Hunger games : l'embrasement

Christophe Chabert | Lundi 25 novembre 2013

Le premier volet de Hunger Games n'était pas fameux, mais il était curieux. Par ses choix de mise en scène presque arty, mais aussi par la fascination totale de son réalisateur Gary Ross envers Jennifer Lawrence, qu'il filmait sous toutes les coutures, en action ou en train de ne rien faire, iconisant à l'extrême son héroïne dans un film qui, par ailleurs, n'allait au bout de rien.

Entre les mains de Francis Lawrence, ce Battle royale pour les nuls vire à la catastrophe light, se transformant en une énième série télé pour grand écran où tout devient lisse : enjeux, personnages, violence (inexistante), sexualité – il faut voir comment on filme une fille se dénudant pour comprendre le degré de puritanisme dans lequel s'enfonce ce cinéma mainstream pour ado… Surtout, passées les vingt premières minutes qui essaient vaguement de retrouver les questions politiques timidement soulevés par la première partie, Hunger games : l'embrasement ne fait qu'en reprendre le déroulé hyper attendu, renouvelant ses seconds rôles – forcément, les autres se sont tous faits dessouder dans le précédent – sans arriver à les développer au-delà de leur fonction initiale.

Francis Lawrence, de toute façon, ne se concentre que sur sa spécialité : les animaux virtuels qu'il recase à chacun de ses films, qu'ils soient fantastiques (Je suis une légende, Constantine) ou mélodramatiques (De l'eau pour les éléphants). Jennifer Lawrence n'est plus du coup qu'un élément de la tapisserie générale, et non cette comédienne aussi revêche que son personnage de rebelle révolutionnaire. On rêverait qu'elle pose comme condition pour la suite d'engager un vrai cinéaste plutôt que le premier yes man venu. On peut toujours rêver…

Christophe Chabert

Hunger games : l'embrasement
De Francis Lawrence (ÉU, 2h26) avec Jennifer Lawrence, Liam Hemsworth…


Hunger Games - L'embrasement

De Francis Lawrence (ÉU, 2h26) avec Jennifer Lawrence, Liam Hemsworth...

De Francis Lawrence (ÉU, 2h26) avec Jennifer Lawrence, Liam Hemsworth...

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Katniss Everdeen est rentrée chez elle saine et sauve après avoir remporté la 74e édition des Hunger Games avec son partenaire Peeta Mellark. Puisqu’ils ont gagné, ils sont obligés de laisser une fois de plus leur famille et leurs amis pour partir faire la Tournée de la victoire...


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"Mother!" : la (vaniteuse) vie d’artiste

ECRANS | Thriller fantastique aux échos polanskiens, cette réflexion sur les affres effroyables de la création signée Darren Aronofsky ("Black Swan", "Requiem for a Dream"...) est aussi une puissante création réflexive. Et le récit du voyage aux enfers promis à celles et ceux qui gravitent trop près autour d’un·e artiste. Métaphorique, hypnotique et bourré de stars – Jennifer Lawrence, Javier Bardem, Michelle Pfeiffer...

Vincent Raymond | Lundi 11 septembre 2017

Un poète en panne d’écriture vit à l’écart du monde dans la vaste demeure que sa jeune et aimante épouse achève de rafistoler. L’arrivée d’un couple d’inconnus perturbe leur intimité. Mais si la maîtresse de maison est troublée par ces sans-gênes, le poète se montre des plus exaltés… À croire qu’une internationale de cinéastes s’est donné pour mot d’interroger les tourments de l’inspiration littéraire : après Jim Jarmusch (Paterson), Pablo Larraín (Neruda), Mariano Cohn et Gastón Duprat (Citoyen d’honneur), voici que Darren Aronofsky propose sa vision du processus d’écriture. Vision divergée, puisqu’épousant les yeux de la muse plutôt que celle de l’auteur. Mais pas moins douloureuse : afin d’accomplir l’œuvre lui permettant

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"X-Men : Apocalypse" : le boss, c'est Bryan Singer !

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Vincent Raymond | Mardi 17 mai 2016

Lorsqu’une franchise achemine sur les écrans son huitième opus en seize années d’existence, le plus docile et bienveillant des spectateurs est fondé à émettre quelques inquiétudes quant à la pertinence du film. Heureusement, il existe des exceptions ; des sagas parvenant à coups de rebondissements intrinsèques à dépasser le stade de la “suite” et de la resucée, sachant se réinventer ou créer une singularité – James Bond en est un parangon. Dans le vaste univers Marvel (en expansion continue), la tradition (du tiroir-caisse) impose à une série de se développer par ramifications autour de ses personnages-phares, puis de faire tabula rasa en lançant un reboot… tout en s’affadissant. Sauf pour X-Men, îlot d’exception dans un océan tanguant vers les rivages du morne ordinaire. Oh, cela ne signifie pas que l’ensemble de l’octalogie mérite d’être portée aux nues (un ventre mou modelé par Brett Rattner et Gavin Hood la plombe), mais elle présente, outre sa remarquable longévité, une capacité à absorber ses propres spin-off (Wolverine) et reboots (

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X-Men : Days of future past

ECRANS | Pour son retour à la mythologie X-Men, Bryan Singer signe un blockbuster stimulant visuellement, intellectuellement et politiquement, où il se plaît à courber l’espace et le temps, dans sa narration comme dans la chair de ses plans. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 20 mai 2014

X-Men : Days of future past

Un futur dévasté, peuplé de camps et de charniers, où humains et mutants sont ensemble victimes de robots (les « sentinelles ») capables d’imiter les éléments et les métaux ; et l’Amérique des années 60, encore traumatisée par la mort de Kennedy et en pleine crise du Vietnam, où Nixon développe sa politique réactionnaire et où les mutants commencent à se structurer en mouvement révolutionnaire. Le défi de ce X-Men : Days of future past consiste à replier le futur sur le passé en une seule temporalité fictionnelle, enjambant le présent qui avait été celui de la première trilogie et dont Bryan Singer avait su tirer de stupéfiants blockbusters engagés et personnels, bourrés de sous-textes et développant ses personnages comme autant d’icônes de la culture populaire. Ce nouveau volet, qui marque son retour aux manettes mais aussi en grande forme après les déconvenues Superman et Jack le chasseur de géants, en ajoute une poignée dès son ouverture, impressionnante. Au milieu d’un décor en ruine, une mutante aide ses camarades à combattre les sentinelles en creusant des brèches spatio-temporelles qui forment autant de trouées visuelles à l’int

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Happiness therapy

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Christophe Chabert | Vendredi 25 janvier 2013

Happiness therapy

Pat Solotano est bizarre. Il faut dire qu’il a sauvagement tabassé l’amant de sa femme quand il les a découverts nus sous la douche. On lui donne cependant une chance de sortir de l’asile où il a atterri pour échapper à la prison, et le voilà revenu chez ses parents. Eux aussi sont un peu bizarres : la mère est surprotectrice, le père est bourré de tocs. Il rencontre une jeune veuve bizarre, nymphomane et obsédée par l’idée de réussir un concours de danse. Pour ceux qui ne le sauraient pas, David O’Russell est aussi un type bizarre : à l’époque de son manifeste cinématographique hermétique (J’adore Huckabees), il donnait ses interviews pieds nus et dans une sorte de transe méditative. Happiness therapy cherche à faire de cette bizarrerie généralisée matière à un renouveau de la comédie romantique. Ce n’est pas ce qui se produit à l’écran. D’abord parce que O’Russell adopte à son tour un style hystérique pour mettre en scène l’hystérie généralisée. Sa caméra tourne sans arrêt sur son axe ou trace de longs travellings sans motif dans tous les sens ; ça pourrait faire un style, ça flanque surtout le tournis, et cela éloigne de ce qui est tout de même le cœur batta

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De l'eau pour les éléphants

Le 22 juin, vous vous délecterez du génial Balada triste de trompeta. Ceux qui auront eu le malheur de s’aventurer au préalable dans une salle projetant De l’eau pour les éléphants verront que sur un même sujet, on peut produire soit un chef-d’œuvre, soit un bidon de lessive. De la part de Francis Lawrence, réalisateur des déjà médiocres Constantine et Je suis une légende, rien de franchement étonnant. Mais il y avait donc mieux à tirer de cette rivalité amoureuse entre un jeune véto et un directeur de cirque dans l’Amérique de 1931, en pleine dépression économique. Sauf que rien n’est traité à l’écran : ni le cirque — on ne voit jamais un numéro en entier, ni le contexte — réduit à une reconstitution appliquée, et encore moins le désir de l’héroïne, tiraillée entre sa loyauté à un mari cyclothymique et son attirance pour le jeune et fougueux vétérinaire. Reste un mélodrame longuet aux rebondissements attendus, aux effets appuyés et à la conclusion d’une effarante malhonnêteté. Seule satisfaction : même embarqué dans un projet boiteux, Christoph Waltz est un acteur passionnant à regarder jouer. CC

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