir la fièvre baisser. Mieux vaudrait se tourner vers les responsables de ces situations infernales conduisant le commun des mortels à crever, de préférence la gueule fermée. Des responsables que Brizé, et Lindon son bras armé, désignent clairement ; révèlent dans leur glaçant cynisme et la transparence de leur opacité. Pot-pourri L’histoire d’

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Xavier Giannoli : « "L’Apparition" est un film sur le doute »

ECRANS | Après "Marguerite", Xavier Giannoli revient avec "L’Apparition". Vincent Lindon y campe un journaliste envoyé par le Vatican dans les Alpes, où une jeune fille affirme avoir eu une apparition de la Vierge. L’enquête est ouverte…

Vincent Raymond | Mardi 6 février 2018

Xavier Giannoli : «

Qu’est-ce qui vous a mené sur ce chemin de la foi ? Xavier Giannoli : Je ne crois pas que L’Apparition soit un film sur le chemin de la foi. J’ai lu un fait divers où il était question d’une enquête canonique – c’est-à-dire une enquête diligentée par un évêque pour essayer de faire la lumière sur un fait surnaturel, "apparitionnaire". J’ai tout de suite compris que c’était un sujet de film, de cinéma très romanesque et très intéressant. J’ai été baptisé, j’ai reçu une éducation chrétienne, mais je ne suis pas pratiquant et je pense comme tout le monde que cette question du religieux, de la foi, de l’existence ou de l’absence de Dieu est une question essentielle de nos vies. J’avais l’intuition que l’enquête était une proposition cinématographiquement forte et originale. Si ce n’est pas un film sur la foi, alors qu’en est-il ? C’est un film sur le doute. Des films sur la foi, j’en ai vus. Là, ce q

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"L'Apparition" : en présence d’un doute (et d'un Vincent Lindon magistral)

ECRANS | de Xavier Giannoli (Fr., 2h21) avec Vincent Lindon, Galatea Bellugi, Patrick d’Assumçao…

Vincent Raymond | Mardi 6 février 2018

Encore blessé et traumatisé par la mort d’un confrère sur le terrain, un reporter de guerre (Vincent Lindon) accepte de sortir de sa prostration quand un évêque du Vatican lui demande de participer à une enquête canonique : une jeune fille prétend que la Vierge lui est apparue, mais rien n’est moins sûr… Le réalisateur Xavier Giannoli traite ici, comme dans nombre de ses réalisations précédentes (ses courts-métrages y compris), d’une fascination pour une forme d’aura inexplicable ; la grâce mystique prenant dans L’Apparition le relai de la notoriété (Superstar en 2012), du charisme (Quand j’étais chanteur en 2006) ou du (non-)talent artistique (Marguerite en 2015). À cette note fondamentale, il ajoute un autre thème récurrent e

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"Un beau soleil intérieur" : rayonnante Juliette Binoche pour éteinte Claire Denis

ECRANS | de Claire Denis (Fr., 1h34) avec Juliette Binoche, Xavier Beauvois, Philippe Katerine…

Vincent Raymond | Mardi 26 septembre 2017

Isabelle, parisienne à la quarantaine flamboyante, traverse une mauvaise passe sentimentalement parlant. Les hommes ne manquent pourtant pas dans sa vie : un amant balourd, son ex mesquin, un jeune comédien qui boit trop, un voisin fantasque. Mais aucun ne ranime sa petite flamme… Tout musicien qui se respecte éprouve, en présence d’un stradivarius, la nécessité de le faire vibrer entre ses doigts. Juliette Binoche est de ce bois dont les instruments d’exception sont faits : une source d’inspiration, de vie et de naturel à même de sauver bien des scripts défaillants ; un sauf-conduit pour film sans centre de gravité. Un beau soleil intérieur ne tient que sur (et grâce à) elle : Claire Denis se contente de la filmer dans tous ses états (une aubaine), chopant forcément des instants magiques de vérité au milieu d’un océan de pas grand-chose. C’est moins ouvragé que lorsque Sautet façonnait du sur-mesure pour Romy Schneider. Le pompon du "what the fuck" revient au face-à-face final avec Depardieu jouant les médiums, balafré par le générique. Aucun plan ne montre les deux comédiens ensemble – m

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"Rodin" : mâle de pierre

Cinéma | Pour commémorer le centenaire de sa disparition, Jacques Doillon statufie Auguste Rodin dans ses œuvres. L’incandescence contenue de Vincent Lindon et le feu d’Izïa Higelin tempèrent heureusement une mise en scène par trop classique. En lice à Cannes 2017.

Vincent Raymond | Mardi 23 mai 2017

De 1880 à l’aube du XXe siècle, quelques particules de la vie d’Auguste Rodin : sa notoriété naissante, la passion fusionnelle vécue avec son élève et muse Camille Claudel, sa gloire parmi ses pairs émaillée de scandales artistiques, son caractère d’ursidé… Malgré son titre lapidaire et globalisant, ce Rodin ne prétend pas reconstituer l’entièreté de l’existence du sculpteur sous des tombereaux de détails mimétiques. Aux antipodes de ces émollientes hagiographies du type Cézanne et moi, Jacques Doillon opte en effet pour une approche impressionniste, en pierre brute, évoquant la démarche de Maurice Pialat dans Van Gogh (1991) – le temps et l’obstination rapprochent par ailleurs les deux plasticiens, aux fortunes pourtant diamétralement opposées. Buriné Malgré cela, Doillon ne parvient pas à se défaire d’une forme de pesanteur académique et conformiste. Cinéaste du heurt, de la parol

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Good Luck Algeria

ECRANS | de Farid Bentoumi (Fr., 1h30) avec Sami Bouajila, Franck Gastambide, Chiara Mastroianni…

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

Good Luck Algeria

Aux origines, une belle histoire… qui donne naissance à un film joliment ourlé. Pas si fréquent sous nos latitudes, alors que Hollywood est coutumier de ces contes exaltant le dépassement de soi, forgés à partir d’un exploit individuel accompli dans un cadre absurde. Comparable au mémorable Rasta Rocket (1994) et voisin de Eddie the Eagle (narrant le parcours du premier sauteur à ski olympique britannique, en avril sur les écrans), Good Luck Algeria s’inspire donc des rocambolesques péripéties du frère du réalisateur, un Rhônalpin désireux de concourir pour les JO et "promené" par les responsables de la fédération algérienne de ski, moins intéressés par l’athlète que par l’aubaine d’une subvention à détourner – des notables ici moqués avec causticité. À partir de l’anecdote familiale, Farid Bentoumi tisse un scénario plus complexe où le résultat devient annexe, le défi seul étant prétexte à une redécouverte par le héros, Sam, de ses origines doubles ainsi qu’à une mise à plat des rapports entre lui, son père et ses oncles restés au bled. Si, pour la course, Sam affiche son attachement au drapeau paternel (ses racines retrouvé

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Les Chevaliers blancs

ECRANS | S’inspirant de l’affaire de l’Arche de Zoé, Joachim Lafosse confie à un Vincent Lindon vibrant un rôle d’humanitaire exalté prêt à tout pour exfiltrer des orphelins africains. L’année 2016 pourrait bien être aussi faste que la précédente pour le comédien récompensé à Cannes avec “La Loi du marché”.

Vincent Raymond | Mardi 19 janvier 2016

Les Chevaliers blancs

Qu’il situe ses histoires dans le cadre intime d’une famille en train de se disloquer (Nue Propriété, À perdre la raison) ou, comme ici, au sein d’un groupe gagné par le doute et miné par les tensions, Joachim Lafosse suit film après film des schémas psychologiques comparables : il décrit des relations excessives, où un dominateur abusif exerce une subjugation dévastatrice sur son entourage. Cette figure charismatique n’est pas toujours animée dès le début d’intentions malveillantes : ainsi, le personnage que joue Lindon dans Les Chevaliers blancs est mû par une mission humanitaire qu’il considère comme supérieure à toute autre considération, toute contingence, y compris la sécurité des membres de son équipe. La poursuite orgueilleuse de son idéal va le faire glisser dans une spirale perverse. Hors de tout manichéisme, Lafosse ne réduit pas ce mentor déviant aux seuls effets de sa malignité : sans chercher à

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La Loi du marché

ECRANS | Comment un chômeur de longue durée se retrouve vigile et fait l’expérience d’une nouvelle forme d’aliénation par le travail : un pamphlet de Stéphane Brizé, radical dans son dispositif comme dans son propos, avec un fabuleux Vincent Lindon. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 18 mai 2015

La Loi du marché

Thierry, 51 ans, 20 mois de chômage derrière lui, constate avec calme l’aporie sociale dans laquelle il se trouve : d’abord face à un conseiller Pôle emploi qui a bien du mal à lui donner le change, puis à la table d’un café où ses anciens collègues syndiqués tentent de lui expliquer qu’il faut attaquer le mal à la racine. Et la racine, c’est la malhonnêteté et l’avarice du patron qui les a licenciés. Mais Thierry n’en démord pas : il veut seulement du travail pour sortir de cette foutue précarité dans laquelle il se trouve, cesser d’épousseter les meubles et faire vivre sa famille – dont un fils handicapé. Alors, de guerre lasse, il accepte un emploi de vigile dans un centre commercial, où on l’initie à la surveillance des clients, mais aussi des autres employés. L’itinéraire de Thierry a tout de la fiction édifiante, proche sur le papier de ceux accomplis par les personnages des frères Dardenne. Mais Stéphane Brizé a sa propre manière pour filmer conflits moraux et injustices sociales liés au monde du travail. Celle-ci

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Journal d’une femme de chambre

ECRANS | Même si elle traduit un certain regain de forme de la part de Benoît Jacquot, cette nouvelle version du roman d’Octave Mirbeau a du mal à tenir ses promesses initiales, à l’inverse d’une Léa Seydoux épatante de bout en bout. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Journal d’une femme de chambre

Après Jean Renoir et Luis Buñuel, Benoît Jacquot tente donc une nouvelle adaptation du livre d’Octave Mirbeau avec Léa Seydoux dans le rôle de Célestine, bonne à tout faire envoyée de Paris vers la Province pour servir les bourgeois Lanlaire. Co-écrit avec la jeune Hélène Zimmer — réalisatrice d’un premier long, À 14 ans, sorti le mois dernier en salles — ce Journal d’une femme de chambre a l’ambition de revenir au roman initial en en sélectionnant les épisodes plutôt qu’en l’actualisant. Pendant trente minutes, le film s’inscrit dans la droite ligne des Adieux à la Reine : la caméra et les comédiens prennent de vitesse la reconstitution historique, tandis que Jacquot, au diapason de son héroïne, pointe avec sarcasme les rapports de pouvoir et ce qui va avec — abus de pouvoir et droit de cuissage. C’est ce qui séduit le plus dans cette ouverture, sans doute ce que Jacquot a filmé de plus brillant depuis des lustres : comment, en replongeant dans la France du début du XXe siècle, il offre un commentaire très pertinent sur la

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3 Cœurs

ECRANS | De Benoît Jacquot (Fr, 1h46) avec Benoît Poelvoorde, Chiara Mastroianni, Charlotte Gainsbourg, Catherine Deneuve…

Christophe Chabert | Mardi 16 septembre 2014

3 Cœurs

Benoît Jacquot ne se prive pas pour définir 3 Cœurs comme un « thriller sentimental » ; et il ne lésine pas sur les moyens pour le faire comprendre au spectateur dans l’introduction, où, en plus des notes sombres qui parsèment la musique mélodramatique de Bruno Coulais, circule un climat fantomatique pour narrer le coup de foudre entre un type qui vient de rater son train (Pœlvoorde) et une fille qui erre dans les rues (Gainsbourg). Ils se donnent rendez-vous à Paris, mais en chemin pour le rendez-vous, il est foudroyé par une attaque cardiaque. Cette entame étrange, abstraite, à la lisière du fantastique, est en effet ce que Jacquot réussit le mieux, le moment où sa mise en scène dégage une réelle inquiétude. En revanche, tandis que l’histoire se resserre autour d’un nœud sentimental – confectionné grâce à un sacré coup de force scénaristique – où Poelvoorde tombe amoureux de la sœur de Gainsbourg (Chiara Mastroianni) ignorant les liens qui les unissent, le suspense est comme grippé par l’approche psychologique et réaliste du cinéaste. Il faut dire que lorsque Jacquot tente de ramener de la quotidienneté dans le récit (que ce soit les séquences à la di

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Mea culpa

ECRANS | De Fred Cavayé (Fr, 1h30) avec Vincent Lindon, Gilles Lellouche…

Christophe Chabert | Mardi 4 février 2014

Mea culpa

«Sur une idée d’Olivier Marchal» nous dit le générique de fin. Tout s’explique ! «L’idée» en question est en fait un fonds de commerce : un ex-flic traumatisé et au fond du trou va tenter de se racheter en protégeant son fils et en flinguant à tout va du méchant, ici des gangsters serbes dont les motivations sont très sommairement résumées : «les filles et la came». Justice expéditive, tirage de tronches et gros accès de virilité sont donc au programme, mais là n’est pas le problème de cet actionner à la française. Il y a d’un côté la minceur du scénario – pas grave – et de l’autre sa farandole d’incohérences, que Cavayé tente de noyer sous une pluie de fusillades, poursuites et bastons qui ne justifient jamais la réputation de "bon artisan" appliquée un peu vite au cinéaste. Rien ne tient debout donc, que ce soit la gestion du temps, de l’espace ou de l’élémentaire réalisme des situations – les flics interviennent une bonne heure après un carnage homérique dans une boîte de nuit, une bagnole va plus vite qu’un TGV… On a tendance à fustiger l’état de la comédie française ; mais entre Besson, Cavayé et Marchal, le polar d’ici n’est pas f

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Cannes, jour 7 : le Queer lui va si bien…

ECRANS | "Behind the candelabra" de Steven Soderbergh. "As I lay dying" de James Franco. "Grigris" de Mahamat Saleh Haroun. "Les Salauds" de Claire Denis.

Christophe Chabert | Jeudi 23 mai 2013

Cannes, jour 7 : le Queer lui va si bien…

Judicieusement placé en plein milieu de la compétition, le dernier film (le dernier ?) de Steven Soderbergh, Behind the candelabra, nous a redonné de l’énergie pour terminer le festival. C’est un film champagne mais c’est aussi, comme Gatsby et La Grande Bellezza, un film qui inclue dans son programme sa propre gueule de bois. Pourquoi Soderbergh tenait-il tant à ce biopic du pianiste excentrique et homo Liberace, sorte de Clayderman de Las Vegas, certes talentueux mais surtout très doué pour faire la retape de sa propre image, showman avéré mais dont la vie privée a été soigneusement falsifiée pour ne pas effrayer son fan club de mamies pudibondes. C’est par cet angle (mort)-là que Soderbergh choisit de raconter Liberace : son jeune amant Scott, tombé sous le charme de ce sexagénaire qui refuse de vieillir et qui va le transformer en portrait de Dorian Gray vivant ; pendant qu’il rajeun

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Après mai

ECRANS | D’Olivier Assayas (Fr, 2h02) avec Clément Métayer, Lola Creton, Carole Combes…

Christophe Chabert | Mercredi 7 novembre 2012

Après mai

De L’Eau froide à Carlos, la révolution politique avortée des années 70 hante le cinéma d’Olivier Assayas. Aujourd’hui, il s’y attaque de front à travers un récit aux relents autobiographiques où la jeunesse de son époque prend la route et le maquis pour contester la société conservatrice et prôner le marxisme et le maoïsme. Ce devrait être une fresque portée par un souffle romanesque fort ; ce n’est à l’arrivée qu’un film d’Assayas, où les états d’âme amoureux des personnages prennent le pas sur l’esprit d’une période, réduite à un simple folklore. Aux clichés hallucinants des scènes d’ouverture (manif, gaz lacrymo, pochettes de disques rock, lycéen faisant de la peinture abstraite dans sa chambre, créature garrellienne en longue robe blanche ânonnant un texte incompréhensible) succède un récit mal raconté, bourré de symboles transparents (la jeunesse se consume, alors tout brûle autour d’elle) et joué par des acteurs peu convaincants (exception faite de Lola Creton). Surtout, le film prend acte d’une démission de son auteur face à son sujet : Gilles, alter

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Augustine

ECRANS | d'Alice Winocour (Fr, 1h41) avec Vincent Lindon, Soko, Chiara Mastroianni…

Jerôme Dittmar | Jeudi 1 novembre 2012

Augustine

Si les images de Charcot n'ont cessé d'irriguer le cinéma (de Furie à A.I en passant par Carrie), rarement l'histoire du docteur et sa patiente star, Augustine, n'a fait l'objet d'un film. À Alice Winocour de compenser cette absence avec un premier long aussi ambitieux que petit à l'arrivée. La faute à une approche trop polie, presque scolaire, qui ouvre autant de pistes théoriques qu'elle enferme la mise en scène dans un carcan appliqué et limité. Tout est finalement si réfléchi, dans cette histoire sur les mystères de la sexualité féminine, qu'aucune ambiguïté n'émerge. Là où devraient exister des personnages ébranlés par leurs désirs, fascinés par une attirance réciproque dans un monde aux portes de la psychanalyse et du spectacle permanent, surnagent deux acteurs filmés par une caméra proche de l'académisme télévisuel. Pas facile aussi d'être bouleversé par la semi-lourdeur de Soko dans le rôle d'Augustine. L'actrice, jamais troublante, plombant limite le film à elle seule. Jérôme Dittmar

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Quelques heures de printemps

ECRANS | Un fils sort de prison et renoue des rapports électriques avec sa mère malade. Avec ce film poignant emmené par une mise en scène sans psychologie ni pathos et deux comédiens incroyables, Stéphane Brizé s’affirme comme un grand cinéaste. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 14 septembre 2012

Quelques heures de printemps

C’est un malentendu qui persiste et qui s’agrandit : un fils, Alain, et sa mère, Yvette, deux échoués de la classe moyenne dans une banlieue pavillonnaire en Bourgogne. Lui vient de purger un an et demi de prison pour une connerie qui lui a coûté cher, elle souffre d’une tumeur au cerveau dont l’avancée inéluctable la pousse à envisager un suicide assisté en Suisse. Les voilà à nouveau sous le même toit, mais les épreuves ne les rapprochent pas ; au contraire, le fossé du ressentiment qui a toujours existé entre eux se creuse encore. Un ressentiment qui est surtout affaire de non-dits. Dans Mademoiselle Chambon, Stéphane Brizé mettait en scène des silences qui en disaient long sur le désir et le sentiment amoureux ; avec Quelques heures de printemps, le silence se fait douloureux, blessant, cruel. Commencé à la manière d’Un mauvais fils de Sautet, le film bifurque peu à peu vers un territoire qui lui est propre, où le cinéaste observe la dernière tentative de communication entre Alain et Yvette avec un vérisme constant (de l’accent d

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Toutes nos envies

ECRANS | De Philippe Lioret (Fr, 2h) avec Marie Gillain, Vincent Lindon…

Christophe Chabert | Vendredi 4 novembre 2011

Toutes nos envies

«Librement inspiré du roman d’Emmanuel Carrère», dit le générique. C’est un euphémisme. De D’autres vies que la mienne, Philippe Lioret n’a retenu que le squelette : le dernier combat d’une juge atteinte d’une maladie incurable contre les sociétés de crédit provoquant sciemment le surendettement de leurs clients. Tout le reste n’est qu’un remake de son précédent Welcome. Le plus frappant, c’est l’absence d’urgence dans la narration : plus occupé à mettre en scène les silences que l’action, Lioret en oublie que son sujet repose sur un double contre-la-montre. Seul le mélodrame l’intéresse ; même quand il invente une mère de famille surendettée, c’est pour la dépeindre comme une femme exemplaire (on n’est pas chez les Dardenne) et en faire une future maman de substitution à la juge condamnée. On ne s’intéresserait aux problèmes des autres que quand ils finissent par s’inviter dans notre quotidien… Chez Carrère, la chose était bien plus métaphysique ! Même le trouble amoureux qui devrait naître entre Gillain et Lindon ne donne lieu qu’à de pauvres rebondissements vite évacués par la pudibonderie du récit. Tout ici est aseptisé, plat, s

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Les Bien-aimés

ECRANS | De Christophe Honoré (Fr, 2h15) avec Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Ludivine Sagnier…

François Cau | Mardi 12 juillet 2011

Les Bien-aimés

Une mère et sa fille. Dans les années 60, la mère (Ludivine Sagnier) fait la pute pour se payer des chaussures et tombe amoureuse d’un médecin tchèque qu’elle quitte au moment du Printemps de Prague. Au début des années 2000, la fille (Chiara Mastroianni) s’éprend d’un gay malade du sida, tandis que la mère (Catherine Deneuve) retrouve son amant de l’époque (Milos Forman). Plus que jamais, le cinéma de Christophe Honoré joue de la référence (Truffaut et ses romans cinématographiques sont les grands parrains du film) mais aussi de l’autoréférence : comme dans Les Chansons d’amour, Alex Beaupain a composé de pénibles intermèdes musicaux, sans doute ce qu’il y a de moins bien dans le film. Pénible aussi, la capacité d’Honoré dialoguiste à mettre dans la bouche de ses acteurs un texte bourré de poncifs sentencieux sur l’amour, la vie, le temps qui passe. Ratée enfin, l’évocation de l’époque : la reconstitution au début donne une sensation désagréable d’entre-deux, ni rigoureuse, ni fantaisiste, et quand le 11 septembre passe par là, on change vite de chaîne. Si Les Bien-aimés s’avère toutefois supérieur aux précédents Honoré, c’est grâce à l’énergie

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Pater

ECRANS | Alain Cavalier, Président de la République, nomme Vincent Lindon Premier ministre, tâche qu’il prend très au sérieux, au point de se lancer dans la course à l’investiture contre son mentor. Ce n’est que du cinéma, bien sûr, mais à ce point d’intelligence ludique, le cinéma est bien plus que la réalité. Christophe Chabert

François Cau | Mardi 14 juin 2011

Pater

Il était une fois un cinéaste qui avait un acteur pour ami, et qui voulait faire un film avec lui. Précision importante : ce cinéaste, qui s’appelle Alain Cavalier, se méfie depuis vingt ans des acteurs professionnels et de la machinerie qu’implique un tournage de fiction, préférant filmer seul avec sa petite caméra des instants de réalité qu’il transforme par son regard singulier en spectacle cinématographique. Autre précision : l’acteur-ami, c’est Vincent Lindon, sans doute le comédien le plus passionnant du cinéma français, celui qui n’est jamais là où on l’attend, traversant tous les territoires avec un mélange de curiosité et d’intégrité. La rencontre entre ces deux figures rétives à la classification paraît tomber sous le sens, mais de quel film pouvait-elle accoucher ? Pater est d’abord l’histoire de ce tâtonnement : Cavalier retrouve Lindon dans un hôtel, ils discutent sans but précis, notamment de l’emploi du temps de Lindon (il tourne simultanément La Permission de minuit). Et puis, par un coup de force que Cavalier rend immédiatement naturel, les voilà de chaque côté d’une table : Alain Cavalier est Président de la République, et il nomme Vincent Lin

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Mademoiselle Chambon

ECRANS | De Stéphane Brizé (Fr, 1h41) avec Vincent Lindon, Sandrine Kiberlain…

François Cau | Samedi 10 octobre 2009

Mademoiselle Chambon

Jean tombe sous le charme de Mademoiselle Chambon, l’institutrice de son fils. Il s’improvise gauchement maçon du cœur et propose de réparer la fenêtre de son appartement. Pour le remercier, elle fait pleurer son violon dans l’austérité de son salon. Ils se recroisent, s’échangent des regards, se frôlent à grand peine. Jean fuit son épouse, Mademoiselle Chambon souffle le chaud mais surtout le froid. Déjà pas franchement survoltée, l’ambiance s’abîme dans les non-dits, les chastes silences, les œillades intéressées, le tout dans une dynamique à faire passer Les Regrets de Cédric Kahn pour Bad Boys 2. Stéphane Brizé choisit sciemment de se focaliser sur l’expression quotidienne de la passion, freinant systématiquement ses personnages dans leurs élans, quitte à en faire les représentations statufiées de l’indécision, d’une certaine idée de la transparence amoureuse. C’est quand ils finissent par quitter leur mécanique routine que le film prend son envol, dans des scènes où la réserve du film comme ses partis pris esthétiques finissent par prendre tout leur sens : Brizé soigne particulièrement ces séquences pudiques, où le talent des acteurs principaux brille de façon intense. Puis

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Welcome

ECRANS | Une nouvelle fois, Philippe Lioret nous touche en plein cœur, à la grâce d’une foi cinématographique totale en son sujet.

François Cau | Jeudi 5 mars 2009

Welcome

Mea maxima culpa : on était un tantinet défiant en entrant dans la salle. Bon, déjà, le synopsis nous semblait hautement improbable (un prof de natation calaisien, en un geste implicite et désespéré pour reconquérir son ex-épouse, prend sous son aile un jeune clandestin kurde désirant traverser la Manche à la nage). Ensuite, la collaboration scénaristique d’Olivier Adam nous échaudait un peu : dans son roman À l’abri de rien, ce dernier nous dépeignait déjà les rapports des habitants de Calais avec les sans-papiers, sous le joug d’une vigueur émotionnelle pas toujours canalisée. Enfin, après le drame poignant Je vais bien, ne t’en fais pas, on imaginait mal Philippe Lioret revenir sans encombre aux problématiques sociales de ses débuts, qui plus est sur un sujet d’actualité aussi brûlant, sans tomber dans le misérabilisme ou la dénonciation à la truelle. Heureusement, dès les premières scènes, le metteur en scène nous fait rougir de honte de cumuler autant d’a priori. Sa glaçante description des conditions de voyage des clandestins nous immerge derechef dans le récit, le glissement narratif vers le personnage principal (Vincent Lindon, tout simplement

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