L'ultra-terrestre

ECRANS | François Damiens, comédien belge adopté par le cinéma français, doublement à l’affiche du plaisant "Je fais le mort" et du magnifique "Suzanne", est passé en six ans de «sorti de nulle part» à «présent partout», sans dévier de ses principes et de ses saines convictions. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 13 décembre 2013

Décembre 2007. À quelques jours de la sortie de Cow-Boy, joli film un peu oublié de Benoît Mariage, le réalisateur et ses deux comédiens Benoît Poelvoorde et François Damiens sont en pleine tournée promo. On demande à l'attachée de presse un entretien en tête-à-tête avec un des membres de l'équipe et elle pense qu'on va naturellement réclamer quelques minutes avec la tornade Poelvoorde, au sommet de sa gloire… Mais non, c'est Damiens qui nous intéresse, et nous voilà partis pour une discussion d'une demi-heure avec ce comédien qui, à l'époque, n'avait que quatre films à son actif et dont les caméras cachées commençaient à peine à faire le buzz. L'entretien est mémorable, d'une franchise rare ; il y expose sa candeur face à un métier dont il ne connaît rien et dans lequel il s'engouffre avec un mélange de curiosité et de scepticisme.

Six ans plus tard, François Damiens est devenu une vedette – on préfère ce mot à celui de star, ne serait-ce que parce qu'il désigne aussi une bière belge – et parvenir à s'entretenir avec lui est devenu plus compliqué ! C'est de cela dont on va donc parler avec lui aujourd'hui : comment il est passé des seconds aux premiers rôles, de la périphérie au centre du cinéma franco-belge, pour des comédies populaires comme pour des films d'auteurs.

«J'ai une tendance à m'enlaidir, car il y a moins de boulot…»

Son bilan de cette intense période d'activité ?

« J'ai compris certaines choses, mais il y en a encore beaucoup que je n'ai pas découvertes et c'est justement ça qui m'intéresse. J'ai fait des films qui à mon avis n'étaient pas des grandes réussites, mais c'est en se trompant qu'on apprend à se connaître et à ne pas reproduire ses erreurs. »

François Damiens a réussi cet exploit que peu d'acteurs arrivent à réaliser : susciter des désirs extrêmement variés chez les cinéastes, à l'image des deux rôles dans lesquels on le retrouve actuellement sur les écrans. D'un côté, un comédien loser, égocentrique et vaniteux, contraint d'aller jouer les morts sur une scène de crime (Je fais le mort de Jean-Paul Salomé) ; de l'autre, un père veuf qui élève comme il peut ses deux filles (Suzanne de Katell Quillévéré). Deux rôles incroyablement riches qui synthétisent son talent protéiforme. Chez Salomé, la mise en abyme lui permet de se moquer des tares de ses collègues tout en composant un personnage qui rappelle, par sa bêtise satisfaite, ceux qu'il compose pour pousser à bout de malheureux inconnus ; chez Quillévéré, Damiens ramène de la légèreté au milieu du drame, mais surtout s'avère pour la première fois d'une beauté immédiate sur l'écran.

« Je trouve que c'est un beau mec, explique la réalisatrice, il a énormément de charme, un truc à l'Américaine dans sa carrure. »

François Damiens commente :

« J'avais fait il y a quelques années La Famille Wolberg et Axelle Ropert avait essayé de m'embellir, mais elle n'y était peut-être pas arrivée ! J'ai une tendance à plutôt m'enlaidir, peut-être par fainéantise car il y a moins de boulot (rires). »

«Ce n'est que du jeu…»

Damiens s'est fait connaître en jouant les beaufs belges et peut occasionnellement remettre le couvert – chez Dany Boon, par exemple. Mais c'est par sa délicatesse qu'il séduit dans le film du même nom, et plus encore quand il concilie les deux au sein d'un même rôle : dans L'Arnacœur, il est autant bourrin que charmeur, balourd que gracieux. Son personnage, comme celui de Je fais le mort, est un acteur dont on rit de voir les ficelles :

« Jouer le mec qui joue, ça devient de l'humour de l'humour de l'humour. Certains acteurs ont très peu de distance par rapport à leur métier. Ils sont dans la vie et quand ils jouent, ils sont aussi, mais d'une autre façon. Je trouve ça formidable de pouvoir tourner en dérision le fait de jouer. Car ce n'est que du jeu… »

Alors que le cinéma l'aspire de plus en plus, lui préfère rester du côté de la vie, au point d'avoir failli refuser Suzanne pour cause d'emploi du temps surchargé et de vie de famille écourtée.

« Je suis entouré de gens qui adorent le cinéma, mais pas moi, même si je sais que ce serait très enrichissant pour mon métier de prendre certains trucs, d'observer. J'aime surtout observer la réalité. J'aime voir quelqu'un attendre sans bouger ; par contre, voir un film d'action, ça m'ennuie. L'écran fait écran. J'ai besoin de voir l'humain. »

C'est aussi pour ça, dit-il, qu'il a 

« besoin de scénarios très terre-à-terre. J'ai du mal avec les scénarios où il y a des préceptes de base à assimiler. On est en 2040, les garçons sont des filles, les filles des garçons, on roule à l'envers… C'est comme la cuisine : ce sont les mauvais cuisiniers qui font une sauce au kiwi avec du saumon. C'est original, mais c'est dégueulasse ! »

On osera une autre comparaison, de notre cru, pour boucler la boucle : dans Je fais le mort, Damiens doit reconstituer un fait-divers en endossant une combinaison de latex SM. En début d'année, Benoît Poelvoorde faisait de même avec une gêne manifeste dans Une histoire d'amour d'Hélène Fillières. Jean-Paul Salomé confirme :

« Un autre comédien que François aurait douté de la combinaison en latex… »

Damiens enfonce le clou :

« Moi, je me réjouissais de la mettre… »

Six ans après, les rôles se sont définitivement inversés entre les deux meilleurs comédiens belges contemporains…


Suzanne

De Katell Quillévéré (Fr, 1h34) avec Sara Forestier, Adèle Haenel...

De Katell Quillévéré (Fr, 1h34) avec Sara Forestier, Adèle Haenel...

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Le récit d’un destin. Celui de Suzanne et des siens. Les liens qui les unissent, les retiennent et l'amour qu’elle poursuit jusqu'à tout abandonner derrière elle...


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"Le Prince Oublié" : en fin de conte…

Cinema | Le combat de personnages pour pouvoir survivre après la défection de leur public épouse celui d’un père pour rester dans le cœur de sa fille. Beau comme la rencontre fortuite entre "Princess Bride" et une production Pixar dans un film d’auteur français signé Hazanavicius.

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

Tous les soirs, Djibi raconte à sa fille Sofia des histoires qu’il crée pour elle, où un prince triomphe du diabolique Pritprout. Mais à son entrée au collège, Sofia se met à s’inventer ses propres histoires, causant la mise au chômage des personnages de l’univers imaginé par son père… De la même manière que l’histoire du Prince oublié navigue continûment entre deux mondes, la sphère du réel et celle de l’imaginaire, le cinéma de Michel Hazanavicius offre au public un double plaisir : suivre le spectacle déployé par la narration (à savoir les aventures/mésaventures des personnages) tout en l’incitant à demeurer vigilant à la mécanique du récit, à sa méta-écriture et aux fils référentiels dont il est tissé. L’approche hypertextuelle constitue d’ailleurs une composante essentielle de l'œuvre d'Hazanavicius depuis le matriciel La Classe américaine ; au point que le réalisateur semble avoir voulu illustrer par l’exemple les différentes pratiques recensées par Gérard Genette dans Palimpsestes : pastiche et travestissement pour les OSS 117, parodie et charge dans

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"Raoul Taburin" : le supplice du deux-roues

ECRANS | De Pierre Godot (Fr, 1h30) avec Benoît Poelvoorde, Édouard Baer, Suzanne Clément…

Vincent Raymond | Mercredi 17 avril 2019

En dépit de ses efforts, et depuis son enfance, Raoul Taburin (Benoît Poelvoorde) n’est jamais parvenu à se tenir sur un vélo. L’ironie du sort fait que tous le prennent pour un crack de la bicyclette et qu’il est devenu le champion des réparateurs. L’arrivée d’un photographe dans son village va changer son destin… Cette libre adaptation de l’album illustré de Sempé ressemble à une rencontre entre L’Homme qui tua Liberty Valance (1962) (pour sa fameuse morale "Quand la légende dépasse la réalité, on publie la légende" condamnant certains imposteurs malgré eux à supporter leur gloire indue) avec le réalisme magique, rendant anodin le surgissement d’éléments surnaturels. Ici, la bicyclette verte de Raoul paraît douée d’une vie propre, et le feu du ciel frapper ceux à qui il s’ouvre de ses secrets. Cela pourrait aussi bien être des hallucinations ou des coïncidences ; à chacun de déterminer son seuil tolérance à la poésie. Mettre en mouvement un conte narrant l’impossibilité pour un personnage de défier la gravité sur son vélo tient de la gageure, mais Pierre Godeau relève le gant en respectant la tonalité dél

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"Le Jeu" : toute vérité n'est pas bonne à lire

ECRANS | de Fred Cavayé (Fr, 1h30) avec Bérénice Bejo, Suzanne Clément, Stéphane De Groodt…

Vincent Raymond | Mardi 16 octobre 2018

Une soirée comme Vincent (Stéphane De Groodt) et Marie (Bérénice Bejo) en organisent souvent : autour d’un bon repas entre amis. Sauf que cette fois-ci, l’idée émerge que tous les messages parvenant sur les smartphones durant le dîner soient partagés à haute et intelligible voix. Un jeu bien anodin aux effets dévastateurs… Connu du grand public grâce à des polars interchangeables car redondants, Fred Cavayé s’était récemment aventuré dans la comédie (Radin) ; on n’imaginait pas que tout cela le préparait à signer son meilleur thriller. Mais voici Le Jeu, étude de mœurs aussi acide que rythmée dissimulée sous des oripeaux d’un vaudeville à la Bruel et Danièle Thompson. Remake d’un film italien à succès (Perfetti sconosciuti, jusqu’à présent inédit dans nos salles, également adapté par Alex de la Iglesia), cette fausse comédie chorale bifurque rapidement sur une voie dramatique perturbante, révélant, comme dans le Carnage de Polanski, les visages de chacune et chacun lorsque se fissurent les masques des convenances sociales. Se dotant d’une distribution judic

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"Numéro Une" : Madame est asservie

ECRANS | Jusqu’où doit aller une femme pour conquérir un fauteuil de PDG ? Forcément plus loin que les hommes, puisqu’elle doit contourner les chausse-trapes que ceux-ci lui tendent. Illustration d’un combat tristement ordinaire par une Tonie Marshall au top.

Vincent Raymond | Mardi 10 octobre 2017

Cadre supérieure chez un géant de l’énergie, Emmanuelle Blachey (Emmanuelle Devos) est approchée par un cercle de femmes d’influence pour briguer la tête d’une grande entreprise – ce qui ferait d’elle la première PDG d’un fleuron du CAC 40. Mais le roué Jean Beaumel (Richard Berry) lui oppose son candidat et ses coups fourrés… Si elle conteste avec justesse l’insupportable car très réductrice appellation "film de femme" (dans la mesure où celle-ci perpétue une catégorisation genrée ostracisante des œuvres au lieu de permettre leur plus grande diffusion), la réalisatrice Tonie Marshall signe ici un portrait bien (res)senti de notre société, dont une femme en particulier est l’héroïne et le propos imprégné d’une conscience féministe affirmée. Peu importe qu’un ou une cinéaste ait été à son origine (« je m’en fous de savoir si un film été fait par une femme ou un homme » nous a d’ailleurs expliqué Marshall une interview) : l’important est que ledit film existe. Enquête de pouvoir Comme toute œuvre-dossier ou à thèse, Numéro Une ne fait pas l’économie d’un certain didactisme : le fi

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Tonie Marshall : « Avec une réelle mixité, les répercussions sur la société seraient énormes »

ECRANS | Dans "Vénus beauté (institut)", elle avait exploré un territoire exclusivement féminin. Pour "Numéro Une", Tonie Marshall part à l’assaut d’un bastion masculin : le monde du patronat, qui aurait grand besoin de mixité, voire de parité…

Vincent Raymond | Mardi 10 octobre 2017

Tonie Marshall : « Avec une réelle mixité, les répercussions sur la société seraient énormes »

Comment en êtes-vous venue à vous intéresser à la (non-)place des femmes dans les hautes sphères du pouvoir ? Tonie Marshall​ : J’avais pensé en 2009 faire une série autour d’un club féministe, avec huit personnages principaux très différents. Chaque épisode aurait été autour d’un dîner avec un invité et aurait interrogé la politique, l’industrie, les médias, pour voir un peu où ça bloquait du côté des femmes. J’allais vraiment dans la fiction parce que ce n’est pas quelque chose dans lequel j’ai infusé. Mais je n’ai trouvé aucune chaîne que ça intéressait – on m’a même dit que c’était pour une audience de niche ! Mais vous n'avez pas abandonné... J’arrive à un certain moment de ma vie où non seulement ça bloque, mais l’ambiance de l’époque est un peu plus régressive. Moi qui suis d’une génération sans doute heureuse, qui ai connu la contraception, une forme de liberté, je vois cette atmosphère bizarre avec de la morale, de l’identité, de la religion qui n’est pas favorable aux femmes. De mes huit personnages, j’ai décidé de n’en faire qu’un et de le situer dans l’industrie. Parce qu’en généra

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Carine Tardieu : « Pleurer ou rire, c’est une manière d’être vivante »

ECRANS | "Ôtez-moi d'un doute", film au casting quatre étoiles (François Damiens, Cécile de France, André Wilms, Guy Marchand...), c'est la très bonne surprise de cette rentrée cinématographique. Rencontre avec sa réalisatrice.

Vincent Raymond | Lundi 4 septembre 2017

Carine Tardieu : « Pleurer ou rire, c’est une manière d’être vivante »

Avec Ôtez-moi d’un doute, vous abordez le thème du secret de famille, très fécond au cinéma… Carine Tardieu : Au fur et à mesure de l’écriture de cette histoire, je me suis rendu compte qu’il y avait énormément de famille dans lesquelles il y avait des secrets – beaucoup autour de la paternité, car on sait qui est la mère d’un enfant. On en entend davantage parler depuis que les tests ADN existent. Des gens m’ont raconté leur histoire : certains ont eu envie de chercher leur père biologique, d’autres n’ont jamais voulu savoir… Paradoxalement, découvrir que son père n’est pas son père biologique permet à votre héros de mieux connaître le premier… Absolument. J’ai eu moi-même la sensation de rencontrer mon père assez tard, alors que mon père je le connais depuis toujours. Parfois, la rencontre se fait à un moment précis de la vie : quand on devient soi-même père ou mère, on se demande quel homme et quelle femme nos parents ont été. On projette de

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"Ôtez-moi d’un doute" : mes beaux pères

ECRANS | Un démineur breton se trouve confronté à de multiples "bombes" intimes, susceptibles de dynamiter (ou ressouder) sa famille déjà bien fragmentée. Autour de François Damiens, la réalisatrice Carine Tardieu convoque une parentèle soufflante, qui a été nommée à la dernières Quinzaine des Réalisateurs cannoise.

Vincent Raymond | Lundi 4 septembre 2017

Démineur de métier, Erwan a fort à faire dans sa vie privée : il vient d’apprendre que son père l’a adopté et que sa fille (qu’il a élevée seul) est enceinte. Alors qu’il enquête en cachette sur Joseph, son père biologique, Erwan rencontre Anna dont il s’éprend. Las ! C’est la fille de Joseph. Carine Tardieu a de la suite familiale dans les idées. Depuis ses débuts avec La Tête de Maman (2007) et Du vent dans mes mollets (2012), elle s’intéresse à cette sacro-sainte famille. Un microcosme à part, connu de chacun et cependant toujours singulier, ayant surtout la particularité d’être facilement chamboulé. Tant mieux pour qui veut raconter des histoires. Plateau de fruits de père(s) Pour Ôtez-moi d’un doute, la cinéaste conserve son approche favorite consistant à observer une petite tribu de l’intérieur et à hauteur d’enfant. L’enfant a ici quelque peu grandi, puisqu’il s’agit d’un – gigantesque – adulte, en situation de devenir grand-père de surcroît. Mais le scénario le replace justement

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"La famille Bélier" en plein air à Voiron le 12 juillet

ECRANS | Tout le monde a déjà vu La Famille Bélier – "sauf les aveugles, bien entendu" dirait Brassens. Mais qui peut se targuer d’avoir assisté à une projection en (...)

Vincent Raymond | Dimanche 3 juillet 2016

Tout le monde a déjà vu La Famille Bélier – "sauf les aveugles, bien entendu" dirait Brassens. Mais qui peut se targuer d’avoir assisté à une projection en plein air du film d’Éric Lartigau ? La saison chaude se prêtant aux veillées à rallonge en famille, emmenez marmaille, voisins et cousins à cette séance démarrant à la nuit tombée, organisée dans le cadre des Passeurs d’images. Bon, après, il reste toujours le problème Sardou : difficile de faire abstraction de ses chansons laissant ici autant d’impacts qu’il y a de cratères sur la Lune. Cela doit être le prix à payer, puisque la séance est gratuite. Rendez-vous mardi 12 juillet, cour de l'école Jean Moulin, place Salvador Allende, à Voiron donc.

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Les Premiers, les Derniers

ECRANS | De et avec Bouli Lanners (Fr./Bel., 1h33) avec Albert Dupontel, Suzanne Clément, Michael Lonsdale, Max von Sydow…

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Les Premiers, les Derniers

Si la relecture du western est tendance, pour Bouli Lanners, ce n’est pas non plus une nouveauté, qui lorgnait déjà sur les grands espaces et le road movie dans ses œuvres précédentes – voir Les Géants (2011). Situé dans un no man’s land contemporain (un Loiret aussi sinistre que la banlieue de Charleroi un novembre de chômage technique), Les Premiers, les Derniers fait se croiser et se toiser dans un format ultra large des chasseurs de prime usés, de vieux Indiens frayant avec la terre, une squaw en détresse ainsi que l’inévitable horde de bandits aux mines patibulaires. Cousin belge de Kervern et Delépine, mais qui aurait fréquenté le petit séminaire, Lanners diffuse en sus dans cette re-composition décalée un étonnant souffle de spiritualité continu, faisant de ses personnages des messagers et de leur trajectoire une sorte de parabole, d’interprétation du fameux verset de l’Évangile selon Matthieu “Heureux les pauvres en esprit…”. Ajoutons que Jésus se balade de-ci de-là, que les comédiens Michael Lonsdale et Max von Sydow chantent des cantiques : le propos mystique ne se discute pas ! De

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Le Petit 38 voit plus grand avec le collectif Midi/Minuit

ACTUS | Ça s’active du côté du Petit 38 : le lieu tenu par la metteuse en scène Chantal Morel va ainsi être ouvert continuellement pendant les six prochains mois, avec des spectacles presque tous les soirs. La faute à Midi / Minuit, jeune collectif qui en veut. On fait les présentations. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Lundi 11 janvier 2016

Le Petit 38 voit plus grand avec le collectif Midi/Minuit

Le Petit 38, c’est un lieu à part à Grenoble, situé rue Saint-Laurent. Un local qui aurait dû être un restaurant, mais que la metteuse en scène Chantal Morel et son équipe ont finalement transformé en 1997 en place culturelle. Un petit espace avec une antichambre d’accueil à l’entrée et une salle d’une trentaine de places au fond. Depuis presque vingt ans, le Petit 38 accueille divers spectacles programmés par Chantal Morel, dont parfois les siens. Aujourd’hui, elle souhaite « le partager ». Le collectif Midi / Minuit a du coup vu le jour, porté par deux jeunes comédiens et metteurs en scène issus du Conservatoire de Grenoble : Élisa Bernard et Florent Barret-Boisbertrand. Pour lancer une nouvelle dynamique, comme nous l’a expliqué Florent Barret-Boisbertrand. « C’est venu de discussions avec Chantal. À la base, j’avais voulu la rencontrer pour voir s’il y avait la possibilité de faire un spectacle au Petit 38, un lieu que j’aime énormément. Elle m’a alors expliqué que, pour diverses raisons, c’était plutôt compliqué en ce moment au Petit 38, qu

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Early Winter

ECRANS | De Michael Rowe (Can, 1h36) avec Paul Doucet, Suzanne Clément, Micheline Lanctôt…

Vincent Raymond | Mardi 5 janvier 2016

Early Winter

Sujet plombant, cadre mortifère, ambiance sinistre, image terne, accent québécois parfois peu compréhensible… Au bingo des handicaps, Michael Rowe tente le super-banco et rafle la mise. C’est peu dire qu’un hiver précoce (pour reprendre son titre à la Ozu) souffle sur ce film narrant la déconfiture d’un couple miné par l’incommunicabilité et le non-dit, le soupçon réciproque et un hypothétique passé d’infidélité. Ajoutons, pour achever le tableau, que le héros travaille (quasiment en continu) comme homme à tout faire dans un hospice parmi des personnes guère vaillantes, et que son épouse, venue d’une contrée éloignée, glisse doucement dans une déprime domestique savamment entretenue par l’oisiveté… Si l’on perçoit une certaine tension molle à l’écran, on ressent surtout un puissant ennui devant cette chronique hachée et décousue, qui tient davantage du repoussoir que du film. Quitte à assister à de saisissantes prises de becs intimes, autant revoir Scènes de la vie conjugales (1972) de Bergman : à moins d’être sous mescaline, on ne peut décemment pas considérer Early Winter comme son héritier contemporain.

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Le Tout Nouveau Testament

ECRANS | De Jaco van Dormael (Be/Fr/Lux, 1h50) avec Pili Groyne, Benoît Poelvoorde, Yolande Moreau, François Damiens, Catherine Deneuve…

Vincent Raymond | Mardi 1 septembre 2015

Le Tout Nouveau Testament

La vérité fait parfois mal à entendre : Dieu est misanthrope, sadique et résident bruxellois. S’épanouissant dans la création de catastrophes, ce pervers se double d’un tyran domestique séquestrant son épouse et sa fille de dix ans, Éa. Celle-ci, qui en a plein le Graal de ce monstre gorgé de bière, décide de suivre l’exemple de son aîné barbu, J.-C. Elle s’évade donc afin d’enrôler des apôtres et d’écrire son propre Nouveau Testament. Non sans avoir mis le bazar dans l’ordinateur paternel, en révélant à toute l’humanité l’heure de sa mort. Une plaisanterie qui lui vaut d’avoir un Dieu le père furibard (et en sandales) à ses trousses… Ténue, la filmographie de Jaco van Dormael ne compte que trois longs métrages depuis Toto le héros (1991), où s’affirmaient déjà pleinement son style comme ses influences. L’homme ayant biberonné au surréalisme belge mâtiné de burlesque et d’onirisme nébuleux, son œuvre en est traversée, parfois illuminée : ici, la farce iconoclaste (un Dieu façon Gros Dégueulasse de Reiser) peut côtoyer le sublime éthéré ou le franchement potache lorsqu’il s’agit d’illustrer des métaphores. Affectionnant la forme du conte porté par une

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Goodnight mommy

ECRANS | À chaque nouveau film autrichien, on s’attend maintenant au pire. Attention, cela n’est pas un jugement sur la qualité des œuvres, mais sur leur degré de (...)

Christophe Chabert | Mardi 12 mai 2015

Goodnight mommy

À chaque nouveau film autrichien, on s’attend maintenant au pire. Attention, cela n’est pas un jugement sur la qualité des œuvres, mais sur leur degré de cruauté et d’exploration glauque de la psyché nationale. Haneke et Ulrich Seidl sont passés par là, et Goodnight mommy, cosigné par la compagne de Seidl et par son neveu, semblait s’inscrire dans cette veine éprouvante. Éprouvant, il l’est, mais à la différence des cinéastes sus-cités, Veronika Franz et Severin Fiala sont beaucoup plus proches du pur cinéma de genre, avec notamment une dernière partie qui en remontre aux "torture porns" post-Hostel. Le point de départ est mystérieux à souhait : en plein été, dans une maison isolée au milieu des champs de maïs, deux gamins attendent le retour de leur mère. Lorsqu’elle revient au foyer, c’est le visage entouré de bandelettes dissimulant ses traits (une image qui, de Seconds à Steak en passant par Le Visage d’un autre, inspire de sacrés créateurs cinématographiques) et ses réactions souvent abruptes suffisent à semer le doute dans l’esprit des deux enfants : s’agit-il vraiment de leur mère ou bien d’une inconnue se faisant pas

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Les rêves écrits et gravés de Renaud et Reynek

ARTS | La Bibliothèque d'étude et du patrimoine dévoile les œuvres du couple d'artistes franco-tchèque, et notamment leur vision de Grenoble.

Charline Corubolo | Mardi 21 avril 2015

Les rêves écrits et gravés de Renaud et Reynek

De poèmes en gravures, l'histoire du couple d'artistes Renaud-Reynek s'écrit sur les murs de la Bibliothèque d'étude et du patrimoine jusqu'au mercredi 2 décembre. Suzanne Renaud, poétesse dauphinoise (1889-1964), se dévoile à travers des écrits qui parlent de Son pays, des noix ou encore de sa maison d'enfance. Bohuslav Reynek, graveur tchèque (1892-1971), esquisse des vues de Grenoble en noir et blanc ou en couleur. Ils se rencontrent dans les années 1920 et, dès lors, les événements les feront voyager entre la Bohème et le Dauphiné, mais toujours au gré de l'art. L'exposition intitulée Nos rêves s'en iront par les chemins met en lumière la richesse et la poésie de leurs œuvres individuelles et communes. Soucieuse de présenter au mieux les productions du couple franco-tchèque, la bibliothèque propose, jusqu'au 4 juillet, une première plongée dans la vie de l'écrivaine et celle du dessinateur. Puis s'ensuivra une seconde découverte, à partir du 1er septembre après la fermeture estivale, avec d'autres œuvres. Rendez-vous donc à la rentrée pour en savoir encore un peu plus sur le duo Renaud-Reynek qui a fait de sa vie un art pour le moins poé

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La Famille Bélier

ECRANS | Bons sentiments à la louche, pincée d’humour trash, mise en orbite d’une star de télé-crochet, célébration de l’art de Michel Sardou, regard pataud sur le handicap, populisme facile : Éric Lartigau signe un film dans l’air moisi du temps, qui donne des envies d'hara-kiri critique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 16 décembre 2014

La Famille Bélier

«Bélier : n. m. 1) Mâle non châtré de la brebis. 2) Machine de guerre des anciens servant à battre les murailles en brèche.» Cette double définition piquée dans le Robert sonne comme la meilleure critique possible de La Famille Bélier. 1) Le nouveau film d’Éric Lartigau s’apparente à une comédie sentimentale mi-chèvre, mi-chou, qui met les pieds dans le purin campagnard et la tête dans les étoiles de la réussite, les mains dans le cambouis du populisme et le nez dans la grande cause du handicap, via une famille de sourds-muets avec en son centre Paula, jeune adolescente qui non seulement parle et entend, mais en plus chante d’une voix d’or. Lartigau emprunte d’abord la piste gonflée du comique trash, avec une scène chez le médecin où les parents s’engueulent à cause de la mycose de madame et de l’appétit sexuel de monsieur. Admirateur des frères Farrelly, Lartigau est loin de leur humanisme par la provoc’ : le vrai gag de la séquence, ce sont les traductions de Paula et les reproches qu’elle adresse à ses géniteurs. Ce qui compte, ce n’est pas que le spectateur s’identifie aux parents sourds, mais à la petite valide. Qui, comme le spectateur, n’

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Mommy

ECRANS | De Xavier Dolan (Can, 2h18) avec Antoine-Olivier Pilon, Anne Dorval, Suzanne Clément…

Christophe Chabert | Mardi 7 octobre 2014

Mommy

L’encensement précoce de Xavier Dolan ne pouvait conduire qu’à l’accueil exagérément laudatif qui a été celui de Mommy au dernier Festival de Cannes. Disproportionné mais logique : même bancal, même inégal, c’est son meilleur film, celui où il s’aventure dans des directions nouvelles, mais bien plus maîtrisées que dans son précédent Tom à la ferme. La première heure, notamment, est vraiment excitante. Si on excepte une inexplicable mise en perspective futuriste du récit, la description de cet Œdipe hystérique entre un adolescent hyperactif et colérique et sa maman borderline et débordée, dans laquelle se glisse une enseignante névrosée qui va tenter de dompter le gamin, permet à Dolan de s’adonner à une comédie furieuse et décapante, remarquablement servie par son trio d’acteurs, tous formidables, et par cette langue québécoise incompréhensible mais fleurie. Même le choix d’un cadre rectangulaire et vertical façon écran d’iPad est habilement géré par la mise en scène, redéfinissant les notions de plans larges et de gros plans – dommage q

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Musées à remonter le temps

ARTS | Les musées patrimoniaux de la ville de Grenoble proposeront prochainement un voyage dans le temps depuis les sarcophages jusqu'au XXe siècle. Un itinéraire (...)

Charline Corubolo | Mardi 30 septembre 2014

Musées à remonter le temps

Les musées patrimoniaux de la ville de Grenoble proposeront prochainement un voyage dans le temps depuis les sarcophages jusqu'au XXe siècle. Un itinéraire qui débutera en novembre au Musée de la Résistance et de la Déportation avec une exposition sera consacrée aux Poilus d'Isère, qui vient en prolongement de celle présentée précédemment (Vercors 40/44) et en complément de celle actuellement présentée au Musée dauphinois (À l'arrière comme au front). C'est donc un saut spatial que nous effectuerons au Musée dauphinois, mais aussi temporel pour Confidences d'outre-tombe, Les archéologues interrogent les squelettes. Pour cette plongée aux pays des morts, les spécialistes tenteront de faire parler les défunts de leur vie. Et qu'importent les désagréments chronologiques, retour vers le XXe siècle avec

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Suzanne

ECRANS | Peut-on faire un mélodrame sans verser dans l’hystérie lacrymale ? Katell Quillévéré répond par l’affirmative dans son deuxième film, qui préfère raconter le calvaire de son héroïne par ses creux, asséchant une narration qui pourtant, à plusieurs reprises, serre le cœur. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 11 décembre 2013

Suzanne

Suzanne, le deuxième film de Katell Quillévéré après le timide Un poison violent, choisit son héroïne dès son titre. Mais ce seront autant ses absences que sa présence qui vont intéresser l’auteur, autant les questions que son comportement instable suscite que les réponses qu’on pourrait apporter pour expliquer sa fuite en avant. D’où provient le mal-être de Suzanne ? D’une mère morte très jeune ? Trop facile… Autour d’elle, son père (François Damiens, exceptionnel, qui irradie de beauté et de bonté) et sa sœur (Adèle Haenel, qu’on espère bientôt reconnue à sa juste et haute valeur parmi les jeunes comédiennes françaises) forment une famille aimante, dévouée, compréhensive. Pourquoi choisit-elle de garder cet enfant au père inconnu, alors qu’elle est encore lycéenne ? Là aussi, Quillévéré décide de laisser le mystère sombrer dans un des nombreux vides narratifs soigneusement entretenus, comme un trou noir qui aspirerait toutes les tentatives d’explications, psychologiques ou sociologiques, qui voudraient percer à peu de frais l’opacité de son

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Je fais le mort

ECRANS | De Jean-Paul Salomé (Fr-Belg, 1h42) avec François Damiens, Géraldine Nakache, Lucien Jean-Baptiste…

Christophe Chabert | Mardi 3 décembre 2013

Je fais le mort

Le premier mérite de Je fais le mort est l’originalité de son point de départ : un acteur dans la dèche, souffrant d’une réputation détestable sur les plateaux, accepte d’aller « faire le mort » pour la reconstitution judiciaire d’un triple homicide du côté de Megève. Une fois sur place, entre drague maladroite de la juge d’instruction et volonté de « réalisme » sur la scène du crime, il provoque une série de catastrophes mais révèle aussi les approximations de l’enquête. Au milieu d’un genre sinistré, celui de la comédie hexagonale ici matinée de polar, Je fais le mort tire son épingle du jeu. Pas tellement par sa mise en scène, même si son artisanat télévisuel lui confère une modestie bienvenue ; surtout par le portrait de ce comédien égocentrique et vaniteux qui conduit à quelques réflexions bien vues sur un monde du cinéma où même le plus pitoyable des losers se prend pour un génie de « l’acting » – on sent que Salomé a vu Extras, la formidable série de Ricky Gervais. C’est bien sûr une partition parfaite pour un François Damiens en grande forme, trop heureux de pouvoir être à la fois l’acteur de cinéma su

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Tip Top

ECRANS | De Serge Bozon (Fr, 1h46) avec Isabelle Huppert, François Damiens, Sandrine Kiberlain…

Christophe Chabert | Mercredi 4 septembre 2013

Tip Top

L'engouement critique autour du dernier Serge Bozon, déjà coupable d’avoir réalisé La France avec ses poilus entonnant des chansons mods, en dit long sur l’égarement dans lequel s’enfonce une partie du cinéma d’auteur français. Encenser avec une complaisance navrante le film le plus mal foutu de l’année, dont la vision relève de l’expérience narcotique tant ce qui se produit à l’écran n’a aucun sens, aucun rythme et passe son temps à se chercher des sujets en faisant mine de se rattacher à des genres – dans cette comédie policière, rien n’est drôle, et l’intrigue est racontée en se moquant de la plus élémentaire logique – c’est offrir à Bozon ce dont il rêve le plus : légitimer son discours en fermant les yeux sur son incompétence de réalisateur. Disciple de Jean-Claude Biette et de son cinéma de la digression, Bozon en offre une version dandy, où les intentions maculent l’écran. Tip Top parle vaguement de son époque – du racisme à la perversion sexuelle, même si on ne sait trop ce que le cinéaste a à en dire – mais c’est dans une poignée de séquences what the fuck que l’on sent Bozon le plus content de lui, comme celle où, deux minutes durant,

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Gare du Nord

ECRANS | Claire Simon tente une radiographie à la fois sociologique et romanesque de la gare du nord avec ce film choral qui mélange documentaire et fiction. Hélas, ni le dialogue trop écrit, ni les récits inventés ne sont à la hauteur de la parole réelle et des vies rencontrées… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 28 août 2013

Gare du Nord

Pensant probablement le naturalisme en bout de course pour raconter le monde contemporain, deux réalisatrices tentent en cette rentrée de faire se croiser réalité documentaire et fiction intime. Si Justine Triet avec sa Bataille de Solférino (en salles le 18 septembre) s’en tire grâce à l’élan vital débraillé qui irrigue sa fiction, le dispositif de Gare du Nord échoue à hisser le romanesque à la hauteur de la réalité. Il y a d’abord un prétexte très artificiel véhiculé par le personnage de Reda Kateb, étudiant en sociologie faisant une thèse sur la gare du Nord comme «place du village global», justification scénaristique facile pour le montrer abordant commerçants et usagers. Ensuite, la structure chorale du film, avec ses trois histoires entremêlées – une femme malade tombe amoureuse d’un homme plus jeune qu’elle, un père cherche sa fille fugueuse, une agent immobilière ne supporte pas d’être séparée de son mari et de ses enfants – paraît là aussi dictée par une intention trop appuyée, celle de faire se croiser dans un microcosme à la fois unique et globalisé des destins singuliers. Que Claire Simon ait recours à un procédé devenu éculé pour

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Laurence anyways

ECRANS | Bonne nouvelle : Xavier Dolan fait sa mue et commence à devenir le cinéaste qu’il prétend être. Si "Laurence anyways" est encore plein de scories, d’arrogances et de références mal digérées, on y trouve enfin de vraies visions de cinéma. Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Mardi 17 juillet 2012

Laurence anyways

Jusqu’ici, on avait du mal à excuser le côté tête à claques de Xavier Dolan, sinon par la fougue de sa jeunesse (il n’a que 23 ans et signe déjà son troisième film). S’imaginant à la fois comme un esthète et un penseur, il enfilait les clichés comme des perles et surfilmait ses maigres fictions, n’en révélant finalement que la profonde vacuité. La première heure de Laurence anyways montre Dolan tel qu’en lui-même. Pour raconter la décision de Laurence Alia (Melvil Poupaud, deuxième choix du réalisateur après la défection de Louis Garrel, une bonne chose à l’arrivée) de devenir une femme au grand désarroi de son amie Fred (Suzanne Clément, parfaite), il sort l’artillerie lourde : citations littéraires et références cinématographiques, hystérie pour figurer les rapports amoureux, ralentis chichiteux pour souligner les émotions et une barrique de tubes 80’s afin de coller avec l’époque du récit… C’est très simple : on se croirait face à un vieil Adrian Lyne ! Le clou étant cette fête costumée sur l’air de Fade to grey, où Dolan pousse son goût du vidéoclip kitsch jusqu’à son point de non retour. Désordre(s) Alors qu’on s’apprêtait à fermer le ban

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"La Délicatesse" : de la guimauve fade de chez fade

ECRANS | De David et Stéphane Foenkinos (Fr, 1h48) avec Audrey Tautou, François Damiens…

Christophe Chabert | Vendredi 16 décembre 2011

La France s’enfonce dans la sinistrose ? Rassurons-nous, nos gentils hommes à tout-faire de la culture veillent à lui redonner le moral à coups de "feel good movies" enrobés dans de la guimauve. Les frères Foenkinos transvasent donc le bouillasson littéraire de David en gentil mélodrame qui prend soin de ne fâcher personne. Son héroïne (Audrey Tautou) est gentille : après la mort de son aimé (et quelques saynètes à la Jeunet), elle se console avec son travail, compensant sa froideur intérieure par une efficacité productiviste. Jusqu’au jour où, dans un moment d’égarement, elle embrasse un collègue (François Damiens), pas très beau, plutôt transparent mais très gentil, qui en retour se sent pousser des ailes. Deux options s’offraient aux Foenkinos : la comédie amère à la Blier sur la beauté cachée des laids ; le drame social où la pression de l’entourage met en échec la possibilité de franchir la barrière de classe. La Délicatesse louvoie gentiment entre ses deux courants, et n’était le travail formidable de François Damiens pour faire exister son personnage, finirait par n’en traiter

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Franz et François

ECRANS | François Damiens, acteur, star de la télé belge, découvert dans “Dikkenek“ et “OSS 117“, montre dans “Cowboy” qu'il est surtout un comédien subtil et émouvant. Christophe Chabert

Marlène Thomas | Mercredi 12 décembre 2007

Franz et François

En allant rencontrer François Damiens, on pensait passer un bon moment avec un acteur comique avec qui on allait bien se poiler. De fait, on a passé un bon moment, mais on a causé sérieusement avec un garçon intelligent et subtil, comédien en quête de profondeur découvrant enfin la richesse d'un métier qu'il a toujours voulu faire, mais dont il dit ne pas connaître grand chose. Damiens, pour beaucoup, c'est l'espion belge d'OSS 117 ou le photographe grande gueule de Dikkenek, auteur de cette réplique géniale lancée à la face de la starlette Mélanie Laurent : «Va chercher l'poney !» Pour les Belges, c'est surtout François L'Embrouille, piégeur de monsieur tout-le-monde et de quelques stars dans des caméras cachées qui tournent aujourd'hui en boucle sur Youtube. Pour ses deux Benoît de potes, Poelvoorde et Mariage, c'est juste "Franz", camarade de tournage et de tournée pour un film qui est une véritable fierté pour tous les trois : Cowboy. François L'Embrouille, mais pas trop «Chercher à faire rire pour faire rire, ça n'a aucun intérêt» lâche François Damiens. On se pince en réécoutant l'interview. Car Damiens

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