Henri

ECRANS | De Yolande Moreau (Fr-Belg, 1h47) avec Pippo Delbono, Miss Ming…

Christophe Chabert | Vendredi 29 novembre 2013

À la mort de sa femme, Henri, taciturne tenancier de café, engage un « papillon blanc », Rosette, jeune femme souffrant d'un léger handicap, pour l'aider dans son travail. Une amitié va naître entre ses deux outcasts, comme on dit aux États-Unis, suscitant incompréhension et malentendus de leur entourage, puis fuite du tandem vers les côtes belges. Désormais seule à la mise en scène, Yolande Moreau démontre, après Quand la mer monte, que ce coup d'essai n'avait rien d'un coup de bol : la mise en scène est remarquable, chaque plan y est magnifiquement composé et Moreau sait y saisir, à travers les silences et les distances, toute la solitude de ces êtres en mal d'amour – en cela, Henri est comme la rencontre féconde entre Jacques Tati et Bruno Dumont.

Le corps lourd et le visage triste de Pippo Delbono, bouleversant et impénétrable, sont pour elle une source inépuisable de fascination. Dommage toutefois que le film, une fois lancé dans son échappée belle, semble ne plus avoir autre chose à raconter que ce mélange de poésie et de désespoir, attendant avec nonchalance son dénouement et surtout sa dernière image, inoubliable.

Christophe Chabert


Henri

De Yolande Moreau (Fr, 1h47) avec Miss Ming, Pippo Delbono...

De Yolande Moreau (Fr, 1h47) avec Miss Ming, Pippo Delbono...

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Henri, la cinquantaine, d’origine italienne, tient avec sa femme Rita un petit restaurant près de Charleroi. Une fois les clients partis, Henri retrouve ses copains, Bibi et René, des piliers de comptoirs ; ensemble ils tuent le temps devant quelques bières en partageant leur passion commune...


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"Falling" : le vieil homme et l'amer

Drame | ★★★★☆ Un film de et avec Viggo Mortensen (É-U, 1h52) avec également Lance Henriksen, Terry Chen… Sortie le 19 mai

Vincent Raymond | Jeudi 13 mai 2021

Octogénaire, Willis évolue dans un temps embrumé : les souvenirs de sa jeunesse se mêlent au présent. Quand son fils John lui suggère de venir auprès de lui en Californie, le vieil homme aussi rude que réactionnaire l’envoie paître sans égards, la démence aggravant sa désinhibition… Pourquoi n’est-on pas étonné de voir avec Falling, premier film signé Viggo Mortensen, un récit intime entièrement tourné vers les autres ? Là où beaucoup fichent caméra ou stylo dans leur nombril pour "devenir auteur", le comédien raconte à travers ses protagonistes la souffrance indicible de la perte de repères, du deuil, de l’homophobie, de la xénophobie, de la solitude, de la peur de mourir, de la "non conformité au modèle social"… Ça hurle, ça pleure, ça cause mal ; les personnages sont parfois incorrects, pas forcément aimables, mais au moins, ça vit et ça vibre dans les incertitudes du crépuscule, très loin des lumières isotropes des studios. Permise par l’investissement d’un Lance Henriksen hypnotique, cette plongée dans une mémoire défaillante se double d’une écriture visuelle impressionniste ciselée par le mont

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"Falling" : une vie au présent (dé)composé

ECRANS | ★★★★☆ De et avec Viggo Mortensen (É.-U., 1h52) avec également Lance Henriksen, Terry Chen… En salles le 30 décembre.

Vincent Raymond | Mardi 8 décembre 2020

Octogénaire, Willis évolue dans un temps embrumé : les souvenirs de sa jeunesse se mêlent au présent. Quand son fils John lui suggère de venir auprès de lui en Californie, le vieil homme, aussi rude que réactionnaire, l’envoie paître sans égards, la démence aggravant sa désinhibition… Pourquoi n’est-on pas étonné de voir avec Falling, premier film signé Viggo Mortensen, un récit intime entièrement tourné vers les autres ? Là où beaucoup fichent caméra ou stylo dans leur nombril pour "devenir auteur", le comédien raconte à travers ses protagonistes la souffrance indicible de la perte de repères, du deuil, de l’homophobie, de la xénophobie, de la solitude, de la peur de mourir, de la "non conformité au modèle social"… Ça hurle, ça pleure, ça cause mal ; les personnages sont parfois incorrects, pas forcément aimables, mais au moins, ça vit et ça vibre dans les incertitudes du crépuscule, très loin des lumières isotropes des studios. Permise par l’investissement d’un Lance Henriksen hypnotique, cette plongée dans une mémoire défaillante se double d’une écrit

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Viggo Mortensen : « Nos souvenirs imparfaits décident de qui nous sommes »

Rencontre | Le comédien aux mille talents vient de signer "Falling", son premier long métrage en tant que cinéaste. Une histoire de famille où l’attachement et l’oubli se livrent un duel sans ménagement. Nous l'avions rencontré quelques jours avant le reconfinement, en marge de la première française, durant le Festival Lumière à Lyon.

Vincent Raymond | Jeudi 5 novembre 2020

Viggo Mortensen : « Nos souvenirs imparfaits décident de qui nous sommes »

Comment se fait-il que ce soit cette histoire en particulier que vous ayez racontée pour votre premier film, car vous avez écrit plusieurs scénarios avant de réaliser Falling ? Viggo Mortensen : Je suppose que je voulais me souvenir de mes parents (et de ma mère, pour commencer), pour le meilleur et pour le pire comme tout le monde. Même si c’est devenu une histoire père/fils, l’inconscient de leur combat repose sur une différence d’opinion autour de leurs souvenir de leur femme et mère. Elle reste, à mon avis, le centre moral de l’histoire. Et c’est très important pour moi le casting de la mère, Gwen. Hannah Gross était parfaite, géniale : même si elle n’est pas là tout le temps, elle est là. Mais la raison pour laquelle j’ai fait début comme réalisateur et scénariste avec cette histoire, c’est parce que j’ai trouvé l’argent (sourire). J’avais essayé plusieurs fois, il y a 23-24 ans, avec un autre scénario, au Danemark, j’avais 20-30% du budget, mais pas davantage. Au bout du compte, je crois que c’était bien que j’attende, parce que j’ai beaucoup appris des autres réalisa

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"Sous les étoiles de Paris" : un enfant à la mère

ECRANS | ★★☆☆☆ De Claus Drexel (Fr., 1h30) avec Catherine Frot, Mahamadou Yaffa, Jean-Henri Compère…

Vincent Raymond | Mercredi 28 octobre 2020

Clocharde vivant recluse dans le silence d’un local sous un pont de Paris, Christine (Catherine Frot) voit surgir le petit Suli (Mahamadou Yaffa), un migrant africain dont la mère a été arrêtée pour se faire expulser. D’abord revêche avec l’enfant, Christine le prend sous son aile mitée et tente l’impossible : retrouver la mère… Le réalisateur Claus Drexel l’affirme d’emblée : Sous les étoiles de Paris est un conte. Silhouette hors d’âge et claudiquante, Catherine Frot fait en effet figure de Carabosse des égouts attendant d’être délivrée d'un mauvais sort par le petit chevalier Suli au terme de leur déambulation-apprivoisement initiatique. S'il révèle les invisibles au sein de la foule solitaire, ce film démarrant comme un diesel trouve quelques moments de grâce dans le lien entre les deux personnages, et quelques images choc : l’évocation d’une “cour des miracles“ peuplée de drogués sous un parking ou les terribles (et bien réels) plans sur les bidonvilles de migrants de l’autre côté du périph’. Sur un registre plus anecdotique, il s’agit sans doute de l’un des rares (le seul ?) films où les

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Juliette Binoche : « Il y a une rebelle chez moi »

Interview | Alors que sa sortie a été courageusement maintenue sur les écrans malgré l’ombre du Covid-19, et que des affiches ont été indûment taguées en marge des cortèges du 8-mars, Martin Provost et Juliette Binoche reviennent sur la genèse de ce film qui, bien qu’il use du second degré, n’en est pas moins féministe.

Vincent Raymond | Jeudi 12 mars 2020

Juliette Binoche : « Il y a une rebelle chez moi »

Juliette, êtes-vous une "bonne épouse" ? Juliette Binoche : Je suis parfaite : je fais la cuisine, je repasse, je couds (rires). Martin Provost : J’en sais quelque chose : sur le plateau, c’était un régal… JB : Sinon il ne m’aurait pas castée ! (rires) Heureusement que c’est un film… Vous connaissiez le cinéma de Martin ? JB : Oui ! Il a une façon d’aimer les personnages qu’il filme et d’avoir un sens du féminin. Et d’aborder les thèmes que je trouve importants comme l’artiste et la création : dans Séraphine, je trouve ça passionnant. Martin est quelqu’un qui aime la vie. On rit et on s’entend souvent sur les mêmes choses. Notre rencontres était évidente, je dirais. Martin, comment êtes-vos tombé sur l’existence de ces "écoles ménagères" ? MP : Par une ami

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"La Bonne Épouse" : l’école des femmes

ECRANS | Un long-métrage féministe qui laisse une petite place à une histoire d'amour : porté par une jolie distribution, le nouveau film de Martin Provost est plutôt réussi. Grâce notamment à un second degré réjouissant.

Vincent Raymond | Mardi 10 mars 2020

La brutale disparition de son époux oblige Paulette Van Der Beck à prendre les commandes de l’école ménagère familiale en déclin qu’il était censé diriger. Mais en cette veille de Mai-68, les jeunes élèves ne tiennent plus à devenir des fées du logis soumises en tout point à leur mari… Sortant avec une certaine malice quelques jours après que l’on a célébré la Journée internationale des droits des femmes, La Bonne Épouse rappelle avec un second degré évident les vertus et commandements jadis prodigués aux jeunes filles ; le hiatus entre les us de l’époque patriarcale serinés par une institution vitrifiée dans la tradition et l’éclosion d’une nouvelle société n’en paraît que plus comique ! Dans cette ambiance provinciale patinée façon Choristes, Martin Provost bénéficie de surcroît d’un trio féminin de choc : Juliette Binoche (apprêtée et maniérée comme Micheline Presle dans Les Saintes Chéries) en directrice prenant la vague de l’émancipation féminine, Yolande Moreau en vieille fille éberluée par ces c

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"Rebelles" : le crime conserve

ECRANS | de Allan Mauduit (Fr, 1h27) avec Cécile de France, Yolande Moreau, Audrey Lamy…

Vincent Raymond | Mardi 12 mars 2019

Une ex-reine de beauté passée de la pole danse à Pôle Emploi, tout juste embauchée dans une conserverie, tue par accident le contremaître qui tentait de l’agresser. Avec l’aide de deux collègues, elle fait disparaître le corps et découvre que le vilain cachait un sacré magot… Cette comédie sociale aux allures de de western made in Hauts-de-France possède de bons atouts dans son jeu, à commencer par son trio d’actrices (Cécile de France, Yolande Moreau et Audrey Lamy) rompues à tous les registres, et souvent engagées dans des rôles où l’humanisme affleure sous l’humour. Leur alliance tient de surcroît de la synergie de caractères, rappelant ces buddy movies tels que Comment se débarrasser de son patron (1980) de Colin Higgins, usant de la blague parfois lourdingue pour promouvoir la libération féminine d’une masculinité aussi dominatrice que débile – il y a d’ailleurs ici quelques furieux spécimens d’abrutis. Allan Mauduit aurait toutefois gagné à creuser davantage vers Petits meurtres entre amis (1994), son humour noir restant encore un peu pâle, surtout comparé à des productions a

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"Le Mystère Henri Pick" : édition très limitée

ECRANS | de Rémi Bezançon (Fr, 1h40) avec Fabrice Luchini, Camille Cottin, Alice Isaaz…

Vincent Raymond | Mardi 5 mars 2019

Une éditrice découvre dans une bibliothèque pour manuscrits refusés le roman d’un pizzaïolo breton que personne n’a jamais vu écrire une ligne de son vivant. Publié, le livre est un succès et suscite les doutes d’un critique télévisuel qui mène l’enquête en compagnie de la fille de l’écrivain… Si l’on met de côté les invraisemblances en chaîne du dénouement (qu’on ne révèlera pas ici) et les revirements incessants du personnage joué par Camille Cottin (rivalisant avec le chat de Schrödinger, puisqu’elle est à la fois l’alliée et l’ennemie de l’enquêteur tentant de prouver que son père est un imposteur), on peut trouver crédible de voir Fabrice Luchini pratiquer la dissection littéraire avec l’opiniâtreté d’un microtome et le flux verbal d’un Onfray croisé Sollers. Dommage, en revanche, que le réalisateur Rémi Bezançon, lui, ne semble pas croire assez à son intrigue pour oser un vrai thriller, préférant une version édulcorée pour soirée télé où le bon mot ou la pirouette tranquille viennent par convention conclure chaque séquence. Un exemple parmi d’autres de son irrésolution : le pseudo reportage d’archives

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Le mythique "Quai des Orfèvres" de Clouzot sera à (re)voir jeudi au Méliès

ECRANS | Sortant de sa période de pénitence d’après-guerre, Henri-Georges Clouzot aurait pu faire de son Quai des Orfèvres (1947) un film policier empli de rancœur (...)

Vincent Raymond | Mardi 16 octobre 2018

Le mythique

Sortant de sa période de pénitence d’après-guerre, Henri-Georges Clouzot aurait pu faire de son Quai des Orfèvres (1947) un film policier empli de rancœur aigre et de cynisme. Il est surtout parcouru d’un immense sentiment de fatalité désenchanté : la victime était un suborneur, l’accusé un pauv’gars dominé par sa volcanique compagne (Suzy Delair, qui joue du tralala comme personne) ; quant au flic, traînant sa sagacité désabusée et sa moustache de cloporte, il semble être l’inspirateur de Columbo. Bref, rien d’affriolant sur le papier (sauf le tralala de Miss Delair) ; et l’on tient pourtant un film novateur avec un sous-texte lesbien, anticolonialiste et érotique, une mise en scène à se damner et des comédiens du tonnerre – Louis Jouvet, Bernard Blier, Simone Renant... Vous risquez de finir au poste si vous n’allez pas le (re)voir jeudi 18 octobre à 20h au Méliès.

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"I Feel Good" : faible fable

ECRANS | de Benoît Delépine & Gustave Kervern (Fr, 1h43) avec Jean Dujardin, Yolande Moreau, Jean-Benoît Ugeux…

Vincent Raymond | Lundi 24 septembre 2018

Partisan du libéralisme et du moindre effort depuis sa naissance, Jacques (Jean Dujardin) est convaincu qu’il aura un jour l’idée qui le fera milliardaire. C’est pourtant en peignoir qu’il débarque chez sa sœur Monique (Yolande Moreau), à la tête d’une communauté Emmaüs. Fauché comme les blés, mais avec une idée… Les Grolandais ont fait suffisamment de bien au cinéma ces dernières années pour qu’on ne leur tienne pas rigueur de cet écart, que l’on mettra sous le compte de l’émotion suscitée par la disparition prématurée de leur président Salengro le 30 mars dernier. Le fait est que la greffe Dujardin ne prend pas chez eux, même si son personnage est censé porter des valeurs totalement étrangères à leur cosmos habituel. Sans doute s’agit-il de deux formes d’humour non miscibles, faites pour trinquer hors plateau, pas forcément pour s’entendre devant la caméra. I Feel Good se trouve aussi asphyxié par son manque d’espace(s). Baroque et hétéroclite, le décor de la communauté est certes inspirant, avec ses trognes explicites et son potentiel architectural (hélas sous-exploité), mais Delépine

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"Un certain M. Piekielny" de François-Henri Désérable : incertain M. Gary

Littérature / rencontre | Dans son dernier roman, le jeune auteur François-Henri Désérable est parti sur les traces du fameux écrivain Romain Gary. Une enquête parsemée de touches d'humour et de malice si chères à l'auteur de "La Promesse de l'Aube". Et un texte d'une grande réussite dont nous avons discuté avec son auteur avant son passage par la librairie le Square vendredi 17 novembre.

Aurélien Martinez | Mardi 14 novembre 2017

Page 123 : « J'avais lu des milliers de pages, et à quoi bon ajouter les miennes à celles-ci ? » Ah quoi bon en effet écrire un roman sur l’immense Romain Gary, en s’intéressant principalement à l’un des personnages issus de son fameux roman autobiographique La Promesse de l'aube (1960) ? Et pourquoi pas a dû se répondre à lui-même le jeune romancier (30 ans) François-Henri Désérable. Il a eu raison. Avec Un certain M. Piekielny, le joueur de hockey sur glace devenu écrivain est parti sur les traces de cet homme évoqué par Gary : « Le point de départ de ce livre vient d'une somme de hasards dans lesquels j'ai voulu voir une injonction à mener l'enquête sur ce M. Piekielny qui avait fait promettre au jeune Romain Gary de prononcer son nom devant "les grands de ce monde" » comme il nous l'a expliqué en interview – voir ci-dessous. Ce postulat affirmé en ouverture et le guidant tout au long du récit, il se permet surtout de nombreuses digressions fourmillant d’infos sur Gary, sur lui-même ou sur tout un tas de sujets qui rythment avec malice (le jeu de mots sur Jacquie et Michel en pleine rencontre Ga

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Musique classique : neuf concerts pour une saison cadencée

Panorama de rentrée culturelle 2017/2018 | Avec du classique de chez classique mais aussi de la philosophie en musique, du lyrisme théâtralisé ou encore du violoncelle.

Régis Le Ruyet | Mercredi 13 septembre 2017

Musique classique : neuf concerts pour une saison cadencée

Orchestre philharmonique de Radio France Muse géniale de l’opéra contemporain, la soprano canadienne Barbara Hannigan stupéfiait, en 2011, les spectateurs du festival Présences de Radio France par ses talents de cheffe. Combinant audace et précision, la chanteuse y soutenait les plus folles vocalises du Grand Macabre de György Ligeti pendant que, d'une poigne ferme, elle menait en extase les musiciens finnois de l'Avanti ! Chamber. Un exercice de direction et de haut vol lyrique qu’elle réitéra à Grenoble avec l’Orchestre philharmonique de Radio France dans les atours de Lulu d'Alban Berg et de la Fille folle de George Gershwin. À la MC2 le 6 octobre Michel Onfray et Henri Demarquette – musique et philosophie Accompagné par le violoncelliste Henri Demarquette, le philosophe hédoniste Michel Onfray nous expliquera comment, avec les penseurs, dire et entendre le monde. Une passionnante rencontre en pe

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"Le Christ aveugle" : mysticisme religieux... et linéaire

ECRANS | de Christopher Murray (Chi.-Fr., 1h25) avec Michael Silva, Bastian Inostroza, Ana Maria Henriquez…

Vincent Raymond | Mardi 9 mai 2017

Depuis son enfance, Michael est persuadé d’être une sorte d’élu de Dieu, capable de miracles. Prêchant souvent dans le désert, il s’attire davantage d’hostilité que d’écoute. Un jour, il part guérir un ami d’enfance victime d’un accident. Ses fidèles le suivent, guettant le prodige… Dans le foisonnement actuel du cinéma chilien, Christopher Murray tente une entrée par le versant du mysticisme religieux – les évangélistes de tout poil ayant particulièrement la cote en Amérique du Sud. Cette fiction n’en est une qu’à demi, puisqu’il s’est nourri du quotidien des habitants de la Pampa del Tamarugal, de leur décor et de leurs histoires pour composer la trame du film. Ce sont eux également qui ont été choisis pour en être les interprètes – normal que Le Christ aveugle leur soit dédié. Grâce à cette approche, Murray conserve une indiscutable vérité (les visages émaciés, les corps suppliciés par l’indigence ou la maladie ne mentent pas) ; il retranscrit également le besoin muet d’un peuple abandonné de croire en l’impossible – fût-il promis par un semi-illuminé. Dommage qu’il manque d’une vision réellement originale pour no

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"De toutes mes forces" : encore un grand film sur l’univers social

ECRANS | de Chad Chenouga (Fr., 1h38) avec Khaled Alouach, Yolande Moreau, Laurent Xu…

Vincent Raymond | Mardi 2 mai 2017

Lycéen dans un quartier bourgeois, Nassim vit seul avec sa mère dépressive. Lorsqu’elle meurt subitement, l’adolescent est placé dans un foyer mais le cache à son entourage. Refusant la main tendue du monde éducatif et d’être assimilé aux "cas sociaux", il perd ses repères, puis pied… Quinze ans après 17 rue Bleue, première tentative autobiographique bancale, le réalisateur et acteur Chad Chenouga réussit un admirable portrait d’une jeunesse en souffrance, allant bien au-delà de son expérience personnelle : il réactualise ici les faits afin qu’ils collent à la situation contemporaine. On suit tous les degrés du malaise existentiel du fier Nassim, nourri de culpabilité et de révolte ; son humeur erratique le poussant à rejeter ceux qui l’aident, qui l’aiment. Chenouga montre ce caméléon écartelé, abandonnant de sa morgue pour être accepté par ses commensaux du foyer mais conservant les richesses inaliénables qui lui permettront de rebondir : les mots qu’il possède (c’est-à-dire ses viatique et sésame pour une vie meilleure) et les souvenirs de sa mère (photo, vêtements, messages), rappel à l’ordre d’un passé malgré tout plus heureux.

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"Sac la mort" : Malédiction !

ECRANS | de Emmanuel Parraud (Fr., 1h18) avec Patrice Planesse, Charles-Henri Lamonge, Nagibe Chader…

Vincent Raymond | Mardi 14 février 2017

Pas de chance pour Patrice : il a marché sur un sac-la-mort, un de ces porte-malheur vaudous qui traînent sur les routes de la Réunion. Et voilà que tout semble se détraquer pour lui : famille, maison… Niveau amour et argent, ce n’était déjà pas florissant ; restent le rhum et les copains. Et encore ! Le réalisateur Emmanuel Parraud arpente ici le territoire du cinéma-vérité tel que le pratiquait Jean Rouch pour ce film élaboré en compagnie de ses interprètes, pour la plupart non-professionnels. S’il s’agit bien d’une fiction, elle est fortement "documentarisante", montrant de l’île toutes les problématiques (la dépendance quasi-atavique à l’alcool de canne et la violence subséquente ; la sujétion à la Métropole, Eldorado sublimé par les insulaires etc.), en maintenant quelques parenthèses d’humour absurde ou noir au milieu d’un cadre globalement dramatique. Il n’empêche que le caractère vernaculaire, pour ne pas dire folklorique, du film peut constituer un frein pour les spectateurs ne goûtant guère les palabres enivrés, les transes ensorcelées ni la superstition.

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"L’Enfer" : il était une fois un film maudit

ECRANS | "L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot" sera projeté samedi 14 janvier au Club. On vous en dit donc plus sur "L'Enfer", œuvre légendaire à plus d’un titre et sujet de ce documentaire de 2009.

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

Non, on ne va pas parler du festival Les Maudits Films dans cet article. Et pourtant, c’est l’un de ses plus éminents représentants que Le Club programme en séance exceptionnelle. Une œuvre légendaire à plus d’un titre, autant adulée que redoutée, offerte à la patiente convoitise de ses admirateurs bien qu’elle persiste à se refuser à eux puisqu’elle demeure à jamais inachevée. Haïe, même, pour avoir failli causer la mort de son auteur, brisant l’élan et raccourcissant la carrière de l’un des plus illustres cinéastes de l’après-guerre. Longtemps frappée d’anathème, on la crut définitivement perdue. Il aura fallu la patience d’archivistes de Serge Bromberg et de Ruxandra Medrea pour exhumer de son purgatoire les rushes survivants et les agencer en un long-métrage chimérique, un documentaire aussi édifiant que frustrant nommé L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot. Tout entier consacré à la jalousie térébrante ressentie par un homme pour sa trop splendide épouse, L’Enfer (1964) voulait matérialiser ses effets à travers les distorsions de la perception, et donc en multipliant les innovations visuelles. Clouzot fit d’infinies expériment

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"Une vie" Brizé

ECRANS | Une ingénue sort du couvent pour se marier et mener une existence emplie de trahisons et de désenchantements. Maupassant inspire Stéphane Brizé, réalisateur de l'acclamé "La Loi du marché", pour un récit ascétique situé dans un XIXe siècle étrangement réaliste, et habité jusqu’à la moelle par Judith Chemla.

Vincent Raymond | Mardi 22 novembre 2016

« Plutôt que de tourner l’'adaptation d’Une vie, Stéphane donnait l’impression de vouloir réaliser un documentaire sur les gens qui avaient inspiré Maupassant ; de faire comme si l’on avait la chance de retrouver des images d’époque, certes un peu différentes du livre : Maupassant ayant pris des libertés et un peu romancé ! » Jean-Pierre Darroussin, qui incarne le père de l'héroïne Jeanne (un hobereau quasi sosie de Schubert), a tout dit lorsqu’il évoque sa compréhension du projet artistique, voire du postulat philosophique de Stéphane Brizé. Il y a en effet dans la démarche du réalisateur une éthique de vérité surpassant le classique désir de se conformer à la véracité historique pour éviter l’anachronisme ballot. Nulle posture, mais une exigence participant du conditionnement général de son équipe : plutôt que de mettre en scène le jeu de comédiens dans l’ornière de la restitution de sentiments millimétrés, Brizé leur fait intérioriser à l’extrême le contexte. Ils éprouvent ainsi le froid ambiant sans recourir à un vêtement contemporain pour s’en prémunir, ou s’éclairent à une lumière exclusivement dispensée par des bougies… Un film "natu

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Culture : la métropole grenobloise s’en mêle enfin

ACTUS | Le 3 novembre, Grenoble Alpes Métropole s’est dotée de la compétence culturelle réclamée depuis longtemps par les acteurs culturels. Mais dans les faits, la collectivité semble très prudente puisqu’elle ne s’engage que sur une chose : le transfert dans ses services des deux scènes nationales du territoire – la MC2 et l’Hexagone. On fait le point.

Jean-Baptiste Auduc | Mardi 15 novembre 2016

Culture : la métropole grenobloise s’en mêle enfin

La métropole grenobloise commence à rajouter des cordes à son arc. Après sa création l’an dernier (elle a succédé à la communauté d'agglomération du même nom), elle vient de s’adjoindre, en plus de ses six compétences actuelles, le domaine culturel et sportif. Même si, dans les faits, au 1er janvier 2017, il n’y aura pas de création de poste de vice-président à la culture, ni de service correspondant. Et, bien sûr, les adjoints à la culture des 49 équipes municipales ne disparaitront pas. Le président PS Christophe Ferrari et sa majorité préfèrent y aller doucement. « Le transfert des deux équipements à la Métropole que sont l’Hexagone de Meylan et la MC2 est la seule décision réelle prise pour le début d’année prochaine » résume Henri Touati, membre du Collectif métropolitain des acteurs artistiques et culturels qui a participé à la concertation autour de ce sujet. En 2017, les réflexions vont donc continuer, et ainsi valider (ou infirmer) les choix faits en ce début novembre. La culture conjuguée au conditionnel Utiliser le conditionnel est donc néces

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En Isère, la droite joue la culture

ACTUS | On murmure dans les couloirs du conseil départemental de l’Isère que la nouvelle majorité de droite, élue il y un an, soutient la culture. Voire même que les subventions augmenteraient. L’annonce semble irréelle. Pour en avoir le cœur net, on est allés rencontrer Patrick Curtaud, vice-président à la culture, et quelques acteurs culturels plutôt satisfaits.

François Cau | Mardi 19 avril 2016

En Isère, la droite joue la culture

Un an après avoir ravi le département à la gauche, la nouvelle majorité départementale de droite présidée par Jean-Pierre Barbier (Les Républicains) prend ses marques. Et l’action, en matière de culture, semble lancée. « Il y a eu peu d’opposition à l’augmentation du budget du département » annonce dans un sourire Patrick Curtaud, chargé de la culture au département. Après les dernières années plutôt sombres de la présidence du socialiste André Vallini, voilà l’éclaircie. Pour 2016, le département annonce 12% d’augmentation par rapport à l’an dernier. Soit 1.5 millions d’euros en plus pour le budget de la culture. « Aujourd’hui, en cette période trouble, où l’on parle de vivre ensemble et de laïcité, la meilleure façon d’apprendre des autres, c’est le développement de la culture » assure Patrick Curtaud. Une politique de gauche appliquée par des gens de droite ? Il y a de quoi perdre le nord. « La culture n’est ni de droite, ni de gauche » continue le vice-président à la c

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Le Tout Nouveau Testament

ECRANS | De Jaco van Dormael (Be/Fr/Lux, 1h50) avec Pili Groyne, Benoît Poelvoorde, Yolande Moreau, François Damiens, Catherine Deneuve…

Vincent Raymond | Mardi 1 septembre 2015

Le Tout Nouveau Testament

La vérité fait parfois mal à entendre : Dieu est misanthrope, sadique et résident bruxellois. S’épanouissant dans la création de catastrophes, ce pervers se double d’un tyran domestique séquestrant son épouse et sa fille de dix ans, Éa. Celle-ci, qui en a plein le Graal de ce monstre gorgé de bière, décide de suivre l’exemple de son aîné barbu, J.-C. Elle s’évade donc afin d’enrôler des apôtres et d’écrire son propre Nouveau Testament. Non sans avoir mis le bazar dans l’ordinateur paternel, en révélant à toute l’humanité l’heure de sa mort. Une plaisanterie qui lui vaut d’avoir un Dieu le père furibard (et en sandales) à ses trousses… Ténue, la filmographie de Jaco van Dormael ne compte que trois longs métrages depuis Toto le héros (1991), où s’affirmaient déjà pleinement son style comme ses influences. L’homme ayant biberonné au surréalisme belge mâtiné de burlesque et d’onirisme nébuleux, son œuvre en est traversée, parfois illuminée : ici, la farce iconoclaste (un Dieu façon Gros Dégueulasse de Reiser) peut côtoyer le sublime éthéré ou le franchement potache lorsqu’il s’agit d’illustrer des métaphores. Affectionnant la forme du conte porté par une

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Blind

ECRANS | D’Eskil Vogt (Norvège, 1h31) avec Ellen Dorrit Petersen, Henrik Rafaelsen…

Christophe Chabert | Mardi 28 avril 2015

Blind

Connu pour avoir coécrit les scénarios de Joachim Trier (bientôt en compétition cannoise avec Louder than bombs), Eskil Vogt se lance ici dans la mise en scène, mais il est vite rattrapé par sa nature d’auteur. En effet, à travers son personnage principal, une femme devenue aveugle qui se met à rêver le monde et les gens qui l’entourent comme une romancière fabriquant des morceaux de fiction, il offre un reflet à peine fantasmé de sa propre situation. Blind se grise de sa structure labyrinthique et de son étrangeté, grillant ses meilleures cartouches au cours de sa première demi-heure : ainsi, tandis qu’Ingrid perd la vue, son mari développe des pulsions voyeuristes, traînant sur YouPorn ou espionnant sa voisine d’en face. Pour faire sentir l’aveuglement, la mise en scène amplifie les autres sens de son héroïne, mais là, Vogt ne fait que reprendre la plupart des idées développées par Meirelles dans son sous-estimé Blindness. Au bout d’un moment, le procédé lasse, le film patinant dans ses mises en abyme glaciales et son petit traité cérébral sur

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Voyage en Chine

ECRANS | De Zoltán Mayer (Fr, 1h36) avec Yolande Moreau, Qu Jing Jing…

Christophe Chabert | Mardi 24 mars 2015

Voyage en Chine

Pas de cris, mais beaucoup de chuchotements ; le couple formé par Liliane et Richard est saisi au début de Voyage en Chine dans une torpeur dépressive que l’on imagine liée à l’usure du temps. En fait, ils viennent d’apprendre la mort de leur fils Christophe et la distance entre les deux époux se creuse de plans en plans, tous rigoureusement composés. Liliane, fatiguée des démarches administratives pour rapatrier le corps, décide d’aller le récupérer seule sur les lieux de l’accident, en Chine. Zoltán Mayer avance dans son mélodrame ténu au rythme de son héroïne et de son actrice, Yolande Moreau, formidable et dans un registre nouveau – une femme simple, mais cultivée et capable d’introspection, ce qu’elle exprime en tenant un journal où elle déverse ses regrets et sa fierté pour son enfant. Il y a là un vrai regard de cinéaste, qui met à distance toute tentation de l’exotisme et du folklore pour se concentrer sur les interactions émotionnelles entre les personnages et leur environnement. Si le contexte est celui de la Chine du Sichuan, il y a quelque chose de japonais dans la mise en scène, comme du Ozu en plus stylisé, la beauté des cadres, des déc

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Toute une histoire

SCENES | Dernière édition des Arts du récit pour Henri Touati, sémillant et très engagé directeur de la manifestation iséroise qui part à la retraite ensuite. Mais le festival (...)

Aurélien Martinez | Mardi 13 mai 2014

Toute une histoire

Dernière édition des Arts du récit pour Henri Touati, sémillant et très engagé directeur de la manifestation iséroise qui part à la retraite ensuite. Mais le festival dédié au conte, en marche depuis 28 ans, continuera bien sûr sa route, avec aux commandes Martine Carpentier, actuellement directrice adjointe. Un changement dans la continuité (même si nous ne sommes pas à l’abri de surprises – Martine, rendez-vous en 2015 en interview !) pour une aventure artistique ancrée sur de solides bases. Ainsi, on retrouvera lors de cette vingt-septième édition une myriade de têtes connues, comme Didier Kowarsky (avec un intrigant spectacle autour de Tom Waits), Catherine Zarcate, Myriam Pellicane, Gérard Potier ou encore Jennifer Anderson. Des conteurs à découvrir dans les nombreuses salles partenaires, à Grenoble et dans toute l’agglo, pendant les douze jours que dure le festival. Niveau temps forts, cette année, on retient surtout de La préhistoires des contes, projet entre la France, l’Espagne, l’Italie et l’Afrique du Sud, avec une soirée Afrique du Sud au sein d’une chapelle à Renage le vendredi 16 mai et une journée dans les grottes de Sassenage le dimanche 18 mai ;

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Polars des deux côtés des Alpes

ECRANS | Initiative à la fois originale et pertinente de la Cinémathèque de Grenoble : tenter un audacieux jumelage entre les polars français et italiens des années 70, à (...)

Christophe Chabert | Mardi 4 février 2014

Polars des deux côtés des Alpes

Initiative à la fois originale et pertinente de la Cinémathèque de Grenoble : tenter un audacieux jumelage entre les polars français et italiens des années 70, à travers quatre soirées en double programme – la France d’abord, l’Italie ensuite. Qu’est-ce qui rapproche et qu’est-ce qui oppose ses deux traditions de cinéma populaire ? Niveau points communs : le polar de l’époque tente une radioscopie de la société et de ses errements politiques, dont Yves Boisset ici et Francesco Rosi là-bas sont les emblèmes. Ce sera d’ailleurs le thème de la première soirée (le vendredi 7 février), qui réunira Le Juge Fayard dit le Shériff et Cadavres exquis, thème décliné une semaine plus tard avec la mise en miroir d’I comme Icare de Verneuil (un peu daté sur la forme, comme tous les Verneuil de l’époque, mais pas du tout sur le fond) et La Ville accuse de Sergio Martino, qui passe le cinéma engagé de Rosi à la moulinette de la série B. Ce qui permet de tels rapprochements, ce sont aussi les transports d’acteurs d’un pays à l’autre, grâce notamment au bilinguisme d’un Ventura ou d’un Marcel Bozuffi. Pour les deux autres soirées, seront mis en

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Les Tapis rouges - Henri Matisse

À la découverte des collections du Musée de Grenoble | [9/ 16] Nos coups de cœur issus des collections permanentes du Musée de Grenoble

Laetitia Giry | Mercredi 17 juillet 2013

Les Tapis rouges - Henri Matisse

Nom de l’artiste : Henri Matisse (1869-1954) Titre de l’œuvre : Les Tapis rouges Date de création : 1906 Médium : peinture Mouvement auquel l’intégrer : Fauvisme Analyse : Bien sûr, l’un des tableaux les plus connus du Musée de Grenoble n’est autre qu’Intérieur aux aubergines. Mais pour aboutir à cet exploit de la disparition des perspectives, Matisse a d’abord tâtonné, mêlé les dimensions au sein d’une même toile, commencé à faire feu de tous bois décoratifs en invitant l’ornement au centre de ses préoccupations. Cela, on peut le constater dans le même musée avec Les Tapis rouges, radieuse peinture aux allures orientales, virevoltante et tentatrice. Tissus déposés, tapis, céramiques et fruits s’acoquinent dans le feu des couleurs qui les animent : des verts et rouges tranchés et tranchants mouchetés de jaune d’or, empreints de soleil et gorgés de vie – comme cette pastèque centrale que l’on imagine volontiers gorgée d’eau sucrée. Ce sont ici les drapés du tissu et les contours cernés de noir des fruit

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Une pêche est presque une pêche

ARTS | Peintures / Le couvent Sainte-Cécile, siège des éditions Glénat, accueille un joli panel d’œuvres du peintre du XIXe siècle Henri Fantin-Latour. Des portraits, (...)

Laetitia Giry | Vendredi 14 septembre 2012

Une pêche est presque une pêche

Peintures / Le couvent Sainte-Cécile, siège des éditions Glénat, accueille un joli panel d’œuvres du peintre du XIXe siècle Henri Fantin-Latour. Des portraits, allégories, natures mortes et bouquets dont la grandeur calme saute aux yeux, avec une évidence  – étymologiquement : ce qui se voit – qui elle-même révèle celle de la beauté des choses. Fantin-Latour semble en effet n’avoir d’autre prétention que celle de dévoiler au regard le beau résidant dans ce qu’il peint. À l’époque des révolutions esthétiques comme l’impressionnisme, il persévère dans une forme de sagesse confiante, fidèle à un classicisme pourtant loin de tout académisme. Son réalisme teinté d’une volonté esthétisante sonne comme une déclaration : le sujet peint vaut en soi d’être représenté. Les couleurs sont réparties sobrement mais avec éclat, les roses généreuses, élégantes, glissées là sur un fond noir et solennel, ici sur un fond beige évoquant le nu avec pudeur. La pêche est veloutée, la pomme plus vraie que nature : le sujet sur la toile dépasse son souvenir matériel, comme si justement il y était plus vrai, que sa représentation était plus réelle que le réel.  Laetitia Gi

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«Une dimension de fête»

SCENES | Le festival Les Arts du récit, grand conteur d'histoires en tous genres qui investit chaque année les nombreuses salles partenaires de l'agglo, en est à sa vingt-cinquième édition. À cette occasion, Henri Touati, son directeur, nous a reçus pour évoquer le passé, le présent, et l'avenir. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Vendredi 4 mai 2012

«Une dimension de fête»

C'est donc la vingt-cinquième édition du festival. Pourtant, aucune fête particulière n'est prévue... Cette envie de sobriété est-elle liée à la conjoncture actuelle dans le milieu culturel ?Henri Touati : La conjoncture n'est pas l'élément central, même si elle a forcément apporté une gravité dans la façon de regarder le projet culturel que l'on porte. Évidemment, faire une grosse fête au moment où l'on se débat avec certaines difficultés ne serait pas très cohérent. Et puis, de toute façon, on fait un festival qui a une dimension de fête, quoi qu'il arrive.  Malgré tout, la conjoncture vous a contraints à annuler des évènements...Cinq projets – quatre spectacles et un colloque – qui avaient été engagés, dont certains au niveau de la production, ont dû être supprimés. Car le problème d'une structure qui gère un festival, tout en ayant une activité à l'année, c'est que le festival pèse lourd. On ne peut avoir d'effets que sur le long terme lorsque l’on change une procédure. On a donc eu le sentiment qu'il fallait prendre les choses très vite, à bras le corps, et resserrer budgétairement. Quand en février dern

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Où va la nuit

ECRANS | De Martin Provost (Fr-Belg, 1h45) avec Yolande Moreau, Pierre Moure…

François Cau | Vendredi 29 avril 2011

Où va la nuit

Les fans de Séraphine vont tomber de haut en découvrant Où va la nuit. Certes, il faut reconnaître à Martin Provost un certain courage pour aller dans une direction radicalement différente (en l’occurrence, un polar social) de celle de son précédent succès. Mais cela ne sauve pas ce film aux maladresses criantes. Le premier plan est fort, l’introduction assez sèche, mais dès que Yolande Moreau se débarrasse de son mari et se réfugie à Bruxelles chez son fils homo, Où va la nuit ne sait plus sur quel pied danser. Un exemple : la sortie en boîte est censée montrer le décalage entre Moreau et la faune branchée bruxelloise ; un ressort de comédie que Provost filme avec le plus grand sérieux, puisqu’il s’agit d’en faire un moment clé de son intrigue policière. Résultat : tout paraît artificiel, la situation, la tension ou le jeu des acteurs. Ça ne s’arrange pas quand le film vire au psychodrame œdipien, et encore moins dans la conclusion grossièrement repiquée à Thelma et Louise. Alors, où va la nuit ? Pas bien loin ! CC

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«Montrer la diversité»

SCENES | Le Festival les Arts du Récit a 20 ans. 20 ans de contes en lien avec le monde contemporain, portés par des artistes de toutes origines et horizons : Henri Touati, initiateur de ce projet majeur dans le milieu du conte, est attaché à cette idée de diversité. Séverine Delrieu

Séverine Delrieu | Mercredi 16 mai 2007

«Montrer la diversité»

Que souhaitez-vous mettre en avant pour fêter les 20 ans du Festival ?Henri Touati : L’axe premier je crois que c’est de montrer que depuis 86-87, date de création du Festival, notre activité s­’est focalisée sur la diversité. Donc la proposition de ce festival, c’est de montrer cette diversité. Par l’éclectisme ?Par la multiplicité des lieux, des formes d’accueil, des formes de spectacles et des contenus. Et puis les origines des artistes, leur dimension traditionnelle comme contemporaine montrent que raconter une histoire aujourd’hui est quelque chose d’assez simple. En même temps, la multiplicité des propositions nous permet d’avoir des univers, des mondes qui sont à chaque fois différents. C’est ça l’axe central de ce festival. Une journée très particulière, celle du 12 mai, sera une rencontre où plus de 100 conteurs vont être présents. 100 conteurs qui sont venus au Festival sur les 250 : c’est un événement de dimension nationale dans le milieu du conte, puisque c’est la première fois que l’on va regrouper tant de conteurs au même endroit. Comment va se dérouler cette rencontre ?

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