Fedora, star au crépuscule

Christophe Chabert | Lundi 2 septembre 2013

Fedora revient sur les écrans, après une longue absence. Cette phrase marche pour le film de Billy Wilder, quasi-invisible depuis sa sortie en 1978, mais aussi pour l'histoire qu'il raconte : celle d'une star mythique, recluse sur une île à Corfou entourée d'une vieille infirme, d'une gouvernante, d'un garde du corps et d'un médecin alcoolique, qu'un producteur « indépendant » cherche à convaincre de faire son come back dans une nouvelle adaptation d'Anna Karenine.

Tout fait retour dans Fedora, y compris Billy Willder lui-même, qui offre une variation évidente autour d'un de ses plus grands succès, Sunset boulevard. Le cinéma a changé en un quart de siècle, et la gloire du muet terrassée par le parlant s'est transformée en diva énigmatique, Dorian Gray féminine où la chirurgie esthétique remplace le tableau diabolique. En revanche, William Holden est toujours là, mais lui accuse le poids des années, tout comme Hollywood, balayé par « les jeunes cinéastes barbus » et leurs « caméras légères ».

La puissance de Fedora tient à son mélange d'anachronisme et de puissante modernité ; la mise en scène de Wilder garde ce classicisme élégant qui permet au film de résister au passage du temps, mais les sujets qu'il aborde et le regard qu'il pose sur ce monde en mutation où l'éternelle jeunesse est la valeur monstrueuse à laquelle on doit tout sacrifier – vie privée, vie amoureuse et même progéniture – sont d'une incroyable acuité. Le parfum mortifère qui se dégage de cette œuvre vraiment crépusculaire constitue ainsi un chant du cygne parfait pour son réalisateur – le navrant remake de L'Emmerdeur n'étant qu'un combat de trop, ce qu'il ne manqua pas de reconnaître en le reniant avant de se retirer définitivement des affaires.

Fedora
De Billy Wilder (1978, Fr-All, 1h50) avec William Holden, Marthe Keller…
Cette semaine au Méliès


Fedora

De Billy Wilder (1978, Fr-All, 1h56) avec Marthe Keller, William Holden...

De Billy Wilder (1978, Fr-All, 1h56) avec Marthe Keller, William Holden...

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Un producteur américain tente de convaincre une star légendaire à la retraite, Fedora, d'effectuer un comeback retentissant.


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"La Sainte Famille" : ministère à mère

ECRANS | De et avec Louis-Do de Lencquesaing (Fr., 1h30) avec également Marthe Keller, Léa Drucker, Laura Smet…

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Sa femme s’éloigne, son frère se sépare, son aristocrate de mère le fait tourner en bourrique, sa grand-mère n’est plus très vaillante, sa cousine lui fait de l’œil ; il a du mal avec ses filles… Malgré cet environnement intime bancal, le novice en politique Jean est nommé ministre de la Famille… La particule de son patronyme laisse supposer que l’auteur-interprète principal a pioché dans un décor, disons, familier : celui d’une lignée enracinée dans l’aristocratie ou la grande bourgeoisie, habituée aux parquets point de Hongrie des beaux quartiers parisiens, prenant ses quartiers de campagne dans quelque gentilhommière d’Île-de-France ; où l’usage veut que les enfants voussoient leurs parents. Un contexte où sa silhouette mi-guindée, mi-ébahie, évolue visiblement en pays de connaissance. Si on ne peut dire qu’on n’a jamais vu de films avec des familles de bourges en crise (c’est même le fonds de commerce d’un certain cinéma français), ce qui tranche ici, c’est « la pudeur des sentiments », pour reprendre Gainsbourg : les situations se résolvent davantage dans l’écoute et l’étreinte que dans l’hystérie collective, tout mucu

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"L'Ordre des médecins" : blues de la blouse

ECRANS | de David Roux (Fr-Bel, 1h33) avec Jérémie Renier, Marthe Keller, Zita Hanrot…

Vincent Raymond | Lundi 21 janvier 2019

Médecin hospitalier avalé par les urgences quotidiennes d’un métier vocation-passion, Simon fait admettre sa mère pour une rechute cancéreuse. Face à la gravité du mal, à l’inertie de certains collègues et à la résignation de sa mère, il se met en congé pour s’occuper elle… Ce premier long-métrage de David Roux mérite de se frayer son chemin singulier dans la jungle des films (et désormais de la série) "médicaux" initiés par Thomas Lilti. Car en dépit de ce que le titre peut laisser supposer, il s’agit ici surtout des ordre et désordre d’un médecin en particulier ; de sa vie réduite par la force des choses à la pratique hospitalière – par contiguïté, on devine que l’addiction de Simon est largement partagée, même si tous ne vivent pas leur métier comme un apostolat. D’une certaine manière, il est la pathologie de son existence tout en étant son remède – la dose fait le poison, pour reprendre Paracelse. Le grand mérite de ce film est d’opérer (si l’on ose) un virage à 180° à l’intérieur de l’inst

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La Cinémathèque sort de ses murs pour Billy Wilder

ECRANS | Rendez-vous mercredi 10 octobre à la Maison des Arts de Montbonnot-Saint-Martin pour (re)découvrir le fameux "Certains l'aiment chaud".

Vincent Raymond | Mardi 2 octobre 2018

La Cinémathèque sort de ses murs pour Billy Wilder

Qu'elle fut riche en miracles, en éclats de rire et en frissons la carrière de Billy Wilder (1906 – 2002) ! Grand formaliste œuvrant dans le film noir (Assurance sur la mort), le "whodunit" (Témoin à charge) ou la chronique hollywoodienne à clés (le merveilleux Sunset Boulevard), le cinéaste américain demeure avant tout réputé pour ses comédies au rythme trépidant et à la réplique mordante qui faisaient le bonheur des interprètes… et suscitent encore la joie du public. La Cinémathèque de Grenoble ayant l’excellente idée de consacrer un bref cycle (hors les murs) à cet exquis esprit, on ne saurait trop vous conseiller de faire la totale à commencer ce 10 octobre par Certains l’aiment chaud (1959). Histoire de travestis elle-même déguisée en comédie policière et musicale, ce monument est à revoir pour en distinguer, derrière le burlesque et l’inventive fantaisie, la douloureuse mélancolie. Il y a en effet comme une malédiction touchant les personnages, condamnés à ne jamais jouir d’un bonheur simple et sta

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"L’Économie du couple" : un douloureux huis clos

ECRANS | de Joachim Lafosse (Bel./Fr., 1h40) avec Bérénice Bejo, Cédric Kahn, Marthe Keller…

Vincent Raymond | Mercredi 27 juillet 2016

Déjà qu’il est peu plaisant d’être le témoin privilégié d’une dispute de couple ; alors imaginez une compilation de soupes à la grimace, d’arguties fielleuses et de museaux bouffés servie par un duo jamais à court de reproches mutuels, achoppant sur sa séparation à cause d’une appréciation différente de la valeur du domicile conjugal. Des considérations tristement mesquines, à hauteur de porte-monnaie, montrant combien (sic) la passion est volatile, et ce qu’il peut rester d’un mariage lorsque la communauté amoureuse se trouve réduite… aux acquêts. Douloureux, éprouvant à voir – pour ne pas dire à subir –, ce quasi huis clos signé du pourtant respectacle Joachim Lafosse est moins insupportable lorsque des amis, invités dans cet enfer domestique, sont pris à témoins par les deux belligérants. Le temps d’une seule séquence, qu’on soupçonne d’être le prétexte du film – un court-métrage aurait suffi. Pour achever la punition, on se mange ici après Camping 3 un nouveau titre de Maître Gims in extenso. Pas pas très charitable pour le spectateur…

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Au galop

ECRANS | De et avec Louis-Do de Lencquesaing (Fr, 1h33) avec Valentina Cervi, Marthe Keller…

Jerôme Dittmar | Vendredi 12 octobre 2012

Au galop

On n’a rien contre les films de dandy parisien, du moment qu'ils sont à la hauteur du dandysme. Beaucoup moins proche d'Eustache que d'Assayas, sans avoir la prétention d'être l'un ou l'autre, le premier long de l'acteur Louis-Do de Lencquesaing rappelle cet adage. Histoire d'un romancier parisien et des trois femmes de sa vie (sa mère, sa fille et sa maîtresse), Au galop n'est pas du genre à savoir tenir sa monture. Platement filmés, ces petits désordres amoureux et existentiels ressemblent à une compilation "tendance du cinéma français" avec au programme : adultère, mort, naissance, liberté, amour, famille et droits de succession. Beaucoup pour un seul homme. L'air de déjà vu n'aurait rien de fâcheux si De Lencquesaing nourrissait ses intrigues autrement que d'un lointain regard sur les choses. Et si son personnage n'était pas qu'un grand vide (plus ou moins voulu, peu importe) qui finalement ne révèle rien. Le manque de matière est ici un peu alarmant. Jérôme Dittmar

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