L'insolente jeunesse des vieux cinéastes

ECRANS | Alors que la rentrée cinéma est dominée par des cinéastes entre 40 et 60 ans, deux octogénaires vont surprendre par la vigueur de leurs derniers opus, aussi inattendus que flamboyants de maîtrise : Woody Allen avec "Blue Jasmine" et Roman Polanski avec "La Vénus à la fourrure". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 27 août 2013

Photo : "Blue jasmine" de Woody Allen


Une expression bien aimée de la critique française parle des "films tardifs" des grands cinéastes pour évoquer leurs derniers opus. Manière élégante de dire qu'ils sont comme les combats de trop d'anciens puncheurs n'ayant plus les jambes pour suivre le rythme imprimé par la génération montante et réclamé par un public avide de nouveautés. Si les exceptions ne sont pas rares – de John Huston à Kinji Fukasaku – on a pris cette habitude de regarder vieillir les metteurs en scène que l'on aime avec un mélange d'affection et d'affliction.

Or, en cette rentrée 2013 riche en événements, ce sont deux cinéastes ayant dépassé les 80 printemps qui vont frapper très fort, et montrer que le talent, mieux que les cellules, se régénèrent au contact de défis inédits dans leur carrière.

Deux cinéastes nomades

En même temps, quoi de plus différent que Blue Jasmine de Woody Allen et La Vénus à la fourrure de Roman Polanski ? Et quoi de commun entre les deux cinéastes – à part, diront les mauvais esprits, les scandales de mœurs auxquels ils ont été mêlés ? Allen enchaîne tel un métronome un film par an, au risque pas toujours évité de la routine lassante, qui a même fini par toucher sa période "touristique" dans les grandes capitales européennes – Londres, Barcelone, Paris, Rome ; Polanski, lui, a mené une carrière nomade et accidentée, de la Pologne à l'Angleterre, avant d'arriver à Hollywood et d'en repartir dans les circonstances que l'on sait, direction la France.

Autant Allen a inventé son propre style, imité par une infinité de cinéastes américains, même s'ils n'en retiennent souvent que la part la plus évidente et la moins aventureuse formellement, autant Polanski s'assume en héritier hitchcockien, retrouvant l'efficacité du maître en y adjoignant ses propres obsessions – enfermement, perversité, paranoïa. Le nom de Polanski est associé à des films cultes – Le Bal des vampires, Rosemary's baby, Chinatown, Le Locataire, Le Pianiste – qui éclipsent des pans pourtant passionnants de son œuvre – les sous-estimés Pirates, Lunes de Fiel ou son adaptation audacieuse de Macbeth ; on trouve des films emblématiques chez Allen – Annie Hall, Manhattan, Hannah et ses sœurs, Crimes et délits, Maris et femmes, Match point – mais ses admirateurs savent que c'est dans les marges de ce parcours obligé qu'on trouve aussi les expériences les plus passionnantes du metteur en scène – de Zelig à Harry dans tous ses états ou Whatever works.

Troubles jeux

Leurs nouveaux films dégagent pourtant un même parfum de remise à zéro, chacun à leur manière. Blue Jasmine ramène Woody Allen sur le sol américain, mais dans une ville qu'il n'avait encore jamais filmée, San Francisco ; c'est aussi son premier portrait de femme depuis Alice, c'est-à-dire depuis l'époque Mia Farrow ; c'est enfin un objet insituable dans le balancier qu'il aime effectuer entre la comédie et la tragédie. Le ton du film est à l'image de l'humeur, fantasque mais aussi profondément névrotique, de son héroïne, une géniale Cate Blanchett à qui l'oscar tend les bras : à la fois léger et extrêmement cruel. S'y opèrent des glissements de temporalité qui viennent rectifier les soliloques incessants du personnage sur lui-même, et la faire passer de victime à bourreau, le tout dans un ballet social qui rappelle le propos de Match point.

Une femme est aussi au cœur de La Vénus à la fourrure, une actrice ingénue, un peu idiote, qui vient passer une audition pour une pièce inspirée du roman éponyme de Sacher-Masoch. Elle se retrouve face à un auteur-metteur en scène pétri de certitudes, qui finit par se prendre au jeu et lui donner la réplique, fasciné par la transformation de l'écervelée en comédienne talentueuse. Le huis clos strict du film, réduit à deux acteurs – Mathieu Amalric et Emmanuelle Seigner, tous deux incroyables – sonne non pas comme une contrainte, mais comme un challenge pour Polanski. Pourtant habitué à ce genre de défis (son précédent Carnage reposait sur un principe similaire), il trouve dans la pièce de David Ives un matériau infiniment malléable dans lequel il peut faire entrer tout son cinéma : de Cul-de-Sac à Lunes de Fiel en passant par Le Locataire et même La Neuvième porte, dont il refait de manière flamboyante le final raté, Polanski semble jouer de son espace réduit pour ouvrir des abîmes de spectacle, de sens, de plaisir et de sidération.

C'est en définitive le point commun de ces deux grands films, qui pour le coup arrivent à point nommé pour rappeler l'importance d'Allen et Polanski dans le cinéma mondial : ils ont une confiance absolue dans l'intelligence du spectateur, l'invitant sans arrêt à participer aux dispositifs ludiques qu'ils inventent. La jeunesse de Blue Jasmine et de La Vénus à la fourrure tient à cela : ils croient qu'il n'y a pas d'âge pour jouer, mais que la maturité autorise à s'adonner à des jeux cruels et pervers.

Blue Jasmine, de Woody Allen : sortie le 25 septembre
La Vénus à la fourrure, de Roman Polanski : sortie le 13 novembre

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"Un jour de pluie à New York" : Grosse Pomme à l’eau signée Woody Allen

ECRANS | De Woody Allen (É.-U., 1h32) avec Timothée Chalamet, Elle Fanning, Kelly Rohrbach…

Vincent Raymond | Mardi 17 septembre 2019

Ashleigh (Elle Fanning) a obtenu d’interviewer un réalisateur arty pour le journal de sa fac… à condition d’aller à Manhattan. Bonne nouvelle pour son petit copain Gatsby (Timothée Chalamet), qui leur organise un week-end en amoureux dans son New York chéri. Sur place hélas, rien ne se déroulera comme prévu… Cette histoire d'un couple qui se remet en question à l’issue d’une nuit marquée par les tentations sentimentales erratiques de l’un des des deux partenaires dans un New York à la fois mondain et irréel, ça a un petit air de Eyes Wide Shut donc d’une relecture de La Nouvelle rêvée de de l'écrivain autrichien Arthur Schnitzler dont Stanley Kubrick s’était inspirée, accommodée à la sauce Allen. Mais Woody ayant déjà encensé son bien-aimé Manhattan dans toutes les hauteurs ne parvient plus à en offrir un regard qui ne soit à la limite de l’auto-citation, voire de l’auto-parodie. Et si l’on doit admettre de ne frayer ici (une fois encore) qu’avec des démocrates érudits ayant des névroses de couple et résidant autour d’un Central Park réchauffé par les couleurs l’automne, faut-il en plus supporter des dialogu

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"Rosemary’s Baby" : beauté (cinématographique) du diable

ECRANS | Le Ciné-Club de Grenoble lancera mercredi 5 décembre son cycle "Ô Diable" avec ce film culte de Roman Polanski.

Vincent Raymond | Mardi 27 novembre 2018

Mercredi 5 décembre, le Ciné-Club de Grenoble entamera son cycle "Ô Diable" en invoquant une œuvre à la sulfureuse réputation : Rosemary’s Baby (1968). Oh, il ne la doit pas tant à son histoire délicieusement inquiétante de possession et d’enfantement satanique savamment ourdie par un Roman Polanski alors galvanisé par son premier tournage à Hollywood et la promesse de son avenir radieux avec Sharon Tate ; ni à l’interprétation terrifiante de retenue de John Cassavetes ; pas plus qu’à la puissance de la suggestion qui fit croire à des milliers de spectateurs qu’ils avaient vu le visage du bébé. Ce qui, hélas, a contribué à la postérité de ce film, ce sont les tragédies bien réelles que d’aucuns ont bien voulu lui rattacher : le meurtre de Sharon Tate par les émules de Charles Manson, l’assassinat de John Lennon devant l’immeuble servant de décor, les "errements" de Polanski – et l’on en passe. Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain et revoyons le film pour ce qu’il est : un chef-d’œuvre de l’épouvante, qui glace le sang dès les premières mesures du générique, sur cette berceuse dissonante chantée par une mère détraquée, à qu

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"Café Society" : Hollywoody boulevard

ECRANS | Le 47e opus de Woody Allen-réalisateur semble avoir été taillé sur mesure pour effectuer l’ouverture de la 69e édition du festival de Cannes : glamour, artifices et nostalgie des vieilles bobines s’y bousculent. On passe un charmant moment, sans être transporté…

| Mercredi 11 mai 2016

Un film situé, au moins partiellement, dans les arcanes du Hollywood de l’âge d’or ne pouvait que finir (ou, à tout le moins, commencer sa carrière) sur la Croisette. Café Society tend une sorte de miroir temporel pareil à une vanité à la foule des producteurs, cinéastes, comédiens, agents qui se pressent aux marches du Palais et dans les réceptions pour participer à la gigantesque sauterie cannoise. Car du cinéma, il ne montre absolument rien si ce n’est un extrait de La Dame en rouge (1935) de Robert Florey. En cela, il se situe aux antipodes de Avé César des frères Coen qui avait effectué l’ouverture de la Berlinale. Ici, les stars demeurent cachées dans leurs résidences exubérantes, ou des noms évoqués par paquets de dix, d’éphémères symboles de puissance dans l’Usine à rêve, totalement privées de substance et d’incarnation. Woody et ses doubles C’est plus la nostalgie jazzeuse, l’élégance du cadre et les vestes cintrées qui intéressent Woody Allen dans ce décor-prétexte. Les plateaux, il leur a déjà réglé leur compte dans Hollywood Ending (2002), comédie décriée et pourtant

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Il était une fois New York avec Woody Allen

ECRANS | La Cinémathèque de Grenoble propose de (re)voir "Manhattan", l'un des chefs-d'œuvre de Woody Allen. Une programmation en lien avec l'expo du Musée de Grenoble consacrée à Georgia O’Keeffe.

Vincent Raymond | Mardi 1 décembre 2015

Il était une fois New York avec Woody Allen

En résonance avec Georgia O’Keeffe et ses amis photographes, l’exposition actuelle du Musée de Grenoble consacrée à cette peintre américaine (1887-1986) qui sut notamment sublimer les lignes géométriques de New York, la Cinémathèque a trouvé LE film capable de rivaliser avec ses toiles dans la célébration de la Grosse Pomme : Manhattan (1979) de Woody Allen. Sa seule ouverture sur le Rhapsody in blue de Gershwin, tandis qu’en voix-off le narrateur peine à trouver les mots pour exprimer son amour inconditionnel pour sa ville, et que défile à l’écran une succession de scènes discontinues appartenant au quotidien new-yorkais, figure dans le panthéon du 7e art. Quant à la suite, elle est un condensé du cosmos allenien : le cinéaste y campe un quadra un brin névrosé, entre deux (ou trois) femmes – dont évidemment un tendron (la juvénile Mariel Hemingway) –, qui tombe amoureux de la copine de son meilleur ami, Diane Keaton. Et ce, alors qu’elle avait tout pour l’agacer, dont

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La Vénus à la fourrure

ECRANS | Une actrice, un metteur en scène, un théâtre et "La Vénus à la fourrure" de Sacher-Masoch : un dispositif minimal pour une œuvre folle de Roman Polanski, à la fois brûlot féministe et récapitulatif ludique de tout son cinéma. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 6 novembre 2013

La Vénus à la fourrure

À sa sortie, on avait pris Carnage pour une sorte de repli stratégique de la part de Roman Polanski. L’adaptation de la pièce de Yasmina Reza venait après ses déboires avec la justice suisse, et le choix d’un huis clos à quatre personnages lui permettait de tourner vite en déclinant en virtuose sa science du découpage et de la mise en scène. Surtout, il y circulait une rage que l’on imaginait circonstanciée, là encore liée à cette énième humiliation dans une vie déjà chaotique. Derrière sa réjouissante santé, par-delà la comédie de mœurs labyrinthique à laquelle Polanski nous convie, La Vénus à la fourrure poursuit ce double geste de façon enthousiasmante. C’est une charge virulente contre l’époque et ses travers, ici pris sous l’angle de la lutte des sexes, et c’est à nouveau un huis clos tiré d’une pièce de théâtre, signée cette fois David Ives ; sauf que cette fois, le théâtre est le lieu et la matière du film, même si, en transparence, le cinéaste vise aussi tout ce qu’i

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Blue Jasmine

ECRANS | Aussi surprenant que "Match point" en son temps dans l’œuvre du cinéaste, "Blue Jasmine" de Woody Allen est le portrait cruel, léger en surface et tragique dans ses profondeurs d’une femme sous influence, une Cate Blanchett géniale et transfigurée. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 18 septembre 2013

Blue Jasmine

Le titre du dernier Woody Allen est en soi un formidable puzzle : Jasmine, son héroïne, possède entre autres lubies une passion monomaniaque pour la chanson Blue Moon. Mais c’est aussi son état d’esprit lorsque le film commence : bluesy et déprimée suite à la rupture avec son mari, sorte de Bernie Madoff ruiné par la crise financière. Elle, la femme entretenue, rumine à voix haute sa déconvenue : elle doit quitter son standing new-yorkais pour s’installer chez sa sœur prolo à San Francisco. Il y a peut-être un dernier sens derrière ce Blue-là : Jasmine semble débarquer de nulle part, out of the blue, ou du moins la savante construction dramatique du film laisse-t-il un noir – ou un bleu – sur un passé qu’elle rabâche mais qu’elle est peut-être surtout en train de réinventer. Car dans la première partie du film, Jasmine est une victime, femme bafouée que ce déclin entraîne bord de la folie et qui cherche à tout prix à retrouver sa dignité mais surtout son rang, cette place sociale qu’elle estimait avoir durement conquise. Petits arrangements avec soi-même La question de la lutte des classes n’est pas neuve chez Allen ;

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Cannes, jour 10 : bouquet final

ECRANS | "The Immigrant" de James Gray. "Only lovers left alive" de Jim Jarmusch. "La Vénus à la fourrure" de Roman Polanski.

Christophe Chabert | Samedi 25 mai 2013

Cannes, jour 10 : bouquet final

Au moment où n’importe quel festivalier voit apparaître sur son visage des rides de fatigue qui le font ressembler à Bruce Dern dans Nebraska, il fallait pourtant se ressaisir d’urgence, car Thierry Frémaux, dans un hallucinant tir groupé final, avait placé en fin de compétition de très gros morceaux signés par de très grands cinéastes. C’est d’ailleurs à l’aune de cette attente, pour le coup gigantesque, que The Immigrant de James Gray a déçu. Attention, tout de même… Gray, dont les quatre derniers films ont tous été présentés en compétition, y a systématiquement récolté les mêmes commentaires perplexes ou frustrés, avant que lesdits films, à leur sortie, ne reçoivent un accueil enthousiaste d’une presse ayant revu son jugement à la hausse, et de spectateurs qui ont l’avantage considérable de ne pas s’être empiffré 35 films en dix jours. Mais la déception est soigneusement entretenue par Gray lui-même. En effet, The Immigrant part sur une piste qu’on identifie immédiatement comme coppolienne façon Parrain 2. Plan sur la stat

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Projection privée

ECRANS | Chouette idée que ce cycle "Égérie" organisé durant tout le mois de février par le Centre Culturel Cinématographique… L’idée est simple : le job de réalisateur s’étant (...)

Christophe Chabert | Mercredi 30 janvier 2013

Projection privée

Chouette idée que ce cycle "Égérie" organisé durant tout le mois de février par le Centre Culturel Cinématographique… L’idée est simple : le job de réalisateur s’étant majoritairement décliné au masculin singulier, il n’est pas rare que son pluriel soit une comédienne, à la ville comme à l’écran. Certains sont des cinéastes d’une seule femme (Cassavetes et Gena Rowlands), d’autres changent de conquête en cours de carrière (Woody Allen, passant de Diane Keaton à Mia Farrow). Cette semaine, c’est d’ailleurs le cas Woody qui est à l’honneur avec Annie Hall – période Keaton, donc. Inusable, cette comédie marque un tournant dans sa filmographie : le gagman s’y fait plus discret, laissant apparaître un immense cinéaste qui n’hésite pas à expérimenter de nouveaux modes de narration et à faire de sa vie la matière première de ses fictions. D’entrée, Woody s’adresse au spectateur pour lui expliquer qu’il ne se remet pas de sa rupture avec Annie ; puis retour en arrière, loin dans l’existence du personnage, sur les bancs de l’école, dans sa famille et finalement au long de ses pérégrinations sentimentales, jusqu’à sa rencontre avec Annie Hall. Ils n’ont pas grand chose en

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To Rome with love

ECRANS | Poursuivant son exploration des métropoles européennes après Londres, Barcelone et Paris, Woody Allen se montre bien peu inspiré face à Rome, se contentant d’un poussif récit multiple où tout sent la fatigue et le réchauffé, à commencer par sa propre prestation d’acteur. Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Vendredi 6 juillet 2012

To Rome with love

La familiarité avec le cinéma de Woody Allen, autorisée par la livraison annuelle d’un nouvel opus, permet à l’amoureux de ses films de vite reconnaître quand le maître (osons le mot, il n’est pas volé) est en pleine santé ou quand, au contraire, il est en petite forme. Il ne faut pas longtemps pour s’apercevoir que To Rome with love appartient à la deuxième catégorie, tant il transpire le manque d’inspiration, le programme mécanique et l’agrégat poussif d’idées plus ou moins bonnes. Ainsi, si les cartes postales qui ouvraient Minuit à Paris (un vrai grand Allen, celui-là) n’étaient qu’un trompe-l’œil, le film s’acharnant ensuite à en montrer le caractère illusoire, celles que le cinéaste compile sur Rome ne seront jamais vraiment déchirées par le récit. Pire, elles conduisent à une accumulation de petites intrigues véhiculant leur lot de clichés, là où Allen n’avait besoin que d’un solide concept pour dérouler celle du film précédent. Ce n’est d’ailleurs par la première fois que, dans ses mauvaises années, Allen se repose sur les récits multiples comme sur une canne, espérant que dans l’ensemble, quelques-uns surnagent de la mollesse ambiante. Ce n’est hélas !

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Le charme hargneux de la bourgeoisie

ECRANS | Huis clos à quatre personnages tiré de la pièce «Le Dieu du carnage» de Yasmina Reza, le nouveau film de Roman Polanski est une mécanique diabolique et très mordante, sur la violence masquée derrière les apparences sociales, avec un quatuor de comédiens au sommet de leur art. Critique et décorticage des racines du Carnage. Christophe Chabert

François Cau | Vendredi 2 décembre 2011

Le charme hargneux de la bourgeoisie

C’est un incident banal, une dispute entre gosses qui tourne mal : l’un d’entre eux en frappe un autre avec un bâton, lui brisant plusieurs dents et une partie de la mâchoire. Cette scène muette sert de générique à Carnage, et Polanski la filme de loin, en plein air, tandis que la musique guillerette d’Alexandre Desplat semble se moquer de la violence du geste. On devrait s’en tenir là. Et c’est peu ou prou ce qui se passe dans la scène suivante : les parents de la «victime», Penelope et Michael Longstreet (Jodie Foster et John C. Reilly) relisent devant eux la lettre d’excuses des époux Cowan (Kate Winslet et Christoph Waltz), père et mère du «coupable». Les deux couples peuvent alors se séparer à l’amiable, mais quelque chose cloche, comme une insatisfaction réciproque, la sensation d’un malentendu pas encore totalement dissipé. Alors qu’Alan et Nancy Cowan se dirigent vers l’ascenseur, Penelope, visiblement nerveuse, leur demande si c’est eux qui sont désolés ou leur enfant. Ça n’a l’air de rien, mais ce détail va déclencher une heure quinze de huis clos en temps réel où les quatre protagonistes se livreront à toutes les formes de mesquinerie, réglant leurs comptes avec une v

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Le goût de la claustrophobie

ECRANS | Polanski et le théâtre, c’est une longue histoire faite d’adaptations à l’écran, de créations pour la scène, mais surtout d’influence créative et de réminiscences autobiographiques. CC

François Cau | Vendredi 2 décembre 2011

Le goût de la claustrophobie

Pour Roman Polanski, le théâtre semble être une valeur refuge, sa filmographie revenant à intervalles réguliers vers des adaptations de pièces célèbres, classiques ou contemporaines, et lui-même s’aventurant régulièrement sur les planches, en tant qu’acteur et metteur en scène. C’est d’ailleurs la part la moins connue de son œuvre : en 1981, c’est lui qui crée à Londres Amadeus, la pièce de Peter Schaeffer, se distribuant dans le rôle de Mozart, ouvrant la voie à l’adaptation qu’en fera pour le cinéma un autre réalisateur de l’Est expatrié, Milos Forman. Sept ans plus tard, c’est sur une scène parisienne qu’il brille en incarnant Grégoire Samsa, l’homme ordinaire transformé en cloporte dans La Métamorphose de Kafka. Au cinéma, il met tout de suite la barre très haute pour sa première adaptation : une version de Macbeth de Shakespeare qui a le mérite de ne lorgner ni sur le baroque tapageur d’un Welles, ni sur le classicisme respectueux d’un Laurence Olivier — le film, toutefois, est loin d’être son meilleur. Il aura encore moins de chance avec La Jeune fille et la mort, huis clos trop attendu autour d’une rescapée des camps de la mort qui séquestre chez elle celui qu’elle pense

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Cannes, jour 1 : Autour de Minuit

ECRANS | Minuit à Paris de Woody Allen

François Cau | Jeudi 12 mai 2011

Cannes, jour 1 : Autour de Minuit

C’est reparti pour un tour de Cannes. Les indicateurs sont en hausse (plus de stars, plus de business, plus de films intéressants — enfin, c’est ce qui se dit — et plus de journalistes, visiblement), après la morose édition 2010. Si tout le monde attend Terrence Malick, il paraît que du côté de Lars Von Trier, il va y avoir du lourd. Sans parler de notre maître Alain Cavalier, de retour en compétition, ou de Take Shelter, le deuxième film de Jeff Nichols présenté à la Semaine de la Critique et dont le Shotgun stories a marqué durablement nos mémoires. Si le film d’ouverture donne le ton de ce qui va se passer par la suite, alors Minuit à Paris annonce en effet un Cannes 2011 à la fois joyeux et de grande qualité. Eh oui, c’est ce bon vieux Woody qui aura réussi à nous surprendre d’entrée ! Encore ? Oui et non. Car à la vision de Minuit à Paris, on se dit que l’on n’a pas vraiment aimé ses films depuis Match Point (à l’exception, peut-être, de Whatever works, mais qui sonnait comme une réplique tardive de son cinéma des nineties), du moins qu’on y a pris un plaisir essentiellement théorique qui fermait les yeux sur d’évidentes faiblesses (de rythme, de réalisation ou de récit, co

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Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu

ECRANS | Crise matrimoniale, peur de la vieillesse, stérilité créative, folie douce et raison forcenée : Woody Allen retrouve le plaisir des récits gigognes dans cette excellente comédie hantée par la gravité. Christophe Chabert

François Cau | Mercredi 29 septembre 2010

Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu

Un des moments les plus passionnants du dernier Woody Allen se situe dans son premier tiers, quand Helena (Gemma Jones), sexagénaire abandonnée par son mari, tente de convaincre sa fille Sally (Naomi Watts) de suivre les conseils d’une voyante qu’elle consulte depuis quelques temps. Réaction indignée de Sally, tandis que son époux Roy (Josh Brolin) joue les arbitres dans cette querelle familiale. Le comportement absurde et enfantin d’Helena se heurte à la froide lucidité de Sally, comme si les rôles s’inversaient : les enfants sont plus adultes que leurs parents — preuve supplémentaire, le père (Anthony Hopkins) refait sa vie avec une strip-teaseuse de 30 ans son aînée. La scène est clé car, au lieu de livrer la morale du film, elle en expose tous les faux-semblants, le reste venant les démasquer dans un mélange de comédie et de noirceur indiscernables. Pour couronner le tout, Woody Allen s’offre alors un plan-séquence virtuose plutôt inhabituel chez lui. C’est une des surprises de Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu : on y sent la signature fameuse du cinéaste new-yorkais (pour le coup revenu à Londres), mais son cinéma s’y fait moins transparent, plus retors qu’à l’

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The Ghost writer

ECRANS | Retour au présent pour Roman Polanski avec un thriller politique classique et hitchcockien, où s’épanouissent sans tapage un plaisant savoir-faire et une ironie très actuelle. Christophe Chabert

François Cau | Lundi 1 mars 2010

The Ghost writer

La sortie de The Ghost writer faisant suite à l’encore fraîche «affaire Polanski» et au débat plutôt clivé qui s’ensuivit, il va être difficile de prendre la défense du film sans passer aussi pour un défenseur de son cinéaste. Alors autant le dire franchement : pour nous, Polanski est un metteur en scène majeur, une référence incontournable en matière de modernité cinématographique. The Ghost writer prouve d’ailleurs qu’après le chef-d’œuvre très personnel qu’était Le Pianiste et le faux-pas d’Oliver Twist, celui-ci sait faire rebondir sa carrière en prenant d’adroits contre-pieds. Après deux fresques historiques, le voilà de plain-pied avec l’actualité récente : au cœur du film, un mystère entour l’ancien Premier ministre britannique Adam Lang. Il demande à un nègre d’écrire ses mémoires, alors que la controverse se lève sur son action politique pendant la guerre en Irak. A-t-il créé une douteuse alliance avec l’Amérique pour organiser la lutte contre le terrorisme en faisant fi du droit international ? Et qu’est-il arrivé à son nègre précédent, retrouvé noyé sur les côtes de l’île où Lang s’est réfugié avec sa femme et ses assistantes ? Un livre ? Juste du pap

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"Vicky Cristina Barcelona" : sous l'espagnolade, la vérité sociale

ECRANS | En visite à Barcelone, Woody Allen propose une nouvelle variation, faussement convenue, autour de ses thèmes favoris : le couple et la fatalité culturelle.

Christophe Chabert | Jeudi 2 octobre 2008

Deux amies américaines sont en visite estivale à Barcelone, l’une pour ses études, l’autre pour se remettre de son énième déconfiture sentimentale. La brune Vicky (Rebecca Hall), solidement assise sur ses principes, est promise au mariage avec un jeune cadre new-yorkais ; la blonde Cristina (Scarlett Johansson) se cherche quelque part entre cinéma et photographie, célibataire par indécision plus que par choix. Woody Allen, après une trilogie londonienne au propos social détonnant, semble avoir mis le cap vers l’Espagne pour des raisons similaires à celles de ses héroïnes : s’offrir un break ensoleillé et touristique (de Gaudí à la guitare au clair de lune, les clichés sont à la fête), le temps de retrouver ses thèmes de prédilection : l’incertitude sentimentale et les aléas du couple. Avec un classicisme très sage, la première partie de Vicky Cristina Barcelona se pose en comédie romantique sans réel enjeu, notamment quand Juan Antonio (Javier Bardem), peintre bohème assumant son désir pour les deux demoiselles, sort le grand jeu et emballe toutes les pistes lancées par le récit. Niv

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