Halloween vs Noël

Christophe Chabert | Vendredi 13 décembre 2013

D'un côté, il y a Jack, grand squelette qui règne sur le monde d'Halloween et ses monstres effrayants ; de l'autre, il y a la ville de Noël et son Santa Claus empâté. Mais voilà : Jack en a un peu ras la citrouille de faire peur, et aimerait bien aller faire un tour chez son voisin merveilleux.

Unanimement applaudi grâce à Edward aux mains d'argent et au deuxième Batman, Tim Burton, ici producteur et auteur, retrouvait avec cet Étrange Noël de Monsieur Jack l'animation de ses débuts chez Disney, dont il s'était fait éjecter comme un malpropre pour cause d'imaginaire trop tordu. L'histoire du film peut d'ailleurs se lire comme un pied de nez à cette anecdote biographique : comment un grand gamin torturé, mal coiffé et à l'inspiration macabre et gothique tente d'infiltrer l'usine à rêves pour y apporter un peu de fraîcheur et de modernité.

La revanche de la marge sur la norme, de l'excentricité baroque sur le conformisme lénifiant, voilà à quoi se résume le parcours de Jack, dont on tombe instantanément amoureux tant Burton et son réalisateur Henry Sellick – qui plus tard signera le très beau Coraline – n'ont d'yeux que pour son crâne, qui deviendra ensuite une icône pour sacs, trousses et autres produits dérivés.

Mais le film résiste à tout cela, c'est même un classique contemporain du cinéma tout public, dont les chansons signées Danny Elfman sont purement inoubliables, et dont les trouvailles visuelles sont innombrables. Burton tentera d'en retrouver la magie dans Les Noces funèbres mais ne fera que s'en approcher de très très loin…

L'Étrange Noël de Monsieur Jack
De Tim Burton et Henry Selick (ÉU, 1993, 1h16) animation
Mercredi 18 décembre à 20h, au Centre Culturel Cinématographique (Salle Juliet Berto)


L'Étrange Noël de Monsieur Jack

De Tim Burton (EU, 1994, 1h16)

De Tim Burton (EU, 1994, 1h16)

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Jack Skellington, un épouvantail squelettoïde surnommé « le Roi des citrouilles » (Pumpkin King en version originale), vit dans la ville d'Halloween. En tant que maitre de l'épouvante, Jack occupe ses journées à préparer la prochaine fête d'Halloween. Mais le terrible épouvantail, lassé de cette vie répétitive et monotone, décide de partir. C'est alors qu'il découvre la ville de Noël. Après cette aventure, il revient chez lui, avec une idée originale en tête : et si cette année, c'étaient les habitants de la ville d'Halloween qui allaient fêter Noël ?


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Dark shadows permet à Tim Burton de faire le point sur l’évolution de son cinéma ces dernières années. Il est frappant, à la vision du film, de voir qu’y cohabitent parfois au sein d’une même séquence, souvent d’un champ à son contrechamp, le cinéaste enclin au bricolage et à l’artisanat mais aussi son pendant récent, le réalisateur converti au numérique se contentant de griffer ses plans en illustrateur prodige. Plus encore, cette dualité se retrouve dans les deux thèmes abordés par le scénario : la figure du freak confronté au monde de la norme, et sa déclinaison contestable qui en fait le défenseur d’une petite entreprise familiale qui irait vendre au monde entier sa bizarrerie. On se souvient de l’épilogue craignos d’Alice au pays des merveilles, où Alice reprenait le flambeau paternel pour aller envahir le marché chinois… C’est à peu près là que commence Dark shadows : Barnabas Collins (Johnny Depp, qui cabotine plus intelligemment que d’habitude) est, au XVIIIe siècle, le jeune héritier d’une fortune construite par ses parents, prolos de Liverpool devenus richissimes entrepreneurs dans un port de pêche du Maine, dont ils ont littéralement

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Cette adaptation d’Alice au pays des merveilles n’en est pas vraiment une. Le récit de Lewis Carroll est réduit à un flashback de trois minutes en cours de film, et Tim Burton lui préfère l’Alice presque adulte de De l’autre côté du miroir. Mais c’est surtout le court poème Jabberwocky qui sert de matière principale à l’intrigue. Curieux tripatouillage scénaristique que le cinéaste confesse à haute voix à travers le personnage du chapelier incarné par Johnny Depp, qui s’obstine à faire d’Alice un garçon, comme s’il jouait dans un autre film. Avec un certain cynisme, Burton désigne ainsi ce qui l’intéresse ou pas dans cette lourde commande : la chenille opiomane plutôt que le lapin à gilet, l’univers de la reine rouge plutôt que celui de la reine blanche, les mésaventures de la bande déglinguée autour du chapelier plutôt que les aventures d’Alice… On a surtout l’impression que le cinéaste se contente de greffer son packaging habituel (sa signature graphique, ses acteurs, Danny Elfman…) sur un blockbuster boulimique et en trop bonne santé, un Narnia baroque, synthétique et en 3D — autant de partis pris qui corsètent la mise en scène plus qu’ils ne la libèrent. Assez laid et franch

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Coraline

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