In the mood for Løve

Christophe Chabert | Vendredi 24 janvier 2014

Alors qu'elle termine actuellement son quatrième film, Eden, qui s'inspire de la vie de son frère Sven Love pour dresser un period movie sur l'essor de la techno en France et l'émergence de la French touch, Mia Hansen-Løve est mise à l'honneur par la Cinémathèque de Grenoble qui projettera respectivement les 30 et 31 janvier Le Père de mes enfants et Un amour de jeunesse.

D'abord critique aux Cahiers du Cinéma, elle saute le pas vers la réalisation avec Tout est pardonné, un premier film qui cumule les défauts d'un certain auteurisme français – peur panique de l'émotion et de la stylisation, exhibitionnisme autobiographique… Surprise, Le Père de mes enfants prend tout cela à revers : Hansen-Løve se détache de sa propre vie pour évoquer le regretté Humbert Balsan, producteur flambeur et indépendant, dont le suicide fut un électrochoc pour les cinéastes qu'il avait accompagnés. Mia Hansen-Løve ose regarder les conséquences d'un deuil sur une famille sans craindre les larmes du spectateur, tout en utilisant la quotidienneté des situations pour désamorcer la gravité de son sujet. Le film est franchement bouleversant et révèle une cinéaste effectivement prometteuse.

Un amour de jeunesse n'a pas totalement confirmé cette promesse-là : même si l'écriture et la mise en scène s'affirment et s'affinent, le film retombe dans les travers de l'autofiction à la française, peinant à trouver le souffle romanesque et truffaldien auquel il prétend ouvertement. Surtout, il repose sur une manifeste erreur de casting ; non pas Lola Creton, parfait alter-ego de la cinéaste, mais Sébastien Urzendowsky, « l'amour de jeunesse » qui, à l'écran, est surtout insupportable de maniérisme anachronique… On attendra donc Eden – du côté de Cannes ? pour vérifier la place de Mia Hansen-Løve dans le cinéma d'auteur français…

Christophe Chabert

Le Père de mes enfants
Jeudi 30 janvier à 20h, Salle Juliet Berto

Un amour de jeunesse
Vendredi 31 janvier à 20h, Salle Juliet Berto


Le Père de mes enfants

De Mia Hansen-Love (Fr, 1h50) Chiara Caselli, Louis-Do de Lencquesain...

De Mia Hansen-Love (Fr, 1h50) Chiara Caselli, Louis-Do de Lencquesain...

voir la fiche du film


Grégoire Canvel a tout pour lui. Une femme qu'il aime, trois enfants délicieuses, un métier qui le passionne. Il est producteur de films. Révéler les cinéastes, accompagner les films qui correspondent à son idée du cinéma, libre et proche de la vie, voilà justement sa raison de vivre, sa vocation. Grégoire y trouve sa plénitude, il y consacre presque tout son temps et son énergie. Hyperactif, il ne s'arrête jamais, sauf les week-end qu'il passe à la campagne en famille : douces parenthèses, aussi précieuses que fragiles. Avec sa prestance et son charisme exceptionnel, Grégoire force l'admiration. Il semble invincible. Pourtant sa prestigieuse société de production, Moon Films, est chancelante. Trop de films produits, trop de risques pris, trop de passifs; les menaces se précisent. Mais Grégoire veut continuer d'avancer, coûte que coûte. Jusqu'où cette fuite en avant le conduira-t-il ? Un jour, il est obligé de voir la réalité en face. Alors surgit un mot : l'échec. Et une grande lassitude, qui va bientôt, secrètement, prendre la forme du désespoir.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Eden

ECRANS | Présenté comme un film sur l’histoire de la French Touch, "Eden" de Mia Hansen-Love évoque le mouvement pour mieux le replier sur une trajectoire romanesque : celle d’un garçon qui croyait au paradis de la house garage et qui se retrouve dans l’enfer de la mélancolie. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 18 novembre 2014

Eden

Nuits blanches et petits matins. L’extase joyeuse des premières soirées techno-house où le monde semble soudain s’ouvrir pour une jeunesse en proie à un nouvel optimisme, prête à toutes les expériences et à toutes les rencontres ; et ensuite la descente, le retour chez soi, la gueule de bois, le quotidien de la vie de famille et des disputes amoureuses. Cette courbe-là, Eden la répète à deux échelles : la plus courte, celle des cérémonies du clubbing d’abord sauvages, puis ritualisées via les soirées Respect ; et la plus large, celle de son récit tout entier, où l’utopie de la culture house-garage portée par son héros se fracasse sur la réalité de l’argent, des modes musicales et du temps qui passe. Aux États-Unis, on appelle ça un "period movie", un film qui embrasse une époque et un mouvement, de ses prémisses à son crépuscule. Eden, quatrième film de Mia Hansen-Love, répond en apparence à ce cahier des charges puisqu’il s’étend sur une dizaine d’années, à la charnière des années 90 et des années 2000, celles où la France a été une tête chercheuse du mouvement techno avec en figures de proue les deux membres de Daft Punk, Thomas Bang

Continuer à lire

Un amour de jeunesse

ECRANS | De Mia Hansen-Løve (Fr, 1h50) avec Lola Creton, Sebastian Urzendowsky…

François Cau | Jeudi 30 juin 2011

Un amour de jeunesse

Déception. Après son très beau Le Père de mes enfants, Mia Hansen-Løve retombe dans les travers de son premier film, Tout est pardonné, avec Un amour de jeunesse. Racontant à l’aide de grandes ellipses et sur deux époques l’amour de Camille, jeune fille de 16 ans aux idéaux romantiques mais à la conduite rigide, pour Sullivan, garçon bohème et fantasque, qui la quitte puis qu’elle retrouve huit ans plus tard alors qu’elle s’est entre temps installée avec un architecte plus âgé, le film fuit sans arrêt le romanesque et les sentiments, préférant les intentions théoriques et les allusions démonstratives. La première partie est de toute façon plombée par le choix de son comédien, Sebastian Urzendowsky, dont la diction insupportable et geignarde rend impossible toute identification à la cristallisation de Camille. Mais la deuxième n’est pas forcément mieux, car s’y développe un discours très bizarre, où la «maison» est préférée à «l’art», le confort bourgeois à l’aventure romantique. Mia Hansen-Løve, avec une certaine cohérence, choisit d’inscrire sa mise en scène dans un académisme post-Truffaut, alors que les meilleures séquences sont celles où, à l’inverse, elle ose un montage

Continuer à lire

Le Père de mes enfants

ECRANS | Pour son deuxième long-métrage, Mia Hansen-Löve rend hommage à la figure tragiquement disparue du producteur Humbert Balsan, en s’intéressant à ce et ceux qui restent après le deuil. Un film simple et bouleversant. Christophe Chabert

François Cau | Vendredi 11 décembre 2009

Le Père de mes enfants

L’histoire du Père de mes enfants rejoint, d’une certaine manière, celle de sa fabrication. Mia Hansen-Löve, ancienne critique aux Cahiers du Cinéma et protégée d’Olivier Assayas, décide de passer à la réalisation avec Tout est pardonné. Peu après la fin du tournage, son producteur Humbert Balsan, figure majeure du cinéma d’auteur mondial, se suicide dans son bureau. Pour son deuxième long, Hansen-Löve retrace par la fiction les derniers jours de Balsan, se laissant un maximum de liberté avec la réalité pour accoucher d’un film vraiment émouvant, où le vide laissé par la disparition d’un homme passionné doit être comblé à tous les niveaux : professionnel, intime, familial… La mort au travail Le Père de mes enfants commence comme une petite chronique très française : le producteur Grégoire Canvel (Louis-Do de Lencquesaing, formidable de naturel) rejoint sa petite famille dans sa maison de campagne, se fait arrêter par la police parce qu’il roulait trop vite, joue un peu avec ses enfants. Ambiance de félicité domestique que soulignent les rythmes bondissants du Egyptian reggae de Jonathan Richman… Mais les choses vont v

Continuer à lire