Cartel

ECRANS | La rencontre entre Cormac McCarthy et le vétéran Ridley Scott produit une hydre à deux têtes pas loin du ratage total, n’était l’absolue sincérité d’un projet qui tourne le dos, pour le meilleur et pour le pire, à toutes les conventions hollywoodiennes. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 12 novembre 2013

Il y a sans doute eu maldonne quelque part. Comment un grand studio hollywoodien a-t-il pu laisser Cormac McCarthy, romancier certes adulé mais absolument novice en matière d'écriture cinématographique, signer de sa seule plume ce Cartel, le faire produire par la Fox et réaliser par un Ridley Scott réduit ces dernières années à cloner sans panache ses plus grands succès (Robin des Bois, sous-Gladiator, Prometheus, sous-Alien…) ? Le film est en tout point fidèle à la lettre et à l'esprit de ses œuvres littéraires : omniprésence de la corruption morale, déliquescence d'un monde livré à la sauvagerie et s'enfonçant dans une régression inéluctable vers le chaos, voilà pour l'esprit ; pour la lettre, c'est là que le bât blesse, tant McCarthy se contrefout éperdument des règles élémentaires de la dramaturgie cinématographique.

Pas d'expositions des personnages, de longues conversations plutôt virtuoses dans leur façon d'exprimer les choses sans vraiment les nommer, mais qui versent aussi dans une emphase sentencieuse explicitant autant les intentions de l'auteur que la réalité des protagonistes, une action qui progresse dans les articulations du récit plutôt que dans son échine et qui en définitive débouche non pas sur une résolution, mais sur un ultime constat de désespoir absolu. Vendu comme un thriller, Cartel en est très très loin. Les bouffées de violence sont non seulement assez rares, mais elles ne servent que de contrepoint à ce qui est l'essence de son projet : un vaste théâtre humain se promenant sur plusieurs continents, où les déplacements restent invisibles, et qui revient obstinément vers les mêmes figures enfermées dans des lieux clos — une joaillerie, une maison somptueuse, un bar sombre, un entrepôt transformé en club, une chambre d'hôtel, une église.

Valse avec le mal

L'intrigue elle-même n'est qu'un prétexte, une peinture comme une autre de la faillite morale américaine : un «Counselor» (titre original du film, et métier du personnage de Michael Fassbender, que personne n'appelle jamais par son nom) s'associe avec un trafiquant de drogue perché (Javier Bardem) pour pouvoir éponger les dettes contractées afin de satisfaire sa nouvelle et charmante épouse (Penélope Cruz), le tout sous les yeux d'une ambivalente créature aux motivations opaques mais à la sexualité éclaboussante (Cameron Diaz). Le «cartel» auquel renvoie le titre français est d'ailleurs une pure abstraction, suite de personnages mutiques comme McCarthy les affectionne qui se contentent d'appliquer froidement les règles criminelles.

La question de la drogue et de sa circulation n'est donc pas l'affaire du film, qui traite toutes les séquences comme un élément de sa démonstration, dont la visée est dans le fond assez simple : on ne ressort jamais indemne d'une valse avec le mal, si tant est qu'on en ressorte tout court. Parfois, McCarthy ouvre des parenthèses assez étranges, des pistes qui ne conduisent à rien, comme cette double scène mêlant sexualité et religion, purement anecdotique. Parfois, il touche quelque chose du doigt, comme avec ce personnage de Texan rompu aux principes du business, affichant une décontraction fataliste face à la brutalité du monde dans lequel il évolue — remarquable prestation de Brad Pitt, toujours excellent dans des seconds rôles de pure composition. Surtout, il y a comme un désir entêté de ne jamais se conformer à une narration classique, dont on ne sait trop si elle est liée à l'inexpérience de McCarthy ou à une volonté d'expérimentation sur son nouveau médium.

L'image en trop

C'est là que Ridley Scott entre en jeu. On le sent très vite aussi désarçonné que le spectateur face à cette matière étrange, anti-spectaculaire, obscure et claustrophobe. Lui, le cinéaste du spectacle, cherche du coup à en mettre un peu partout, parfois en dépit du bon sens. C'est flagrant avec l'utilisation d'une musique toujours à côté de la plaque, inutilement dramatique ou illustrative jusqu'à la ringardise — de la mauvaise techno ou du hip-hop cheap pour créer un semblant d'ambiance gangsta. Mais c'est aussi régulièrement le cas dans la mise en scène elle-même, qui ne sait si elle doit se plier à l'austérité du dialogue et des situations ou faire semblant d'assurer le minimum syndical pour dynamiser les séquences.

Lorsqu'une scène d'action se présente, Scott se jette dessus tel un chien affamé sur un os, plaquant en vieux roublard sa méthode habituelle : tournage à plusieurs caméras pour multiplier les angles et les vitesses d'obturation, afin de pouvoir tout reconstruire ensuite au montage. Méthode qui trouve vite ses limites, car même les séquences non dialoguées sont écrites par McCarthy comme des cérémonies rigoureuses et précises, tel ce passage impressionnant où un filin métallique est tendu méthodiquement comme une corde à piano au milieu d'une route pour provoquer la décapitation nette d'un motard. Il suffit de comparer le découpage, inutilement compliqué, de Scott et celui des Coen dans No country for old men, qui adoptaient la même précision glaciale dans leur mise en scène, pour constater que Cartel n'est vraiment pas tombé entre de bonnes mains.

Si le réalisateur ne lésine pas sur l'hémoglobine, il reste en revanche terriblement puritain dans sa représentation du sexe, ce qui conduit à une scène franchement grotesque où Diaz se frotte sur le pare-brise d'une voiture comme une gymnaste roumaine, plus drôle que troublante. C'est là encore un problème de représentation : chez McCarthy, c'est le personnage de Bardem qui raconte la scène, et son texte évoque des images fortes — «un poisson-chat», dit-il à propos du sexe sur la vitre — face auxquelles celles filmées par Scott ne peuvent évidemment tenir la comparaison. On est donc renvoyé de nouveau à la nature littéraire ou théâtrale du scénario, que le film n'est jamais prêt à assumer, en équilibre précaire entre radicalité et mainstream, goût du contrôle et approximations.


Cartel

De Ridley Scott (ÉU-Angl-Esp, 1h51) avec Michael Fassbender, Penélope Cruz...

De Ridley Scott (ÉU-Angl-Esp, 1h51) avec Michael Fassbender, Penélope Cruz...

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La descente aux enfers d’un avocat pénal, attiré par l’excitation, le danger et l’argent facile du trafic de drogues à la frontière américano-mexicaine. Il découvre qu’une décision trop vite prise peut le faire plonger dans une spirale infernale, aux conséquences fatales.


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"Once Upon a Time… in Hollywood" : Quentin se fait son cinéma

ECRANS | Les coulisses de l’usine à rêves à la fin de l’ère des studios, entre petites histoires, faits divers authentique et projection fantasmée par Quentin Tarantino. Une fresque uchronique tenant de la friandise cinéphilique (avec, en prime, Leonardo DiCaprio, Brad Pitt et Margot Robbie), mais qui s’égare parfois dans ses digressions.

Vincent Raymond | Jeudi 25 juillet 2019

Hollywood, 1969. Rick Dalton (Leonardo DiCaprio), vedette sur le déclin d’une série TV ; Cliff Booth (Brad Pitt), son cascadeur homme à tout faire ; leur voisine (Margot Robbie), la jeune comédienne Sharon Tate, épouse Polanski : trois destins parallèles et convergents dans une ville entre décors, faux-semblants et rêves brisés… Lors de l’une de ses venues au Festival Lumière de Lyon, Quentin Tarantino avait concocté une sélection de films portant l’estampille 1970. Au-delà du nombre rond, cette année charnière marque en effet l’ancrage définitif du Nouvel Hollywood, l’irrésistible ascension de ses nouveaux moguls et l’inéluctable déclin des anciens nababs. Autant dire que le choix de 1969 pour situer cette semi-fiction est signifiant : il correspond à la fin d’un âge d’or – en tout cas idéalisé par celles et ceux qui l’ont vécu a posteriori. Et à travers l’écran d’argent. Dans sa reconstitution appliquée, Tarantino est loin de tout repeindre en rose pailleté, même si la tentation est grande : le Hollywood de 1969 transpire de coolness ambiante, d’érotisme débridé, ruisselle

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"X-Men : Dark Phoenix" : 50 nuances de Grey

ECRANS | De Simon Kinberg (ÉU, 1h40) avec James McAvoy, Sophie Turner, Michael Fassbender…

Vincent Raymond | Mercredi 5 juin 2019

1992. Partie avec les X-Men à la rescousse d’astronautes en détresse, Jean Grey est submergée par un magma cosmique qui déchaîne ses pouvoirs en puisant dans les aspects obscurs de son passé. Incontrôlable et dangereuse, elle rejette Xavier et compte sur l’aide de Magneto… L’absence de Bryan Singer, mis à l’index pour des accusations d'agression sexuelle, serait-elle à déplorer ? Force est de reconnaître que l’avance prise par la bande à Xavier sur la troupe de Stark a fondu comme la calotte polaire : la vitesse déployée par les Avengers dans le diptyque habité par Thanos a rattrapé et ordonné l’accumulation foutraque (parfois poussive) qui diluait les enjeux à force de tonalités divergentes. Limitant ses spin-off aux aventures de Wolverine (achevées en apothéose dans Logan), voire à l’inclassable Deadpool, les X-Men avaient pour eux une cohérence globale, conséquence directe des schémas narratifs reposant sur des oppositions duelles (Xavier contre Magneto, humanité contre mutants…) ; de bonnes rivalités bipolaires fondées sur des présupposés manichéens ainsi que sur la puissance du psychisme, de l’affect, de la télékinésie… Un équilibre binai

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"Douleur et gloire" : autoportrait de Pedro Almodóvar en vieil artiste

ECRANS | Un cinéaste d’âge mûr revisite son passé pour mieux se réconcilier avec les fantômes de sa mémoire et retrouver l’inspiration. Avec son nouveau film en compétition au Festival de Cannes, Pedro Almodóvar compose une élégie en forme de bilan personnel non définitif illustrant l’inéluctable dynamique du processus créatif.

Vincent Raymond | Mardi 14 mai 2019

Le temps des hommages est venu pour Salvador Mallo, cinéaste vieillissant que son corps fait souffrir. Son âme ne l’épargnant pas non plus, il renoue avec son passé, se rabiboche avec d’anciens partenaires de scène ou de lit, explore sa mémoire à la racine de ses inspirations… Identifiable à son auteur dès la première image, reconnaissable à la vivacité de ses tons chromatiques, mélodiques ou narratifs, le cinéma de Pedro Almodóvar semble consubstantiel de sa personne : une extension bariolée de lui-même projetée sur écran, nourrie de ses doubles, parasitant sa cité madrilène autant que ses souvenirs intimes sans pour autant revendiquer l’autobiographie pure. Pourtant, à la différence de Woody Allen (avec lequel il partage l’ancrage urbain et le goût de l’auto-réflexivité), le démiurge hispanique est physiquement absent de ses propres films depuis plus de trente ans. Il parvient cependant à les "habiter" au-delà de la pellicule, grignotant l’espace épi-filmique en imposant son visage-marque sur la majorité de l’environnement iconographique – il figure ainsi sur nombre de photos de tournages, rivalisant en notoriété avec les vedettes qu’il dirige. Pour

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"Everybody knows" : Asghar Farhadi à la recherche de ce qui nous liait

ECRANS | Sous le délicieux présent transperce le noir passé… Le cinéaste iranien Asghar Farhadi retourne ici le vers de Baudelaire dans ce thriller familial à l’heure espagnole où autour de l’enlèvement d’une enfant se cristallisent mensonges, vengeances, illusions et envies. Un joyau sombre porté par Penélope Cruz et Javier Bardem, en compétition à Cannes.

Vincent Raymond | Mardi 8 mai 2018

Comme le mécanisme à retardement d’une machine infernale, une horloge que l’on suppose être celle d’une église égrène patiemment les secondes jusqu’à l’instant fatidique où, l’heure sonnant, un formidable bourdonnement précipite l’envol d’oiseaux ayant trouvé refuge dans le beffroi. C’est peut dire que l’ouverture d’Everybody knows possède une forte dimension métaphorique ; sa puissance symbolique ne va cesser de s’affirmer. Installée au sommet de l’édifice central du village, façon nez au milieu de la figure, cette cloche est pareille à une vérité connue de tous, et cependant hors des regards. Elle propage sa sonorité dans les airs comme une rumeur impalpable, sans laisser de trace. Battant à toute volée sur une campagne ibérique ensoleillée, telle une subliminale évocation de l’Hemingway période espagnol, cette cloche rappelle enfin de ne « jamais demander pour qui sonne le glas : il sonne pour [soi]“. Pour l’illusion du bonheur et de l’harmonie, également, dans laquelle baignent Laura (Penélope Cruz) et ses enfants, elle qui revient en Espagne pour assister au mariage de sa sœur. Et retrouver sa famille : d’anciens

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"Blade Runner 2049" : l’avenir, c’était moins pire avant

ECRANS | Denis Villeneuve livre avec "Blade Runner 2049" une postérité plus pessimiste encore que le chef-d’œuvre de l'écrivain de science-fiction Philip K. Dick et du cinéaste Ridley Scott. Tombeau de l’humanité, son opéra de bruine crasseuse et de poussière survit à sa longueur (2h43) ainsi qu’à l’expressivité réduite de Ryan "Ford Escort" Gosling.

Vincent Raymond | Lundi 2 octobre 2017

2049, sur une Terre à la biocénose ravagée. Blade Runner (du nom d'unités policières spéciales), K. (Ryan Gosling) est un réplicant d’un modèle évolué chargé d’éliminer ses congénères réfractaires à l’autorité humaine. K. découvre lors d’une mission qu’une réplicante, en théorie stérile, a jadis accouché. L’enfant-miracle est très convoité… C’est peu dire que monde a les yeux braqués sur Denis Villeneuve, "celui qui s’est risqué" à prolonger le cauchemar de Philip K. Dick modifié par Ridley Scott en 1982. Demi-suite en forme de résonance (y compris musicale, même si Vangelis n’a pas été reconduit à la bande originale, supplanté par l’incontournable Hans Zimmer), ce nouvel opus permet au cinéaste de travailler en profondeur ses obsessions : l’identité brutalement perturbée (Incendies, Maelström, Un 32 août sur terre…) et la contamination de la réalité par les songes ou les souvenirs (Enemy, Premier Contact)

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"Mother!" : la (vaniteuse) vie d’artiste

ECRANS | Thriller fantastique aux échos polanskiens, cette réflexion sur les affres effroyables de la création signée Darren Aronofsky ("Black Swan", "Requiem for a Dream"...) est aussi une puissante création réflexive. Et le récit du voyage aux enfers promis à celles et ceux qui gravitent trop près autour d’un·e artiste. Métaphorique, hypnotique et bourré de stars – Jennifer Lawrence, Javier Bardem, Michelle Pfeiffer...

Vincent Raymond | Lundi 11 septembre 2017

Un poète en panne d’écriture vit à l’écart du monde dans la vaste demeure que sa jeune et aimante épouse achève de rafistoler. L’arrivée d’un couple d’inconnus perturbe leur intimité. Mais si la maîtresse de maison est troublée par ces sans-gênes, le poète se montre des plus exaltés… À croire qu’une internationale de cinéastes s’est donné pour mot d’interroger les tourments de l’inspiration littéraire : après Jim Jarmusch (Paterson), Pablo Larraín (Neruda), Mariano Cohn et Gastón Duprat (Citoyen d’honneur), voici que Darren Aronofsky propose sa vision du processus d’écriture. Vision divergée, puisqu’épousant les yeux de la muse plutôt que celle de l’auteur. Mais pas moins douloureuse : afin d’accomplir l’œuvre lui permettant

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"Song To Song" : Terrence Malick, toujours une note au-dessus

ECRANS | Retour à une forme plus narrative pour le désormais prolifique Terrence Malick, qui revisite ici, avec des grands noms (Natalie Portman, Ryan Gosling, Michael Fassbender, Rooney Mara...), le chassé-croisé amoureux dans une forme forcément personnelle et inédite.

Vincent Raymond | Mardi 4 juillet 2017

Deux hommes, deux femmes : leurs histoires d’amour et professionnelles, croisées ou réciproques dans l’univers musical rock d’Austin… Après le sphérique et autoréférenciel Voyage of Time (amplification des séquences tellurico-shamaniques de Tree of Life façon poème mystique à liturgie restreinte), le réalisateur Terrence Malick renoue avec un fil narratif plus conventionnel. Avec ce que cela suppose d’écart à la moyenne venant du réalisateur de À la Merveille. Song To Song prouve, si besoin en était encore, que ce n’est pas un argument qui confère à un film son intérêt ou son originalité, mais bien la manière dont un cinéaste s’en empare. Le même script aurait ainsi pu échoir à Woody Allen ou Claude Lelouch (amours-désamours chez les heureux du monde et dans de beaux intérieurs, avec les mêmes caméos de Val Kilmer, Iggy Pop, Patti Smith), on eût récolté trois films autant dissemblables entre eux que ressemblants et identifiables à leur auteur. Persistance de la mémoire En deux heures bien tassées, Malick nous offre ici un foisonnement visuel rare : un enchaînement vertigineux d

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Ridley Scott : « Le futur apparaît terrible et merveilleux »

Interview | Retour vers le futur avec Ridley Scott qui, bien qu'il figure désormais parmi les vétérans du cinéma mondial et ait anobli par la Reine, n'a rien perdu de son mordant. Ni de son perfectionnisme. La preuve avec "Alien : Covenant", nouveau volet de la saga dont il nous a parlé.

Vincent Raymond | Mardi 9 mai 2017

Ridley Scott : « Le futur apparaît terrible et merveilleux »

Pourquoi ce titre, Covenant (littéralement "engagement") ? Ridley Scott : C’est comme une promesse, c’est un accord, une alliance. Le vaisseau Covenant part avec deux mille bonnes âmes pour coloniser une autre planète, où l’humanité pourraient vivre. Il y a un sous-texte clairement religieux : Billy Crudup qui dit qu’il n’a pas été choisi comme chef parce qu’il avait en lui une foi trop forte. Un équipage n’est jamais composé au hasard, les gens sont bien identifiés avant le départ : il y a de longs entretiens qui sont réalisés sur le plan psychologique, religieux… Les membres d’une mission astronautique, par exemple, vivent ensemble avant de partir pour savoir s’ils sont capables de se supporter sans s’entre-tuer au bout de deux jours. En revenant à Alien, quel était pour vous l’enjeu principal et les pièges à éviter ? Il y avait des question auxquelles la tétralogie n’avait pas répondu : quel était ce vaisseau, qui était ce pilote,

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Avec "Alien : Covenant", la bête immonde est de retour

ECRANS | Après une patiente incubation, Ridley Scott accouche, avec "Alien : Covenant", de son troisième opus dans la vieille saga "Alien" (débutée en 1979), participant de son édification et de sa cohérence. Cette nouvelle pièce majeure semble de surcroît amorcer la convergence avec son autre univers totémique, "Blade Runner". Excitant.

Vincent Raymond | Mardi 9 mai 2017

Avec

L’ouverture d’Alien : Covenant se fait sur un œil se dessillant en très gros plan. Ce regard tout neuf et empli d’interrogations est porté par l’androïde David, création du milliardaire Peter Weyland. Aussitôt s’engage entre la créature et son démiurge une conversation philosophique sur l’origine de la vie, où affleure le désir de la machine de survivre à son concepteur. L’image mimétique d’un instinct de survie, en quelque sorte. Cet œil inaugural, immense et écarquillé, reflétant le monde qui l’entoure, fait doublement écho non à Prometheus, préquelle de la saga sorti en 2012, mais à l’incipit de Blade Runner (1982) du même Ridley Scott. L’œil y apparaît pareillement, pour réfléchir un décor futuriste et comme miroir de l’âme : c’est en effet par l’observation des mouvements de la pupille lors du fameux test de Voight-Kampff que l’on parvient à trier les authentiques humains de leurs simulacres synthétiques, les "répliquants". Le David

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"À ceux qui nous ont offensés" : fiche le camp !

ECRANS | de Adam Smith (É-U., 1h39) avec Michael Fassbender, Brendan Gleeson, Lyndsey Marshal…

Vincent Raymond | Mardi 28 février 2017

Colby Cutler règne en parrain despotique sur les siens, commanditant casses et larcins à tout va. Las de cette existence hors-la-loi, son fils Chad s’apprête à quitter sa roulotte avec femme et enfants pour se fixer dans une maison en dur. Mais Colby n’a pas l’intention de le laisser partir… Après Brad Pitt dans Snatch, voici Michael Fassbender en nouvelle incarnation du Gitan britannique – rien à voir avec leurs cousins du continent, souvent représentés de manière moins glamour chez Kusturica ou Gatlif. Ce constat mis à part, les problématiques rencontrées par cette population au Royaume-Uni sont identiques : pilote chevronné voulant se ranger des voitures, Chad goûte à l’ostracisme lorsqu’il s’aventure hors du clan. Un rejet que subit également sa progéniture, au grand bonheur de Colby : croyant à une forme de déterminisme social, un statu quo renforce son emprise sur le groupe. Film complexe, multiple, À ceux qui nous ont offensés marie à la fois le drame aux reflets shakespeariens et le polar sec, que rythment les courses-poursuites en bagnoles hurlantes et les dialogues au phrasé tourmenté, chahuté par

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"Assassin’s Creed" : game over

ECRANS | Le jeu vidéo culte trouve une nouvelle vie au cinéma grâce à Justin Kurzel et des stars comme Michael Fassbender, Marion Cotillard ou encore Jeremy Irons. Sauf que cette vie-là tombe totalement à plat.

Vincent Raymond | Mardi 20 décembre 2016

Censé être exécuté par injection, Cal se réveille dans une étrange institution où des scientifiques l’incitent à plonger dans sa mémoire génétique afin de trouver le moyen d’éradiquer à jamais toute pulsion de violence chez l’Homme. Héritier d’une séculaire guilde, les Assassins, adversaires immémoriaux des Templiers, Cal va affronter son passé… et le présent. Dans cette histoire où deux vilaines sectes s’entretuent à travers les âges pour contrôler l’humanité, difficile de comprendre laquelle est la moins pire – laissons aux complotistes le soin de les évaluer selon leurs critères tordus. Difficile aussi, d’y trouver son content en terme d’originalité spectaculaire : à force d’en garder sous la pédale pour alimenter d’hypothétiques suites, les films d’action peinent à se suffire à eux-mêmes ; d’épiques, ils deviennent elliptiques. Badaboum Son origine vidéoludique devrait irriguer Assassin’s Creed de trouvailles visuelles, le rendre aussi innovant et immersif qu’un Christopher Nolan des familles. Las ! Justin Kurzel ne fait qu’enquiller bastons chorégraphiées et combats de sabres pour yamakasi en toile d

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Michael Fassbender : « Je ne suis pas un gamer »

ECRANS | Après avoir campé dans "Steve Jobs" un créateur d’ordinateur, Michael Fassbender endosse pour l’adaptation du jeu vidéo "Assassin’s Creed" le double rôle de Cal et d’Aguilar, coiffant en sus la casquette de coproducteur. Il mise gros jeu…

Vincent Raymond | Mardi 20 décembre 2016

Michael Fassbender : « Je ne suis pas un gamer »

Êtes-vous à la base adepte des jeux vidéo ? Je ne suis pas un gamer, mais je me suis mis à Assassin’s Creed après avoir accepté d’entrer dans ce projet – par respect pour les gens d’Ubisoft d’une part, de l’autre parce que j’avais envie de connaître ce monde qu’ils avaient créé et qu’ils m’avaient tellement bien expliqué. Pour m’inspirer également de la "physicalité" du personnage que je devais interpréter, dans ses mouvements pour les combats, dans sa pratique du parkour… Mais je ne suis pas le seul à m’être totalement immergé dans cet univers : ma partenaire de jeu Ariane Labed a été plutôt hardcore dans sa préparation : elle allait tellement fort dans les combats avec les cascadeurs qu’elle a fini avec la main en sang ! Votre personnage est amené à puiser au fond de sa "mémoire génétique". Avez-vous déjà éprouvé ce besoin pour les besoins d’un rôle ? Je suis pas sûr que cela soit le cas. En général, j’interprète à l’écran des personnages existant ou ayant existé ; je puise alors des informations sur eux en regardant des vidéos sur Youtube ou en lisant des livres qu’ils ont écri

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"Ma Ma" : un grand rôle pour Penélope Cruz

ECRANS | Avec sa construction sophistiquée et son interprétation épurée, cette chronique d’un combat contre l’injustice de la maladie signe le retour du grand réalisateur espagnol Julio Medem. Et offre en sus un vrai rôle à Penélope Cruz qui, malgré son abondante filmographie, n’en a guère endossé…

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Présentée en primeur lors des derniers Reflets du cinéma ibérique et latino-américain de Villeurbanne, la nouvelle réalisation de l’auteur des Amants du Cercle polaire aborde avec un tact et une grâce remarquables l’un des pires casse-museaux du cinéma : le cancer. Un sujet dont certains s’emparent à des fins d’exorcisme personnel ou de témoignage, dans des tire-larmes indignes où les interprètes se livrent à des simagrées stratosphériques pour contrefaire la maladie. Ce n’est pas le cas de Penélope Cruz qui, dans ce Ma Ma, apparaît sobre comme on ne l’a plus vue depuis des lustres. Incarnant une femme au chômage, abandonnée par son mari, touchée à un sein, subissant une chimio et ses effets secondaires, une mastectomie, puis une récidive alors qu’elle a retrouvé l’amour (avouez que le tableau est complet), la comédienne vise ici autre chose qu’une performance outrancière adossée à une déchéance physique. Magda, son personnage, se révèle combatif sans héroïsme grandiloquent ; quant aux atteintes du mal, elles ne sont ni adoucies pour épargner le spectateur ni affichées avec indécence : une poignée de cheveux restant dans la main de son compagnon, les

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"X-Men : Apocalypse" : le boss, c'est Bryan Singer !

ECRANS | En mettant ses mutants aux prises avec le premier d’entre eux, Apocalypse, Bryan Singer boucle une seconde trilogie des X-Men épique. Et montre que, de tous les réalisateurs de productions Marvel déferlant sur les écrans ces temps-ci, c’est bien lui le patron.

Vincent Raymond | Mardi 17 mai 2016

Lorsqu’une franchise achemine sur les écrans son huitième opus en seize années d’existence, le plus docile et bienveillant des spectateurs est fondé à émettre quelques inquiétudes quant à la pertinence du film. Heureusement, il existe des exceptions ; des sagas parvenant à coups de rebondissements intrinsèques à dépasser le stade de la “suite” et de la resucée, sachant se réinventer ou créer une singularité – James Bond en est un parangon. Dans le vaste univers Marvel (en expansion continue), la tradition (du tiroir-caisse) impose à une série de se développer par ramifications autour de ses personnages-phares, puis de faire tabula rasa en lançant un reboot… tout en s’affadissant. Sauf pour X-Men, îlot d’exception dans un océan tanguant vers les rivages du morne ordinaire. Oh, cela ne signifie pas que l’ensemble de l’octalogie mérite d’être portée aux nues (un ventre mou modelé par Brett Rattner et Gavin Hood la plombe), mais elle présente, outre sa remarquable longévité, une capacité à absorber ses propres spin-off (Wolverine) et reboots (

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"Steve Jobs" : Boyle et Sorkin réinventent le biopic

ECRANS | Après s’être notamment égaré en racontant les tribulations gore d’un randonneur se sciant le bras pour survivre (“127 heures”), Danny Boyle avait besoin de se rattraper. Il fait le job avec une évocation stylisée du patron d’Apple, première super-pop-star économique du XXIe siècle. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 2 février 2016

« Penser “différent” »… Érigé en précepte par Steve Jobs lui-même, le slogan exhortant à la rupture créative et intellectuelle semble avoir guidé le scénariste Aaron Sorkin et le réalisateur Danny Boyle dans ce travail d'adaptation de la biographie (autorisée) du charismatique fondateur d’Apple : un pavé signé par Walter Isaacson détaillant par le menu l’existence de Jobs et listant les innovations à mettre à son actif. Plutôt que de se lancer dans une illustration chronologique standard, visant l’exhaustivité en suivant le sempiternel et prévisible « sa vie, son œuvre », l’un et l’autre ont emprunté un chemin de traverse. Jobs ayant été, au-delà de toutes les controverses, une manière de stratège imposant sa vision d’une réalité distordue (et finalement, modelant la réalité à ses désirs), Sorkin et Boyle lui ont donc taillé un écrin biographique hors norme. Pour le cinéaste, cela passait par l’abandon de marques de fabrique virant au tic, comme les effets de montage épileptoïdes ou le recours à une bande originale utilitaire, ma

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"Thelma et Louise", vingt-cinq ans après

ECRANS | Le film de Ridley Scott sorti en 1991 est programmé ce jeudi à la Cinémathèque. Roulez jeunesses !

Vincent Raymond | Lundi 11 janvier 2016

Début décembre, l’exposition consacrée à Georgia O’Keefe et ses amis photographes au Musée de Grenoble nous avait déjà permis de replonger dans le Manhattan de Woody Allen ; voici qu’elle nous invite cette semaine à faire le grand saut avec le film Thelma et Louise. Comment refuser un bout de chemin en compagnie de ces deux affranchies, symboles d’une révolte légitime contre tous les asservissements ? Mais ne brûlons pas trop vite d’essence ni d’étapes : marche arrière toutes, et retour en 1991. Lorsque sort ce road movie, la signature de Ridley Scott n’est pas encore un indiscutable gage d’excellence : si le Britannique a alors à son actif – excusez du peu – les intrigants Duellistes (1976), le déjà légendaire Alien (1979) et le mutilé Blade Runner (1982) dont l’aura ne cesse de grandir avec le temps, il boucle une décennie en demi-tei

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Seul sur Mars

ECRANS | « Dans l’espace, personne ne vous entendra crier » menaçait l’affiche d’"Alien". Trente-six ans plus tard, Ridley Scott se pique de prouver la véracité du célèbre slogan en renouant avec l’anticipation spatiale. Et met en orbite son meilleur film depuis plusieurs années sidérales. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 20 octobre 2015

Seul sur Mars

Ridley Scott est du style à remettre l’ouvrage sur métier. Obsessionnel et perfectionniste, sans doute insatisfait de ne pas avoir repris à Cameron le leadership sur la SF spatiale avec Prometheus (2012) (qui ressuscitait les mannes, toujours très vivaces, d’Alien en lui offrant une manière de préquelle), le cinéaste semble cette fois avoir voulu en remontrer à Cuarón et Nolan, les nouveaux barons du genre. Deux auteurs qui, comble de l’impudence, lui avaient emprunté (l’un dans Gravity, l’autre dans Interstellar) son approche réaliste des séjours cosmiques, très éloignée du traitement ludique propre au "space opera". Et qui fait de l’espace un contexte original dans lequel s’instaurent des événements générateurs de tension, d’un suspense – et non une fin en soi. Cette rivalité implicite (on pourrait parler d’émulation) entre cinéastes, rappelant la course à la Lune entre les grandes puis

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Frank

ECRANS | De Lenny Abrahmson (Irl, 1h35) avec Michael Fassbender, Domhnall Gleeson, Maggie Gyllenhaal…

Christophe Chabert | Mardi 3 février 2015

Frank

Quelque part en Irlande, Jon, un jeune musicien, rêve de rock et de gloire, mais végète chez ses parents. Le hasard le met sur la route d’un groupe avant-gardiste dont le claviériste vient de devenir fou ; Jon le remplace au pied levé et découvre, médusé, que le chanteur ne se montre qu’avec une énorme tête en carton-pâte sur scène… mais aussi en privé ! Frank est-il un génie torturé ou un as du buzz post-Daft punk ? Et, par conséquent, Frank-le film est-il une comédie sarcastique ou un hommage à ces doux dingues qui ont construit la légende du rock’n’roll ? Difficile de trancher au départ, tant Abrahamson brouille les pistes, fidèle à un certain esprit de la comédie british qui force le trait de la caricature tout en l’adoucissant d’un sirop émotionnel qu’on sent souvent sincère. Mais il n’arrive jamais à résoudre cette contradiction de base : peut-on faire un film aussi calibré et normé sur des personnages à ce point en dehors des clous, refusant à tout prix de vendre leur âme au "music business" ? Frank pose par ailleurs une autre question, fondamentale pour quiconque s’intéresse à un si grand acteur : Michael Fassbender est-il magnétique de

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Exodus : gods and kings

ECRANS | Ridley Scott réussit là où Darren Aronofsky avait échoué avec "Noé" : livrer un blockbuster biblique où la bondieuserie est remplacée par un regard agnostique et où le spectacle tient avant tout dans une forme de sidération visuelle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 23 décembre 2014

Exodus : gods and kings

2014 restera l’année où les artistes agnostiques et athées se sont penchés sur les textes religieux pour en offrir une lecture rationnelle, intime ou réaliste. L'écrivain Emmanuel Carrère dans Le Royaume, le cinéaste Alain Cavalier dans Le Paradis et aujourd’hui Ridley Scott avec Exodus empoignent chacun à leur façon cette matière comme une source féconde de romanesque et de spectacle, tout en maintenant la distance avec leur caractère sacré. Dans le cas de Scott, c’est rien moins que les épisodes-clés de la Bible où Moïse choisit de libérer le peuple juif et de le conduire jusqu’à la terre promise qui forment le cœur de son blockbuster. Dans un premier temps, le récit dessine un trajet au personnage qui rappelle celui du général Maximus dans Gladiator : frère d’arme du futur pharaon Ramses (Joel Edgerton, looké façon Brando période Kurtz / Apocalypse now), Moïse (Chris

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X-Men : Days of future past

ECRANS | Pour son retour à la mythologie X-Men, Bryan Singer signe un blockbuster stimulant visuellement, intellectuellement et politiquement, où il se plaît à courber l’espace et le temps, dans sa narration comme dans la chair de ses plans. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 20 mai 2014

X-Men : Days of future past

Un futur dévasté, peuplé de camps et de charniers, où humains et mutants sont ensemble victimes de robots (les « sentinelles ») capables d’imiter les éléments et les métaux ; et l’Amérique des années 60, encore traumatisée par la mort de Kennedy et en pleine crise du Vietnam, où Nixon développe sa politique réactionnaire et où les mutants commencent à se structurer en mouvement révolutionnaire. Le défi de ce X-Men : Days of future past consiste à replier le futur sur le passé en une seule temporalité fictionnelle, enjambant le présent qui avait été celui de la première trilogie et dont Bryan Singer avait su tirer de stupéfiants blockbusters engagés et personnels, bourrés de sous-textes et développant ses personnages comme autant d’icônes de la culture populaire. Ce nouveau volet, qui marque son retour aux manettes mais aussi en grande forme après les déconvenues Superman et Jack le chasseur de géants, en ajoute une poignée dès son ouverture, impressionnante. Au milieu d’un décor en ruine, une mutante aide ses camarades à combattre les sentinelles en creusant des brèches spatio-temporelles qui forment autant de trouées visuelles à l’int

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12 years a slave

ECRANS | Après "Hunger" et "Shame", Steve McQueen adapte l’histoire vraie de Solomon Northup, homme libre devenu esclave, mais hésite entre grande forme hollywoodienne et effets de signature, entre son héros au parcours édifiant et l’esclavagiste fascinant incarné par sa muse Fassbender. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 15 janvier 2014

12 years a slave

Django unchained, Lincoln, 12 years a slave ; la question de l’esclavage aura inspiré récemment des cinéastes importants, chacun avec leur angle et leur manière. Western pop et politique marqué par la blaxploitation pour Tarantino, biographie dialectique, lyrique et fordienne pour Spielberg… L’approche de Steve McQueen est la plus frontale : le film se targue de regarder en face la question, ce que résume le premier plan où les esclaves alignés regardent la caméra et le spectateur. Au centre de ce théâtre ordinaire de l’asservissement, Solomon Nothrup ne se distingue pas du groupe, et pourtant son histoire est littéralement extra-ordinaire : homme libre, marié et père, violoniste dans la bonne société new-yorkaise, il est kidnappé et vendu à un propriétaire sudiste qui finira à son tour par le céder pour éponger ses dettes à un autre "maître" plus cruel et violent. La figure de Nothrup lance 12 years a slave sur

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World War Z

ECRANS | De Marc Forster (ÉU, 1h56) avec Brad Pitt, Mireille Enos…

Christophe Chabert | Vendredi 28 juin 2013

World War Z

Adapté d’un livre culte de Max Brooks (fils de Mel), World War Z est un peu le ground zero du blockbuster estival, une sorte de champ de ruines où tout se serait effondré, les fondations même du projet ayant été mal pensées. À aucun moment Marc Forster n’arrive à conserver un cap clair, et le film louvoie entre ennui et stupidité, scènes d’actions mal filmées et effroi aseptisé, aucune goutte de sang n’étant versée dans cette apocalypse zombie garantie tout public. Pas de point de vue donc, à commencer par les zombies eux-mêmes, qui ne représentent plus rien sinon LA menace. Ni métaphore, ni cauchemar mondialisé, il s’agit juste d’une masse informe qui escalade des murs israéliens et s’incruste jusque dans un avion, tourisme ordinaire du film catastrophe. Le scénario est bourré d’incohérences et l’idée de départ – raconter la catastrophe du point de vue d’une famille américaine lambda – est vite abandonnée pour se concentrer sur les exploits d’un Brad Pitt héroïque et invincible, incapable de susciter l’inquiétude chez le spectateur. Le dernier tiers achève de sombrer dans le ridicule, le film se piquant soudain d’humour noir et de terreur en huis clos a

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À la merveille

ECRANS | L’amour naissant et finissant, la perte et le retour de la foi, la raison d’être au monde face à la beauté de la nature et la montée en puissance de la technique… Terrence Malick, avec son art génial du fragment et de l’évocation poétiques, redescend sur terre et nous bouleverse à nouveau. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 27 février 2013

À la merveille

Les dernières images de Tree of life montraient l’incarnation de la grâce danser sur une plage, autre monde possible pour un fils cherchant à se réconcilier avec lui-même et ses souvenirs. C’était sublime, l’expression d’un artiste génial qui avait longuement mûri un film total, alliant l’intime et la métaphysique dans un même élan vital. Autant dire que Terrence Malick était parti loin, très loin. Comment allait-il revenir au monde, après l’avoir à ce point transcendé ? La première scène d’À la merveille répond de manière fulgurante et inattendue : nous voilà dans un TGV, au plus près d’un couple qui se filme avec un téléphone portable. Malick le magicien devient Malick le malicieux : l’Americana rêvée de Tree of life laisse la place à la France d’aujourd’hui, et les plans somptueux d’Emmanuel Lubezki sont remplacés par les pixels rugueux d’une caméra domestique saisissant l’intimité d’un homme et d’une femme en voyage, direction « la merveille » : Le Mont Saint-Michel. La voix-off est toujours là, mais dans la langu

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Cogan

ECRANS | Exemple parfait d’une commande détournée en objet conceptuel, le nouveau film d’Andrew Dominik (réalisateur de "L’Assassinat de Jesse James") transforme le thriller mafieux en métaphore sur la crise financière américaine. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 29 novembre 2012

Cogan

Brad Pitt en blouson de cuir avec un fusil à canon scié : c’est l’affiche de Cogan, et tout laisse à penser que ça va envoyer du bois. Générique : alors qu’on entend une déclaration de Barack Obama durant la campagne de 2008, une silhouette s’avance sous un hangar pour déboucher sur un terrain vague. Est-ce Brad ? Non, juste un petit voyou venu monter un coup avec un autre gars de son engeance. S’ensuit un dialogue coloré qui laisse à penser que ce Cogansera en définitive plutôt dans une lignée Tarantino – Guy Ritchie. Un braquage en temps réel, filmé avec une certaine tension même si l’enjeu paraît étrangement dérisoire, contribue à brouiller encore les pistes. Quant à la star, au bout de vingt minutes, on ne l’a toujours pas vue à l’écran. Lorsqu’elle débarque, c’est pour aller s’enfermer dans une voiture et discuter à n’en plus finir avec un type en costard cravate officiant pour les pontes de la mafia (génial Richard Jenkins, au passage). À cet instant, le spectateur doit se rendre à l’évidence : Cogan n’est pas plus un polar que le précédent film d’Andrew Dominik, L’Assassinat de Jesse James, n’était un western. En bon cinéaste arty

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Skyfall

ECRANS | C’était à prévoir : avec Sam Mendes aux commandes, ce nouveau James Bond n’est ni efficace, ni personnel, juste élégamment ennuyeux et inutilement cérébral. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 29 octobre 2012

Skyfall

Rappel des faits : avec Casino Royale, la plus ancienne franchise de l’histoire du cinéma tentait un lifting radical, à la fois retour aux origines du héros et volonté de lui offrir une mise à jour réaliste. Globalement salué, notamment à cause de l’implication de Daniel Craig pour camper un James Bond badass et pourtant vulnérable, ce premier volet s’est vu immédiatement entaché par une suite catastrophique, Quantum of Solace, qui courait pathétiquement derrière les Jason Bourne de Paul Greengrass et ne produisait que du récit indigent et de l’action illisible. Le prologue de Skyfall montre que les producteurs ont bien retenu la leçon : sans être révolutionnaire, il offre une scène d’action parfaitement claire et plausible, filmée avec calme et élégance — Roger Deakins, le chef op’ des Coen, est à la photo et cela se sent. La conclusion montre une fois de plus un Bond fragile, qu’une balle pourrait bien envoyer ad patres — là encore, beau plan sous-marin qui embraye sur un générique tout de suite plus kitsch, mais c’est la l

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A dangerous method

ECRANS | La rivalité entre Freud et son disciple Carl Gustav Jung, un sujet complexe mais idéal pour David Cronenberg, qu’il rend passionnant pendant 45 minutes, avant de laisser la main à son scénariste, l’académique Christopher Hampton. Christophe Chabert

François Cau | Vendredi 16 décembre 2011

A dangerous method

Au détour d’une séquence de séduction entre Sabina Spielrein (Keira Knightley, qui donne beaucoup d’elle-même à ce personnage de femme hystérique découvrant la nature sexuelle de son mal) et Carl Gustav Jung (Michael Fassbender, loin de l’animalité de Shame, comme cherchant à déchirer le corset moral qui l’enserre), celle-ci lui dit : «Dans chaque homme, il y a une part féminine». L’admirateur de David Cronenberg saisit instantanément ce qui renvoie à l’œuvre du cinéaste canadien : la sexualité comme révélateur de la confusion des genres. A dangerous method raconte le conflit entre Freud, qui pense que tout est explicable par la nature libidinale des êtres, et Jung, qui croit que certains phénomènes proviennent d’un inconscient collectif. Mais il dit aussi qu’il y a une part d’inexplicable dans le désir et que la chair prend toujours le dessus sur le cerveau. Malaise dans la civilisation Comment raconter cette rivalité intellectuelle sans s’empêtrer dans des couches de dialogues explicatifs ? Cronenberg trouve de belles parades à cet écueil : par la mise en scène, comme lors de ce passage remarquable où le dispositif d’analyse inventé par Jung se transforme en

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Shame

ECRANS | Révélé par l’uppercut Hunger, le tandem Steve McQueen (réalisateur) et Michael Fassbender (acteur) enfonce le clou avec Shame, portrait entre extase et agonie d’un trader atteint de dépendance sexuelle, porté par un geste de cinéma extraordinaire de culot. Christophe Chabert

François Cau | Vendredi 2 décembre 2011

Shame

C’est par un crescendo incandescent que Steve McQueen nous attire à l’intérieur de son deuxième film, Shame. Crescendo musical où une envolée de cordes lyriques accompagne les images, mais aussi crescendo émotionnel dont l’inachèvement vaut comme raccourci du film dans son ensemble. Pourtant, il n’y a presque rien : un homme assis dans le métro regarde fixement la femme assise en face de lui, jolie, très maquillée, d’abord gênée par ce regard, puis curieuse et enfin complice. Elle se lève à la station suivante, on s’aperçoit qu’elle a une bague au doigt, elle sort de la rame. Il hésite quelques instants, puis se lève à son tour, tente de la rattraper mais elle a disparu dans la foule des passagers. Ce pourrait être un hommage au Brève rencontre de David Lean, le début d’un mélodrame à vous tirer des larmes. Ce sera l’inverse : une descente aux enfers. Car cet homme beau et attirant — normal, c’est le magnétique Michael Fassbender qui l’incarne, se livrant une fois encore à corps perdu à son metteur en scène Steve McQueen, qui l’avait révélé dans Hunger — nage dans un épais brouillard affectif, complètement accro au sexe, que ce soient des vidéos pornos sur le net, des call girls

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X-Men: Le Commencement

ECRANS | Sous l’impulsion de Matthew Vaughn et de son producteur Bryan Singer, ce reboot de la saga mutante a le mérite de poser de bonnes questions, et nous venge avec les honneurs des récents blockbusters super-héroïques. François Cau

Christophe Chabert | Mardi 24 mai 2011

X-Men: Le Commencement

Tout le monde a sa propre vision du super-héros. Un individu extraordinaire, à même de pallier ses (nos ?) frustrations en devenant quelqu’un d’autre ; une métaphore de toutes les minorités, vouées à se dépasser face à l’adversité ; ou juste un frimeur en costume moulant qui, “en vrai“, tiendrait deux minutes dans une favela brésilienne. Mais par un savant mélange de simili hasard et d’opportunisme qui fait marcher son usine à rêves depuis de trop nombreuses décennies, Hollywood nous a récemment imposé un seul modèle, à travers les figures d’Iron Man, Green Hornet et Thor : le fils à papa arrogant, m’as-tu-vu, qui se lance dans la baston justicière comme d’autres feraient un caprice pour qu’on leur achète un scooter, avant de réaliser que bon sang de bois, quand on a de grands pouvoirs, on a comme qui dirait de grandes responsabilités Et de fait, on redoute dans les séquences d’introduction de X-Men : le commencement que la recette ne soit de nouveau appliquée sur la personne du mythique Professeur Xavier, qu’on a toujours connu vieux - pardon, sage - chauve et en fauteuil roulant. Ici, on a affaire à un jeune diplômé bourge, dragueur et picoleur, un peu trop

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Fish Tank

ECRANS | Pour son deuxième long-métrage, Andrea Arnold filme à juste distance du style et du réalisme la quête identitaire et familiale d’une ado sauvage qui se rêve danseuse de hip-hop. La révélation de la rentrée. Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 10 septembre 2009

Fish Tank

Si Red road, premier long de la réalisatrice anglaise Andrea Arnold, avait déjà séduit par sa maîtrise et son culot, Fish Tank, son nouveau film (et son deuxième prix du jury à Cannes !), confirme et amplifie cette sensation. Il faut dire que la cinéaste sait capter l’attention des spectateurs dès ses premiers plans… Quelque part entre les Dardenne et le Gus Van Sant d’Elephant, elle accompagne la marche d’une adolescente indocile, Mia (et son interprète, la remarquable Katie Jarvis), dans le paysage désolé d’une banlieue de tours et de terrains vagues, en caméra portée et écran carré — pied de nez gonflé au 16/9 triomphant. Comme pour bousculer ce programme «réaliste social» très anglais, Arnold fait basculer son introduction dans l’étrange, grâce à la rencontre avec un cheval attaché que Mia essaye de libérer. En dehors du symbole un peu appuyé (la fougue entravée est aussi celle de Mia), cet animal incongru dans le décor du film indique au spectateur que Fish Tank va s’autoriser aussi beaucoup de libertés. Mia farouche Il y a donc un fil rouge, celui de Mia : en conflit avec une mère (superbe de sensualité, et pour cause, c

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"Vicky Cristina Barcelona" : sous l'espagnolade, la vérité sociale

ECRANS | En visite à Barcelone, Woody Allen propose une nouvelle variation, faussement convenue, autour de ses thèmes favoris : le couple et la fatalité culturelle.

Christophe Chabert | Jeudi 2 octobre 2008

Deux amies américaines sont en visite estivale à Barcelone, l’une pour ses études, l’autre pour se remettre de son énième déconfiture sentimentale. La brune Vicky (Rebecca Hall), solidement assise sur ses principes, est promise au mariage avec un jeune cadre new-yorkais ; la blonde Cristina (Scarlett Johansson) se cherche quelque part entre cinéma et photographie, célibataire par indécision plus que par choix. Woody Allen, après une trilogie londonienne au propos social détonnant, semble avoir mis le cap vers l’Espagne pour des raisons similaires à celles de ses héroïnes : s’offrir un break ensoleillé et touristique (de Gaudí à la guitare au clair de lune, les clichés sont à la fête), le temps de retrouver ses thèmes de prédilection : l’incertitude sentimentale et les aléas du couple. Avec un classicisme très sage, la première partie de Vicky Cristina Barcelona se pose en comédie romantique sans réel enjeu, notamment quand Juan Antonio (Javier Bardem), peintre bohème assumant son désir pour les deux demoiselles, sort le grand jeu et emballe toutes les pistes lancées par le récit. Niv

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